E. POTTIER
plupart des mots. Tantôt on explique οὕλην par « tout entier », tantôt par « étolle laineuse et frisée ». Διπλὴν signifie pour les uns «ample » ou « large » ; pour les autres, « pliée en double ». La divergence la plus grave porte sur la place qu'occupait le sujet décoratif (ξΣχίξαλον) du chien et du faon : était-ce une broderie faisant partie du manteau, ou bien une ciselure exécutée sur l’agrafe de métal? On diffère aussi sur l'attitude à prêter au chien : tenait-il sa proie dans ses pattes en la regardant fixement, ou était-il en train de la dévorer (λάων) ?
Si les modernes seuls avaient exprimé sur ce passage des idées contradictoires, ὁπ pourrait attribuer ce désaccord à notre connaissance insuffisante de la langue homérique et de ses finesses ; mais les scholies anciennes nous prouvent que les grammairiens grecs n'avaient pas éprouvé moins d’incertitudes devant les difficultés du texte !. Il vaut donc la peine d'étudier de près tout le morceau et de chercher s’il est possible de résoudre actuellement ce petit problème. Je n'ai pas la prétention d'apporter sur tous les points des solutions entièrement nouvelles : plusieurs ont été déjà proposées qui éclaircissent d'importants détails de la description ; d’autres ont besoin d'être discutées. Je voudrais grouper tous ces éléments épars pour en former un ensemble d'où sortira la traduction intégrale du morceau.
Χλαῖναν πορφυρέην οὕλην. — Les scholiastes expliquent les deux adjectifs comme ne faisant qu'un: un manteau tout entier de
pourpre (ἐλοπόρφυρον) ". Cependant οὕλη
hi à : 1
a ordinairement le sens de « velue, frisée », ce qui s'applique parfaitement à un vètement de laine tel que le manteau appelé χλαῖνα ὃ. Mais, comme nous le verrons tout à l'heure, les grammairiens anciens ont eu l’idée préconçue et fausse. à notre avis, qu'Homère parlait plus loin d’une broderie sur étoffe, analogue à celle où Hélène représentait les combats entre Grees et Troyens‘. Il devait leur paraitre peu naturel que cette bro-
1 Voyez les Scholia græca in Homeri Odysseam, édit. Dindorf, Oxford, 1855, Il, p. 677 suiv.
5 Ibid. ad v. 225.
Sur ce vètement, voyez STUDNICZKA, Alltgriechische Trachl, p. T3 suiv.; — HELBIG. l'Epopée homérique, trad. Trawinski, p. 239 suiv. ; — PErroT et CniPiEz, Histoire de l'Art, VI, p. 265-266.
4 Jliad., HE, 125.
derie fût exécutée sur un fond « velu et frisé », alors qu’un dessin se détache plus nettement sur un fond uni', et ces réflexions les ont sans doute inclinés à écrire οὕλη et à le prendre pour un synonyme ionien de ὅλη, «toutentière ». Mais, si l'hypothèse d’une étoffe brodée doit être écartée, il est clair qu'alors le sens naturel de οὕλη restera, dans ce passage, ce qu'il est dans un vers de l'/iade où le poète décrit le manteau de pourpre, épais et moelleux, que Nestor met sur son dos :
-- 3 Σαεςενύνοθ:) ES 2 τ ΞΥῊν Ὁ Ξ λᾶχνῃ .
J'adopterai done ici le sens d’ « étoffe laineuse et moelleuse ».
Διπλῆν. — Il πὸ s’agit pas seulement d'une étofle « large » ou «ample ». Comme l’a depuis longtemps démontré M. Heuzey, dans ses lecons de costume à l'Ecole des Beaux-Arts, les Grecs, pour se
protéger contre le froid, surtout dans la campagne ou en temps de guerre, se servaient d'étoffes très longues, qu'ils pliaient en deux pour en doubler l'épaisseur, avant de les draper sur le corps. De là aussi le nom de ξίπλαξ, qui répond à la même idée * etqu'Aristarque définit avec exactitude : ξίπλαξ χλαῖνα, ἣν ἐστι CRAN
Ilioévn χρυσοῖο τέτυχτο αὐλοῖσιν διδύρμοισι. — La plupart des traducteurs et commentateurs ont donné de ce passage les explications les plus erronées. Il ne s’agit ni d'anneaux, ni de pointes en Javelots, ni de 165 d’étotfe. Les scholiastes grecs ont-ils eux-mêmes bien saisi le sens α᾽ χὐλοῖσιν sueur? Les termes dont 115 usent ne sont pas très clairs pour nous. En tout cas, leurs exégèses, même en les supposant exactes, n’ont été d'aucun secours aux modernes qui ne es ont pas comprises. Le premier qui ait donné la elef de ce petit problème est M. Helbig. Il ἃ rappelé qu'on trouve dans des tombes anciennes d'Italie certaines fibules ou agrafes dont la structure particulière correspond exactement aux mots employés par Homère : elles sont munies de deux pointes qui, après avoir traversé l’étoffe. venaient s’insérer dans une sorte d’étui composé de deux petits
1 Voyez la note de Prernox, édit. d'Homère, Odyss., 11, p. 265, vers 225 ; cf., au contraire. la note d'Hayuax, The Odyssey, |, Appendix À, p.11, n°5.
? Iliad., X, 134. CE. Baccuyvuwe, édit. Kenyon, XVIII, 53.
ὁ Cf. SrupniczkA, 0p. L, p. 18: — HeuiG, ὁ}. L, p. 240: — ΡΕΒΒΟΥ, 0p. L., p. 266. Le terme est bien expliqué dans les éditions de Faesi et d'Hayman. L'interprétation de Pierron n'est pas exacte.
4 Schol. Iliad... HK, 126.
388 E. POTTIER tuyaux parallèles (2522: vus.) !. Cette disposition offrait l'avantage de protéger les parties piquantes, d'éviter tout danger de déchirure dans les étolfes ou d'égratignure aux mains, 51 l'on venait à frôler l'agrafe. Je ne crois pas qu'il puisse subsister aucun doute sur là ? « 4 Ψ εῷ τ traduction à proposer : « une agrafe d'or, à étui double? ». __ Nous arrivons au passage le plus con-