‹ Mélanges Godefroid KurthChapitre 85 sur 91 · ANNEXE · texte numérisé non relu

ANNEXE

Declaracion faite Ian LXXXV {i38S), X jours en may. Presens Lnnchins, Gudegoven, Liers. Flemaele, Monjardin, Bareis por Rochefovt. Waroux, Colars et Giles Doyon por son j)êre.

Ly cas est telx cjue Franclioles filz Franchoix des Preis opidain de Huy et pluisseurs aultrez ensemble prisent en la ducheit de Luchemborg et robont damoiselle Marie fillie Adam de Robiermont et lamynont a forclie a Nettinez en levesclieit de Liege, en la fortresse Giele de Nettinez. Laquele fut resyete a cry et a liabay de clii fait de ville a ville par seigneur Anseal prevost délie englise de Cliyuey, Johan de Soreez son frère, Gerart de Gaingneez, Hustineal son frère et Ponchelet de T3^stre, cusins de la dite damoiselle, tant qu'ils vinrent en le dite ville de Nettinez. Et quant li dis faituel estant en la dite fortreelie les parcburent, ilz nient contens dou dit promerain excès, yssirent fours et soy partirent de la dite fortreelie, warnis de liarnas et d'armes et coryrent sus az amis de la dite damoiselle Marie, tailhont, lanclnmt, ferirent et sticliont tant li uns aus aultrez, que li jadis Franclioles fut tellement quassiez qu'il morit asseis tost apres de ses (luasseures.

Et adont siwoit le bailliiers de Condros et aussi faisoit li centinne de pays a sa sommonce, en recopant a cr^^ et a liahay après les dis faituelez qui la dite damoiselle Mai'ie avoient ravie et enforcliye, jasoiclie ([ue li excès des quassures le jadit Francliolet fuist perpctreis- anchois la venue doudit bailliier. Li quelx bailhier aveuck les sourseyans de son office assegat le dit quassiet et les aultrcs faituelez de promei-ain excès en la dite fortreche, si qu'il convinve par forche de dit officyen et de cheauz qui sorvenus astoyent al hahay (ju'ils li dis promerains faitueles rendissent la damoiselle dcseurnommee, saive et entire sans defloration, à son peire et a ses amis et qu'ils creantassent d'amendeir l'excès a notre reveren peire ou d'eauz relivreir a ung certain jour.

Laquele dilation pendant morit li jadis Francholes. Et nequident si compangnons faitueles de ravissement de la dite damoiselle s'acordont al partye et al saingnour. Non contrestant, Franchoi peire de jadit Francholet soy deplaindit délie mort son jadit fil

par devant nous, qui clelle veriteit de fait n'estiens de riens informeis.

Et furent par nous Ii iiij pays forkemandeis solonc l'usaige de notre pais, à cheauz des quelx illi soy plendit, assavoir az V deseurescripz et a Messires Jolian de Severi clievalier, Adan de Roberinont, peire de la dite damoiselle, Jelian Symonet de Wanlien, Adam son fil, Ansillion filz Anseaul de Jamgneez, Jolian fil le moulnier de Bycliamont et a Henrion, fil Johan de Monclieaz, liquel furent adjourneis a certain terme pour savoir s'illi voloient alconne clioze alligier alencontre de dit forkemandt. Et a cely adjour ilhè comparurent et dessent qu'ilz n'avoient a res^jondre a ladite plainte, ne li dis commans ne leur devoit prejudicyer alconneraent, partant que li excès de ravissement de leur dite cusine astoit uns excès aussi griefz et aussi criminaz ou plus quil estoit cas d'iiomicide ; et puis que notre pais contenoit que de cas d'iiommecide li proismez de mort soy pooyent de ce fait radrecliier az faitueles, illi maiiitenoient que de cas si grief quil astoit ravissement de femme fait a forclie, a cry et a lialiay et a resyette de pays, ilz soy pooient bien en rescoyant leur cusine radrecliier az faitueles mayement en defendant leurs corps et leurs vies, quaut chilli meismes faituelez estoyent ie faitaviseit, retourneis sour eaus et sus courut les avoient pour tueir a main armée s'il ne soit fuissent défendus ; et le ressiette qu'ils' avoient fait, avoit esteis avowee, si qu'il disoient, par notre reveren Peire l'evesque de Liege, et conformée par le recort des esquevins de Cyney. Contre laquelle excusanclie alligoit li peire de jadit mort que non obstant l'excès de dit ravissement, si n'avoient li dis faituelez a tueir son dit fil sens justiclie ; et en absenche del officyen de saingnour et anchois qu'il ne aultre justiclie y sorvenist ; et puisque notre pais contenoit que cliilz de nous linages qui tuoit altruy, devoit mort rechivoir, se tenus estoit, ou s'ilh n'estoit tenus qu'il devoit estre tantost bannis et decacliiez fours délie dyocese de Liege, illi s'ensievoit que li dis faituelez avoient bien a res^îondre a sa plainte et que cilh qui le connisseroieiit ou sour les quelx li fais seroit proveis dévoient estre corrigiés solonc le tenure de notre dite pais en le manière devant ordinée; mayement chilli qui point n'estoient venus sour le fait aveukes le dis bailhier car elieaz qui aveuke le dis bailhier et a son commandement

avoient ressis, voloit le dis Franchoix qu'ils en demorassent en pays.

Sour toutes les quellez alliganches, raysnez et pracliès des partyes nous soffisamment informez, considérant la tenure de notre pais et aussi chu que nostre dit Reveren peire en avoit avoweit et li dis esquevins de Cyney recordeit et sayeleit, remmirans les excusanche des dis faitucles estre raisonnablez, desimez et dcclaramez de plaine syette et acort que toutes cliozes clii devant escripte considereez et pluisseurs aultrez faisantes a cesti propos, nous n'aviens de dit lioininicide a cognoistre ne point n'estoient tenus li dis faituelez de respondre à la dite plainte. •

Paweilliars A, 196; B. 42 v" et autres. Archives de l'État, à Liège.

ft

La commende aux Pays-Bas

La multiplication des conimendes suivit la marche progressive de la réserve des bénéfices ecclésiastiques et de leur collation directe par la Cour romaine, et l'on ne se trompera pas en cherchant dans les dil'i'icultés financières de la Papauté, la raison d'être du maintien et de l'extension d'une institution, qui était légitime en principe et le fut à son origine, mais qui devait un jour engendrer de si graves abus.

La lutte d'Innocent IV contre Frédéric II obligea le pape à chercher dans les taxes imposées au clergé, dans l'octroi de pensions, de bénéfices et de prébendes aux clercs de son entourage et à ses partisans les ressources qu'il ne pouvait trouver en Italie et que seuls les biens d'Eglise étaient à même de lui fournir. M. Élie Berger a tracé des misères dont souffrit l'Église de France, au milieu du XIII'' siècle, un tableau réaliste, dont chaque trait est ein[)runté aux documents pontificaux (').

La Belgi(iue, si bien dotée eu bénéfices importants, ne fut pas oubliée par Rorae.etles registres despapes, à partir du XllI^siècle, ont conservé les nombreuses collations de bénéfices faits à d'autres encore qu'à des nation.aux. Les maisons i-eligieuses furent plus longtemps à l'abri des convoitises séculières, mais elles aussi eurent à supporter leur part de subsides plus ou moins forcés, à côté des conti-ibutions l'égulières qu'elles payaient déjà poui- la provision des abbés, les décimes et les procurations.

L'imposition de pensions à servir par les monastères à des protégés du pape (^), fut avantageusement remplacée, pour les cardi-

(') Suint Loiiin cl Innocent IV (Paris, i>S<)3), pp. 12Ü7-297 ; Registres d'Innocent IV, t. II, pp. CXCI-CCXI.

(*) Reg. d'Innocent IV, 5492-Ü7ü5-()7üü.

naux, par ]a concession viagère de propriétés monastiques ou de prieurés. Il fallait soulager leur indigence, et, quand la Chambre apostolique ne pouvait subvenir à leurs besoins, ou ne doit pas s'étonner que le pape, ainsi que Clément IV l'écrivait à l'abbé de la Chaise-Dieu, les fît vivre des revenus des églises et des monastères sur lesquels ils veillaient avec soin ; d'ailleurs, ils ne pouvaient vivre de l'air du temps Le 3 novembre i263. Clément IV conférait à titre viager au cardinal G. de S. Marc le prieuré de Tremont, dépendant de l'abbaye d'Anchin (^), et, deux jours après, la ferme d'Aison ville, i^ropriété de l'abbaye de Liessies (^).

Les collations de ce genre allèrent toujours en augmentant, au point de devenir au cours du XIV® siècle une coutume dûment établie. Je n'en citerai que quelques exemples intéressant notre paj'S. A la date du 3o janvier i3i7, le cardinal Bernard, du titre de Ste- Agathe, possède, outre la commende de S. M. in Domnica, le prieuré de S. Rambert-sur-Loire (dioc. de Lyon), le décanat du monastère de Souillac (dioc. de Cahors), la prévôté de Liège, des archidiaconés à Coutances, Tournai et Metz, des canonicats avec prébendes à Coutances, Liège, Metz, Tournai et Tolède (^). Le cardinal Jacques de Via, des SS. Jean et Paul, clianoine de Cambrai et archidiacre de Bruxelles, obtient, le 24 avril i3i7, trois prieurés dépendant de l'abbaye de la Chaise-Dieu (^). Le cardinal Guy de Boulogne, du titre de Ste-Cécile, reçoit, le 20 août i343, la prévôté de Dhuizel, dépendance de St-Remi de Reims et celle de Caumont, dépendance de St-Bertin (^), le 24 octobre suivant, le pi'ieuré de Fives, dépendance de St-Nicaise de Reims ('), et le 18 mars i344> le prieuré de Paj)ingloo, dépendance de St-Bavon de Gand C^). Gilles Rigaud, cardinjil de Ste-Praxède, obtient, le 17 jan-

(1) Jordan, Reg. de Clément IV, n. 978 ; Potthast, n. 19420.

(2) Guiraud, Reg. d'Urbain IV, n. 442-445-

(3) IÖ., n. 438-441.

(*) Reg. Aoin. 5, f. 649 ; Mollat, Lettres communes de Jean XXII, n. 2649 ; Fayen, Lettres de Jean XXII (Analecta Vaticano-belgica, II, n. 248).

{^) Reg. Avin. 2, f. 9V ; Mollat, n. 3586 ; Fayen, n. 3o8.

{^) Berlière, Suppliques de Clément VI (Analecta Vaticano-belgica,!, n. 489)-

C) Ib., n. 557.

(«) Ib., n. 683 ; Reg. Avin. 78, f. 527V.

vieri352,la prévôté de St-Georges d'TIesdin, qui relève del'abba^'e d'Hasnon('); le cardinal Jean de St-Georges, le i8 mai suivant, le prieuré de Bornhem, dépendance de l'abbaj'^e d'Afflighem (-), où luisuccède, dès le25 juillet, lecardinal Pictavin desXII Apôtres(-'), tandis que Jean reçoit, le 22 septembre, la prévôté do Montignies- Icz-Lens, autre dépendance de l'abbaye d'Hasnou (*). Le 2 septembre i352, Jean, cardinal de Ste-Sabine, reçoit le prieuré de Warnoise (dioc. de Tliérouanne), dépendant de Corbie {^). Le cardinal Audouin Aubert obtient, le 17 janvier i354, la prévôté de Widoye dans le Limbourg (<>), et, en 1867, il y est remplacé par le cardinal Élie d'Uzès('), après la résignation ou le décès duquel l'abbaye de Corbie (Picardie) était autorisée, le 28 février i366, à rentrer en possession de sa prévôté (^).

Un petit éi)isode relatif à l'abba^'e de St-Hubert mérite d'être signalé. Une bulle du 81 juillet i366 confirme un acte capitulaire par lequel le couvent de ce monastère s'était engagé à payer au cardinal Etienne Aubert, du titre de S. M. in Aquiro, une pension annuelle de 3oo florins d'or en retour des services que ce cardinal lui avait rendus ('•'). Etienne Aubert avait-il été pour quelque chose dans le récente nomination de l'abbé Henri de Viele ou dans les facilités accordées à ce prélat par la Chambre a2)ostolique pour le paiement de ses frais de provision? ('") C'est possible, mais là n'est peut-être pas la raison principale de cette manifestation de gratitude. Une lettre d'Innocent VI, du 22 juin 1862, avait conféré à ce cardinal l'expectative du prieuré d'Evergni court,

Cj ](>., 11. ; licf;: Anin. iiio, 1', 587V.

(••') Ib., n. 244(i.

n Ib., n. 1^474-

(■') lieg-. Anin. iüo, 1'. 280.

(fi) i{eg; Suppl. 25, f. 8; Reg. Anin. 127, 1'. (Î.'J ; Kirscli, Die ititpstUclien Annaten, t. I, j). 25.

(') Archives Vatic, Arcliiv. <li Castello, Ann. G., caii. r.. tasc. VI, div. \, 11» 1.

Reff. Anin. f. 22Ü.

(") Rc'g-. Anin. IÜ3, IT. 57v-58.

("') Borlière, Inoenl. anal, des libri obligalionani, üo8, ()32, ö5<), üü5, 75:5, 78Ö.

dépendance de St-Hubert, vacant par la démission du prieur Robert, promu à l'abbaye de St-Laurent de Liège (^). Ne serait-on pas iDorté à croire que l'accord du 9 juin i366, approuvé par Urbain V le 3i juillet suivant, visait i^eut-être, sans le dire, la part des revenus que le cardinal devait toucher à raison de son prieuré, dans le but de garder l'administration directe de cette proi)riété et dans l'espoir de la recouvrer à brève échéance ? Cet espoir fut déçu, car une bulle du 23 juin 1372 nous apprend que Grégoire XI conféra le prieuré, vacant par décès du cardinal Etienne Aubert, passé depuis au titre de S. Laurent in Lucina (t 29 septembre 1369), au cardinal des SS. Nérée et Achillée (^).

A cette liste déjà longue, ajoutons encore les noms du cardinal Piei-re de St-Marc, auquel Clément VII donna le 7 décembre i382 une pension sur l'abbaye de Fémy(3), du cardinal Gérard, du titre de St-Clément, qui reçut du même pape le i^"" mai i383 une pension sur la prévôté d'Hauzinnes, dépendance de l'abbaye de St-Médard de Soissons (■*), et de Jean de Gros, cardinal de Palestrina (f 21 nov. i383), auquel le même pape donna, le 6 janvier i384, pour successeur, dans le prieuré de St-Saulve de Valenciennes, le cardinal de Florence, Pierre Corsini (^).

Au cours du XV*^ siècle les prieurés belges continuèrent de constituer la dot de certains dignitaires ecclésiastiques. Pierre d'Ailly, cardinal de Saint-Chrysogone (f 1420), possédait le prieuré de Saint-Saulve de Valenciennes, sur lequel Martin V attribua, le 16 juin 1421, une pension axi cardinal Louis de Flisco, du titre de Saint-Adrien {^). En 1423, le cardinal Ardicin des SS. Come et Damien possède le prieuré de Beaurain C) ; en 1428, Jean, cardinal de St-Laurent in Lucina, est prévôt d'IIaspres (*) ; en 1462,1e

(') Reg. Avin. 148, f. Ü2.

(2) Reg-. Aüin. 186, f. 189.

(3) Reg-. Avin. 23a, f , 44.

(*) Reg Aoin. 284, f. 35o.

f) Gallia christ., t. III, col. 184 ; Reg. Aoin. 285, f. 66.

(ß) Dubriille, dans les Analectes pour servir à l'hist. eccl. de Belgique, t. XXXI, n. 4, G ; p. 14.

C) Ib.. u. 820, p. 272; Berlière, Invent. anal, (les Diversa Caineralia,ii. 2.()8, p. 68.

(8) Dubrulle, u. 848, p. 27Ü.

cardinal Jean Jouffroy reçoit le prieuré du Wast ('). Le. 3i août 1414. l6 jour mênie de la mort du titulaire régulier, Dom Lambert del Stäche, le prieuré de Bertrée est sollicité par un prêtre, Aiméry Brisfault (•) et on le voit occupé en 1461 par Arnoul de Lalaing (■'). En 1429, les prieurés de Beussent et de Montenoy sont commandités à Louis d'Oignies ('). On connaît d'ailleurs le procès intenté par l'abbaye d'Afl'ligliem à Simon de Loos, évêque de Soliwri et confesseur du duc de Bourgogne, qui réclama en 1442 le prieuré de Frasnes-loz-Gosselies en vertu d'une lettre d'expectative (^).

Les abbayes proprement dites étaient restées indemnes. On voyait bien des religieux de toutes couleurs ou leurs protecteurs solliciter des bénéfices réguliers, y compris des abbayes ("), mais, strictement parlant, on restait dans les limites du droit des réguliers. Ce n'est pas qu'on ne trouve déjà dans notre pays aux XIII" et XIV^ siècles des traces de commende. Dès 1248, Henri de Gueldre, évêque de Liège, avait reçu d'Innocent IV la commende de l'abbaye de Stavelot ('), et, lorsqu'il fut privé de ses dignités en 1274, Jean d'Iînghien, son successeur à Liège, hérita aussi de l'abbaj-e {^). En i388, Jacques, évêque de San Leone (Italie), avait été nommé administrateur de l'abbaye de Cisoing (■'). Mais ce n'étaient là que des faits exceptionnels, motivés par la situation particulière de la principauté de Stavelot, et contre lesquels Jean XXII protesta, le 20 juillet i325, en interdisant aux moines de

(') Dubrulle, BnUiiive de lu produce du Reims sons h> jionli/iciit de Pie II (Lille, ino.'5), n. ()77, j). 140.

(-) Herlière, Inventnire anal, des Diueisa Cuineraliu, n. i85, p. 44-

(•^) Dubrulle, liullaire, n. 875, p. 90.

(*) Dubrulle, aj). Analoctes, 11. 45o, !>. 1289.

(•'"') Berllère, Moaaslicon belge, t. I, p. 3oo.

C) Reg. d'Innocent IV, n. 7475.

(') Gallia christ., \t. III, col. 949 ; Villers, Histoire chronol. des abbésprinces de Staoelot, Liège, 1878, t. I, jjp. i5i>-i55.

(*) Gallia, 1. c. ; Villers, i55-i58 ; Geslaabb. Triidon., ap. MGH., t. X. p. 4^4 ; lie Bormaii, Chronique de l'abbaye de Sainl-Trond, t. II, p. 21Ü; Hocsemap. Chapeaville, Gesta pont. Leodien., t. II, p. 3o4.

(■') Gallia, t. Ill, col. 291 ; Berlière, Invent, des libri oblig., n. iii5, 112Ü, En i4ü!) ral)baye de St-Troiid était grevée d'une iieiision (Piot, Cartiil. de Sl-Trond, t. II, j). 189).

— igo —

Stavelot et de Malmedy d'élire un abbé qui ne fût pas profès de l'ordre {').

A j)artir du XV siècle, surtout durant la seconde moitié pour les Pays-Bas, une avalanche de commendes fond sur les monastères. De i43i à t5o3, le P. Eubel ne cite pas moins de 294 cas, et la série n'a pas été épuisée (^). Déjà en 1442, à la mort de l'abbé Pierre, rfe Foro, le duc de Bourgogne avait voulu donner l'abbaye des Dunes à son chancelier Guillaume Fillastre, évêque de Verdun, laais comme la duchesse la convoitait pour son neveu Jacques de Portugal, fils du duc de Coïmbre, le couj) avait pu être paré (^). A partir de cette année, les attentats contre l'autonomie des monastères vont se multiplier ; le pouvoir civil trouve à cet effet un généreux auxiliaire dans le pouvoir ecclésiastique. La liste suivante donnera une idée de l'envahissement de la commende dans notre pays.

i447; i3 octobre. Commende de l'abbaj^e de Saint-Bertin à Guillaume Fillastre, évêque de Verdun (*).

1449» 20 juin. Réserve de l'abbaye de Baudeloo à la demande de Philippe, duc de Bourgogne (^).

1457, Commende de l'abbaye des Dunes à Jacques de Portugal, cardinal de S. Eustache C^).

1458, 18 mai. Commende de l'abbaye de St-Ghislain au même (').

1459, 3 mars. Commende de l'abbaye de Stavelot à Louis de Bourbon, élu de Liège

(1) Heg-. Aoin. 28, f. 400; Sauerland, Urkunden und Regesten zur Gesch. der Rheinlande aus dem Vatikan. Archiv, t. I, n. 820, p. 38i ; Faven, Lettres de Jean XXII, 11. 1614.

(^) In commendam oerliehene Abteien während der Jahre iij.3i-i5oZ (Studien und Älittheil. aus dem Benedictiner-und Cisterc. Orden, t. XXI, 1900, pp. 3-i5, 244-257).

(3) Adr. de But, Cronica de Dunis, p. 87.

{*) Haigneré, Chartes de St-Berlin, 11. 2902, t. III, i). 355; Siudien und Mitth., p. 6; Berlière, Invent, des libri oblig., u. 1Ü48 ; de Laplane, Les abbés de St-Bertin, t. II, pp. 7-9.

(5) Reg. Vatic. 889, Nicol. V, t. 5, f. i55^'.

('') de But, p. 91.

(') Reg. Vatic, Calixt. III, t. 17, p. 104 ; Berlière, Oblig. ,11. lUgo: Monasticon beige, t. I, p. 262.

(**) Berlière, Oblig.. n. 1(594. Le même jour Pie II avait ordonné une enquête sur la conduite de l'abbé Henri de Mérode et réservé le monastère en cas de privation d'office {Reg. Vatic. 470, f. 4o-4i ^')-

1459, 3i août. Concession à François Piccolomini, chanoine de Sienne, d'une pension sur rabba3'e des Dunes (').

1459, 22 septembre. Concession à Jean Jouffroy, évêque d'Arras, d'une pension sur l'abbaye de St-Gbislain (^).

1460, i3 janvier. Concession à Pascase Vincent d'une pension sur la prévôté de Watten (■*).

1461, 14 mai. Réserve de rabba3'e de Ham (dioc. de Tliérouanne) en cas de vacance ("*).

1462, 12 juin. Réserve de l'abbaj'e de Marcliiennes (=).

1462, 4 octobre. Commende de l'abbaye de St- André-lez-Bruges à Antoine Haneron, protonotaire apostolique, en vertu d'une réserve {'•).

1462, i5 octobre. Commende de l'abbaye de Cisoing à Simon de Proisy, protonotaii'C apostolique, cliauoine de Tournai (").

1463, 29 juin. Réserve de l'abbaye de Blangy (^).

1463. Commende de l'abbaj'C de Crespin à Jean Milet, évêque de Soissons (^).

1464, 28 avril. Concession d'unepensionsur l'abbaye de St-Andrélez-Bruges à Antoine Haneron, qui résigne sa commende f "j.

1464, 25 mai. Concession d'une pension sur rabba3'e d'Eename à Jean Haignet (").

1464, 9 juillet. Commende de l'abbaye de Saint- Vaast d'Arras à Charles de Bourbon, archevêque élu de Lyon ('-).

(') Duhrulle, litilliiire de In jirouince de Reims sous le i>onlific,it de Pie II. Lille, i;)o5, 11. Cette i)ension fut cassée le .'i mars i^iio {H>., 11. 2(55).

(3) Ib.. n. 1249.

{*) Ib.. 11. 3ü(i.

(■"•) Ib., 11. 0(3;).

('■) Berlière, Ublig.,\\. 1727, 1731 ; .J. Weale, Chronicu monnslerii S. Andreas jit.xla Briigas. Bruges, 18G8, pp. i43-r44-

(') Berlière, Obliff , 11. 172G, 1729 ; Galliii, t. Ill, col. 292. DubruUe, 11. 8o3,

(^) Berlière, Oblig-., n. 1733. Le l'rère du coniuiemlataire était secrétaire (lu duc de Bourgogue (DubruUe, u. 117, 288: Gallia, t. IH, col. io4). ("') DubruUe, u. ()3Ü.

(") Ib.. u. ()48.

en Ib.. ()53.

1465, i4janvier. Commendederabbaj^ed'Hautmonta Enguerrand Seignart, confesseur de Charles le Téméi'aire, évêque de Soliwri, mainteuue également quand il l'ut transféré aux sièges d'Auxerre et de Majorque (^).

1466. Commende du prieuré de Saint-Saulve de Valenciennes à Jacques de Croy, protonotaire apostolique, chanoine de Liège, prévôt d'Aire, puis évêque de Cambrai (^).

1469, 18 décembre. Commende de l'abbaye de Saint- Denis-en- Broqueroie à Ferry de Clugny, conseiller du duc de Bourgogne (^).

1470, I juin. Commende de l'abbaye de Tongerloo à Ferry de Clugny, protonotaire apostolique, prévôt de St-Barthélemy de Béthune

1471, 10 mai. Commende de l'abbaye de St-Jean de Valenciennes à Pasquier, abbé d'Arrouaise (^).

1471, 24 mai. Commende de l'abbaye de N. D. de Boulogne à Arthur de Bourbon, protonotaire apostolique {^).

1472, 3i janvier. Commende de l'abbaye de St-Amand à Arnoul d'Anglade, clerc du diocèse d'Oloron (').

1473, 8 octobre. Commende de l'abbaye de St-Denis-en-Broqueroie au cardinal Philibert Hugonet, de Mâcon (**).

1473, 10 novembre. Commende des abbayes de Marchiennes et d'Hasnon à Ferry de Clugny, évêque de Tournai (■').

1474, 8 août Commende de l'abbaye de St-Amand à Philippe de Brimeu, protonotaire apostolique (^").

(1) Berlière, Oblig:, n. 1751, i83i, 184Ü; Gallia, t. III, 117; Eubel, Hierarchia cath. medii aeoi, t. II, p. aSi.

(2) Gallia, t. m, col. i35.

(•^) Ib., col. 109; Berlière, Oblig., n. 1789; Devillers, Description de Cartul. et de Chartriers, t. V, p. 199 ; Vincq, Annales abbatiae S. Dionysii (de lleiffenberg, Monuments, t. VII, pp. 554-555).

(*) Berlière, Oblig., 11. 1788, 1791 ; Reg Vatic. 624, Paul II, t. I, fï. 51^-53; W. Van Spilbeek, De Abdy van Tongerloo. Lierre, 1888, pp. 255-259.

(=) Berlière, Oblig., 11. 1797- H y avait eu réserve précédente (Gallia, t. III, col. i(jo).

(ß) Oblig., n. 1799,

(') Ib., n. 1804.

' (*) Ib., n. 1810, 1817 ; Studien, p. 11.

(9) Ib., 12 ; Berlière, Oblig., n. 181Ü.

("') Ib., 11. 1819.

1475, 9 janvier. Commertde de l'abbaye de St-Hubert à Julien de la Rovere, cardinal de St-Pierre-ès-liens (^).

1476, 20 avril. Commendo. de l'abbaye de Vlierbeek à Henri Gerones, protonotaire apostolique (^1.

1476, 22 mai. Concession d'une pension sur l'abbaye de St- Aubert de Cambrai à Jean de Montmirail, évêque de Vaison (^).

1477, 21 février. Commende de l'abbaye de St-Michel d'Anvers à Luc, évèque de Sebenico, nonce apostolique (^).

1477, 21 février. Commende de l'abbaye de Tongerloo à Philibert Hugonet, cardinal de Mâcon (^).

1477, II mars. Commende de l'abbaye de St-Denis-en-Broqueroie à Henri de Bergnes, protonotaire apostolique (^).

1480, 17 mai. Commende de l'abbaye de St-Denis-en-Broqueroie rendue au cardinal de Mâcon (").

1483, 8 juin. Commende de l'abbaye de St-Trond à Ferry de Clugny, cardinal de S. Vital (**).

1483, 17 octobre. Concession d'une pension sur l'abbaye de St- Trond à Raphaël Riario, cardinal de St-Georges, après le décès de Ferry de Clugny ( ').

1488, 24 septembre. Commende de l'abbaye de St-Vaast d'Arras à Jean Balue, cardinal d'Angers ('").

1489, 4 février. Commende du môme monastère, après résignation, à Robert Bi'içonnet (").

(•) Ib., 11. 1828.

(2) /6., n. 1834 ; Bijdrug-en ooor de geschiedenia . . van het aloude herlogdom Brubiint, t. III, 1904, pp. 278-279.

(3) Bei'lière, Invent, nnnlyt. des divers» Citinernliiu 11. 711. ("i) Berlière, Oblig., 11. 1887.

("') /6., 11. i838; Studien, p. 14 ; Vau Si)ilbeek, pj). 259-2Ü2.

(•■') Berlicre, Oblig., 11. 1889 ; Stadien, p. 11; Gulliu. i. III, col. 109-110.

(") Ib.; Berliére, Oblig., n. i8tjo.

C) Ib., 11. 1870.

('•') De Pape. Snmmaria chronologia insignis ecclesiie Parcliensis. Louvaiii, 1GG2, pp. 289-290. Il est assez curieux de voir établir comme procureur de cette peusiou l'abbé Thiery de Tuldel, de Parc, le grand champion de l'immunité des monastères prémontrés en cette matière, dont il sera (question plus loin.

C) Studien, p. 248 ; Gallia, t. III, col. 889.

(") Studien, p. 249; Gallia, 1. c.

i492, 26 février. Coramende de l'abbaye des Dunes à Jérôme Calagrani, évêque de Mondovi (').

1499, 16 octobre. Commende de l'abbaye de Liessies à Henri de Bergues, évêque de Cambrai (^).

Un simple coup d'oeil sur cette liste permet de constater des relations étroites entre les commendataires et les princes de la maison de Bourgogne. Cette coïncidence, on le devine, n'est pas fortuite (^). Les ducs de Bourgogne avaient intérêt à favoriser leurs serviteurs et à rallier à leur politique un nombre considérable de x^rélats. Les abbayes et les bénéfices ecclésiastiques leur offraient une mine de revenus facile à exploiter. La curie romaine ne leur indiquait-elle pas la méthode de simplifier le budget de leurs largesses, et ne propageait-elle pas par sa conduite une théorie fort commode du rôle économique des grands établissements religieux ? Le concile de Constance avait sans doute prohibé les commendes (^), et cette mesure était réclamée dans les plans de réformes ; le roi d'Angleterre avait bien prié le pape en 1447 de ne plus pourvoir par commendes aux bénéfices de ses Etats (^) ; Sixte IV lui-même, dans un bref du i3 avril demandait au roi de France de ne plus insister pour obtenir des commendes sous peine de charger leurs consciences (*^). La théorie fléchissait devant la pratique journalière ; l'abus était trop invétéré, le mal trop profitable aux dignitaires de l'Eglise et aux princes, jaloux de retenir dans leur pays l'argent étranger convoité par Rome, pour qu'il pût être efficacement et définitivement enrayé.

Philippe-le-Bon avait d'ailleurs conscience de son im^jorlahce et du rôle qu'on espérait lui voir remplir dans les projets de croisade contre les Turcs. On attendait beaucoup de lui; il usa de son crédit, et on ne lui refusa rien. Le 28 juin 1442, le pape Eugène

(^) Archiv. Vat., Schede de Garanipi.

[^) Studien, p. 254.

(3) Dubrulle, Bullair pp. i3-i4.

(^) Martène, Thesaurus anecdot., t, \1, col. i7o5; Mmisi, Concilia, t. XXVII, col. 1180-1181.

(^) Martène, Thesaurus, t. I, col 1808.

('') Martène, Ampi. Coll., t. II, col. i495.

- igs —

IV, à sa demande, réservait à la disposition dn Saint-Siège la provision des abbayes de St-Vaast d'Arras, d'Anchin, Marcliienues, St-Bertin, St-Amand, St-Pierre et St-Bavou de Gand, Cambrou, Tongerloo et St-Micliel d'Anvers, avec défense aux religieux de procéder au remplacement des abbés défunts ou démissi(mnaires ('). Le motif invoqué était que les élections n'étaient pas exemptes de troubles et compromettaient la discipline régulière. Le motif futile et peu conforme à la vérité fut agréé et reproduit dans la bulle pontificale, et l'on n'eut garde de faire remarquer au duc que l'immixtion du pouvoir séculier présentait bien d'autres inconvénients. La mesure prise par Eugène IV fut confirmée par Nicolas V, le ii mai i447 (')•

Ce n'est pas que le duc de Bourgogne voulut nécessairement imposer partout des commeudataires séculiers ; le cas échéant, il en ferait agréer par Rome, mais il tenait à avoir les électeurs sous la main, un peu comme les rois de France les bénéficiers de leur pays (^). C'est de cette façon qu'il agit en i449 et en 1464 à l'abba^'e de Cambron, où les élections se firent en présence d'un délégué du duc {''), et qu'en 1459 il imposa à l'abbaye de Villers son candidat, Francon Calaber ('>). Ce système pouvait être utilement ap^îliqué dans les abbayes de l'ordre de Citeaux, mieux abritées contre les surprises de la commende, par l'organisation même de l'ordre et par les protestations formulées au chapitre général de i473 contre l'envahissement des commendes (").

Il n'en était pas de même des abbayes de l'ordre de St-Benoît, isolées les unes des autres par leur autonomie, et, de ce chef, souvent impuissantes à se protéger mutuellement. C'est par elles que Philippe-le-Bon inaugura l'application de la commende en

(') Ilaifïueré, Chartes de Sl-Bertln, n. uH^Ç), t. Ill, piu 337-338.

(2) Reg. Vatic. 385, ff. io3^'-io4.

(3) N. Valois. La France et le grand Schiume d'Occident, (. I, pp. iio-iii ; t. II, i)p. i55-i57.

(^) Lewaitte, Histor. Camberonen., jip. 35o, 3(Ji. A cette occasion le iluc obtint la remise d'une partie des services. (Acte du i'"' juillet i449- ^^^g^- Vatic., 38«), f. 1812).

(•") Hist. Villar. (Martène, Thés. Anecd., t. III, col. i3o8 ; M. G. H., t. XXV, p. U19).

('■) Martène, Thes. Anecd., t. IV, col. iü35-iG3ü.

notre pays. La grande abbaye de St-Bertin fut donnée le i3 octobre 1447 air chancelier du duc, Guillaume Fillastre, évêque de Verdun (17 nov. i447)>piiis de Toul (28 janvier 1449), et de Tournai (i'^'' sept. 1460J, que des liens du sang, disait-on, unissaient étroitement au prince. Les moines avaient élu leur confrère, Jean de Medon, et firent opposition à l'évêque. Fillastre en appela à Rome et voulut composer avec le prétendant. Le moine s'entêta et encourut la colère du duc et l'indignation du pape, qui déclara ce « brouillon » indigne de toute faveur pour avoir osé résister au duc et à son protégé. Le tout était exprimé dans ce style solennellement onctueux dont la chancellerie pontificale avait le secret

Après St-Bertin ce fut le tour des plus importantes abbayes bénédictines du Hainaut dans les diocèses de Cambrai et de Tournai, de plusieurs monastères de chanoines-réguliers de S. Augustin et de l'ordre de Prémontré. Mais ici la politique ducale devait se heurter devant un obstacle ; elle vit se dresser devant elle un corps religieux dirigé par un homme énergique.

En 1470, Ferry de Clugny, protonotaire apostolique, avait obtenu la commende de l'abbaye de Tongerloo, mais le monastère n'avait pas tardé de recouvrer sa liberté moyennant un compromis. Dès le 24 mai 1471^ le pape admettait la résignation de Ferry et l'élection de Jean Kinscliot; sous réserve d'une pension de 1000 florins en faveur du premier (^). Lorsque celui-ci fut élevé à l'évêché de Tournai, sa pension lui fut retirée et cédée au cardinal de Mâcon, Philibert Hugonet. Celui-ci la fit réserver pour l'évêque de Sebenico, Luc de Tolentis, nonce apostolique auprès du duc de Bourgogne. Il y avait là un précédent fâcheux, dontauraient pu souffrir les autres abbayes de l'ordre. L'abbaye de Parc avait alors à sa tête Thierry de Tuldel, chanoine de l'abbaj^e de Tongerloo et ancien procureur de l'ordre à Rome, qui jouissait d'un grand crédit tant dans sa famille religieuse que dans la curie romaine (').

(}) Actes du 22 février 1448 et du 12 août i449 {J^^g- Vatic. 889, ff. i5G, 239V -240V ).

(2) Berlière, OZ)Zf^., ji. 1798.

(3) Ce personnage est différent du j)rocureur qui figure dans un acte du 23 avril i4-4 (Keriière, Invent, analyst, des Dioersa Camei-alia, n. 179), Tliierry de Andel, que par erreur j'avais cru pouvoir identifier avec Thierry de

Muni de i-ecominandations de Charles le Téméraire pour le pape et pour les cardinaux (i3 juillet i474) de l'évêcxue de Liège pour le cardinal de Rouen ('), l'abbé de Parc partit ponr Rome à l'effet d'y traiter les affaires de l'ordre, et il y reçut bon accueil de la part de Sixte IV (-). Parmi les affaires de l'ordre la j)lus intéressante était certainement celle de Tongerloo. L'abbé de Parc parvint à faire casser la pension sur Tongerloo par une bulle du 17 mars i^'jS {^). Cette pension avait, été concédée d'accord avec le duc de Bourgogne. Il ne fallut rien moins que cette bulle pour risquer de brouiller l'abbé avec Charles le Téméraire, lequel n'éprouvait pas unerépugnance excessive pour ce genre de cadeau. Sixte IV vint à son secours dans un bref adressé au souverain le 27 novembre suivant, comme il l'avait fait dans un autre bref adressé àl'évêque de Capaccio (*).

Thierry de Tuldel alla plus loin en essayant de couper court aux abus possibles, Le 2 mars 1476, il obtenait de Sixte IV un bref par lequel le pape engageait Charles le Téméraire à ne plus tolérer de commeudes et à n'en plus solliciter eu cour de Rome ; on outre, le i3 juin, le pape déclarait invalide toute commende de monastère norbertin et confirmait la libre élection des abbés (^). Déjà le 26 mars précédent, Sixte IV avait autorisé les couvents des monastères de St-Michel d'Anvers, de Parc et de Ninove à procéder librement à l'élection de leurs abbés après le décès des

Tuldel. Outre (jue le registre Vatican porte bien Andel, il est l'ait mention (le ce dernier dans le nécrologe de Tongerloo au ti avril (^^'. Van Spilbeek, iXecrolofiiiim ecclesiite B. M. de Tongerloo. Tongerloo, i;)6:>, p. üG).

Le récit des négociations de l'abbé de Parc a été lait i)ar M. C. B. de llidderdans son article : Les élections nbbaliiiles duns les Pays-Bas aoant le XIX'' siècle {Antilectes jtoiiv servir à l'hist. eccl. de la Belgique, t. V, 18G8, j)]). 3i5-.'54'3, notamment i)p. 3i5-'5i()) et ])ar le clian. Claesseiis, dans son étude : J'romolion aux prélatuves abbatiales dans l'ancienne Belgique {Revue catholique, t. 1879, pp. 127-140, 4G4-4''^0- notamment pp. i32-i34). Il est étrange ipie ces deux auteurs n'aient pas cité le Summaria chronnlogia de Pai'c de Libert De Pape, où l'on trouve réunis tous los documents relatil's à ces négociations (pj). 182-284).

(') De Pajje, j)]). 202-207.

('*) Bref de Sixe IV à Charles le Téméraire du 8 août i475 {ib., p. 217). (■■') Reg. Vatic. r)4ü. If. 125V-127V ; Herlière, Oblig., n. 1798; Divcrsa Cameralia, n. (igO ; Van Spilbeek, De abdij van Tongerloo, \^\^. 25Ü-257. ('') De Pape, pp. 217-225.

(■^') /6., pj). 226-227, 280-241, 298-294-

- igs -

supérieurs respectifs ('), et, le 2 avril suivant, l'abbé Thierry s'était engagé à faire payer à la Chambre apostolique les taxes habituelles des services de provision (^),

Il semblait que les maisons de l'ordre fussent désormais à l'abri d'un nouveau coup de main ; c'était compter sans son hôte. Le 19 janvier 1477 mourait Jean Fierkens, abbé de St- Michel d'Anvers, et, dès le 21 février, le nonce apostolique, Luc de Tolentis, obtenait la commende de ce monastère, le même jour que celui de Tongerloo était donné au cardinal de Mâcon, au même temps qu'un religieux de Grimberghe, Josse Bruylant, malgré l'élection régulière faite de Marc de Platea, obtenait directement de Rome la provision de cette abbaye (^).

Cette versatilité de la cour romaine ou plutôt la mauvaise volonté du nonce ne fit que ranimer l'opposition. Le vaillant abbé de Parc se mit aussitôt à l'œuvre pour provoquer un mouvement d'opinion. Les États de Brabant réunis à Louvain le i5 avril 1477 et à Bruxelles le 18 août 1478 protestèrent énergiquement à Rome contre « l'ambitieuse et pestilentielle pratique des commendes, tout-à-fait contraire au droit, scandaleuse pour tout le peuple, intolérable pour les monastères et même pour le pays tout entier » A ces protestations se joignirent le 14 se^îtembre celle des représentants de divers Etats du pays, assemblés à Termonde (^), celles des magistrats d'Anvers et de Louvain (^). En dépit de lettres par lesquelles l'évêque de Sebenico les faisait citer à Rome comme violateurs des droits apostoliques, l'abbé élu de St-Michel et les prélats de Parc, Diligem et Floreffe, sur l'ordre de l'archiduc Maximilien, refusèrent de se rendre à Rome. Ils furent frappés d'excommunication, mais ils se justifièrent auprès du pape C).

De son côté, la duchesse Marie de Bourgogne écrivait à Rome le i5 avril i477» et son époux Maximilien, à la date du 18 octobre

(') Reff. Vatic. 546, ff. 175V-178.

(2) Berlière, Oblig., 11° 1882, pp. 247-248.

(^) Voir la liste chronologique donnée plus haut.

(^) Analectes, t. V, pp. 329-33i ; De Pape, pp. 248-248.

(3) Analecies, pp. 33i-383.

(") Ib., j)]). 817; De Pape, ijp. 24s)-25i. C) Ib., pp. 253-259.

i^'jS, priait le pape « de ne plus commender aucun bénéfice dans ses États et de révoquer les bénéfices déjà commendés ('). » Les souverains allèrent plus loin, et, dans un décret du 14 janvier 1479, ils déclarèrent a sur leur parole de prince, qu'ils ne toléreront jamais que dans leurs Etats et spécialement dans le duché de Bi'abant, des monastères soient conférés en commende, ni avec charge de j)ensions, sans le consentement de celui qui devra payer cette pension » (^).

Ces remontrances énergiques produisirent leur effet, et, le 9 novembre 1481, Sixte IV cassait les commendés de Tongerloo et de St-Michel, ainsi que le provision indûment faite de l'abbaye de Grimberg lie (^).

Le résultat obtenu dans le Brabant eut son contre-coup dans les autres parties du paj'S. Outre que la concession de commendés fut enrayée, les monastères ne tardèrent pas de rentrer en régularité : Marchiennes en 1478, Hautmont en i479i Saint-Denis-en- Broqueroie en 1481, N.-D. de Boulogne en 1484, Cisolng avant 1488 (•*), parfois au prix de pensions (^), comme ce fut notamment le cas à l'abbaj^e de Saint-Trond, qui eut la chance de voir le cardinal commendataire mourir dans l'année, sans avoir touché la pension promise pour être délivré de la commende {^).

On peut dire qu'à partir de ce moment l'invasion des commendés fut arrêtée. On en rencontre encore un certain nombre, mais elles sortaient leur effet eu vertu d'une autorisation du souverain. Les monastères brabançons furent protégés par l'article 57 de la Joyeuse-Entrée où il était dit que « le souverain ne pourrait en manière quelconque donner, faire ou laisser donner en commende aucune abbaye, prélature ou dignité dans le dit pays de Brabant ».

Un retour offensif était cependant toujours à craindre. C'estainsi qu'à la mort de l'abbé Pierre Macs de Tongerloo (28 août i5o4), les

(') Analecles, pp. 333-335.

(2) Ib., p. 33G.

(^) De Pape, pp. 2G2-289.

(■>) Berlière, Oblig., 11. 1849, i85i, 1890, 1880, 1892; Monasticon belge, t. I, p. 237.

(^) Voir la liste donnée plus haut.

(^) C. de Borman, Chronique de l'ubbaye de St-Trond, t. II, p. 35i.

abbés prémontrés s'empressèrent do conjurer le danger dont cette abbaj'C était menacée. Ou avait appris que Pliilippe-le-Beau voulait donner l'abbaj'e en commende à Philippe d'Aragon, archevêque de Sarragosse. On agit de suite, et, moyennant la somme de 2000 florins, on obtint la liberté d'élection (i). Charles-Quint non plus ne voulait pas s'interdire de disposer encore des abbayes et de favoriser au besoin quelque grand prélat romain. Si, grâce à son intervention, la réserve de l'abbaye de Lobbes fut annulée au moyen d'une pension (^), on voit encore l'abbaye de Saint-André-du- Cateau occupée successivementpar l'évêque de Cambrai, le cardinal d'Albret et l'archidiacre d'Anvers Pierre Bricquet (^), le monastère de Saint-Saulve aux mains de Charles, puis d'Antoine de Lalaing("*), l'abbaye de Saint- Amand confiée à l'évêque de Tournai, Charles de Hautbois, à Louis de Bourbon, à Georges d'Egmond, enfin au cardinal de Granvelle (^), tandis qu'à Saint-Martin de Tournai les cardinaux Louis de Rossi, Jules de Médicis et Jean Salviati jouissent des revenus de l'abbaye, avec le consentement du roi de France ou de l'empereur C'). C'est que Charles V exagérait la teneur de l'induit que Léon X lui avait concédé le

(') Van Si)ilbeek, De abdij uan Tongerloo, ])p. 281-282. (^) Berlière, Monasticon belge, t. I, p. 222. (^) Gallia christ., t. III, 189.

(*) Ib., i35-i36.

(^) Ib., 2G7-271 ; Bull, de la Comm. royale d'hist. de Belgique, 3'^ série, t. I, i)p. 387-889. Voir l'étude de M. Jules Desilve, Georges d'Egmond, ji" abbé de St-Amand. (Extrait delà Revuede Lille, avril 1907). Arras, Sueur, 1907, 82 ij]). 8°.

(6) Gallia, t. III, 889-890; Berlièi,*e, Monasticon belge, t. I, p. 287-288; Areh. Vatic, Brevià minora, t. IV, n. 146, 180 (Schede de Garampi).

Il ne faut pas confondre avec la commende la nomination aux abbayes de religieux d'autres ordres, puisqu'ils étaient tenus de faire profession du monastère qu'ils recevaient et d'en porter l'habit. Tels furentles dominicains Dominique Cai)ron, confesseur de Charles-Quint, nommé à l'abbaye de Lobbes (Gallia, t. III, col. 89 ; Berlière, Monasticon, t. I, p. 228), et Pierre Aimery, confesseur du duc de Parme, nommé à l'abbaye de St-André-lez- Bruges, puis à celle de Crespin (Gallia, t. Ill, io5). Tels furent encore ces évêques suffragants de Cambrai, Tournai et Thérouaiuie appartenant à des ordres mendiants, et qui devenaient abbés réguliers dans les mêmes conditions : les carmes Martin de Cuy])er, évè(iue de Chalcédoine, abbé de Crespin (ib., io4), Jean Briselot, abbé de Hautmont et prieur de St-Sauve (ib., 118, i85), le franciscain Baudouin Vilain, abbé d'Oudenbourg (ib., Y, 273), ou encore le prémontré Daniel Tayspil, évèque de Dschebaïl, promu à la prévôté de Voormezeele (Revue bénédictine, t. XXIV, 1907, p. 80).

12 juin i5i5. Ne voulant pas rester en arrière sur le roi de France, maître désormais des abbayes de son pays par le tour joué au x^ape dans le concordat de Bologne ('), il entendait lui aussi disposer assez librement des prélatures abbatiales (-). Un manuscrit des Archives vaticanes a enregistré les collations d'abbayes aux Pays- Bas faites par le x^ape « <à la nomination o:\ à la demande de Charles-Quint ou en vertu de l'induit » (^). Nous 3' relevons de i5i9 à i556 les nominations aux abbayes des Dunes, Saint-Andrélez-Bruges, Afflighem, Saint- Vaast, Tongerloo, Blangy, Saint-Nicolas de Furnes, Saint-Pierre de Gand, Aucliy, faites à la demande du souverain.

11 y èut de l'opposition dans le paj's, notamment en i527 à propos de la nomination du prélat de Ste-Gertrude à Louvain (^), comme en i52o à l'occasion de la commende de Saint-Michel d'Anvers promise par Charles-Quint et accordée par Léon X au prince-évêque de Liège, Krard de la Marek (•''). L'opposition ne cessa que par la convention du 3o juillet i564 qui sauvegarda l'élection des réguliei'S, mais laissait une large place à l'action du gouvernement. La commende continua de sévir dans les monastères soumis à la couronne de P^rance; à part quelques velléités de retour ("), elle disparut de notre pays.

Dom Ursmer Bürliere, O. S. B.

(') L. Madelin, Lea jiremières !ij)jtlicfilions du conrordiil de i3i6 {Mélaiiffcs d'iirchcologie et d'hisloire, t. X\'n, 1897, pp. 323-385).

(^) P. Bourdon, Le concordat de François I""' et l'induit de Charlcs-Quint. Leur conflit en Artois, i5iS-i53i {il>., t. XXVI, 190Ü, ])]>. i43-iOü).

(■') Provisiones apostolicae in Dilione Belgica Nispanica, in comitatu Burgundiae et in Sahnudia ne Statu Pedemonlano, (juuruni aliquae factae f'nerunt ad supplicalionem seu nominationcni Imperatoris, vegum vel ducum etc. aul nifforc induUorum seu concordaiorum, aliquae oero libère a Sede apostolica. a vol. in-4'' (Archives vatic, arm. XIV), t. I, ff. 3-22.

(•') Bull, de la Comm. royale d'Iiist., 3^' sér., t. I, p. 387.

(■'') Van Hove, Etude sur les conflits de Juridiction dans le diocèse de Liège à l'('j)0(jue d'Erard de la Marek, i5o(3-i538. Louvain, 1900, i)]). 74-75- — Si en 1021 l'évèque de Cambrai, Guillaume de Croy, obtint la commende de l'abbaye d'IIautniont, et, ajjrès lui, en i528, son frère Charles celle de St-Gliislain, on i)eut trouver une excuse dans le fait (jue ces deux prélats avaient fait i)rofession de la rèj^le bénédictine à Afflighem {Gallia christ., t. V, col. 41).

('') Pour S(-Aul)ei't (le Cambrai en 1596 et St-Maximin de Trêves en i()23, voir Cauchio et ISIaere, Recueil des instructions générales aux nonces de Flandre. Bruxelles, 1904, pp. (>. 200-201.

Les jetons de Jean- Sans- Peur,

eomte de Flandre

Les jetons de Jean- Sans-Peur sont rarissimes. Van Hende, dans sa Niiinisnudifjue lilloise {'), sous la rubrique « Chambre des comptes j), a été le premiei', il y a cinquante ans, à tenter de lui en attribuer un que nous reproduisons, faute de savoir où il se trouve, d'après ie dessin donné alors.

« Un jeton portant d'un côté l'écu de Bourgogne pur et simple » et de l'autre, l'écu que l'on retrouve sur les monnaies de Jean- » Sans-Peur doit naturellement convenir à ce prince.

» 259. CHE : SONT : GETOIRS : POUR : LE : CHAMB. » Ecu écartelé de Bourgogne, portant en surtout le lion de Flandre » dans un entourage de six lobes, cantonné d'étoiles.

» Rev. CHE : SONT : LES : GETOIRS : DE : LA : CHANB. » Ecu écartelé de Bourgogne dans un entourage de six lobes, can- » tonné d'étoiles. Cuivre.

» Cabinet de M. C. P. Serrure, à Gand ».

(') Niunisiniili(iue lilloise on description des monnaies, médailles, jetons, méreaux, etc. de Lille. Essai par Ed. Van Hende (Lille, i858), p. 118, pl. 3o, n" 259.

Cette attribution n'eut pas grand succès. M. Dugiiiolle la reproduisit, il est vrai, au tome I du Jeton historique des dix-sept provinces des Pays-Bas paru en 1876 ; mais, quatre ans plus tard, dans le tome IV du même ouvrage, il la combat en ces termes (^) :

« Jusqu'ici nous ne connaissons pas de jetons que l'on puisse » attribuer d'une manière certaine à Jean-Sans-Peur. Le jeton » n° 259 de M. Van Hende, qu'il attribue à ce prince, peut bien )) lui appartenir, vu la ressemblance de l'écu du jeton avec celui )) de ses monnaies ; mais il ressemble aussi à celui du vieux gros )) de Philippe-le-Bon, d'où l'incertitude de l'atti'ibution w (^).

En écrivant ces lignes, M. Dugniolle faisait évidemment sienne l'opinion exprimée ainsi par MM. Rouyer et Hücker, dans VHistoire du jeton au moyen âge, publiée entre temps :

« Nous ne connaissons pas encore de jetons que l'on puisse « attribuer particulièrement, à l'administration de Jean-Sans- » Peur ; mais il est d'ailleurs établi qu'il en a été forgé de son » temps, en i4i3, à la monnaie de Gand pour la chambre des )) comptes de Lille » (^).

En effet, le compte en rouleau de i4i3 rendu par le maître de cet établissement mentionne :

« A Jehan Gobelet, maître particulier de la Monnaie de Gand, )) j)0ur ijc IlIjxxXIX jettoirs d'argent par lui livrés en la chambre » des comptes à Lille, pour jetter et besogner illec pour les affaires )) de Monseigneur, pesans ensemble iiij marcs Vj onces et Xij )) esterlins, que valient iij 1. Xij S. V d. gros » (^).

Tout bien considéré, il nous paraît que M. M. Van Hende, Dugniolle, Hucher et Rouyer se sont trompés l'un en attribuant le

(1) Page i3, n° 4i.

(2) Page 189.

(■^) M. Dugniolle oublie que le fait de la présence de l'écu de Pliilippe-Ie- Hardi sur l'une des faces du jeton rend difficile de voir dans l'écu de l'autre face autre chose qne les armes de son fils ,Tean-Sans-Peur, son successeur immédiat. Il ne peut donc être question des ax'moii'ies de Philipi>e-le-Bon, son petit-fils.

(■*) Page i35.

(^) L'omission de toute mention de fabrication de jetons de cuivre ne permet ijas de déduire qu'il n'en a pas été frappé en ce métal. De nombreux cas similaires l'établissent.

jeton reproduit en tête de cette notice à la chambre des comptes à Lille et à Jean- Sans-Peur, les autres en déclarant ne pouvoir admettre cette pièce comme contemporaine du règne du fils de Pliilippe-le-Hardi. Ainsi qu'il arrive souvent, la vérité se trouve entre ces deux opinions extrêmes et totalement opposées.

A notre sentiment, le jeton publié par M. Van Hende est le produit d'un mélange de coins. Il a été formé de la face d'un jeton aux armes de Philippe-le-Hardi écartelées de Bourgogne moderne: de France à la bordure componée d'argent et de gueules, et de Bourgogne ancien: un bandé d'or et d'azur de six pièces àla bordure de gueules ; et de la face d'un jeton à l'écu de Jean- Sans-Peur qui ajouta, on le sait, aux armoiries de son père, un sur-le-tout de Flandre, de sable au lion d'or.

Les deux légendes, quasi identiques, che sont les getoirs de la chainb. et che sont getoirs pour la chainb., qui demandent l'une et l'autre à être complétées par l'inscription d'un revers adéquate, viennent corroborer notre supposition.

Au surplus, les jetons fi-appés à l'aide de coins n'ayant entre eux aucun l'apport sont assez nombreux au moyen âge, et même i)lus tard. Rien n'empêche donc de croire que le côté aux armes de Jean-Sans-Peur constituait le droit des jetons forgés à Gand en i4i3, dont il resterait à retrouver un exemplaire complet. A ce l^oint de vue le jeton de M. van Hende a son intérêt; mais il n'en reste pas moins une pièce hybride, dénuée de tout caractère officiel

Il n'en est pas de môme du jeton que voici et que nous avons acquis dernièrement d'un grand collectionneur bourguignon.

Dans un cercle perlé, qui le sépare de l'inscription, l'écu de Jean-Sans-Peur posé, en cœur, sur une croix à branches feuillues. Fleur de lis, lOIIES S DVX ^ CTOM S BVRG S FLAD.

Rev. Dans an entourage formé de quatre arcs de cercle s'unissant en angle se voit une figure difficile à définir. Un cercle i^erlé et un entourage de 12 fleurs de lis et de 4 sortes de triangles ou niveaux à plomb enserrent le tout. — Cuivre, patine verte.

L'attribution de ce jeton à Jean-Sans-Peur, dont il porte les armes, le nom et les titres, est hors de doute. Il est même probable qu'il a été frappé pour sa maison particulière ; puisque sa légende ne fait mention d'aucune administration à l'usage de laquelle il aurait été émis. Il n'en présente pas moins certaine difficulté d'interprétation à cause du type de son revers. En effet, suivant que l'on place la pièce, l'énigmatique figure, prend l'apparence d'une femme agenouillée en prière, d'une sorte d'instrument de jet ou simplement d'une espèce de capuchon. M. de la Tour, du cabinet des médailles de France, que nous avons cru devoir consulter à ce sujet, penche pour cette dernière interprétation.

Dans le Catalogue de la collection Rouyer décrite par lui, nous voyons, classés aux « Types religieux •>), deux jetons à peu près du même temps (n°^ i465 et 1466) qui offrent sur leurs revers une représentation semblable, qualifiée par le savant conservateur de « Cuculle )) ou «Cagoule)). C'est cette interprétation que nous adopterons en attendant mieux.

Une dernière remarque. Aucun document officiel n'établit que Jean- Sans-Peur ait eu à Bruges un atelier monétaire en activité. Lapetite fleur de lis, marque habituelle de cet atelier, qui se trouve en tête de la légende, ne peut donc être prise ici comme différent monétaire. Il faut la considérer, ainsi que les fleurs de lis du revers, comme ayant un caractère purement ornemental.

A ces deux pièces, connues l'une et l'autre à un exemplaire, se borne à ce jour la série des jetons du comte de .Flandre, duc de Bourgogne, Jean- Sans-Peur. Nul doute, qu'avec le temps, elle ne s'enrichisse encore de quelques unités nouvelles. Si ce petit article pouvait y aider, nos voeux seraient comblés et notre satisfaction complète.

Alphonse de Witte.

]^es députés de Tournai

au2)rès de Louis XI et d'Olivier Le Dain,

Pendant les mois qui suivirent la mort de Charles le Téméraire (5 janvier i477)» les Tournaisiens eurent de fréquents rapports avec le roi de France, ainsi qu'on le sait notamment par les actes des registres des consaux, dont Gacliai-d (') a donné l'analyse, et par des extraits de comptes publiés par Frédéric Hennebert (-). De i^lus, les récits du chroniqueur contemporain Jehan Nicolay (^) permettent de suivre pour ainsi dire jour par jour les événements qui se déroulèrent alors à Tournai.

Mais les détails précis sur les missions des députés tournaisiens à la cour de Louis XI faisaient défaut. En 1901, M. André Lesort publia, dans la Bibliothèque de l'Ecole de Chai-tes ('), le procès-verbal des démarches faites par l'ambassade tournaisienne envoyée en automne 1478. Aujourd'hui une pièce comptable, récemment retrouvée ('■), nous fait connaître les diverses

(') Gachard, Extraits des regia très des consaux de Tournai. Comin. ro)'. (l'hist., t. XI (184(5), 4°.

{■) Ihillelinde Soc. d'Hist. et Litt, de Tournai, t. III (i85()), p. 3o2.

(■') Kulendrier des guerres de Tournay, i477-i47ni Vß'^' Jel1n.11 Nicolay, publié par F. Iloniiebert. Exti'ait des Mémoires de la Soc. d'Hist. et de Litt, de Tournai, t. II (i853).

Sur le manuscrit original de J. Nicolay, conservé à la bibliothèque nationale de Paris, voir la notice de J. de Gaulle, Bull, de la Soc. de l'Hist. de France. Bull, de lu Soc. de Tournai, t. lî (i85i).

(') Un document inédit concernant la diplomatie de Louis XI à propos de la neutralité de Tournai, 1478-1479, dans la Bibl. de l'Ecole de Chartes, t. LXII (1901), p. i5.

(•') Archives de la ville de Gand, section des villes étrangères.

en

circonstances du voyage entrepris auprès du roi, à Arras ('% par les délégués tournaisiens, du i8 au 26 juillet i477- Ceux-ci, au nombre de cinq, avaient été chargés d'ex^^oser que la ville, cernée j)ar les ennenis boui"guignons, avait avant tout besoin de vivres. Le roi reçut les délégués avec bienveillance, mais demanda qu'on portât à i3,ooo écus d'or la somme de 7,5oo écus (ou 14,000 livres toui-nois) que la cité lui offrait.

Il donnait en échange, scellées par lui, cinq lettres concernant respectivement :

1° le iDrivilège en faveur de Tournai, de l'étape des vins, qui était à V alenciennes (^) ;

2° l'abolition du service dû par les fieffés au duc de Bourgogne;

3° le don à la ville de Tournai des rentes qu'elle devait payer aux étrangers tenant parti contraire (^) ;

4° la quittance de i3,ooo écus d'or offerts au roi (^) ;

5° l'octroi pour vendre des rentes à l'effet de récupérer la susdite somme ("*).

Prévostz, jurez, eschevins, esgardeurs, doyens et soubz doyens des mestiers de la ville et cité de Tournay, à nostre bien amé maistre Jehan Haccart, receveur et massart de la dicte ville, salut.

Nous vous mandons que payez et délivrez à sire Martin de Bary, prevost, sire Guérard de Hurtebise, mayeur des eschevins de Saint Brixe, Jehan Canonne, grand doyen^ Pasquier Grenier, eswardeur, et maistre Jehan du Haveron, conseiller de ladicte

(1) Cf. Jos. Vaesen, Lettres de Louis XI, t. VI. Paris i8g8.

(2) Charte datée d'Arras, juillet i477- Original conservé aux archives de la ville de Tournai.

(3) Charte datée d'Arras, 28 juillet i477- Orig. à Tournai.

(*) Charte datée d'Arras, 28 juillet i477, avec quittance annexée du 26 août i477- Orig. à Tournai.

(5) Charte datée d'Arras, du 28 juillet i477- Orig. à Tournai.

Nous adressons ici nos remerciments à M. Hocquet, archiviste de la ville de Tournai, qui a facilité les vérifications dans son dépôt.

ville, pour ung voyaige que j)ar nostre ordonnance et commandement ilz ont fait pardevers le Roy, nostre sire, chargiez lui présenter la somme de sept mil cinq cens escuz d'or, vaillant XIIII"' livrés tournois, dont ladicte ville lui faisoit ayde, et aussi lui remonstrer comment ceste dicte ville estoit enclose et environnée de toutes pars de ses adversaires, que toute commuuicacion lui estoit ostée, toute marchandise, mestiers et labeurs y estoient cessez, vives y commenchoient à deffaillir et desia y estoient faillis vins et sel, et si n'en savoit ou j)ovoit ladicte ville ou recouvrer se n'estoit par l'ayde du diet seigneur. Pourquoy nos diz depputtez estoient rechargiez lui requérir qu'il lui pleust nous faire passaige et ouverture d'aucune bonne ville pour aller en France nous ijourveoir de noz nécessitez, et que néantmoins il lui pleust nous faire envoyer des vins et sel dont ladicte ville avoit grant besoing et nécessité.

Lesquelz présent, remonstrances et requestes ont esté fais au dit seigneur, qui leur respondit que attendu ses grans affaires, il convenoit que ladicte ville lui ampliast ladicte somme jusques à treize mil escuz d'or, et quand à l'ouverture et passaige requis, c'estoit l'un des plus grans désirs qu'il avoit le nous faire, et le feroit le plus tost (j[u'il pouroit, et si avoit desia chargié à maistre Olivier le Dain, cappitaine de Mulem, nous pourveoir de vivres. Disant le dit seigneur que n'eussions aulcun soussi et que point ne nous lairoit en dangier.

Ouquel voyaige nos dits depputtez impétrèrent et obtindrent du dit seigneur previllège de tenir l'estapple des vins en Tournay qui se solloit tenir à Valenchines. Avec, le don de la confiscacion de toutes les rentes viaigières que ladicte ville devoit aux étrangiers tenans party contraire au Eoy, nostre dit sire. Ensamble, la quictance des dits XTII"* escuz d'or, et grâce de vendre rentes sur ladicte ville pour le recouvrement de ladicte somme de XIII™ escuz.

De toutes lesquelles choses nos dits depputtez nous firent rapport et nous en délivrèrent les lettres à leur retour.

Lesquelz depputez ou dit voyaige faisant, besougnant et retournant, ilz ont vaquié noef jours finis le vingtsix™'' jour de juUet derrain passé. Est assavoir les dits prévost, mayeur et grand doyen, chascun à trois chevaulx, et les dits Grenier et Haveron,

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