MÉLANGES HEN ΠῚ WEIL
VERS ANTIQUES ET VERS MODERNES
Un jeune homme de lettres d’outre-Rhin ayant, 1l y ἃ une douzaine d'années, dans une tournée en Grèce, fait connaissance à Corfou avec un professeur du lycée de cette localité, ne craignit pas d'affirmer que la prononciation grecque, telle qu’elle se pratiquait dans les collèges du nord de l'Allemagne, de la France et même en Angleterre, était la bonne, qu'elle se rapprochait davantage de celle des anciens Hellènes et qu'elle devait être préférée notamment à celle des Néo-Grecs. Autorisé par son confrère, le Germain se mit à lire avec une onction pénétrée devant les élèves d’une classe une série de beaux vers, — ne le sont-ils pas tous? — de l'Odyssée et de l'Ihade, et il ne fut pas peu étonné de voir accueillir sa lecture avec un rire universel, réellement homérique. C'est que, lui dit en souriant son confrère néo-grec, nous ne tenons plus compte, nous autres modernes, de la quantité prosodique des syllabes; nous n'observons plus que les accents. Le savant du Nord aurait pu lui répondre : Vous n'observez que les places occupées par les anciens accents. Quant aux accents eux-mêmes, vous ne les reproduisez pas ; ils ne marquent pour vous que les syllabes fortes des mots : les accents sont, pour vous comme pour nous, un effort, un coup de la voix; chez vos ancôtres de l'antiquité classique, c'étaient des notes musicales, qui avaient, sans doute, pour une race Jeune encore, un charme difficile à deviner aujourd'hui. La prononciation actuelle de ces accents ἃ l'inconvénient de changer, et même de déformer. les
fl