‹ Mélanges historiques (volume 3)Chapitre 16 sur 68 · HISTOIRE DE LA POM^IE DE TERRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA POM^IE DE TERRE

découvert l'Amérique et transporté jusqu'à lui, en venant des bords de la mer, la nourriture que le créateur destinait plus particulièrement à son espèce. Durant de longs siècles, il a dû se repaître de feuilles inférieures à sa substance préférée et qui lui ressemblent sous certains rapports chimiques. Mais le jour où il a pris contact avec la feuille de la pomme de terre, il s'est développé, élancé à la conquête du globe, il a envahi son continent tout entier, puis il a porté la guerre en Europe. Tels sont les mystères de la nature.

Ainsi, les Sauvages jouissaient seuls d'un produit naturel du sol. Xous le goûtons à notre tour, nous le propageons, il devient universel — et juste à ce moment se présente le destructeur qui marche sur nos brisées et dévore ce que nous semons!

La vigne prospère de France a subi les atteintes du phyloxera. La pomme de terre a la chrysomèle. Tant il est ^rai que, dans ce monde, toute réussite se balance, se solde pHT peine et misère. Thevet ne manquerait pas d'écrire un bon chapitre sur cette "singularité (18)."

Iê99.

18. Une version anglaise abrégée de cet article, parut d'aibord dans le Frec Press, de Weymouth, X.-B., le 7 octobre. 1892.

Au sujet de l'éitymologie des termes '"pomme de terre" et "patate". M. Campbell nous faisait remarquer qu'en France ce produit du sol était connu sous le nom de "pomme de terre", mais qu'en Angleterre on l'appelait "potatoes" et ce dernier t^rme a prévalu sans doute sur l'autre, au Canada et aux Etats- Unis.

VEESAILLES (1) LES AEPEXTS DE XEIGE

Sou5 Louis XIV, nous mentionnons toujours Versailles lorsqu'il est question de la cour du souverain ou d'un acte concernant le Canada; cependant, la résidence royale était souvent aillrnrs et bien des actes concernant le Canada ont été signés en J'autres lieux.

Louis XIV avait vingt-deu:s ans lorsque, en 1661, il prit goût à cette localité assez mal servie par la nature, car c'était une petit* ville sans beauté, au milieu d'une caimpag-e insignifiante. On y voyait un château quelconque, propriété royale qui ne disait rien à personne. Le roi y fit commencer des embellissements et visitait l'endroit par distraction, lorsqu'il voulait s'éloigner un peu de Saint-Geimain où se tenait la cour ( 2 ) . Paris ne le voyait que dans les cas de nécessité. Pour peu que Ton sorte de Saint- Germa in du côté de l'ouest — opposé à Paris — on est bientôt à Versailles- Le premier usage public que le prince fit du château restauré et agrandi d'une salle de danse ou de théâtre, fut le 1-t octobre 1663, et Molière y joua VImpromptu d-e- TersaiUes devant un auditoirs d'élite. C'est en c-e moment que Mlle de la VaUière se

1. Le BuJlctiti des Recherches historiques, année 189S. contient un court résumé de cet artic'le. considérab'.ement augmenté depuis.

2. Le château de Saint-Germain fut, à dater du règne de Louis VI (douzième siècle) jusqu'à celui de Louis XIV. la principale demeure royale des environs de Paris. Louis XIII v avait fait ériger un vaste pavillon.

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signala comme favorite. Le roi retournait à Versailles donner des fêtes, de 1663 à 1666, mais ses ministres, la cour et lui-même habitaient Saint-Germain. Par récréation, on 'allait à Saint-Goud, à Fontainebleau, délicieuses maisons de campagne, mais qui rappelaient les souvenirs des anciens rois, et Louis XIV, se croyant unique au monde, rêvait de créer un lieu resmpli de merveilles où rien ne pariât d'un autre que lui. Il était pauvre ailors- Oolberi; travaillait à mettre des richesses dans ses coffres, ne songeant guère que, vingt ans plus tard, il dirait : "Si j'eusse accompli pour Dieu ce que j'ai fait pour mon prince, quelle place j'aurais au royaume éternel !"

En 1663-65, c'est de Paris que le roi date ses dépêches au sujet du Canada. A Versailles, en 1666, il signe des actes concernant la Nouvelle-France, mais cela n'a lieu qu'en passant, car les séjours à VersaiWes n'étaient jamais prolongés. En 1666-68, il écrit de Saint-Germain, où se tient toujours l'administration.

Mansard commença île grand palais de Versailles en 1670 (3). Cet architecte n'était âgé que de vingt-quatre ans. Etait-ce faute d'avoir eu sous la main un artiste de cette valeur que le roi n'avait pas plus tôt exécuté son dessein? Les historiens croient que l'état des finances était le seul Çnotif du retardement. Quoiqu'il en soit, dès 1672, le roi demeura assez souvent à Versailles — où nous le voyons expédier les affaires de Québec — ^pour que la cour commençât à

3. Les premiers travaux furent d'abord commencés en 1661, BOUS la direction de Louis Levau, mais, celui-ci mourut peu après et eut pour successeur Jules Hardouin-Mansard ; on peut dire, toutefois, que le principal architecte fut Louis XIV luimême, puisqiie riem ne fut construit s/ans son approbation et ses détails. En 1678, Mansiard reçut l'intendance des bâtiments de Louis XIV. LeBriui avait été charjjé des décorations intérieures et Le Nôtre des parcs et des jardins.

penser que l'heure viendrait où elle serait logée dans les somptueux bâtiments de Mansard, mieux qu'à Saint- Germain. Les dépêches du Canada sont reçues à Paris en 1675 ; c'est de là que partent les réponses; cependant, de 1675 à 1676, puis en 1678-79 elles sont datées aussi de Saint-G-ermain. La dernière écrite en ce lieu est de janvier 1681. Déjà la cour occupait une partie de Versaililes. Le premier acte du roi en ce dernier lieu est du mois ds mars 1681, au sujet du Canada. Saint-Germain fut abandonné définitivement le 20 avril 1682, mais Versailles était encore occupé par les maçons. Du 20 avril au 6 'mai, de roi résida à Saint-Cloud et le 7 mai il entra à Versiailles à travers les ouvriers pour en faire sa demeure fixe. A partir de cette date, la France et notre colonie furent gouvernées de Versailles parce que les ministères y étaient installés. Les trente-quatre ans qui suivirent nous montrent souvent des pièces datées de diverses villes de France, de l'Alsace, des Flandres où le roi se trouvait de passage, mais en somme le gouvernement était à Versailles.

Il n'est donc pas exact de dire que, en 1663, M. Pierre Boucher vit le roi à Versailles, que, en 1670, on fut étonné à Versailles des entreprises de Médard Chouart, que, en 1675, Cavelier de la Salle fut anobli à Versailles, etc. Avant l'année 1681, il faut tout rapporter à Saint-Germain-en-Laye, seiil foyer de l'administration.

Les plans de Mansard se sont développés au-delà de ce que devait comporter le premier projet et, après 1675, l'architecte se lança dans le gigantesque, de telle sorte que les historiens se demandent d'où provenait l'argent. Nous avons peut-être la solution du problème. En 1673 et 1674, le roi abolit toutes les sociétés commerciales qui exploitaient les cdonies et se réserva la vente de ces privilèges. C'est ainsi qu'il arrangea la traite de l'Ouest, du Mississipi et celle

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