JUS
Que l'Église catholique soit donc Iranquille sur ses destinées comme le soleil l'est sursa lumière au profond du ciel ; elle possède un ])ien nécessaire aux hommes, et nul d'entre eux ne peut l'obtenir qu'en le lui demandant. Ils ne se sont éloignés d'elle qu'en éprouvant aussitôt la défaillance d'un astre qui s'écarterait du centre d'attraction par où il est soutenu dans son orbite. Plus la charité se refroidira dans le monde, plus l'Eglise y tiendra de place par son absence même, jusqu'au jour où la misère morale étant à son comble, Isaïe criera de nouveau à Jérusalem désolée: Lèvo codoxr left yeux, et vois : to\i>i cpaix-cI i^o ><oni (is^^emhléa , il fi s(ml vemis à toi. C'est moi qui vis, dit Je Seigneur, et je te donnerai encore ceux-là comme nn ornement, el je t'en environnerai comme une épouse, parce que ton désert et tes solitudes et la terre de tes ruiiies seront maintenant trop étroites pour tes Jiahitants , el que je mettrai en fuite ceux qui t'envaliissaienl. Les fils mêmes de ta stérilité te diront aux oreilles : Ce lieu m'est étroit, fais -moi de V espace, que j'i/ liahiie. Et toi, tu diras dans to)i ca'ur: Qui m'a engendré ceux-ci-? J'étais stérile et n'enfantais pas, émigrée et captive, et qui donc m'a amené ceux-ci'? J'étais abandonnée et seide, et ceux-ci oùétaient-ih donc? Voici ce que dit le Seigneur: J'étendrai ma main sur les nations, et j'élèverai mon signe au 'luilieu des peuples , et ils t'apporteront tes fds dans Ion sein et tes fdles sur leurs éjiaules; et les rois seroiU, tes nourriciers, et les reines tes nourrices ; ils t'adoreront , le visage penché à terre, el ils hai-
.<pi'ont la />()H,s,s/t're de tes pieds; et tii sciaras que je suis le Seigneur, à Voceasion duquel )ihI de ee.ux qi(i l'cdtpudent ne sera eonfondu (1).
Ni vous ni moi , mon cher ami , nous ne verrons ces merveilles réservées, s'il plaît à Dieu, à l'amour humilié et méconnu. Nous verrons, au contraire, de tristes spectacles : le bien quelquefois victorieux du mal par la nécessité, et le mal reprenant son empire, parce que le bien ne se sera pas connu lui-même dans sa victoire. Trop d'éléments disparates sont mêlés et broyés ensemble : un siècle ne sera pas de trop pour la rude besogne de les séparer, et nous mourrons avant le repos; mais ce n'est pas de quoi nous devons nous plaindre.
Je me promenais , il y a peu de jours , dans la cainpagne de Rome , proche des catacombes de Saint-Laurent; je me dirigeai vers un cimetière nouveau qu'on a creusé dans ce vieux cimetière, et je fus frappé, à la porte, par une inscription: Pleure sur le mort, parce qu'il s'est reposé ! J'entrai en la méditant; car que voulait-elle dire? Il ne me fut pas difficile de le comprendre : Pleure sur le mort, parce qu'il s'est reposé de bien faire, parce que ses rnains ne peuvent plus donner, ni ses pieds aller au-devant du malheur, parce que ses entrailles ne sont plus émues par la plainte, et que son esprit, envolé loin des disputes des hommes, ne leur oppose plus l'acte d'une foi humble et patiente. Pleure sur le mort, parce qu'il s'est reposé, tandis que
1) l.-iïe. (;li;ip. Ai»,
celui qui le noiu-rissait sur la terre de la doctrine et du pain de la vie, son Seigneur et son Maître, est encore sujet aux contradictions. Pleure sur le mort, parce que le temps de la vertu est fini pour lui, parce qu'il n'ajoutera plus à sa couronne. Pleure sur le mort, parce qu'il ne peut plus mourir pour Dieu. Je roulai longtemps dans mon àme ces pensées, qui étaient encore entretenues par le voisinage des martyrs et par cette douce Lasilique élevée dans la campagne au diacre saint Laurent. Je regardai les vieux murs de Piome qui étaient devant moi, se tenant debout autour du Siège Apostolique comme ils se tenaient autour des Césars, et je regagnai lentement ma demeure solitaire , heureux de me sentir un moment loin de mon siècle , mais sans désirer d'être né dans un siècle plus tranquille , ayant entendu près de la tomlje des saints et des martyrs cet avertissement sublime : Pleure, sur Je mort, parce qu'il s'est reposé !