DE LA LEGITIMITE DES ORDRES RELIGIEUX DANS L ETAT
Si j'eusse vécu dans les temps qui ont précédé le nôtre, et que la grâce divine m'eût inspiré la pensée de servir dans un ordre religieux , me donnant à celui qui aurait le plus satisfait ma nature intime, et le mieux répondu à ma vocation, j'y serais entré sans en rien dire à personne qu'à Dieu et à mes amis. Cette simplicité était possible alors , elle était môme un devoir; car rien ne va moins à tout ce qui est chrétien que le bruit et l'éclat; mais ce qui était possible alors ne l'est plus aujourd'hui. Nous vivons dans un temps où un homme qui veut devenir pauvre et le serviteur de tous, a plus de peine à accomplir so volonté qu'à se bâtir une fortune et à se faire un ivom. Presque toutes les puissances européennes, i*ois et journalistes, partisans de la monarchie absolue ou de la liberté, sont ligués contre le sacrifiée
volontaire de soi, et jamais dans le monde on n'eut tant de peur d'un homme allant pieds nus et le dos couvert d'une casaque de méchante laine. Si les ordres religieux étaient comme autrefois possesseurs dévastes patrimoines, les conservant et les augmentant par des privilèges civils ; si leurs vœux , reconnus de l'autorité publique, leur donnaient une autre force que celle qui naît d'un consentement chaque jour renouvelé , un autre caractère que celui de la liberté la plus absolue, on concevrait les alarmes de tous les pouvoirs et de tous les partis. Les uns repousseraient le privilège par cela seul qu'il est pri- Yilcge; d'autres craindraient pour le fisc, privé des avantages qu'il retire du passage rapide des propriétés de main en main; d'autres réclameraient la iiberté individuelle et la liberté de conscience menacées par des engagements religieux, n'ayant pas pour seule garantie la persévérance intérieure de l'àme dans les mêmes dispositions; d'autres ne supporteraient pas des établissements auxquels la société moderne n'aurait pas ôté, par quelque importante modification , le sceau du passé. Toutes ces pensées sont compréhensibles.
Ce qui est inexplicable, c'est que quelques hommes las des passions du sang et de l'orgueil , pris pour Dieu et pour les hommes d'un amour qui les détache d'eux-mêmes, ne puissent se réunir dans une maison à eux, et là, sans privilège, sans vœux reconnus de l'État, uniquement liés parleur conscience, y vivre à cinq cents francs par tête, occupés de ces services que l'humanité peut bien ne
pas concevoir toujours, mais qui, dans tous les cas, ne font de mal à personne. Cela est inexplicable, pourtant cela est. Et quand nous, ami passionné de ce siècle, né au plus profond de ses entrailles, nous lui avons demandé la liberté de ne croire à rien, il nous l'a permis. Quand nous lui avons demandé la liberté d'aspirer à toutes les charges et à tous les honneurs, il nous l'a permis. Quand nous lui avons demandé d'influer sur ses destinées en traitant, tout jeune encore, les plus graves questions>, il nous l'a permis. Quand nous lui avons demandé de quoi vivre avec toutes nos aises, il l'a trouve bon. Mais aujourd'hui que, pénétré des éléments divins qui remuent aussi ce siècle, nous lui demandons la liberté de suivre les inspirations de notre foi, de ne plus prétendre à rien , de vivre pauvrement avec quelques amis touchés des mêmes désirs que nous, aujourd'hui nous nous sentons arrêtés tout court, mis au ban de je ne sais combien de lois, et l'Europe presque entière se réunirait pour nous accabler^ s'il le fallait.
Cependant nous ne désespérons pas de nous, même en face de tous ces obstacles extérieurs. Nous nous confions à Dieu qui nous appelle, et à notre pays.
On a dit que les communautés religieuses étaient interdites en France par les lois : plusieurs l'ont nié; d'autres ont soutenu que ces lois, supposé qu'elles existent, avaient été abrogées par la charte. Je n'examinerai aucune de ces questions; car je ne me présenie, en ce mom<>r»t ni à la tribune ni à la barre
d'une cour de justice. Je' m'adresse à une autorité qui est la reine du monde, qui, de temps immémorial, a proscrit des lois, en a fait d'autres, de qui les chartes elles-mêmes dépendent, et dont les arrêts, méconnus un jour , finissent tôt ou tard par s'exécuter. C'est à l'opinion publique que je demande protection , et je la lui demande contre elle-même, s'il en est besoin. Car il y a en elle des ressources in- • finies , et sa puissance n'est si haute que parce qu'elle sait changer sans se vendre jamais.
Quoi qu'il en soit donc de la législation positive, il est certain que les communautés religieuses existent en France. ^lalgré l'incertitude et la contradiction des lois, malgré des passions encore ■chaudes, elles se sont fondées et accrues sous tous les régimes, aussi bien sous la révolution de 1830 .que sous l'Empire et la Restauration. Sans secours de l'Etat qu'une simple tolérance , elles ont vécu de leur travail uni à la coopération de la charité, et bien qu'on lésait fréquemment attaquées de loin, jamais une insulte n'a frappé à leur porte depuis quarante ans, comme pas un scandale n'en a passé le seuil. Une stabilité si extraordinaire sur un sol si mouvant doit avoir des causes : quelles sont-elles? Il est évident d'abord que, dans notre état social, aucune contrainte, aucune séduction, de quelque nature •qu'elle soit, ne peut déterminer un si grand nombre de personnes à préférer la vie commune à la vie individuelle. L'acte par lequel on se dévoue aujourd'hui à ce genre d'existence est un acte de choix, un «clo essentiellement libre, et la quantité d'hommes
et de femmes qui mettent là tout leur avenir, sans crainte comme sans regret, est une preuve que la vie commune est la vocation d'un certain nombre d'âmes. En tout temps cette disposition s'est manifestée; mais elle est plus frappante aujourd'hui, si l'on considère à la fois l'état précaire des communautés religieuses et la passion d'individualité qui dévore le cœur des hommes. Il faut que , malgré des conditions si défavorables, il y ait aussi dans la nature humaine d'autres goûts, d'autres penchants plus forts que les instincts de l'égoïsme même légitime. De quel droit les empêcherait-on de se satisfaire , s'ils ne nuisent à personne ? Et en quoi nuisent -ils? Quel mal font au monde ces filles pauvres qui se sont formé un abri pour leur jeunesse et leurs vieux jours à force de vertus ? Quel mal lui font ces solitaires laborieux qui ne demandent à la liberté de leur pays que l'avantage de mêler leurs sueurs? Quel mal lui font ces sœurs et ces frères des hôpitaux, ces prêtres qui se destinent en commun à porter le christianisme et la civilisation aux peuples encore barbares, ou à évangéliser leur propre pays, ou à élever la jeunesse que leur conQera la volonté des pères de famille? Quel mal y a-t-il à tout cela? Si ce ne sont point des mérites , ce sont au moins des goûts innocents. Et se pourrait-il concevoir qu'ua pays où l'on proclame depuis cinquante ans la liberté , c'est-à-dire le droit de faire ce qui ne nuit pas à autrui, poursuivît à outrance un genre de vie qui plaît à beaucoup et qui ne nuit à aucun? A quoi bon verser tant de sang pour les droits de V homme? Est-
ce que la vie commune n'est pas un droit d^ l'homme, quand même elle ne serait pas un besoin de l'humanité? Cette pauvre fille qui ne peut pas se marier, qui ne peut pas trouver un ami sur la terre, n'at-elle pas le droit de porter sa dot de mille écus à une famille dont elle deviendra la fille et la sœur, qui la logera, la nourrira, la consolera, et lui donnera, pour plus grande sûreté, l'amour de Dieu, qui ne trompe jamais? Si quelques hommes n'aiment pas ce genre de vie , personne ne les force de le prendre. Si, riches et contents, ils n'ont pas senti les misères de l'âme et du corps , à la bonne heure ; mais il leur sied mal d'ôter aux autres un asile qui serait encore sacré, quand il ne servirait qu'à satisfaire un caprice de la nature.
Ce qui trompe là-dessus quelques hommes droits, c'est la pensée toujours présente des anciens couvents. Autrefois les couvents faisaient partie de l'organisation civile. Objets d'envie par leurs richesses, ils débarrassaient les familles nobles du souci de leurs cadets et de la nécessité de doter leurs filles. Une foule de vocations , aidées par une industrie domestique, peuplaient d'âmes ennuyées el médiocres les longs corridors des monastères. Le peuple aussi se laissait prendre au bonheur de vivre derrière ces hautes murailles qui cachaient , croyaitil, une existence molle, devenue telle, en effet, bien souvent par la convoitise des gens du siècle. Toiit cela est vrai, quoique peut-être exagéré : mais on oublie que cet ordre de choses est complètement détruit par le fait seul que l'État ne reconnaît plus
les vœux religieux, et tel est l'objet véritable de la législation que l'on invoque contre les communautés. Elles ont cessé d'être des institutions civiles , et n'ayant plus dès lors d'autres liens que la conscience, la conscience les protège contre les abus qu'introduit toujours dans les choses saintes la main de la force. Aussi les communautés religieuses présentent en France depuis quarante ans un spectacle si pur et si parfait, qu'il faut un souvenir bien ingrat pour leur opposer les fautes d'un temps qui n'existe plus. La gloire de la France, dans ces quarante ans, est d'avoir reproduit toujours les choses qui ne doivent mourir jamais. Elle a été comme la nature , qui renverse les vieux arbres où s'abritèrent les générations, mais qui en conserve le germe, et en tire des troncs nouveaux où la postérité cherchera de l'ombre et des fruits. Il ne faut donc pas dire : La France est foulée aux pieds , puisque tout ce qu'elle a détruit reparaît; il faut dire, au contraire : La France est victorieuse, puisqu'elle a conservé les germes dont l'anéantissement ne serait que l'acquisition de la stérilité, et qu'ils se développent avec des conditions nouvelles dans son sein rajeuni. Quiconque aspire à la destruction d'un germe aspire à constituer la mort, et son labeur sera certainement vain , parce que Dieu , qui a livré à la volonté de l'homme les existences individuelles, ne lui a pas donné puissance sur leur source. La nature et la société, par leur inaltérable sève, se riront toujours de ces spéculateurs qui croient changer les essences , et qu'une loi peut mettre à mort les chênes
et les moines : les chênes et les moines sont éternels.
Si l'on regarde de plus près à la constitution présente des communautés religieuses, on comprendra mieux encore le principe de force qui les fait lutter avec avantage contre tous les préjugés. Une communauté religieuse se compose de trois parties, l'élément matériel, l'élément spirituel, et l'élément d'action. J'entends par l'élément matériel le mécanisme extérieur de la vie , c'est-à-dire les règles qui déterminent le logement, le vêtement, la nourriture, le lever et le coucher, enfin tous les actes relatifs au soutien du corps. L'élément spirituel consiste dans les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, d'où découlent et auxquels se joignent tous les rapports avec Dieu. L'élément d'action est le moyen par lequel une communauté religieuse influe sur la société. Il est facile de voir que ces trois éléments échappent nécessairement à toute atteinte dans un pays où la force brutale n'est pas l'unique raison des choses.
En effet , pour commencer par l'élément matériel , en quoi consisteraient le droit et la liberté , s'il n'est pas permis à des citoyens d'habiter une même maison , de s'y lever et de s'y coucher à la même heure , de manger à la même table, et de porter le même vêtement? Que devient la propriété , que deviennent la liberté du domicile et la liberté individuelle, si l'on peut chasser de chez eux des citoyens parce qu'ils y accomplissent en commun les actes de la vie domestique? Il faudrait au moins déterminer le nombre où commencerait le délit, et au-dessous de
ce noml)re, la communaulé restant possible, la lo serait impuissante jusqu'à ce qu'elle eût déclaré qu'un citoyen français n'est apte à iog'er avec ui\ autre citoyen français que sous le bon plaisir (lu roi et des chambres. Dans les associations ordinaires, le droit de se réunir est bien moins évident, les garanties d'ordre beaucoup moins complètes, et cependant la loi les permet dès qu'elles n'excèdent pas lo nombre de vingt personnes. Pourquoi ôterail-on aux communautés religieuses le bénéfice de cette disposition, qui n'est pas même une disposition libérale? On respectera la liberté de vingt individus se réunissant à des jours fixes dans un lieu qui n'est pas leur propriété ni leur vrai domicile, et l'on traitera d'attentat aux lois la réunion de vingt individus dans leur propre maison où ils vivent paisiblement! Car, et ceci est digne de remarque, aucune association ne donne à l'État des garanties d'ordre aussi étendues que les communautés religieuses. La vie commune exige tant de vertus, qu'un monastère où elle est observée sans le secours des lois civiles et par la seule force de la conscience, est une merveille digne d'admiration. On pourrait même dire qu'une communauté n'est pas une association, mais une simple famille , en ayant tous les droits et tous les caractères; et pour montrer la différence qui existe entre ces deux choses, l'association et la communauté , il suffit de faire observer que si l'on assujettissait les associations à se transformer en communautés, elles seraient dissoutes à l'instant même par l'impuissance de remplir cette condition.
11 est vrai que l'élément spirituel qui constitue la famille religieuse est un vœu. Si elle n'était constituée que par un consentement quotidien , il faudrait avoir perdu le sens pour s'y opposer : mais un vœu! un acte.irrévocable! une tyrannie d'un moment sur tout l'avenir! C'est la même objection que les partisans du divorce présentent contre rindissolubilit.é du mariage : on aime un jour, et ce jour vous lie à jamais! La famille naturelle comme la famille religieuse est sujette à la loi de perpétuité, de la domination du passé sur l'avenir , et il faut bien que celte objection ne soit pas si formidable, puisque, malgré elle, le mariage n'a pas cessé d'être généralement indissoluble depuis Adam. Quel est d'ailleurs le passé qui n'engage pas l'avenir? Quel est dans la vie humaine le moment qui soit vraiment irrévocable? On se persuade qu'on échappe à ce qui est derrière soi : mais hbre qu'on est de s'en repentir, on n'est pas libre des devoirs qui en découlent, et le repentir même les consacre. Quoique cette parité entre la famille naturelle et la famille religieuse suffise pour légitimer la dernière, toutefois nous sommes loin d'accepter ce moyen de défense ; car le vœu des époux est sous la protection du Code pénal, tandis que le vœu du religieux est sous la protection de sa conscience; c'est-à-dire que la force maintient l'indissolubilité du mariage, tandis que la liberté seule maintient l'indissolubilité du nœud claustral. Si le religieux s'ennuie, il peut s'en aller : qui le retient? sa volonté seule, son adhésion renouvelée chaque jour à sa promesse , son amour persévérant pour Dieu.
H est vrai que son vœu est une loi qui loblii^'e : mais celte loi est son propre ouvrage, et il ne lui obéit qu'autant qu'il le veut. Faire la loi et lui obéir volontairement, n'est-ce pas là la plus haute expression <le la liberté?
Si le vœu est sacré parce que c'est un acte libre dans son principe et dans son exécution , il l'est bien davantage encore considéré dans son essence. Car sous ce point de vue, c'est un rapport intime de l'âme avec Dieu , un acte de religion. Ici la conscience réclame son inviolabilité. Elle demande qui a le droit de lui interdire sous une peine quelconque une relation de son choix avec Dieu. Le vœu n'est qu'un acle de foi par lequel l'âme, promettant quelque chose à Dieu, croit que sa promesse est acceptée de lui. Otez la foi toujours révocable parce qu'elle est une vertu, le vœu cesse d'être un lien pour l'homme. La proscription du vœu est donc la proscription d'un acte de foi. De telle sorte qu'un contrat ainsi conçu serait valable : « Nous soussignés , mettons notre fortune en commun : nous nous engageons à vivre ensemble tant qu'il nous plaira , avec accroissement de la part de ceux qui sortent à ceux qui restent , de ceux qui meurent à ceux qui vivent. » Mais ajoutez-y un seul mot, dites : « Nous nous engageons devant Dieu y etc., » le contrat devient illégitime parce qu'il est placé sous la sauvegarde d'un acte de foi , parce que la pensée de Dieu intervient entre les contractants , et qu'il y a vœu. Sans cet acte de foi , vous eussiez vécu tranquille dan? votre maison avec vos amis : cet acte de foi change tout. On vous enverra
des gendarmes à votre porte et dans votre intérieur ; vous aurez beau invoquer la propriété , le domicile la liberté individuelle : on vous répondra que toutes CCS choses sont sacro-saintes, mais que la liberté de conscience l'élant bien davantage, on est obligé, au prix de tous les sacrifices, de vous ôter malgré vous le poids insupportable de votre vœu, lequel, il est vrai , vous liera encore après que vous aurez été chassé, mais ce sera votre affaire. On se garde de vous enlever la foi qui fait la force de votre vœu, on ne vous prive que de la consolation de le remplir. On vous laisse la liberté de la servitude intérieure : qui peut vous la ravir? On ne vous ôte que la servitude de la liberté extérieure : de quoi vous plaignezvous?
Ce n'eût pas été une dérision si la révolution française avait dit aux religieux : « Peut-être il y en a parmi vous qui ne sont point entrés librement dan ces cloîtres; qu'ils sachent que d'aujourd'hui les portes sont ouvertes, et qu'ils restent sous la garde de leur conscience. » Ce n'eût pas été non plus une dérision d'ajouter : « La nation vous retire les biens que vos ancêtres et les nôtres vous ont autrefois donnés; elle croit ce sacrifice nécessaire au salut de la patrie , et vous laissant du reste de quoi soutenir votre existence, elle vous invite à porter le coup qui vous frappe avec la dignité d'hommes qui avez renoncé à la terre par amour de Dieu et des hommes. Maintenant que l'ordre ancien est aboU par cet acte exLi^aordinaire et terrible, allez où vous voudrez; bâtissez-vous de nouvelles demeures sous la protec-
lion du droit commun, par la force de vos vertus, et confiez-vous sans crainte au long avenir qui s'ouvre pour tous. La Providence n'envoie pas les révolutions sur la terre pour détruii ç, mais pour purifier.» Ce langage eût été une injusl'ce sans être une dérision. Ce qui est une dérision, 'est de prétendre, au nom de la liberté, dénouer les nœuds qu'on ?^e dénoue pas, parce qu'ils tienne nt aux sentiments intérieurs de l'homme, etdonnei pour sanction à cette étrange délivrance la spoliatiori des droits les plus respectés. Quand les trappistes furent chassés de l'abbaye de Melleray , n'emportèrent-ils pas leurs vœux avec leur foi? et que leur avait-on ôté, sinon la paix , la patrie , le fruit de leurs travaux , et toutes les libertés arrosées du sang de leurs pères et de leurs contemporains?
Légitime comme acte libre et comme acte de foi, le vœu religieux ne l'est pas moins comme acte de dévouement. Il engage celui qui le fait à la pauvreté, à la chasteté, à l'obéissance, c'est-à-dire à réaliser sur la terre, autant qu'il dépend de lui, les ardents désirs des meilleurs amis de l'humanité et les rêves des politiques les plus hardis. Que désire l'homme qui aime son semblable, sinon que tous ses frères gagnent par leur travail un pain suffisant, que le mariage ne leur apporte pas la misère et la honte pour postérité , et qu'un sage gouvernement leur procure la paix sans la leur faire payer de la servitude? Que rêve le politique le plus spéculatif, sinon une fédération universelle qui assure à tous Ica hommes l'égalité morale d'éducation et de fortune,