ORESTE
910 Also Ga τοῦτ ὀνειδίσχι σχφῶτ.
Le prix est le mème que chez Sophocle, qui s’est certainement ici souvenu de ces vers ?. Mais Oreste rougit d’accuser ouvertement sa mère de luxure. La rancune d’une femme qui veut à tout prix accabler son ennemie ne connait point ces scrupuies. Électre prononce les paroles les plus outrageantes et les plus inouïes qu'une fille puisse adresser à sa mère. Autant de paroles, autant de flèches qui vont droit à la fierté de Clytemnestre. Lorsqu'elle s’est engagée dans la discussion devant le chœur, celle-ci n’a point pu s'attendre à une pareille audace chez la vierge qu'est sa fille. Électre doit savourer la stupeur et la confusion de sa mère. Dès ce moment elle est victorieuse, mais elle ἃ payé cher son triomphe. Les héroïnes indomptables de Sophocle marchent à leur but sans plus avoir d'égard
1 Outre que cette analyse montre combien ils sont indispensables au raisonnement, les vers 593 et 594, rejetés à tort par M. de Wilamowitz, ont en leur faveur la remarque très habile de M. Vahlen (article cité, p. 360) qu'Euripide a fait répondre Clytemnestre (Électre, 1046) au reproche qui s'y trouve indiqué.
2 Au lieu de διχῶς des manuscrits, on peut lire indifféremment αἰσχρῶς avec Heath, ou aixws avec M. de Wilamowitz.
3 Euripide s'en est souvenu également, Électre, 1090.
pour aucune chose humaine. Électre vient d'immoler sa pudeur à sa haine.
Dans l’ardeur de la lutte, elle n'a pas le sentiment de l'inconvenance de ses paroles ; elle ne voit là que des remontrances (νουθε- -s 595), et s’imaginant réfuter le commencement du discours de Clytemnestre, elle a la singulière prétention de trouver mauvais que celle-ci ne les accepte pas de bonne grâce : « Ton éternel refrain est que j'insulte ma mère. Mais pour moi tu n'es pas une mère, lu es un tyran; c’est à toi et à ton amant que je dois ma vie de misère, et Oreste le lamentable exil où il languit » (596-602). Notez que tout ce que vient de dire Électre n’explique que trop les rigueurs de sa mère; et, quant à Oreste, il vit heureux dans une cour étrangère, menant un train princier qui lui permet de briller au premier rang dans les réunions hippiques de la noblesse. Mais Sophocle sait bien que la vérité psychologique demande que l’on mette tout le contraire de la bonne foi dans l'explosion de haine d'une femme déchainée.
La fin n’est plus qu'une succession de menaces et d'invectives furieuses. « Tu m'accuses d'élever dans Oreste un vengeur ; cest vrai, Je le ferais si je le pouvais. En retour, crie partout tant que tu voudras que je suis une fille perverse, cynique et impudente. Ces tares prouvent que je ne déshonore pas ton sang (603-609). »
Lorsqu'on lit et relit cette scène, on se convainc de plus en plus combien est erronée l'opinion qui veut que la tragédie grecque füt jouée avec une majesté tranquille et une tenue sculpturale. Électre devait débiter son acte d'accusation avec un mouvement et une véhémence extraordinaires, prenant tour à tour les tons de la méchanceté froide et cinglante, de l'ironie injurieuse, de la supériorité clairvoyante, de l’indignation écœurée, pour finir par un emportement de haine et de colère, où elle sait encore mêler l’habileté et le raffinement à la cruauté.
Le transport final d'Électre fait dire au chœur (610) :
’ à ΕῚ SN: Ἁ , πξΩ) ΤᾺΝ εἰ, ὃ: σὺν δι χὴ
᾽ ᾽ ’ 2 : e DIT D οὐχέτ᾽ εἰσορῶ.
« Je vois chez elle un déchainement de fureur ; mais, quant à la
ι C'est ce que dit le chœur 159, 160 ; il doit donc remarquer ici l'exagération d'Électre.
question de savoir si elle a pour elle la justice, je n'en distingue plus aucun égard. » Que veut dire ceci? On avait pris Le chœur pour juge d’un point de droit que l’on devait discuter devant lui. Or, depuis le vers 597, Électre ne discute plus, elle insulte et elle menace. Dans cette tempête d'invectives, le chœur ne voit plus qu'il soit tenu compte de la question de justice qui est en cause.
Pour montrer à quel point M. Kaibel, dans son commentaire d’ailleurs si rempli de science, s'est mépris sur l'interprétation de notre scène, il suffit d'indiquer la façon dont il ἃ été amené à expliquer erronément ces deux vers du chœur. M. Kaibel est parti de l'idée, tout à fait fausse selon moi, que le discours d'Électre était plein de dignité et de chasteté (vornehme Keuschheit, p. 161). Dès lors il ne pouvait plus appliquer à Électre la remarque du chœur, et il l'a rapportée à Clytemnestre malgré toutes les difficultés qu'opposent la situation et les termes mêmes à cette interprétation. Les paroles du chœur s'appliquent tout naturellement à la personne qu'il vient de voir parler, et le οὐχέτι ne peut se comprendre avec le sens donné par M. Kaiïbel. |
En réalité, quels doivent être maintenant les sentiments de Clytemnestre? Est-ce l'indignation et la colère? Sans doute, mais bien plus encore l'embarras, la gêne, l'humiliation et la confusion. Elle ne s'était pas attendue à ce que sa fille eût l’audace de faire ainsi brutalement, en public et devant elle-mème, l'analyse des motifs impurs de son crime. Sur un pareil sujet, une mère ne peut entrer en discussion avec sa fille, ni lui rendre des comptes; elle ne peut que crier à l’irrespect et à l'impudeur, et prendre à témoin l'opinion publique d'une conduite aussi inouïe (612) :
: ας, ΜΝ ͵ δ, RER ES [loixs δέ uni dei πρὸς γε τηνὸξ φροντίδος, ε' δ ι n et TS τοιχῦτα τὴν τεχη)υσᾶν ὕόρισεν, χχὶ ταῦτα τηλιχύῦτος ; ἀρὰ GO δοχεῖ
Dans sa gêne, Clytemnestre saisit, en guise d'exorde, le mot o2vzts | que lui suggère le chœur : « Vous parlez d'égard'! Et moi,
1 La repris de ce mot, d'où M. Kaïbel tirait argument, appuie donc mon interprétation.
quel égard dois-je donc avoir pour elle, qui ἃ lancé de ἐδ 5 outrages (τοιχῦτα a l'accent) à sa mère, et cela à l’âge qu'elle a? (Sr elle parle ainsi), ne croyez-vous pas qu'elle irait jusqu'à tout faire, sans aucune honte? »
Kai ταῦτα τηλικοῦτος : « und das in so vorgeschrittenem Alter » (c'est-à-dire si avancée en âge), dit M. Kaibel, d'accord en cela avec tous les commentateurs que j'ai pu consulter.
Eh bien, non, τηλικοῦτος n'a pas ce sens dans notre passage. A l'âge qu'elle a veut dire, dans la pensée de Clytemnestre, « n'étant encore qu'une jeune fille, se trouvant à l'âge où l'on est le plus obligée à la réserve et à la pudeur ». Τ᾽ ηλικοῦτος doitajouter une circonstance qui aggrave l'impudence d'Électre ; or la maturité de l'âge serait une excuse?. Au lieu de la vieillir, Clytemnestre aurait plutôt la tendance de rajeunir sa fille, afin de mieux lui faire honte. Au surplus, si l'on veut préciser les années avec M. Kaibel, nous pourrions dire qu'Oreste en ἃ dix-huit, et Électre vingt-cinq ou vingt-six. À cet âge-là, une jeune fille a-t-elle le droit d'être impudente ? Mais je crois que de tels calculs ne sont pas de mise avec les héroïnes tragiques. Elles ont et elles conservent toujours l'âge auquel il plait au créateur de leur type de nous les présenter une première fois. Ni Hélène, ni Pénélope ne vieillissent pendant les nombreux lustres que durent la guerre de Troie et le retour des héros. Plus de quinze ans après la mort d'Agamemnon, Clytemnestre est encore la même femme impudique, éprise d'Égisthe, de qui elle a des enfants*. La Jocaste de l'OŒdipe-Rot ἃ simplement l’âge et le caractère de l'épouse d'OEdipe et de la mère d'Antigone, sans que le poète se soucie de calculer les années qu'elle devrait avoir comme mère de son mari et comme grand-mère de sa fille. Dans notre pièce, Électre ἃ l’âge d’Antigone ; pour être des caractères fermes, et non pas des ingénues comme Chrysothémis et Ismène, elles ne sont pas moins de vraies Jeunes fillesi. Antigone est aimée par Hémon jusqu'au suicide, et, si
1 M. Kaiïbel raisonne comme suit: « El. sleht ihrer Mutter an Jahren nicht mehr nach als in der Natur der Linge liegt, sie mag jünger sein als Iphigeneia, ist aber um vieles äller als rest, den sie als Knaben bei Seite geschafft hat. »
? On sait que τηλικοῦτος est une vox media. Il a, par exemple, le sens de si jeune comme ici, Antigone 161.
3 SoPnocLe, Électre, 389; cf. EuritPine, ÉL., 626.
4 Il est caractéristique qu'Euripide (Oreste, 72) ridiculise Électre à cause de son long célibat. C'est que sa sophistique connaît bien les moyens de détruire les types légendaires.
Sophocle n'a pas montré Pylade amoureux d'Électre, c'est pour des raisons que j'ai indiquées plus haut et qui n'ont rien à voir avec l'âge de l'héroïne.
Électre doit concéder que son langage est indécent et qu'elle en
rougit :
Le mot ἔξωρα ᾿ aurait dû empêcher toute erreur sur le sens de τηλικοῦτος : ἔξωρα, c'est-à-dire οὐ χατὰ τὴν ἐμὴν ὥραν, COMME le dit le scholiaste, mieux encore οὐ τηλικαύτη προσειχότα : « 4} ne conviennent pas à la jeune fille que je suis, » comme le dit Sophocle lui-même bien compris. Mais Électre n’a pas sacrifié tout scrupule de langage pour ne pas tirer parti de son audace. Ce sont tes actes (τὰ σὰ ἔργα,
dit-elle, qui me font agir ainsi : αἰσχροῖς γὰρ αἱσ᾽
Remarquons ces deux αἰσχρά : c'est la cinquième fois que ce mot revient dans la bouche d'Électre, qui l’applique sans cesse à sa mère, comme la marque mème de sa flétrissure. Et, sans vouloir tout analyser, — car chaque mot porte comme un dard — remarquons aussi le τὰ σὰ ἔργα. Ce mot ἃ été jeté dans la discussion tout Électre le reprend avec cette
à l'heure par Clytemnestre (615).
nuance d'xisyosv, d'acte honteux, que lui a donnée sa mère, et elle va s'en servir pour la harceler.
Clytemnestre avait espéré faire taire Électre en la rappelant à la décence. Au contraire, celle-ci, voyant qu’elle ἃ frappé juste, ἃ retourné le fer dans la plaie. Malgré la contrainte qu'elle s'impose devant le chœur, la reine commence à laisser voir sa colère :
Ὦ Ooéuu” ἀναιδές, ἢ σ᾽ ἐγὼ χαὶ ταν. ἔπη χαὶ τἄργχ TAUX πόλλ᾽ ἄγαν λέγειν ποιεῖ,
Électre redevient de plus en plus calme, maîtresse d'elle-même, subtile et raffinée à mesure qu'elle ἃ la joie de voir son ennemie
1 Je ne crois pas qu'on rencontre ce mot avant Sophocle, qui l’a peut-être frappé pour la circonstance.
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DE TE σε: Ἰρῶρενισμαυ, δ, λαφ. τος
perdre son sang-froid. « Par le fait même que c'est toi qui commets l'acte (τοὔργον, l'acte impur), dit-elle en ricanant, c'est toi aussi qui le dit. Les actes vont eux-mêmes chercher les paroles (624-625). » Cette réplique est une nouvelle impudeur. [οἱ seulement, Clytemnestre, poussée à bout par tant d'audace, s’oublie tout à fait; elle
s’emporte, elle jure et menace :
A 5 + " 3 à he ” ’ λλ᾽ οὐ, μὰ τὴν δέσποινχν Αρτειλιν, θοζσους
Αἱ f À LEN 'γισνὺς OA.
Les commentateurs! n’ont pas saisi la raison de cette invocation d'Artémis dans la bouche de Clylemnestre.
Celle-ci l'invoque tout simplement parce que c'est la déesse virginale qu'il convient de prendre à témoin du châtiment que mérite l'impudence de la jeune fille. Artémis est ainsi invoquée trois fois (ef. 565) dans notre drame, οἱ chaque fois en sa qualité de protectrice des vierges et d’ennemie des femmes impures *. Aux
vers 1239 suivants, Electre jurera par Αρτεμιν τὰν αἰὲν ὁ qu'elle ne craint pas Clytemnestre et ses femmes περισσὸν ψυναυκῶν ὧν αἰε'
La réponse d'Électre est un insolent cri de victoire :
εὐεῖσά po À
TÉGTAGAL χλύειν.
Enfin elle a réussi à provoquer chez sa mère l'explosion de colère désirée, et elle triomphe de la violation d'un pacte dont elle a abusé avec la plus insigne mauvaise foi. Clytemnestre reprend
! M. Kaibel dit : Der Xlyt. lag zudem hier, wo sich alles um Aulis handelt, keine Gôütlin näher als die Herrin Artemis (πότνια θηρῶν) : so wahr ihrem (Geschoss kein Jagdwild entgeht, so wahr Agam. ihr hat Busse leisten müssen, so uirst auch du meiner Rache nicht entgehen.
? ILest inutile d'énumérer les nombreux passages (par exemple, Escuyce, Suppliantes, 132), où Artémis apparait comme protectrice de la pureté des jeunes filles.
3 (8 dernier passage doit être considéré pour interpréter les vers 1368 suivants. 1! prouve bien (contre M. Kaibel) que τούτοις du vers 1310 désigne les femmes et le reste de la valetaille avec lesquels Clytemnestre est μόνη (1368) dans le palais. Les σοφώτεροι ἄλληι sont Egisthe et ses hommes.
4 Comparez le vers 1121 de l'Électre d'Euripide, où la similitude du tour semble choisie pour mieux faire voir la facon différente dont Euripide veut juger la situation.
tout de suite son sang-froid et sa dignité, mais il est trop tard. Elle voit elle-même que son éclat ἃ élé l'aveu de sa défaite οἱ que sa fille. à force de cruauté et d'audace, l’a entraînée à démentir l'attitude qu'elle voulait se donner devant le chœur". Elle brise
l'entretien. avec l'assentiment ironique d'Electre (630-653).
L'art n'a jamais composé pour le théâtre de chef-d'œuvre plus hardi que celte scène. Comparez la réserve embarrassée d'Oreste (Choéphores, 910)?, que j'ai déjà rapprochée, et voyez ce qu'Hamlet dit à sa mèrc dans une situation analogue. Une pareille scène ne se fait accepter qu'à force d'être imposée invinciblement par la logique des caractères et des situations. Nous l’admirons en frissonnant chez Sophocle, parce que nous sentons qu'elle est vraie; toute la psychologie d'Électre a été combinée en vue de rendre naturel et inévitable le scandale de sa discussion avec sa mère. Après Sophocle, le secret d'appeler l'intérêt sur d'aussi terribles héroïnes a été perdu.
Euripide déjà, en cela plutôt moraliste qu'artiste, n'acceplait plus que la vérité psychologique autorisât de telles hardiesses. A cet égard, sa critique confirme absolument l'interprétation que nous avons donnée de la scène de Sophocle. Il fait dire à son Électre au début de l’Oreste (25 suiv.) :
ὡς À < P tac +. < “ he ef -- Ὥ (ἡ τη) “95. 02/9) 992727. δ᾿
“ὦ . A ᾽ - PAT.
| Plus loin (100-181). après le récit de la mort d'Oreste, Clytemnestre éprouve tout d'abord une sincère émotion maternelle pour revenir bientôt à la pensée de ses griefs à l'égard de ses enfants conjurés contre sa vie, et pour exprimer le soulagement d'avoir enfin recouvré sa sécurité. Immédiatement Électre se venge en faisant de nouveau honte à sa mère de sa conduite, en présence du chœur (190) : tel est le sens du ἀρ᾽ ἔχει χαλῶς scil. αὐτῇ ; — SANS ironie οὐχ ἔχε: αἰσχρῶς; le vers 593 montre que οὐ χαλόν est un équivalent de αἰσχρόν. La tournure avec χαλῶς a été choisie pour permettre à Clytemnestre de jouer sur les mots dans sa réponse. (Explication différente chez Kaibel
et les autres commentateurs). | ΞΕ ? MM. Berlage et de Wilamowitz, en marquant d’athétèse avec raison les vers (899 900)
des Choéphores, ont bien vu qu'ils étaient dignes tout au plus d'un Oreste à la manière d'Euripide.
τα or mm mp pen teen ms 2e ας
μάν τς 2. = ἘΞ AE Pire ἘΞ CET M
me: Pare
re
352 LÉON PARMENTIER Écoutons-la encore parlant au cadavre ὦ Egisthe dans l'Électre (945) :
5 1 ε δ᾽ "UF OUC σιωπῶ, γνωρίμως À αἰνίζομαι.
Ce serait une tâche amusante et facile ! de montrer combien l'intention critique est incessante dans l'Électre d'Euripide, au grand détriment d'ailleurs de la vérité dramatique. Celle-ci ἃ souffert visiblement de préoccupations étrangères au sujet. Les héros sont amusants. si l'on veut: ils ne sont aucunement tragiques. Je me refuse à accorder quelque vérité et quelque vie à cel ses et à cette Éleetre, occupés à persifler tour à tour leurs émules d'Eschyle et de Sophocle, ou à se faire les porte-voix des théories ue et égalitaires d'Euripide. Clytemnestre nest plus la ere lyndaride, c'est déjà la coupable quelque peu repentie, la mère malheureuse et conciliante, la bonne Clytemnestre enfin que nous reserviront toutes les imitations modernes indistinctement. M. Weil dit fort bien qu'Euripide a voulu « en quelque sorte introduire la démocratie dans les vieilles légendes, en faisant d un simple paysan l'honnête homme de sa tragédie di Héros bien démocratique et mélodramatique en ellet que cet αὐτουργός, « CE travailleur » comme on dirait aujourd'hui, honnête, hospitalier, continent, sentencieux, bucolique, et par-dessus le marché, tout pauvre qu'il est, aussi noble que les plus riches seigneurs, pour " raison péremptoire que ses ancêtres sont Mycéniens sui.) : c'estainsi que le dernier rustre de la Diacrie, par le fait mème qu il est Athénien, participe à l’autochthonie et à 1᾿ εὐγένεια des glorieux Érechthides. Ce sont là des moyens de succès, en somme ὦ ordre assez peu relevé, et qu'aurait dédaignés le pur souci imide un Sophocle. Patin, qu'il y a toujours profit à relire, ἃ carattérisé on ne peut mieux la pièce, en employant les mots de bucolique et de feuilleton spirituel.
La scène entre la mère et la fille, parallèle à celle de Sophocle, a été analyse avec beaucoup de goût littéraire par M. Vahlen. Il a fait voir que Clytemnestre, dans son discours de défense, tient
1 I] n'y aurait pour cela qu'à développer la courte et précise analyse de M. Weil.
compte de la réponse qu'avait faite Électre chez Sophocle. Elle convient que le sacrifice d'Iphigénie n'aurait point suffi à la déterminer à tuer son époux (1031). Elle ajoute une seconde excuse, l'outrage qu'avait fait Agamemnon à ses droits d’épouse en ramenant sa concubine Cassandre sous le toit conjugal. L'argument provient d'Eschyle, mais Euripide part de là pour débiter les étrangetés les plus quintesseuciées de sa sophistique. Il nous sert une tirade sur les droits de la femme et sur l'égalité des sexes : pourquoi, si le mari prend une maitresse, la femme ne prendrait-elle pas un amant? (1035- 1040). Puis, renversant la situation et les rôles avec une invraisemblance et une similitude comiques, la reine fait la supposition que Ménélas aurait été enlevé au lieu d'Hélène, et qu'elle-mèême, pour sauver l'époux de sa sœur, aurail tué Oreste comme Agamemnon a tué Iphigénie pour sauver la femme de son frère : la vengeance qu'Agamemnon aurait alors, à bon droit. exercée sur elle, pourquoi, en bonne logique, dénie-t-on à elle-même le droit de l'avoir exercée sur Agamemnon ! ?
Dans sa réponse, Électre, prévenue ainsi par Clytemnestre, ne lui oppose pas l'infamie de ses relations présentes avec Égisthe. Euripide aura la malice de lui prêter tout d'abord une observation bien digne de la fille acariâtre qui s’est trouvée tout le temps devant nous si malheureuse d’être mal mariée, mal parée, mal vêlue οἱ mal coillée (184 suiv., 241, 247, 304 suiv.), tandis que sa mère vit dans le luxe et dans la richesse (315 suiv., 1004 suiv.). Elle reproche à sa mère de s’ètre toujours montrée coquette (1071) :
ξανθὸν κατόπτρῳ πλόχχ'λ et elle lui fait la leçon à ce sujet avec un pédantisme qui est bien dans le caractère de l’insupportable petite personne qu'Euripide ἃ voulu nous présenter (cf. 348, 404 suiv., 524 suiv.. 921 suiv.). Naturellement, la pruderie de cette Électre ne se risque pas à prononcer les termes crus et hardis de l'héroïne de Sophocle, et je puis arrêter
! Je crois que l'idée mère de toute cette argumentation bizarre se trouve dans les Choéphores (911). A la demande que lui fait sa mère d'apprécier avec une juste réciprocité les fautes du mari et de la femme. Oreste (912) répond en somme ce que va dire le chœur d'Euripide (1052), et ce qui est l'éternelle réponse en pareil cas : « Ce n'est pas la même chose. » — Il est pénible de voir que la toute récente ὁ l'Electre d'Euripide {Wecklein, Teubner) continue à marquer inutilement d'athétèse un grand nombre de vers dans cette scène et dans beaucoup d'autres passages.
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2 pi à cf ce» meer core ν
icimes rapprochements avec Euripide, qui avaient surtout pour but de conduire à la constatation de cette divergence.
J'ai parcouru un bon nombre des pièces que les imitateurs modernes ont tirées du sujet de l'Électre. « Pour se conformer à nos mœurs et nous toucher davantage, » tous ont rendu, comme le dit Voltaire à propos de son Oreste, « Électre moins féroce avec sa mère et Clytemnestre moins farouche avec sa fille. »
A l'égard de la mère, Euripide avait commencé cette réhabilitation, qui atteint un achèvement presque plaisant pour le critique historien dans la C/ytemnestre d'Alexandre Soumet (1822, d'après Alfieri) : chez celui-ci, la reine d'Argos, repentante et purifiée, nous est présentée comme une sorte de martyre de l'amour maternel! La férocité d'Électre, qu'Euripide n'avait outrée que pour les besoins de sa polémique, est également de plus en plus atténuée. Dans Îa préface de sa tragédie d'Électre (1108), Crébillon, que l'horrible cependant n'effrayait pas d'ordinaire, ne se gêne point pour dire que « le caractère d'Électre a dans Sophocle plus de férocité que de véritable grandeur », et il le tempère par l'innovation judicieuse qui consiste à rendre Électre amoureuse du fils d'Égisthe, de même que la fille de celui-ci est éprise d'Oreste !
Parmi toutes ces tragédies oubliées, je veux donner encore une mention à l'Électre du baron de Waleff, gentilhomme Liégeois !. Ce n’est point, d’ailleurs, la plus mauvaise. Il y ἃ introduit (acte 1, scène in) une sorte de traduction de la dispute de Sophocle. Mais, tandis que les autres développements sont reproduits à peu près intégralement, voici ce que deviennent les invectives d'Électre
contre l'inconduite de sa mère :
Ma sœur n'eut point de part à ce grand parricide, C'est Égisthe, c'est lui, c'est l'amour d'un pertfide, Qui, vous faisant saisir un prétexte si vain,
Arma contre mon père et l'une et l'autre main.
Ces quatre vers sont ce que J'ai trouvé encore de plus hardi parmi les imitations francaises de la scène immortelle de Sophocle! Léon PARMENTIER.
Liège, juin 1898.
1 Elle fait partie de ses Œuvres, 1731, cinq volumes in-8°, et elle a été imprimée séparément en 1734, in-8° (à Liège, chez Guillaume-Ignace Broncart etJean-Philippe Gramme).