‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 71 sur 96 · Η. OMONT · texte numérisé non relu

Η. OMONT

Τὸ παρὸν βρεθαῖον προχομισθὲν ἡμῖν παρὰ τῶν ἐχθεμένων αὐτὸ τιμιωτάτων μοναχῶν τῆς ὑπεραγίας Θεοτόκου τῆς ιλεούσης τοῦ τε τιμιωτάτου χυροῦ Μελετίου χαὶ χαθηγουμένου xai τῶν ὑπ᾽ αὐτοῦ μοναχῶν, καὶ ἀνομολογηθὲν

φθέντα μοναχὸν Μελέτιον, μὴ εὑρισχομένου βρεδαίου εἰς τὴν ar αὐτοὺς μονὴν, γέγονε τὸ παρὸν βρέόαιον, ἐξ αἰτήσεως δὲ τούτων ἐπεγράφη καὶ ἡμῶν, ἵνα φέρῃ τὸ αὐτόπιστον, μηνὶ χαὶ ἰνδ. τοῖς mpoyeypau-

Η. Omonwr.

Un seul peuple du monde entier, resté en dehors de toutes les civilisations étrangères, ἃ eu une histoire à lui, inconnue des autres nations pendant des milliers d'années : c'est la Chine. - Mais aussi le Céleste Empire est, avec toute sa culture et toute sa littérature, une terre à tel point exotique que ce serait l'histoire des peuples de la Lune, si nous la connaissions : les dynasties qui ont régné sur lExtrème-Orient et les événements qui s'y sont déroulés dans l'antiquité n'ont qu'un intérèt très limité pour nous ; c'est comme s'il s'agissait d’une partie détachée de notre globe. Les Grecs ne connaissaient pas ce pays et n'avaient pas entendu parler de son antique existence. S'ils savaient que derrière l'Emodus vivait un grand peuple, ils ne s’en souciaient guère. Il en est autrement de Loute la partie de l'Orient à l’ouest de cette vaste contrée. L'intérêt que, dès les premiers siècles de l'éclosion de l'esprit hellénique, ce petit peuple universel prit à l'histoire de l'Asie occidentale mérite notre gratitude éternelle.

En effet, que saurions-nous de l’Asie ancienne sans les Grecs ? Et, quand nous nommons les Grecs, nous en excluons encore les Doriens d'Europe, et nous nous bornons aux Ioniens et aux Athéniens : ce ne sont pas les Spartiales, avec ou sans Léonidas, qui nous auraient renseignés sur ce qui nous intéresse dans les faits el gestes des autres nations. El, si nous citons ces deux branches helléniques, nous n'oublions pas le petit peuple qui, en dehors d'eux, ἃ seul écrit l'histoire : je nomme les Juifs et les livres bibliques. C'est en partie aux éléments sémiliques, largement infiltrés dans l'ethnographie et la langue des Grecs, que ceux-ci ont dà de s'élever

au-dessus de l'esprit vague et infécond des Aryens de pur sang. Arrètons-nous au plus ancien et au plus illustre historien grec, que l’on ἃ nommé avec raison le Père de l'histoire. Lui, comme son grand contemporain Hippocrate, était Dorien ; mais, pratique comme le praticien de génie, il écrivit en 1onien. Ils savaient l’un et l'autre qu'ils ne trouveraient guère de lecteurs parmi les Doriens et les Eoliens, les compatriotes d'Alcman et de Sappho, mais bien parmi ceux pour lesquels avaient écrit Archiloque et Hipponax, les auteurs des iambes, ou mème parmi ces Lydiens, qui n'avaient pas seulement inventé la monnaie, mais aussi l'art de composer l'histoire. Hérodote, successeur d'Hécatée, nous ἃ laissé comparativement peu de chose sur l'antique histoire de la Mésopotamie ; en revanche, ses renseignements sur les Perses sont tous empreints de la plus grande exactitude et nous apportent un précieux secours. Et, partout où nous avons aujourd'hui la possibilité de contrôler les détails donnés par le Père de l'histoire, en les comparant avec ceux contenus dans les fragments de Ctésias de Cnide, qui pourtant puisait ses renseignements dans les Annales royales de Perse, nous trouvons la véracité d'Hérodote au-dessus de toute contestation. Le livre de Plutarque sur la malignité d'Hérodote se trouve réfuté par les intéressés eux-mêmes. S'il ἃ commis des erreurs, ce sont les récits mensongers des Perses qui ont surpris sa religion. On lui racontait, par exemple, que Cyrus le Perse était le propre petit-fils du Mède Astyage par sa fille Mandane (Mändäna, la femme au Jais). Mais les Perses ont toujours été coutumiers du fait. Le sens historique leur manque; [15 ont oublié quatorze cents ans de leur histoire, jusques et y compris le nom de celui qui ἃ fondé la Perse et qui ἃ créé leur gloire, le nom du grand Cyrus. À Gustasp, le Vistäçpa contemporain de Zoroastre, succède Ardeschir ou Artaxerxès; Alexandre, leur Iskender le Romain, est le petit-fils de Dara, le dernier des Pieshadiens, dont la fille avait épousé Filikus : Iskender demande son héritage maternel à Dara et l’oblient assez bénévolement. C'est donc le second petit-fils qui succède à son grand-père, et par droit de conquête et par droit de naissance. Ctésias sait que le Mède ᾿Αστυΐγης,. en médique /stuvequ, n'avait aucun lien de parenté avec Cyrus, qui, selon lui, était le fils d’un certain Agradatès. Or, Cyrus lui-même donne raison à Hérodote quand celui-ci prétend que Cyrus était fils de Cambyse, fils de Cyrus.

Le monarque, devenu roi de Babylone, nous dit (Baril babylonien, 1. 20) :

« Je suis Cyrus, roi des légions, grand roi, roi puissant, roi de

Babylone, roi des Sumer et des Accad, roi des quatre régions.

fils de Cambyse, grand roi de la ville d’Ansan, petit-fils de Cyrus,

grand roi de la ville d'Ansan,arrière-petit-fils de Téispès (Sispis), grand roi de la ville d'Ansan. »

La ville d'Ansan est probablement la ville de Pasargade (Paisiyauvädä, en perse). Hérodote (1, 107) s'exprime ainsi, après avoir raconté qu'Astyage voulut éviter le danger dont ilse croyait menacé de la part d'un futur petit-fils :

ns) Πέρση διδοῖ τῷ οὔνονα ἦν Καμβύσης, τὸν

Σ - 4 =” Cd RS \ A ren τς Dan ὦ ιἰσϑυχιου. πολλῷ ἔνερθε χγὼν X T5 W2:7250 27255

« Astyage donne sa fille à un Perse, qui s'appelait Cambyse, d'une bonne maison, mais qui se tenait tranquille, en l'estimant beaucoup au-dessous d’un Mède de situation moyenne. »

Plus bas (1, 111), ce Cambyse est nommé expressément fils de Cyrus. La mème filiation ἃ dû être constatée quand Xerxès s'emporte

contre Artabanus (VIT, 11) et où l’auteur avait écrit :

3 ’ 7 93 7 = = mm pp = pm = = νῶν - τοὺ Ἀρσ μξος τοῦ Δριχράμνεω

Aujourd’hui Cyrus, le grand-père, ἃ disparu dans les manuscrits d'Hérodote, comme manque la mention d’Atossa, fille de Cyrus. La phrase originale était donc :

« Je ne descendrais donc pas de Darius, fils d'Hystaspe, fils

d'Arsamès, fils d'Ariaramnès, fils de Téïispès, et d'Atossa, fille

de Cyrus, fils de Cambyse, fils de Cyrus, fils de Téïspès, fils d'Achéménès”? »

Hérodote savait très bien que Xerxès élait le petit-fils de Cyrus, et non pas son sixième descendant.

On peut donc se demander si, véritablement, il n'y aurait pas eu quelque chose de fondé dans le récit d'Hérodote, écho d’une légende populaire très répandue, d’après laquelle la femme de Cambyse (père de Cyrus) aurait été la fille du roi des Mèdes. La dénégation de Ctésias à ce sujet, et son assertion que Cyrus n'avait aucun lien de parenté avec Astyage, est certainement affaiblie

en ς. ΟὟ φιρῆγορ, ἐρδουκααρυνρε Rés ᾿ — ” - Ε ee ᾿ , 8 do 5 τεξῳενρυν γὔ ρθομαρλᾳ ττωῴφονως. 6 δον, Ἄριλς, ὡν σον 0 Ro 7 So φμθδ Ὁ δα» άβον κδρκαν το αασον 5 mamie Ἔ ἜΡΟΝ τὺ : ᾿ 7 : Cat . nn " A ne A ce τών.

par le fait irrécusable que Ctésias est dans l'erreur à l'égard de la généalogie de Cyrus, tandis que la donnée d’Hérodote est confirmée par Cyrus lui-même. Nous ne contesterions pas cetle version du Père de l'histoire si un témoignage contemporain ne semblait pas la rendre douteuse. C'est un passage de la grande inscription de Sippara, dans laquelle Nabonid, roi de Babylone, raconte les ravages des Mèdes et la punition de ceux-ci par Cyrus, qui, quatorze ans plus tard, devait mettre fin à l'empire des Chaldéens. Voici ce texte (ἢ. V, 64, 28) :

« Dans la troisième année (les dieux vengeurs) l'excitèrent à une

expédition ; mais Cyrus, le roi d’Ansan, son petit vassal, détruisit

avec sa faible troupe l'énorme armée des Mèdes (Unman-Manda,, prit Astyage; le roi des Mèdes, et l'emmena captif dans son pays. »

ΠῚ est au moins probable que le monarque chaldéen n'aurait pas ignoré ce lien de parenté, s'il avait existé, et qu'il l'aurait consigné dans ce document pour faire encore ressortir davantage la sévérité du châtiment divin qui frappa le dévastateur des temples babyloniens.

En tout cas, la généalogie donnée par Hérodote est confirmée par les textes de Darius [τὶ d'Artaxerxès Mnémon et Artaxerxès Ochus.

Dans la grande inscription royale de Béhistoun, Darius dit :

« Mon père à moi fut Hystaspe, et le père d'Hystaspe Arsamès, et le père d'Arsamès Ariaramnès, et le père d'Ariaramnès Téispès, οἱ le père de Téispès Achéménès. »

Darius insiste sur cette origine, qui donna à sa race le nom d'Achénénides, race illustre depuis les temps anciens. Les sources médiques auxquelles puisait Hérodote lui avaient désigné cette maison comme une οἰχίη ἀγαθή, «une bonne maison, » mais beaucoup au-dessous des Touraniens de Médie, qui se croyaient supérieurs aux Ariyazantu,ou hommes de race aryenne.

Quand on compare ces données exactes avec les fables mventées par les Persans modernes, leurs Gustasp, Παρὰ. Ardeschir, la reine Humayounan, un autre Darà et son petit-fils Iskender Rumi, Alexandre le Romain, on n’est que juste en rendant un hommage reconnaissant à la véracité des Grecs. Quand, à la fin du dernier siècle, les livres zends furent découverts par Anquetil du Perron, les anglais Erskine et Richardson les regardaient comme une invention des Parsis, et ils décrièrent comme menteurs les écrivains

contemporains, leur opposant les récits fantaisistes des Persans, car

Juvénal avait bien dit:

Et quidquid Græcia mendax

Audel in historia….

IL sera intéressant de fournir ici toute la lignée des Arhéménides, restituée d’après les inscriptions cunéiformes, Hérocote οἱ ses

successeurs :

Achéménès | Téispès —— © ὃ «ἀὐστνἍ«Ἕ.Ἁ----- Cyrus Ariaramnès

| Cambyse Arsamès

Cyrus, roi de Perse Hystaspe A << | Cambyse Smerdis Atossa Darius I, roi --- — - Xerxès I, roi

Darius Artaxerxès I, roi -πσπππτ πιπππ — En — ---- Xeræès 11, roi Sekydianos, roi Darius II, Nothus, roi

Artaxeræès II, Mnémon, roi Cyrus le jeune Osthin®s

a EEE" ee Darius Artaxeræès II, Ochus, roi Sisygambis Arsànès | TT 2 — Arsès, roi Darius LI, Codoman, voi

Les Persans, Arvens, comme ils s'appellent eux-mêmes, ont oublié cette glorieuse dynastie qui succéda à la domination touranienne des Mèdes. C’est encore Hérodote qui nous a transmis tous les noms et les exploits de ces rois mèdes; lui seul explique, sous la forme d'une légende, le fait de la domination passagère des Touraniens sur l’Aryana. Car, dit-il (VII, 62), les Mèdes s'appelaient autrefois Aricns, ’Asur, et leur nom actuel ne date que de l’arrivée de Médée dans le pays. La dynastie des Mèdes était une lignée touranienne ; mais, quand elle disparut, le nom de la Médie s'évanouit avec celle-ci; depuis, les Aryens reprirent le dessus, et aujourd'hui la vaste contrée a repris son nom aryen d'Iran.

Jadis, comme aujourd’hui encore, où une partie de l'Iran parle turc, la Médie était habitée par des populations touraniennes mélées de tribus aryennes. Hérodote (1, 101) nous donne, à ce sujet, les renseignements les plus précis : il cite comme Aryens les Arizantes. d'origine aryeune, Ariyazantu, en perse ; comme, autochthones les Bouses, Buza; comme nomades les Στρούχατες, perse Cathrauvatis, habitant des tentes, et les « vagabonds », les Parétacènes. perse Paraitakd. De plus, les Mages étaient d'origine non aryenne : la révolution du Mage fut une réaction du culte touranien contre le mazdéisme perse introduit, avec quelques modifications, par Cyrus, qui, avec une vue de politique profond, avait également favorisé le dualisme bactrien, le panthéon chaldéen et le monothéisme juif.

Let assemblage de populations hétérogènes de races diverses a déterminé l'existence de deux listes de noms très différentes. désignant les mêmes individualités. Les monarques de la dynastie des Mèdes portaient soit les noms touraniens originaires, soit une dénomination qui rendait le sens de ces noms en arven. soit le nom touranien aryanisé. La première classe de ces formes se trouve dans les textes mèdes et assyriens ; la seconde, dans les récits de Ctésias et de ses sectateurs ; la troisième est celle d'Hérodote et des textes perses des Achéménides. Les qualre rois mèdes, se succédant en filiation directe, sont Déjocès (cinquante-trois ans), Phraortès (vingt-deux ans), Cyaxare (quarante ans) et Astyage (trente-cinq ans). Cette même histoire est représentée chez Ctésias, selon Diodore de Sicile (Π|, 32-34), par la lignée suivante, où aux cent cinquante ans sont substitués trois cent dix-sept ans :

Arbacès régna 28 ans Maudaces 50 SOSarmus

Artycas.

Arbianès

Artynès Astibaras Aspandas

Aspandas ou Aspadas est le roi que, selon le naïf historien, les Grecs appelaient Astyage : c'était pourtant là son vrai nom. Istuvequ,

dont la signification est ou : « ayant de bons soldats », ou : « ayant de bons chevaux ». Astibaras, qui est Cyaxarès, est le mot perse qui a le sens de « porteur de lance », Arstibara; c'est la traduction dn nom original mède Vaggistarra, nommé Vag-istarra dans la version médique et Uvakistar dans la traduction assyrienne du document de Béhistoun. Les Perses, qui connaissaient sans le comprendre Île nom médique, changèrent Vagistara en Uvakhsatara, celui « qui ἃ de beaux mulets », tout comme Ars/iyouga, « combattant avec Ja lance, » était l'aryanisation du médique Istuvequ, ayant une signification que traduisait le perse Aspanda où Uçpäda.

Quatre noms se partagent les soixante-quinze ans de Déjocès et de Phraortès. Deux d’entre eux, Arbianès et Artynès, ont chacun vingtdeux ans comme Phraortès ; Artycas, cinquante comme Déjocès ; οἱ Artée, quarante comme Astibaras ou Cyaxare. La question est assez complexe : le Déjocès d'Hérodote se trouve dans le nom de Dayaukku, contemporain de Sargon, ce à quoi nous conduit également la chronologie d'Hérodote. Le nom est médique et signifie: « celui qui ἃ changé la loi, » nom bien approprié au fondateur de la puissance des Mèdes. Ce peuple non aryen a été le fondateur en Asie d'une administration civile régulière, et, de plus, il est le créateur de l’organisation militaire. Cyaxare fut le premier qui, selon Hérodote (I, 103), distingua les différentes armes les unes des autres et mit de l’ordre dans l’art de combattre en bataille rangée. Les fortifications d'Echatane démontrent que cette nation s'occupa des moyens de défendre les villes. Les Perses ne firent que suivre les indications transmises par leurs prédécesseurs, en y ajoutant des améliorations : du temps de Cyrus, on connut l'appel régulier des soldats dans la garnison.

Pour revenir à l'histoire véritable, il n'y ἃ jamais eu que quatre rois mèdes, ainsi que l’affirme Hérodote, et voici la liste de ces monarques :

FORME GRECQUE NOM MÉDIQUE SENS TRADUCTION PERSE FORME ARYANISÉE SENS Δηϊόχης Dayaukka Législateur Artâyu Dâhyuka Ravisseur

(’Aptaios) des pays Φραύρτης Dirruvartis Arbatukte Fravartis Protégé Κυαξάρης Vag-istarra Porteur Arstibara Uvakhsatara Ayant de

de lance beaux mulets

᾿Αστυάγης Istuvegu Bon Ucpâda Arstivuga Lancier (᾿Αστυίγης guerrier

espere ares M2 ue RS

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Cette explication pourrait paraître trop artificielle si elle n'était pas l'explication forcée et naturelle des deux listes. Un seul Cas présente quelque difficulté : c’est le nom du second roi. qui est cité, dans le fragment d'un prisme de Nabonid, comme roi des Umnan- Manda, « de la maison Manda, » endroit où le texte assyrien porte fribatukte. La forme babylonienne est une espèce de calembour et désigne deux rois assyriens qui se rencontrent dans le nom de Nabutukte-erba, Vun des soldats déserteurs cités dans la pièce militaire mentionnée plus haut. Le nom signifie: « Nebo a augmenté les descendances, » et le sens des mots assyriens ne peut pas s’appliquer dans le texte babylonien, où il désigne clairement le nom du roi des Umman-Manda; ces mots précèdent immédiatement cette mention et en donnent le nom assyrianisé. Ce terme /riatukte ἃ son origine dans la forme médique dont dérive le grec ’Ap£aτύχτης οἱ dont se sont altérées les dénominations Τ᾿ Λρέιάνης, ᾿Λρτύχας el ᾿Αρτύνης. Il se pourrait done que la forme Fravartis ne fût pas l'aryanisation d’un mot médique Pirruvatis, mais ce dernier la traduction perse médisée. laquelle forme perse aurait été perpéluée par les auteurs des renseignements ulilisés par le Père de l'histoire,

Ces quatre rois, d'origine touranienne. parlaient la langue médique, dans laquelle ont été écrites les traductions des inscriplions perses et qu'on désigne par le nom de la seconde espèce. Celle langue médique était assez rapprochée de l’idiome dans lequel les rois de Suse indépendants avaient écrit leurs documents. On a nommé quelquefois ces textes médiques des traductions susiennes, Où même anzaniennes, terme choisi, semble-t-il. parce que le commun des mortels ne le comprend pas. Cependant, s’il est vrai que la langue de Suse est la même que celle de la ville de Rhagès, il faut les nommer toutes les deux médiques. Car la langue de la seconde espèce des inscriptions trilingues des rois Achéménides est celle de la ville de Rhagès : dans la version médique du texte de Béhistoun. le nom de celte cité n'est pas suivi, comme dans les textes perse et assyrien, de la mention « ville ainsi nommée en Médie ». Cette explication s'y trouve supprimée, comme c'est le cas seulement pour quatre villes : Pasargades, Arbèles, Ecbatane et Babylone. 1] n’y avait aucune nécessité de dire aux peuples auxquels s’adressait cette seconde version où était située la capitale de leur propre pays.

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Cet idiome de Rhagès a été aussi gratifié par d'autres savants du nom d'élamite : mais la langue élamite est un idiome sémilique, celui des Kassites, des Cissiens d'Hérodote et d'Eschvle.

En continuant l'énumération des points intéressants où la véracité d'Hérodote est confirmée par des témoignages contemporains, nous choisissons la mention des sept Perses qui tuèrent Gomatas le Mage, le Pseudosmerdis, et mirent ainsi fin à l'intermède de sept mois dirigé contre la religion de Zoroastre et contre la domination du peuple perse. Hérodote place le théâtre de ce meurtre à Suse: Darius, dans le texte de Béhistoun, le transfère en Médie, dans la province de Nisée, dans la forteresse de Sichichôtès (Cikyauvatis). Le régime du Mage, odieux aux Perses, était agréé par toutes les autres nations : raison de plus pour que celui-ci résidât dans le pays en faveur duquel il avait levé l'étendard de la révolte. Ctésias donne aussi les noms de sept conjurés, à savoir, en dehors de Darius : Onophas, Idernès, Norondobatès, Mardonius. Barissès et Artaphernès. Hérodote fournit les noms suivants: Otanès, fils de Phernaspès ; Megabyzus, fils de Zopyrus ; Gobryas, fils de Mardonius : Hydarnès, fils de Mégabignès ; Intaphernès et Aspathinès. Darius, dans le texte de Béhistoun, en écartant les renseignements fantaisistes de Ctésias, donne à Hérodote le témoignage le plus glorieux qu'il eût pu espérer. ἢ] cite :

Intaphernès ( Vindafranä), fils d'Oeosparès (Vahyaçpara). Otanès (Utäna), fils de Sochrès (Thukhra).

Gobryas (Gaubruva), fils de Mardonius (Marduniya). Hydarnès (Vidarna), fils de Mégabignès (Bagabigna). Mégabyzus (Bugabukhsa), fils de Dadyès (Daduhya\. Ardymanès (Ardumanis), fils d'Ochus (Vahukha).

Donc, sur les sept conjurés, six sontconformes à la liste d'Hérodote et le septième ne fut pas Aspathinès, mais Ardymanès (Ardumanis), dont le personnalité n'est pas connue par d'autres données. Mais cet Aspathinès cité par Hérodote, et auquel il prête même un rôle marquant, n'est pas une invention de l'historien d'Halicarnasse : il remplissait une fonction à la cour et ἃ dû être un ami particulier du roi. Car le monarque fit mettre sur son tombeau l’image de Go-

ΡΟΣ Ως ἐς πο τ μος 2 0 on à A in a τ παστποναοντος

bryas et d'Aspathinès, Aspacindä en perse, « collecteur de chevaux ». Quelque erroné que fût le renseignement fourni à Hérodote, l'auteur pouvait se tromper de bonne foi et supposer que l'un des meilleurs amis de Darius avait aussi aidé ce dernier à monter sur le trône.

On remarque que le père d'Otanès n'est pas Pharnaspès, mais Thukhra, le « brillant ». Hydarnès, par contre, est bien le fils de Mégabignès, et le père de Gobryas s'appelait Mardonius, come le général, son fils. Quantau père de Mégabyze (Bagabukhsa), Hérodote le nomme Zopyrus, comme s'appelait le fils de ce conjuré, et qui, selon une légende invraisemblable, montra un dévoûment incroyablement stupide pour son prince lors du siège et de la prise de Babylone. En vérité, Mégabyze était le fils de Daéduhya, que l'on rencontre dans lé Δαξδάχης d'Eschyle (Perses, v. 304) et dans le persan Dédüh. La signification du mot perse est inconnue, et Île mot grec Ζώπυρος, étincelle, feu vivant, est peut-être la traduction du mot perse. Toute cette légende de Zopyre est plus que sujette à caution et semble provenir soit d'une invention, soit d'un fait mal relaté. Hérodote assure que le siège de Babylone dura

vingt MOIS : Or nous possédons des textes datés de Babylone du mois

d'Adar de l'an 1 de Darius, c’est-à-dire quinze mois après l'entrée en campagne du roi des Perses; en sorte que les vingt mois attribués au siège de Babylone se rapportent probablement, en réalité, au laps de temps écoulé entre la révolte du Mage et la fin du règne de Nabuchodonosor ΠΠ, l'imposteur Nidintabel. Nous avons insisté sur ces faits, qui paraitraient des hors-d'œuvre, si l'ensemble de ces considérations ne prouvait pas que même Îles erreurs d'Hérodote ont toujours un fond de vérité, et que [65 inexactitudes doivent être mises sur le compte de ses informateurs.

Je terminerai par quelques observations relatives aux rois de Lydie.

Hérodote raconte (1, 91) que Crésus se plaignit auprès de l'oracle de Delphes de ce que le dieu n’eût pas eu égard aux bienfaits du roi de iydie. Le dieu lui aurait répondu que le destin n'avait attribué que cinq générations à la dynastie des Mermnades, mais que le dieu avait différé de trois ans de plus la prise de

Sardes.

Avec beaucoup de sagacité, M. Alfred Schæne a trouvé dans ce passage une confirmation de la chronologie lydienne exposée par Hérodote. Cinq générations, dit le savant professeur, donnent 166 2/3 ans, 3 ans de plus donnant 169 2/3, et la somme des règnes des cinq rois est précisément de 170. En effet Hérodote (1, 14 et suiv.) donne à Gygès 38 ans, à Ardys 49, à Sadyattès 12, à Alyattès 57, à Crésus 14.

Toutefois, 11 y ἃ lieu de croire que, si le total est exact, l’ordre de ces chiffres ἃ élé interverti par le Père de l’histoire, ou probablement par les scribes. En effet. en combinant les chiffres d'Hérodote avec la date de la prise de Sardes (546, ou, selon d’autres, 542), on trouverait pour l'avènement de Gygès la date 716 (ou 712) et pour sa mort 678 (ou 674). Mais, selon les textes assyriens de Sardanapale, Gygès (Gugu ou Gugqu) de Lydie (Luddu) envoya une ambassade au roi d'Assyrie vers 663 avant Jésus-Christ. Le document ninivite dit, de plus, que Gygès devint l'ennemi de l’Assyrien, mais quil fut trahi par les siens et que son fils se lia aussitôt avec le monarque assyrien. Gygès régna donc plus de 38 ans, même plus de 50. C'est donc à lui, semble-t-il, qu'il faut donner les 57 ans que le texte d'Hérodote attribue à Alvyattès, auquel le marbre de Paros n'en donne que 49!, c'est-à-dire précisément le temps attribué à Ardys dans le texte actuel d'Hérodote.

Il ÿ a donc lieu de fixer ainsi la chronologie des rois de Lydie :

Gygée (51 ans)....... ins. 112-655 ou 716-659 Ardya (98 μηδ}... τὺ] κοννεῦ, 655-617 659-621 Sadyattès (12 ans)... 617-605 621-609 Alyattès (49 ans)................. 603-556 609-560 Crésus (44 ans) ..............,... 596-542 560-546

C'est sous Alyattès (695-556) qu'eurent lieu les deux éclipses de soleil dont les auteurs anciens font mention et qui ne doivent pas

être confondues. La première arriva le 18 mai 603, pendant la

bataille entre Cyaxare, roi des Mèdes, et Alyattès ; Hérodote (1, 74) en dit: « Au milieu de la mêlée, il arriva que le jour se changea

1 En admettant que la date indiquée par le marbre (1.56) pour l'ambassade de Crésus à Delphes soit celle de l'avènement de ce prince.

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soudain en nuit (τὴν ἡμέρην ἐξαπίνης νύχτα evéchu). L'autre, dont parle Pline (If, 12), arriva sous Alyattès et sous Astyage, comme dit Cicéron, un saros plus lard, le 28 mai 585. Pline la place dans la 4° année de la 48° Olympiade !, et déjà Képler et Newton en ont fixé la date. Thalès ἃ prédit la première, selon Hérodote, et, selon Pline, aussi la seconde?. Toutes les deux appartiennent au cycle des saros babyloniens, dont nous avons, de 18 en 18 ans, la liste, de 549 à 99 avant Jésus-Christ.

La confusion du phénomène raconté par Hérodote avec l’autre ἃ engendré des systèmes fantastiques sur l’histoire des Mèdes, qu'une saine critique aurait pu éviter.

Jules OpPpErr.

Il ne sera peut-être pas superflu d'indiquer que la manière la plus commode de convertir les dates olympiques en années chrétiennes, c'est de multiplier par 4 le nombre de l'Olympiade, y ajouter l'année et déduire la somme de 781. Par exemple, 48 X 4) + 4 = 196, 181 — 196 — 585. Ainsi l'an 4 de l'Olympiade 48 commençait en 385, mais l'année olympique commencait-elle avant le 28 mai ? C’est là la question.

2 Ὃ Θάλης ὁ Μιλήσιος τοῖς Ἴωσιν προηγόρευσε. dit Hérodote. Thalès pouvait prédire celle de 608, totale comme celle du 15 avril 657 l'avait été pour la Grèce et l’Asie-Mineure. Le compte était facile à faire, juste 3 saros avant. et celie de 603 a forcément déterminé la prédiction du phénomène de 585.

Avec les Choëéphores et les deux Électres, nous avons la chance d'avoir conservé les trois drames où les grands tragiques grecs ont traité tour à tour la partie la plus horrible de la légende argienne, le meurtre de Clytemnestre par son fils Oreste. Nous pouvons V observer comment le même sujet, malgré la fixité du cadre, des moyens et des règles, a pu être adapté à des tendances absolument différentes et se transformer progressivement, en conformité avec le changement des conceptions religieuses, morales et esthétiques. Les Choéphores d'Eschyle (158 avant Jésus-Christ) et l'Électre d'Euripide (413) marquent pour nous le point de départ et l'aboutissement de cette évolution. La preuve que nous n'avons pas su tirer de ces deux œuvres tous leurs enseignements, c'est qu'il y ἃ quinze années à peine on n'avait pas encore établi l'évidence des raisons qui placent définitivement l'Électre d'Euripide au terme de la transformation. On ne s'était pas interrogé sérieusement sur les dates réci proques de l'Électre de Sophocle et de celle d'Euripide, et ce n étaient guère que des impressions générales de sentiment littéraire qui faisaient trancher la question en faveur de la priorité de Sophocle.

Dans un article publié en 1883!, M. de Wilamowitz-Moœllendorit eut le grand mérite de mettre ce problème de date à l'ordre du jour des discussions scientifiques. Il prétendit démontrer que l'Électre d'Euripide est antérieure à celle de Sophocle : c'est pour rendre sa grandeur héroïque et sacrée à un sujet rabaissé et profané par son rival que Sophocle aurait composé sa tragédie.

l Die beiden Elektren (Hermes, 18, p. 214 suiv.). .

La thèse apparut, dès l’abord, comme très audacieuse, et malgré la science, le talent et l'autorité de son défenseur, elle n'a pu se faire accepter. Mais ce fut un paradoxe fécond. Les efforts faits en vue de le réfuter ont nécessité un examen de plus en plus attentif des rapports entre les deux drames!, et notre intelligence de l’art des deux tragiques en a retiré un ample profit.

Maintenant qu'une foule de rapprochements de détails ont démontré la postériorité de l’œuvre d'Euripide, on peut dire que la considération générale qui, avant toute comparaison approfondie, avait fait admettre la même conclusion retrouve sa pleine valeur. Sur le fond grandiose de la légende telle qu'Eschyle l'avait projetée devant les imaginations, Sophocle pouvait avoir l’idée de montrer une de ces héroïnes passionnées et opiniâtres dont le succès de l'Antigone lui avait révélé l'action puissante sur le public. L'idée de lirer de la légende argienne un pendant à l’Antigone de la légende thébaine dut être le mobile qui stimula son génie. Électre est, à beaucoup d'égards, la sœur d’Antigone ?, comme Chrysothémis est

la sœur d'Ismène. Ce n'est pas la faute du poète, c’est le malheur du sujet lui-même que la légende ait fait naître Electre pour συνέχθειν

et non pour συμφιλεῖν comme Antigone. L'ordre du dieu de Delphes, le meurtre maternel sont des données antiques et consacrées qu'il ne convient pas à Sophocle de discuter; il travaille la légende en artiste et sans tendance, avec une impassibilité sereine. C’est aller trop loin que de dire qu'il traite les légendes en croyant; être croyant signifie pour nous adhérer à une série de dogmes nettement définis, et il est certain qu'aucun des libres artistes de la Grèce ἢ ἃ été croyant dans ce sens moderne du terme. Mais Sophocle ἃ considéré la légende comme une matière d'art sérieuse; il ἃ voulu nous montrer en action quels étaient les âmes, les caractères et les sentiments des personnages dont la légende n'avait rapporté que les noms et les malheurs. Son art accepte les idées, le milieu, l’atmos-

l Otto Risseck, Zu Sophokles und Euripides Elektra (Leipziger Sludien, 8, p. 382) ; — J. VauLEN, #ême tilre (Hermes, 26, p. 352) ; — l'introduction de ἃ. Kaïbel à son édition commentée de l'Électre de Sophocle, Leipzig, Teubner, 1896; — enfin H. Sreicer, Warum schrieb Eurigraes seine Elektra ? (Philologus, 36, p. 561).

? L'épigramme connue de Dioscoride, 4. P., VII, 37, fait déjà le rapprochement. Comme exemples des nombreuses analogies de sentiments et de situations entre les deux héroïnes, comparez Ant., 460-410, et ÉL., 352-365 ; Ant., 502 suiv., ÉL., 915 suiv.: Anl., 532, Εἰ. 185; Ant., 823. ÉL., 150; Ant., 114, ÉL., 381; Ant, 441, ÉL, 1445: etc.

phère, la couleur locale des temps héroïques. Il n'a pas reculé devant la hardiesse et la difficulté de présenter une Électre tragique dans le rôle effrayant que prêtait la légende aux enfants d'Agamemnon. Sa tâche, ici comme ailleurs, était de faire vivre une héroïne dramatique dans un milieu épique, considéré comme réellement historique.

De même que dans beaucoup d'autres de ses pièces, Euripide a laissé voir dans son Électre la tendance qu'avait son esprit d'homme moderne à ne pas prendre au sérieux les sujets traditionnels. Après ce qu'ont démontré les études récentes, on peut aller jusqu’à dire que son Électre est, à beaucoup d’égards, une véritable parodie. Cette tendance générale, à elle seule, suffit à dater l'œuvre par rapport à celle de Sophocle. Du moment qu'on a brisé la convention qui laissait la légende indiscutée, il n’est plus possible de restaurer son autorité ; le meurtre d'une mère ne peut plus être considéré que comme le plus horrible des forfaits, celui pour lequel il ne doit point y avoir d’excuse, pas même l'ordre d’un dieu.

La critique d’Euripide ἃ tari les sources mêmes de l'inspiration de Sophocle. C’est prêter à celui-ci les procédés d’un dilettantisme tout moderne que de lui supposer l'idée d’une réhabilitation, d’une Ehrenrettung d'Électre, du dieu des Delphes et de la fable m yCénienne. Après Euripide, l'héroïque fille d’Argos est à jamais dépouillée de son prestige légendaire ; ou bien elle deviendra criminelle et odieuse jusqu'à la caricature, comme dans l'Oreste d'Euripide luimème ; ou bien elle se transformera en orpheline innocente et malheureuse, comme dans les fades imitations du dernier siècle.

Le titre même des deux tragédies est instructif pour comprendre leurs rapports. Chez Euripide, Oreste est autant qu'Électre le héros du drame ; le rôle qu'y joue celle-ci n’est pas plus capital que dans la drame d’Oreste, qui a cependant reçu le nom de son frère. Si donc Euripide ἃ choisi le titre d’Électre, c'est encore à l’imitation de Sophocle.

Jamais tragédie ne mérita mieux son titre que l'Électre de Sophocle. C’est dans l’âme de l'héroïne que se passe tout le drame, c'est dans ses sentiments que réside l'intérêt tout entier. Beaucoup de scènes ne servent pas directement à l’action, mais toutes ont pour objet de mettre en relief le caractère d’Électre. Les scènes capitales, celles que les feuilletonistes d'aujourd'hui appellent quel-

HD φὰς οὐ EC κ δ at a ον nt Th nn 2 en ne ue era +9 κράρω 6 Pam PAT em “κράνος τὰ

quefois les scènes à faire, se déroulent d'ordinaire entre deux personnages seulement. C'est, en effet, l'art suprème du dialogue dramatique de montrer le conflit de deux âmes dont les pensées, les sentiments et les volontés se heurtent et se combattent comme dans un duel acharné. La pièce de Sophocle est une série de scènes à faire, où chaque fois le spectateur se demande ce que va dire et éprouver Électre.

Ne demandez pas le motif de l'entrée du chœur ; il ne vient là que pour donner au poète l'occasion de présenter son héroïne telle qu'il l'a conçue, inflexible dans ses regrets, avide de vengeance, augmentant à plaisir les tourments de sa vie pour se donner des nouveaux motifs de haïr, rebelle à toutes les consolations. Ne cherchez pas à rattacher à l’action les deux scènes où apparait Chrysothémis. Cette ingénue-ne vaut que comme un type moyen de la faiblesse et de la complaisance humaines, destiné à nous donner une mesure de l'intransigeance et du fanatisme d’Electre. Au point de vue de l'économie dramatique, le long récit du messager qui annonce la mort d'Oreste (680-763) est une pause nécessaire dans cet accaparement de la scène par Électre. Est-ce parce qu'il sentait la nécessité de cette diversion reposante que l’auteur s’y est étendu avec une complaisance qui déroute nos modernes scrupules ? Nous admettons la fausse nouvelle comme nécessaire à l'intrigue, mais nous ne comprenons pas comment poèle οἱ publie ont pu prendre plaisir, le premier à faire, le second à goûter une telle dépense de pathétique et de virtuosité dans le mensonge ες Avec cette brillante transition, Sophocle prépare la scène, où Électre, — toujours sans utilité pour la marche de l'action proprement dite, — prendra la résolution farouche d'exécuter elle-même la vengeance. La scène de l’urne, tant admirée dans l'antiquité, est un modèle de Part dramatique, un chef-d'œuvre achevé de pathétique. Mais elle est achetée au prix de l’invraisemblance, déjà remarquée par Euripide (Électre, 230), qu'Oreste laisse sans nécessité, pendant la durée de

plus de deux cents vers, ignorer à sa sœur qu'il est vivant. Cette

1 Dansles Choéphores(655 suiv. Kirchhoff\, l'annonce toute simple de la mort d'Oreste est infiniment plus croyable et plus naturelle. La vraie justification du récit de Sophocle à été donnée par Voltaire (il en avait d'ailleurs remarqué et l'anachronisme et linvraisemblance dramatique, l'imposture du messager pouvant être découverte en un instant) : « Le plaisir que ce morceau faisait à toute la nation, la beauté, la sublimité du style dans lequel il est écrit, l'emportérent sur toutes les critiques. »

unique explosion de tendresse chez l'héroïne, suivant la loi des contras re = . . . : Ξ -ς . - , | tes, donne un relief plus saisissant aux dernières scènes, où elle est rendue toute entière à l’atrocité de sa haine. Elle mime. en quelque sorte, devant le publie, le meurtre effrayant qui s’accomplit derrière ᾿ς ène : ἴσον, εἰ σθένεις. Dir A : τι

ère la scène : [Ιαἴσον, ! σθένεις. Dr AR. Ses dernières paroles sont pour exiger qu'on jette le cadavre d’'Égisthe aux chiens et aux vautours : ὡς ἐμοὶ 722 ἂν χαχῶν | μένον γένοιτο τῶν πάλαι λυτήριον. Cette vengeance impie peut seule mettre un terme à ses maux !.

On ἃ reproché au poète? de ne pas avoir laissé voir, comme le fait Euripide, son horreur et sa désapprobation pour les données mêmes du sujet qu'il traitait. Nous avons dit qu’un des postulats de a, HEAR de Sophocle est l'acceptation respectueuse de la

Tee) « 8 + ἘΝ < € LU A « égence. I a dû d'ailleurs accepter également comme une partie intégrante de la fable reçue, la poursuite d'Oreste par les Érynnies maternelles. M. Kaïibel explique avec raison comme marquant le premier éveil du doute dans la conscience d'Oreste le vers 1423 : Λπόλλων εἰ χαλῶς ἐθέσπισεν, et les paroles qu'il adresse ensuite à sa complice : μμηχέτ ἐχφοβοῦ μητρῷον ὡς σε λῆυ,

ς | Ξ . ποτέ Ont Comme amertume d'un reproche dissimulé. Mais ce n’est pas même pour

satisfaire notre ‘ale èle a indi or morale que le poèle ἃ indiqué légèrement ce prolon-

gement de la légende, étranger à son drame?. Il a voulu simplement en faisant pressentir les tourments futurs de la conscience d’Oreste faire mieux ressortir l’endurcissement de sa terrible héroïne. La haine implacable d'Électre brave les Érinnves.

Rien n’eût été autant de nature à détruire l'impression du drame que d'annoncer en terminant le mariage d'Électre avec Pvlade. Les héroïnes tragiques vivent pendant un moment d'une vie intense et exceptionnelle. Elles doivent rester éternellement dans les imaginations avec l'attitude αι |

ν᾿ ide que J se. 2 Ν 4 Fe le poète leur a donnée. Antigone doit mourir, el si notre pensée cherche à prolonger l'existence d'Électre au-delà "é - É uripi | -deli du drame, elle ne peut plus se figurer Électre. Euripide qui, ui, ne prend pas la légende au sérieux, et sur qui l'art s’est vengé en

Ge trait, comme tant d'autres, ἃ été raillé par Euripide, Électre, 900

Philologqus, 56, article cité.

Gœæthe a dit avec raison que l'effet moral de l’Antigone réside dans le sujet même mais que le poète a visé avant tout simplement à l'effet théatral. Dans l'Électre avec un sujet moins heureux, Sophocle n'a fait qu'appliquer le même principe de son art.

refusant d'accepter son Électre comme un type tragique, ἃ bien vu que le meilleur moyen de ramener au niveau commun ἰὰ grandeur de la vierge argienne était de donner à sa terrible mission un dénoùment de comédie. Il ne manque pas de souligner son intention, en faisant dire par Oreste à Pylade, au moment où Électre vient de leur suggérer l’idée lumineuse de tuer, en même temps qu'Hélène, sa fille, la jeune Hermione! : « Ah! mon ami, quel malheur si tu manquais une pareille femme et quel bienheureux mariage tu

vas faire là! »

Parmi les scènes de l'Électre de Sophocle, la scène capitale, la plus difficile et la plus hardie, celle où le public attendait le poète avec le plus de curiosité et d’anxiété, c'est assurément la scène de la dispute entre Électre et sa mère. Il me parait que la façon dont la comprennent les commentateurs?, et notamment M. Kaibel, le

plus récent d’entre eux, devrait être modifiée en plusieurs points importants. Je crois donc utile de donner une analyse de la scène, en la mettant en rapport avec la conception générale du drame que

je viens d'indiquer.

Au moment où Clytemnestre entre en scène (v. 516), le caractère d'Électre est parfaitement connu. Elle est tout entière dominée par la haine que, suivant l'expression du poète, elle ἃ distillée en ellemême contre sa mère pendant si longtemps : Misis τε γὰρ παλιν ἐντέτηχέ μοι (1311). Sa conscience n’a pas besoin de l’oracle du dieu de Delphes pour oser inviter sans cesse Oreste à l'œuvre de vengeance (303, 455, etc.)*. En attendant, elle s'entête opiniâtrement

| Oreste, 1207. IlLest vrai qu'un peu auparavant (vers 72) Hélène avait traité Électre de vieille fille.

2? L'analyse la plus fine est de beaucoup celle de M. Vahlen (article cité). Mais la scène n’est examinée que dans ses rapports avec celle d'Euripide, et le point essentiel que je veux faire ressortir n'a pas été traité.

3 Ce n'est pas Égisthe seul qu'elle veut voir frapper. Si elle ne parle pas devant Chrysothémis (957) de la vengeance à tirer de sa mère, © est simplement par habileté oratoire. Partout ailleurs ses imprécations s'adressent également aux deux meurtriers

(206, 245, et plus loin 1154).

dans sa douleur bruyante, elle se torture elle-même pour troubler le repos de ceux qu'elle haït (555). Quiconque ne veut pas s'associer

à ses ressenliments lui est odieux (391, cf. 1052). Elle nierait les dieux si leur lente justice tardait plus longtemps encore à châtier les criminels (249). Incessamment hantée par le souvenir de son père assassiné, c'est de lui seul qu'elle veut être la fille. Sa malice lui ἃ suggéré des raisons scientifiques pour nier que l'enfant soit véritablement la création de la mère (341, οἵ. 1412). Elle n'emploie jamais, en parlant de Clytemnestre, le nom de μήτηρ que pour avoir l'occasion d'aflirmer que sa conduite la rend indigne de ce titre et pour le lui dénier (97, 273 ?; cf. plus loin 790, 1146). C'est une injure pour Chrysothémis d'être la fille de cette femme (366; cf. 1033). Clytem-

nestre est une λόγοισι yevvaix τυνή (287)*, une ἐχθρὰ γυνή (433), la τλημονεστάτη γυνὴ πασῶν (439). Plus tard, Electrel'appellera ξεσπέτις (597)

wire ἀυννητώρ (1154, cf. 1194), et quand elle entendra ses cris d'agonie, simplement τις : quelqu'un que je sais. Elle ne peut prononcer le nom de μήτηρ sans le faire suivre immédiatement de l'affirmation de sa haine (261, 1311).

Les dieux n’ont point exaucé le vœu pieux de l'Électre des Choc-

phores (131:

Αὐτῇ τέ vor δὺς σωτρονε

Π MA . Σ . rs L ΡΞ.

UnTons γενέσῃχι χεῖρα τ

Sophocle le lui fait avouer à elle-même dans des vers que l'on n'a

1 Comparez l'indécision pieuse de l'Électre des Choéphores, 115. — Nous citons partout les vers d'Eschyle d'aprés l'édition de Kirchhoff.

? Ce vers 273 rappelle le vers 182 des Choëphores, avec cette différence que l'Électre de Sophocle parle de toutes choses αἰσχύνης ἄτερ. Les vers 272-276 ont particulièrement pour objet de nous montrer chez Électre l'état d'esprit qui expliquera l'inconvenance de son langage vis-à-vis de sa mére. |

ὃ Les commentateurs ne se seraient pas donné tant de peine pour mal expliquer cette expression. Sils avaient songé à rapprocher le vers 592 (prononcé par le chœur) de l’'Agamemnon, dont elle est une réminiscence ironique. |

4 Ici encore, la tournure mitigée de l'Électre d'Eschyle (Choéphores, 82) a été brutalement renforcée.

5 Semblablement, Égisthe n'est pas appelé, comme chez Euripide (270, 326, 984, etc.\, ὁ μητρὸς πόσις. Π18 151} est toujours désigné injurieusement : χοινολεχής 91. ὁ χλεινὸς vuyφίος 300, ὁ σύννομος 600, etc. Euripide, à qui il ne déplaisait pas de rappeler sans cesse l'inconvenance du sujet, affecte de faire prononcer le mot de μήτηρ par Électre avec le naturel d'une Chrysothémis (281, 647, 968, 1006, 1055, etc.). La Clytemnestre de Sophocle ne pourrait pas non plus appeler la fille qui la renie παῖ ou τέχνον, comme le fait celle d'Euripide (1057, 1102, 1106, 1123).

point songé à rapprocher de ceux d'Eschyle, malgré l’évidence de l’allusion (307):

, PR. à » τὰ = TADETTIV αλλ εν τοῖς HAZNLS

ἀνάγκη RAT εἰν LALA!.

Ces vers terminent un discours où elle a plaidé les circonstances atténuantes pour.son manque de retenue (254). Dans la guerre à mort qu'elle fait à sa mère, sacrifiant à sa haine toute autre considération, la fille d'Agamemnon ne dément pas le sang de Clytemnestre, comme elle sera amenée elle-même à [6 reconnaitre au terme de l’un de ses emportements (609).

Ordinairement, on tient enfermée cette exaspérée dans le palais; on médite même de l'emprisonner (381)? pour ne plus entendre ses imprécations. Profitant de l'absence d'Égisthe, elle s’est échappée pour venir crier sur la place publique les hontes et les crimes des siens. C’est à ce moment que Clytemnestre la surprend. Que vont se dire ces deux femmes ?

Le caractère de Clytemnestre était indiqué d'avance à Sophocle et à ses spectateurs par l'Agamemnon et par les Choéphores. faut s'entendre sur le cynisme qu'on lui prête d'ordinaire. Un cynique brave l'opinion publique ; au fond Clytemnestre, en vraie femme, a de l'opinion un souci extrême. La grande faute qu'elle veut faire commettre à Agamemnon dès son retour, c'est de scandaliser l'opinion (Ag., 901). C'est que, dans son for intérieur, elle pense comme lui: φήμη γε μέντοι δημόθρους μέγα σθένει (Ag, 902). Elle avoue son crime et même elle s’en vante: mieux encore, chez Sophocle, elle en célèbre la date comme un pieux anniversaire (277). Mais quel autre moyen auraitelle de l'expliquer devant l'opinion, sinon de le transformer ouvertement en un glorieux acte de justice ? Cette grande comédienne est

θρασύστομος (Ag., 1353) par nécessité. Son cynisme est calculé et

\ Le rapprochement que nous faisons suffit à préserver ces vers des corrections qu'on a voulu leur infliger. Il n’est pas en contradiction avec un autre rapprochement que l'on a déjà fait avec raison, celui du vers 249. La sérénité et la piété d'Électre ne résistent pas au spectacle de l'impunité de ses ennemis.

3 Pourquoi M. Kaibel veut-il que cette menace ne soit pas sérieuse? Elle doit montrer précisément combien sont devenus intolérables les rapports réciproques. De plus, elle sert à instruire le spectateur du sens, non point vague, mais très précis. qu'il faudra donner à la menace que fait Clytemnestre elle-même au vers 627.

prémédité ; elle se confesse afin de s'absoudre. Car elle n'entend pas qu’on conteste sa version, qui doit être acceptée une fois pour toutes comme une justification suffisante. Une fois sa haine assouvie sur

gamemnon, on la voit immédiatement s'appliquer à regagner l'opinion (Ag., 1626 suiv.), affirmer que c'est la fin de la séric des crimes dans la famille des Atrides (4g., 1537 suiv.). Son mot d'ordre sera désormais de cacher les hontes passées et d’éviter de nouveaux scan-

un =

dales : υηξαμῶς... ἄλλα δράσωμεν χαχά (Ag., 1625).

Ces traits, tous empruntés à Eschyle et familiers aux spectateurs de Sophocle, doivent être présents à l'esprit pour comprendre notre scène. Sans Électre etsans l’effroi que lui causentles menaces d'Oreste,

Clytemnestre, appuyée sur Égisthe, pourrait croire son crime oublié, et mener la vie heureuse dont elle s'était tracé le programme dans le derniers vers de l’'Agamemnon. Ce n'est pas par plaisir ΠῚ par cruauté inutile qu'elle tient Oreste éloigné et qu'elle maltraite Électre. C'est par nécessité et par souci pour sa propre sécurité, à cause de la ξύσνοια qu'elle craint chez l'un, de la λύπη πιχρὰ dont la tourmente l’autre (654). Ces deux enfants conjurés sont l'effroi de sa vie (780), Électre surtout, qui boit journellement le plus pur de son sang (785). Chrysothémis — et il en est de même évidemment de sa sœur Iphianassa (157) — trop simple fille pour s'ériger en juslicier, est traitée par sa mère en enfant gâtée (360-363) ; 1l ne tiendrait qu'à Électre d’avoir le mème sort (394), si elle ne préférait se faire Île bourreau de soi-même (217, 354)! : protestation irréconciliable qui fait la grandeur et l’héroïsme de l’inflexible vierge. Mais poussez jusqu’à la parodie cet état d'esprit sublime chez Sophocle. Vous aurez l'Électre d'Euripide avouant qu'elle va puiser elle-même de l'eau à la fontaine pour se rendre intéressante en irritant les dieux contre ses ennemis (55suiv.),etse décernant elle-même l'épithète ἀ᾽ ἀθλία comme un titre de gloire que lui reconnaissent les citoyens de Mycènes (118, cf. 366)

Électre, que la haine rend clairvoyante, ἃ pris soin, avant l'arrivée de sa mère, de préparer contre elle cette opinion qu'elle tient tant à conquérir ?. Cette femme fière est une hypocrite, qui, dans l'inti-

| Cet état exact des rapports réciproques est expressément et à dessein exposé tout au long par Euripide, Électre, 1112-1121.

2 Ce trait du caractère de la reine a été finement observé et utilisé par Euripide ; cf. Électre, 30, 1013.

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