REINE
exacte en les comparant à des chapiteaux campaniformes renversés. Ils se ressemblent tellement qu'on peut les dire jumeaux, et cependant, à bien regarder, on découvrira quelques différences de détail dans leurs dimensions, dans le profil de leurs moulures!. On obser-
AN
vera aussi leur disposition asymétrique par rapport au piédestal. Celui-ci mème est très nettement partagé en deux et présente, d'une moitié à l’autre, des différences de travail assez sensibles pour qu'on puisse se demander si le monument n'est pas un composé de deux parties rapprochées en cours d'exécution, plutôt qu'un tout bien lié et conçu d’un seul jet. L'impression ne peut être que conlirmée par les variantes d'écriture et d'orthographe que l'on constate entre les inscriptions de l’un et l’autre socle *.
Quant à la destination de ces socles, elle ressort avec évidence de la forme et de la place des trois scellements creusés à la surface
supérieure de celui qui est demeuré intact : disposés en triangle et inscrits dans un cercle, ils n'ont pu porter, comme l'inseription le démontre d’ailleurs, que les pieds d’un trépied de métal. Le socle de droite, dont le haut est brisé, n'offre ni la même disposition symé-- (rique, ni le même nombre caractéristique de scellements ; cependant il ne peut pas avoir servi à un autre usage que celui de droite; on devra seulement supposer un montage différent et peut-être
NT
l'addition de quelque accessoire, car 11 y a cinq trous.
[ Jnscription
ι Dimensions : SocLe À (à gauche) SocLE B (à droile) 0,52 0",515 — dté 1,90 1,98 Listel inférieur 0",06 05.088 Moulure circulaire, hauteur 0,43 -- diamètre inférieur... 1,75 1,70 -- — supérieur 1,44 Laästel superieur 0m,045 2 Différences d'écriture portant sur les lettres A,E, Σ (voir les fac-similés), d'orthographe omission et c'uploi du signe d'aspiration et en général différence de physionomie graphique.
FT το τ τ...
942 THÉOPHILE HOMOLLE
à AUX : : - LES OFFRANDES DELPHIQUES DES FILS DE DEINOMÉNÈS 24: Les inscriptions gravées sur la plinthe antérieure du socle, face cs
à la Voie Sacrée, sont les suivantes : . même du sanctuaire qui était le foyer commun de la Grèce!.
Quant à l'artiste Bion*°, sa présence en Sicile n'est point non plus pour nous étonner : c’est un des Milésiens qui, chassés par l'invasion persane, vinrent, avec les habitants de Samos, chercher une nouvelle patrie dans la Grande-Grèce. Comme Pythagoras, il avait transporté en Occident son art, demeuré sans emploi dans une
\ / Ty \ 1% ‘ | τῇ υ « Α δῚ \ 3 χαὶ τίν Néx(n)v (ἠ)ργάσατο ville ruinée et déserte *.
Le second texte est moins clair, car 1] est incomplet, et les éléments de certitude manquent pour le restituer.
OSANE@EK ΕΝ “ΤΠ ΤΑΡΜΛΝᾺ |
On remarquera d’abord que, sans être disposée absolument στοιχηδὸν, l'inscription comporte d'une ligne à l’autre, dans un espace déter-
Sn τα
me τ τὰ re er te 2 tn
ee
miné,un nombre égal de caractères; en second lieu, que la lacune à
“Στὸ, cent
droite est d’une seule lettre. Etant donné que la partie conservée
ere dé
La lecture n'offre aucune difficulté, le sens non plus ; le commentaire historique est tout fait par Diodore, et par Athénée surtout, dont la description est si exacte qu'elle exclut toute chance d'erreur. Nous y voyons, en effet, que Gélon avait consacré dans Delphes un trépied οἱ ἀπὸ Victoire d'or ; que ce fut un des trophées de la bataille d'Himère, victoire libératrice pour l’hellénisme, pour la Sicile et pour la Grèce, menacées en mème temps et sauvées le mème jour par Gélon et par Thémistocle des barbares coalisés de l'Asie et de l'Afrique. La magnificence du monument n'a certes rien d'excessif, et l'honneur n’est point usurpé d'une place privilégiée au centre
occupe la moitié de la surface disponible et compte quatorze ou quinze lettres, c'estautant qu'ilen faudra attribuer à la partie détruite.
Le donateur est un fils de Deinoménès, et il ne doit pas être Gélon: si celui-ci, en effet, eût été l’auteur de la double offrande, il n'aurait pas divisé la dédicace, pouvant la faire graver tout entière et en lettres monumentales sur le haut degré du piédestal. Au surplus, et sans multiplier les arguments, nous savons encore, par Athénée, que Iiéron avait consacré, vers le même temps que son frère, une offrande toute semblable composée d'un trépied et d’une Victoire d'or. La similitude des deux socles conjugués, la double dédicace, concordent à merveille avec ces données, et l’on peut tenir pour démontré que le nom à restituer sur le second socle est celui même de Hiéron.
On lira donc : Ἰάρων ὁ Δεινομένεος, conformément à la formule de l'inscription voisine et de la dédicace d’Olympie*; et l'on placera
1 Telle est bien la portée attribuée à cette victoire par Pindare (Pyth., 1), qui réunit en une même gloire Athènes, Lacédémone et la Sicile ; dans une même reconnaissance les exploits de Salamine, Platées, Himère. — Cf. Πέμοροτε, VIT, 166, la légende relative à la simultanéité des batailles de Salamine et d'Himère ; et aussi Dioporr, loc. cit.
2 DIocène LaErce, IV, 8 ; cf. BCH, 1896, p. 654-656.
3 Πέβοροτε, VI, 22.— Busour, Gr. Gesch., I, p. 42-45 ; — Houx, Gesch. Siciliens, 1, p.198.
214 THÉOPHILE HOMOLLE
devant le nom et l’article le signe d'aspiration, comme ici même dans h:+54 et sans doute à la fin de la première ligne dans [H}]EA..., comme dans la dédicace de Delphes! et celle d'Olympie. On obtiendra ainsi quinze lettres; quatorze, si on omet l'aspiration devant l’article 2, comme dans notre dédicace de Gélon et celle de Hiéron à Olympie.
À la deuxième ligne, il ne reste que deux mots ἐπτὰ vai, mais ils suffisent à indiquer que la dédicace était suivie du poids de l'offrande. Le chiffre est trop peu élevé pour représenter autre chose que l’appoint d’une somme plus forte. dans laquelle il entrera nécessairement des talents; on restituera done le mot τάλαντα, qui réduira la lacune de la seconde ligne à sept ou huit lettres. Dans ces lettres, on devra trouver le nombre des talents et le mot indiquant le poids ou l’objet pesé; comme le nombre comporte, au minimum, trois ou quatre lettres, il n’en restera donc que trois ou quatre disponibles pour l'indication complémentaire qui devra en partie refluer sur la fin de la première ligne.
Là encore l'espace n’est pas de plus de quatre à cinq lettres. Une est certaine, E. La barre droite qui précède, avec ou sans l’appendice inférieur, dont la trace est à peine visible?, ne peut être que le signe d'aspiration, seul caractère qui se termine à droite par un trait vertical et soit fermé en bas. Ce caractère est seul entre les deux E; l'intervalle paraît un peu large pour une lettre, mais il est certainement insuffisant pour deux. Le jambage oblique /, faute de barre inférieure ou médiane, n'est ni Δ ni A; et il semble que le jambage moyen aurait laissé quelque trace si c’eût été un M ou un N; l'inclinaison enfin paraît convenir surtout à un A, et cette lettre complétée suffit à remplir la fin de la ligne; la plus étroite de toutes les lettres, 1 seulement, pourrait, à la rigueur, être ajoutée. On lira donc ἢ ελ (—2X, 5x ou εἴ). C'est précisément le début du mot qui signifie peser, ἕλχω, εἰλχύω, et qui est usité dans les inventaires d'offrandes. L'imparfait du verbe ἕλχω, la particule à et le chiffre
ss
de dix talents donneront le nombre de lettres requis :
vhoAetvowélveocävéBexe[h τάλαν ταδέχα! ἢ ἐπτὰμναῖ.
1 BCH, 1891, p. 303 (paginée par erreur 403). ? Ni la barre ni l'appendice ne sont venus sur notre cliché (p. 213) exécuté d'après l'estampage.
L'objet pesé n’est pas désigné ; mais, sur la base où on le voyait, son nom pouvait bien être sous-entendu, tout comme dans ἰὰ formule de consécration. Une objection plus grave, c'est une faute contre la syntaxe : ἕλχω gouverne l'accusatif, et l'irrégularité de construction. admissible à la rigueur, par mégarde, dans un long inventaire!, serait ici singulière. On supprime les deux critiques en substituant au verbe le nom de l’objet: [h]: [Nix δὲ τάλαντα δέχα,. Le sous-entendu n’a rien de choquant, le nominatif du poids peut se justifier ; le nombre de lettres est le même à un 1 près, qui peut être ajouté à la première ligne. La forme ionienne ἡ [Νίκη est plus embarrassante, car elle ne se justitie pas, comme dans l’autre dédicace, par l'intervention d’un artiste ionien.
Sans s'attacher trop strictement à la lettre, on pourra tenir pour très approximatifs et le sens général et le chiffre : c'est là l'essentiel. On n'hésitera guère qu'entre dix, onze et douze talents, selon que l’on insère ou non la particule δέ, qui peut très bien être omise en épigraphie. Les autres chiffres, au-dessous de dix, sont trop faibles par rapport au poids connu de l'offrande de Gélon, placée sur une base égale, — seize talents ; de treize à dix-neuf, ils comptent trop de lettres vingt est trop fort, étant peu vraisemblable que le cadet, Île subordonné, ait dépassé en magnificence le chef de l'État et de Ja famille?. Il semble qu'il ait dû plutôt rester un peu en deçà. Les chiffres donnés répondent à la fois à la ressemblance des offrandes et à la hiérarchie des donateurs.
Les remarques qui ont été faites sur la construction de la base, agrandie en cours d'exécution pour recevoir une seconde offrande qui n'était pas dans le plan primitif, semblent confirmées aussi par le récit de Théopompe. IL résulte des détails donnés par lui que les deux er-voto furent simultanés, mais indépendants. Hiéron paraît avoir agi moins sur les instructions de son frère qne de son propre mouvement. Il ne reçoit pas l'or de Gélon comme une part du butin, mais il le fait rechercher pour son compte, Il l'achète à Corinthe 8, Il commande l’œuvre d'art en son nom, de
1 À Délos. dans les indications de poids, on trouve m'‘langés les nominatifs et les accusatifs.
2 On a vu, par les mesures données, que la base de Hiéron est un peu moins élevée ue celle de Gélon, et, avec une plinthe plus large, d’un diamètre un peu moindre. ᾽ ? O0"?
3 Τπέορονρε dans ATHÉNÉE, VI, p. 232, À, B.
grmarapes eme
gs ne à A 0 Ge + pr sr à we ur ro on -
Ι BL ἢ ᾿ ‘+?
216 THÉOPHILE HOMOLLE
son côté, et obtient ensuite qu’elle soit réunie à celle de son frère, quand celle-ci était déjà mise en place ou prête à être placée.
Ainsi nous complétons, en un point important, 1 description de Pausanias, qui n’a point signalé le trophée des ty1ans, ne l'ayant ‘point vu!; nous rectifions Diodore, qui ne parle que d’une seule offrande ; nous confirmons les dires de Phanias et de Théopompe, qui mentionnent deux trépieds et deux Victoires d'or, consacrés par les deux frères; nous expliquons par les ruines la description poétique que fait Bacchylide du sanctuaire de Delphes, où resplendissait, près du temple, l'éclat des trépieds syracusains ?.
On peut se demander, toutefois, si deux trépieds seulement suffisent à ce tableau merveilleux et à l'enthousiasme du poète. Or voici les faits que nous avons observés. En déblayant le
piédestal de Gélon, nous avons découvert, brisé en trois morceaux, un socle ({C) en chapiteau campaniforme, semblable aux deux autres par la matière et le profil, un peu plus petit seulement. Le
1 Les trépieds avaient été enlevés par les Phocidiens pour être mis à la fonte, et la base elle-même disparaissait sous les stèles dont elle était surchargée. Cf. les remarques de M. Perprizer, BCH, 1896, p. 656.
? Baccuyuir, (Kenyon), IT, 15 suivants : Βρύει μὲν ἱερὰ βουθύτοις ἑορταῖς — βρύουσι φιλοξεγίας ἀγνιαί ---λάμπει δ᾽ ὑπὸ μαρμαρυγαῖς ὁ χρυσὸς --ὑψιδαιδάλτων τριπόδων σταθέντων - πάροιθε ναοῦ...
lieu, la forme, qui est exceptionnelle à Delphes et qu'on ne rencontre point ailleurs, pour autant que je sache, invitaient à établir une relation entre ces trois ouvrages identiques et si voisins. A la différence des deux autres, le monument est anépigraphe. Il ἃ aussi l'inconvénient d'être brisé à sa surface supérieure et de ne garder aucune trace des trous de scellement; mais on ne se hasardera pas en y reconnaissant une base de trépied.
D'autant moins qu'un quatrième socle (D), tout pareil, présente, comme celui de Gélon, les trois cavités caractéristiques disposées en triangle. Il est en calcaire noir bleu, a même plinthe, même moulure, même listel que les trois premiers ; quant à la dimension, elle est intermédiaire entre AB et C. La dédicace fait également défaut!. On l’a découvert assez loin du piédestal, entre le temple d'Apollon et le mur polygonal ; mais les ruines de Delphes
ont été trop bouleversées pour que cette distance, qui n'est pas énorme, condamne de premier abord un rapprochement que la matière et la forme suggèrent.
ι Dimensions : SOCLE C SOCLE D
Listel 0®,04 0®,04 Moulure, hauteur 0,375
— diamètre inférieur 1 904 1 38
-- -- 05,99 [1516] supérieur 05,098
218 THÉOPHILE HOMOLLE
Voilà donc quatre bases de trépieds d'un type très rare, identiques à quelques variantes de forme près et sauf l'échelle décroissante des proportions. Le nombre quatre est égal à celui des Deinoménides, Gélon, Hiéron, Polyzalos et Thrasyboulos. Les rapports de grandeur peuvent répondre aux situations relatives des personnages ; les dédicaces exprimées ou omises semblent justifiées par le témoignage des auteurs.
Deux de ces offrandes sont individuelles et nominatives; elles sont signalées spécialement par les écrivains anciens; ce sont aussi les plus grandes, celles des deux frères aînés, qui avaient à la fois pour eux l’âge et l'autorité, l'un tyran de Syracuse et l'autre régent de Géla!; les deux autres plus petites, anonymes, et comme telles omises par les historiens, appartiendraient aux cadets ; elles auraient été confondues dans une dédicace collective, gravée sur la base commune. Les quatre frères sont réunis dans la gloire du triomphe par Pindare, Bacchylide et Simonide, ou, du moins, l’auteur de l'épigramme qui lui est attribuée”.
Le scholiaste de Pindare dit, en effet,que Gélon, par affection pour ses frères, les associa à sa gloire et à sa dévotion en dédiant avec eux des trépieds, er-voto d'Himère, et il a conservé la dédicace, — dédicace collective, — de cette offrande familiale. Remarquable coïncidence entre les données archéologiques et littéraires, et bien démonstrative, si les inductions présentées ci-dessus ne sont point forcées, ni les vers de Simonide apocryphes. IT vaat donc la peine d'étudier de plus près et le monument et l'épigramme.
Examinons si l'état des lieux permet d'ajouter aux deux trépieds de Gélon et de Hiéron ceux de Polyzalos et de Thrasyboulos.
Les abords du piédestal ont été modifiés, et à plusieurs reprises, par des travaux de voirie. Au 1v° siècle, à la suite du tremblement de terre qui renversa le temple, des remblais considérables furent