‹ Mélanges historiques (volume 4)Chapitre 32 sur 44 · Il sigfne Tara · texte numérisé non relu

Il sigfne Tara

126 LES FORGES S.\INT-:>Li. . EICE

était meilleure avec le charbon de bois et aussi la coulée des poêles.

Il faut dire ici que nous sommes au plus fort de la guerre de iSept Ans et que le Canada va bientôt passer sous le drapeau britannique.

Aux approches de la flotte de Saunders et de Wolfe, l^été de 1759, Jacques Perrault "Faîne" et sa femme Charlotte de Boucherville, partirent de Québec pour se réfugier aujx: Trois-Eivières avec leurs huit enfants. Le 10 octobre suivant, ils firent baptiser Josette qui, en 1787, épousa Pierre- Louis Brassard, bien connu comme juge et qui mourut aux Trois-Eivières en 1802. Dans une lettre du mois de juiilet 1760, on voit que Perrault est aux Forges avec sa famille. A partir de 1764 on les retrouve tous à Québec. Louis- François Perrault, frère de Jacques ci-dessus, avec sa femme Josette Baby, réfugiés aussi aux T rois-Rivières y firent baptiser des enfants les 8 mai 1759, 18 juin 1760 et 25 décembre

Madame Perrault fut inhumée dans ce lieu le 2-1 avril 1762. Son mari, ruiné par la guerre et la perte de la monnaie de carte, passa en France dans le dessein de se faire indemniser, puis, vers 1766, alla s'établir aux Illinois où ses enfants le rejoignirent en 1772 ; il y mourut l'année suivante. Son fils, Joseph-François, né en 1753, fut remarquable par ses voyages de commerce aux lUinois, ses écrits en faveur de l'agriculture et de l'instruction publique et aussi par son Histoire du {Canada, la première d'une plume canadienne.

Jean-Baptiste Perrault, un autre frère de Jacques cidessus marié à Marie Lemaître, était marguillier aux Trois- Eivières en 1764. Le bureau de la monnaie de carte était dans sa maison. Seize ans plus tard, il fait acte de foi et hommage pour le fief Boucher au-dessus des Trois-Eivières,

dans la banlieue. La dernière mention de lui que je connaisse est de 1797 où il siège comme juge de paix du district des Trois-Eivières. Son fils Jean-Ba.ptiste, né Ters 1760, se fixa à Michillimakinac. On a de lui des mémoires importants sur "les pays d'en haut"' qu'il avait parcourus en tous sens.

Au registre de la chapelle des Forges, le 24 juillet 1760, est baptisé un fils de Charles Mayret (Mai'Uet?). Celui-ci appartient aux TTois-Eivières où il était marchand, bailli et notaire. Le parrain est Michel Chartier de Lotbinière. Le 27 août suivant, baptême de Louise, fille de Michel Chartier de Lotbinière, capitaine et ingénieur des troupes et de Louise Ohaussegros de Léry. Parrain: Michel Chartier de Lotbinière, enseigne d'artillerie. Marraine : demoiselle Marie Deschenaux.

En ce moment, la flotte anglaise remontait très lentement le fleuve depuis Québec et prenait contact avec les Canadiens des deux rives. Je pense que M. de Lotbinière était aux Forges depuis plusieurs mois conduisant la fabrication des 'bouches à feu et du matériel de guerre. S'il en était ainsi, ses fonctions allaient bientôt c-esser avec la fin des hostilités.

Le 8 septembre eut lieu la capitulation de Montréal. Dans l'article XLIV il est stipulé que les papiers des Forges Saint-Maurice passeront en France, excepté ceux cui concernent l'administration du pays. IXous avons maintenant copie de ces documents qui ont été retrouvés dans les arcliives de France, sinon tous du moins en grande 'partie.

Du 8 septembre 1760 au mois de mai 1763, la colonie resta sous le contrôle des autorités britanniques. C'est ce que l*on a appelé, faute de mieux, le régime militaire, mais il n'avait rien d'oppressif ; au contraire, il était plus libre que

128 LES FORGES a\INT-MAUIlICE

le régime français. William Pitt aTait ordomié de ne rien faire .pour inquiéter les habitants d'après le principe que si la couronne • anglaise gardait le Ganad-a il faudrait, à la signature de la paix, y trouver un peuple satisfait du dhangenient d'autorité. Les tribunaux français étant disparus, on nomma des officiers de milice juges du pays et la langue française ne fut nullement inquiétée pour le moment. ■€!« furent trois années d'un calme surprenant, après un.e guerre acharnée de sept ans. La lutte, en Europe ne finit que l'automne de 1762.

Tja ohapeQle des Forges date de 1738 et a .siiibi (les clianp-ements aiii cmirs des anu'ées. mais d'ans Téfat actuel c'est encore la eonstriiction d-e 1738.

liiiines du château ou "eraiide maison"" vue du chemin. Le ruis- .seau qui cn-ule en arrière <le i'wUfice. à droite, n'est pas visible.

Kilines <riMi hauT-fDurMean.

t'iit'iiiiiit'-e <ruii li;i iit-fininu'aii

NOUVEAU REGIME. — INVENTAIRE DES FORGES. INCENDIE AUX TROIS-RIVIERES.—LES TETES- J)E-BOULE. — TRAITE DE PARIS. — JEAN-NICO- LAS ROBICHON.: 1760-1763.

Le nouveau régime, aux forges (Saint-Maurice, commence par deux mariages. Le 21 septembre 1760, Josette €haput, veuve de Jean Aubry, épouse Antoine Laiond, et le 39 du même mois Louis Voligny épouse Amabde, fille de Claude Blondin, d'une famille de Terrebonne, je crois. En 1780, Voligny était marguillier aux Trois-Rivières. Il paraît avoir €u deux filles dont une mourut au 'berceau et l'autre se maria.

Un recenseonent pris au mois de septembre 1760 (pour Trois^Eivières et sa banlieue ne mentionne pas les Forges; il donne: 110 hommes, 89 femmes, 143 garçons, 169 filles, 37 hommes engagés, 38 servantes. Total : 586 âmes.

Le 1er octobre, J. Bruyère, secrétaire du gouverneur Burton, des Trois-Rivières, écrit à M. Courrai, qui est aux iForges, des instructions .pour la régie de cet établissement et il nomme Délorme, Robichon, Marchand, H^amblot (Imbleau), Terreau, Michelin, Bellu (?) (1) dont les services doivent être assurés, afin de n'interrompre ni rien changer dams le travail des uisines. .Ces hommes étaient les chefs des diverses branches ou métiers des forges et comme il importait de ne rien déranger dans cette inid-ustrie, il fallait les cx)ni&erver, d'autant plus que n'étant pas Canadiens ils pouvaient désirer d'être transportés en France avec lea

1. Ce doit être Bélisl«. IJ y avait aussi un nonuné Billy (?), dii Marmette, mais ce doit être Belleau.

fonctiomiaires français et Iles troulpes qui s'embarquaient en ce moment sur les navires anglais pour retourner dans leur patrie.

•Bruyère, un Suisse de langue française, dhoisi à cause de ■cela pour s'entendre avec les Canadiens, comme Gugy et plusieurs autres, ajoute en s'adressant à 'Courrai que "sir Jeffrey Amlierst, générai-en-ohef, juge à propos de faire exploiter à loisir la fonte qui est déjà tirée des mines et, ipooir cet effet, il voudrait retenir sur le même pied que cidevant lies ouvriers dont vous trouverez les noms à la suite de la présente. Le charbon étant un article indispensable et dont les forges sont actueiliement mal pourvues, et Son Excellence ayant appris qu'il y a plusieurs fourneaux déjà préparés, il vous plaira d'engager en qualité de journaliers les charbonniers et autres que vous jugerez absolument nécessaires pour faire la cuisson et autres ouvrages dépendants de cette partie là. Vous tiendrez, s'il vous plaît, un compte exact des gens que vous emploierez, du temps que dureront leurs travaux et de la quantité de charbon qu'ils feront Vous prendrez sur vous le soin de faire graisser et relever les soufflets des forges, en un mot de faire les petites réparations qui sont absolument nécessaires pour mettre les forges en état d'exploiter }:>eu à peu la fonte dont il est parlé ci-dessus,''

Le 2 octobre. Bruyère écrit à Cour\'al "'inspecteur aux Forges", qu'il a reçu la marmite envoyée des forges et qu'il va faire ordonner des vivres nécessaires aux sept familles déjà nommées, aussi pour M, Courval, ses deux domestiques, et le dhapelain, pendant sept jours. Il demande que l'on embarque les poêles qui ont été promis et que le :porteur du billet les conduira aux Trois-Rivières dans son bateau, par le Saint-'Maurice.

Le 22 octobre, Bruyère écrit à Courval, aux Forgea: "Je vous envoyé la barrique de taffia (boisson) que vous me demandez... vous la distribuerez à votre gré aux ouvriers, en tenant registre . . . Sans doute que personne n^ vous a pas encore demandé de fer, autrement vous m'auriez fait le plaisir de m'en parler. Il ne serait peut-être pas mal à propos de faire savoir aux ouvriers de Montréal qu'il y en a à vendre, mais vous en ferez ainsi que vous le jugerez à propos."

Un inventaire des Forges, signé le 8 septembre 1760 par Hertel de Rouville "directeur" et approuvé par le général Amherst le 10 octobre salivant, se lit comme suit:

Une forge appelée la forge haute, bâtie en pierre, ayant une chaussée de 70 pieds, en bois, avec halle et magasin ; la dite forge ayant les roues et mouvements, double jeu de soufflets. On y trouve : 1 fléau garni de ses plateaux et chaînes, 8 poids de 50 livres, 5 poids de 25 livres, 6 marteaux de fonte pesant 500 livres ipièce, 3 endlumes de fonte pesant 2,000 livres pièce, 3 enclumes maïuvaises, 10 heurasses, 3 paires de tenailles à sing^les, 112 paires de tenailles à chanter, 10 paires de tenailles à coquilles, 4 ringards, 1 auge, 2 crochets à quenses, 1 éciielle à mouiller, 1 rouable, 1 écousse, 1 aviron, 1 pelle, 2 masses, 1 m/arteau à mjain.

La forge basse, en hois, ayant une cliaussée de pierre de 80 pieds, aussi avec ses roues et mouvements, double jeu de soufflets, renfermant : 1 fléau avec ses plateaux et chaînes, 9 poids de 50 livres, 5 poids de 25 livres, 13 paires de tenailles à forger, 2 paires de tenailles à cliauffer, 1 enclume de 2,000 livres, 2 enclumes à maréchal ipesant 500 livres les deux, 4 'pelles de fer, 1 rouable, 1 écousse, 7 poches à couler, 1 auge, 10 ringards, 4 masses, 1 marteau à main, 2 écuelles

à mouiller, 1 aviron.

Um martinet tenant à la forge l>a.sse, garni de ses mouvements et soufflets, avec: 3 enclumes pesant 150 livres pièce, 8 petits marteaux pesant 100 livres pièce, 9 heurasses pesant 150 livres pièce, 1 enclume pesant 100 iivres.

Un fourneau avec la moulerie et une halle à charbon, de 80 X 30 pieds, garni de ses roues et mouvements, avec dooiible jeu de soufflets en bois, renlermiant: 23 ringards de fer de différentes longueurs, 2 couars, 2 crochets, 2 estoquars, 2 forohets, 8 pelfes, 1 romaine avec son contrepoids et ses agrafes, 1 masse, 2 marteaux à main, 3 marteaux à mouler, 12 modèles en fer pour marmites, 5 pour chaudières, 3 pour coquettes, 1 pour tourtières, 1 .pooir mortiers, 3 pour écuèlles, 3 paires de tenailles, 4 modèles en bois pour poêles à chauffer.

Une boulangerie avec son four, contenant 1 pétrin, 1 porte de fer 'battu, 1 pelle de fer, 1 fléau avec ses plateaux, 1 rouable de fer, 3 pelles à four en bois, 1 hache, 1 crémaillière, 1 bluteau de 20 pieds de long.

Un bâtiment servant d'écurie, 110 pieds de long, pièces sur pièces, ayant 6 compartiments fermant à cilef. Un bâtiment de pièces sur pièces, de 20 pieds en carré, servant de dépense pour l'avoine; 6 chevaux, 3 harnais de timon, 3 de trait, 3 charrettes avec leurs roues, 2 grandes charrettes, 4 traînes hautes, 4 traînes basses.

Un hangar en 'bois de 60 x 30 pieds. Deux hangars de 40 X 30 pieds. Un hangar entouré de madriers, 40 x 20 pieds. Un hangar de 30 x 25 pieds. Un magasin à fer. Une halle pour charbon. Une chaussée en bois de 105 pieds de long. Un hangar servant d'écurie et étable aux animaux des employés, 30 X 25 pieds. Six mai'sons de pièces sur pièces. Dixeept barraques de pieux servant à loger les ouvriers. 35

poêles à chauffer, avec leurs portes et trépieds servant aux ouvriers.

Uine église de pièces sur pièces, 40 x 30 pieds, lattée dedans et dehors, enduite de chaux. Uoi calice et la patenne d'argent, 2 ornements pour dire la messe, dont un de toutes couleurs et l'autre noir, 2 aubes, 3 surplis, 1 cloche de 70 livres, 2 chandeliers de cuivre, 1 croix de cuivre (2).

Une maison de pierre, 82 x 5.2 pieds, contenant 4 poêles à chauffer, 3 pelles de fer, 3 paires de tenailles à feu. Le reste du mobilier n'est pas mentionné, ce qui fait croire qu'il appartenait à Hertel de EouTille. 'Cette maison principale, solidement construite, est totalement en ruines. Elle date de 1740.

Ustensiles de la Taillandrie : 2 soufflets de cuivre, 2 enclumes de fer battu à table d'acier. 1 estoque, 1 bigorne, 2 marteaux à frapper devant, 5 marteaux à main, 8 paires de tenailles à forger, 2 tisonniers, 2 trandhets, 6 mandrins, 2 étampes à percer, 2 débouchoirs, 1 filière, 1 montoir, 1 paire de tenailles à forcer, 1 marteau à brocher, 2 carreaux, 3 doueyeres.

Ustensiles ou outils de charpentiers et charrons: o terrières, 1 gouge, 1 couillère pour roues, 3 ciseaux, 4 sceaux, 1 verlope, 1 demi verlope, 1 galère, 5 haches, 1 herminette, 1 bezague, 2 compas, 1 scie de travers, 1 tille ronde, 1 meule et sa manivelle, 1 masse, 1 pallant garni, 1 moulin à scie

2. Il est toiit probable que, dans le cours de cette année 1920, le gouvernement fédéral posera sur cette chapelle, encore fort bien conservée et fréquentée chaque dimanche, une plaque de bronze portant inscription pour rappeler que le fer du Saint- Maurioe a foiirni le Canada, durant plus d'un siècle et demi, de tous les articles coulés et forgés dont ce paj-s avait besoin. L'auteur des Forges Saint-Maurice, M. Benjamin Suite, est l'âane dtrig'eanfce de ces déjnooisfrations. canton de la Margelle, Côte d'Or.

134 LES FORGES SAIXT->L\URICE

iaTec ses ustensiles, 1 bâtiment sur poteaux, de 40 x 20 pieds, garni de ses mouvements, 1 scie, 3 crochets, 2 marteaux, 2 pinces, 3 broclies, 1 crochet à tourner les pièces.

3,100 livres de fer en barres de toutes <iua;lit)és.

200 livres de ferraille.

25,000 livres environ, de fonte en bocage. 10,000 livres de fonte, en mauvaises pla<iues.

800 bannes de miue rendue au pied du fourneau. 1,200 bannes de mine à la rivière, rama-ssée par tas. 300 cordes de bois pour charbon, dans la vente du

nord.

500 barriques de charbon.

Bois d'équarrissage pour construire une halle au fourneau — resté dans la forêt :

79 pièces faisant 2,480 pieds de longueur. 250 pieds de f>etit bois pour faîtage et lien. 171 billots de pin pour plancher et madriers de 10 pieds

de longueur.

Le grand incendie des Txois-Eivières en 1752 avait précédé de quelques mois la guerre de Sept Ans puis, aussitôt cellle-ci terminée, d'autres sinistres se produisirent, du moins je le suppose en lisant l'aiifiche sign^ée par le colonel Burton le 15 octobre 1760, car on ne publie pas de semblables règlements la veille des incendies, quoique leur utilité soit plus manifeste deux jours avant le feu que deux heures ajprès le désastre. En tous cas, Burton commence par dire que la ville des Trois-Rinères a passée par de cruelles épreuves et que "les ravages affreux que les incendies ont plusieurs fois causés dans cette ville devraient être des leçons suffisantes à tous ses habitants pour les engager à prendre les précautions nécessaires pour prévenir de pareils malheurs à l'avenir." Après cette entrée en matière il nomme un ramoneur officiel qui

LES FORGES SAIXT-iL\URICE 135

fera sa tournée tous les quinze jours et recevra quatre soua pour chaque cheminée à simple étage ou six sous pour celles à double étage.

Le 8 juillet 176:2, Haldiniand affiche un placard disant que "le feu vient encore de passer par la ville des Trois-Eivières le 4 du présent mois. Toute la vigilance et 1 activité que l'on a employées pour arrêter le progrès de ce terrihle fléau n'ont pu empêcher que les flammes n'aient dévoré cinq maisons entières, tous les hangars et fournis qui en dépendaient ainsi que les meubles, marchandises et effets qui y étaient renfermés. Ces maisons sont ipositivement celles qui, par leur proximité de la grève, servaient de retraite aux habitants des campagnes lorsque leurs affaires les attiraient en ville. Les propriétaires et locataires sont rédoiits à la dernière misère. Xous somjnes trop persuadés des sentiments d'humanité, de religion et de compassion qui doivent remplir le coeur des habitants de ce gouvernement envers leurs frères et compatriotes pour croire qu'il faille les exciter par des représentations étudiées. Xous pensons qoi'il suffit de leur annoncer que cet accident est arrivé; que plusieurs ipersonnes en souffrent; qu'elles ont besoin d'un secours prompt et réel, et que nous avons donrué nos instructions à tous les capitaines de milic-e de s'informer, chacun dans leur endroit, des secours que ileur paroisse se propose d'envoyer aux incendiés, soit en planches, madriers, bois de charpente, argent ou autrement, dont ils nous enverront la liste au plus tôt." MM. le grandvicaire Perrault, (Louis-Joseph Grodefroy de Tonnancour et ''Cressé le père" se chargent de recevoir "vos charités et de voir qu'elles soient enuployées suiA^nt vos intentions."

Le 8 octobre suivant, il revient à la charge et prescrit que "chacune des maisons de c-ette ville se pourvo\TeTa incessamment d "échelles appliquées sur les couvertures en dehors,

et d'une autre pour y monter que l'on gardera dans l'intérieur des cours ; d'une couple de soeaux et de deux béliers dans chaxjue grenier des maisons ^ à peine de cinq .piastres d^amende. . . Les oifficiers de milice verront là ce que cet ordre soit exécuté (3)."

Le gouverneur Burton affiche un placard, le 7 déoemibre 1761, défendant aux bourgeois et habitants des TroisnEivières de couper et enlever du bois de chauffage et autre sur les terres dépendantes de la seigneurie de Saint-Maurice, sous peine d'une piastre d'ameaide [pour chaque charrette ou traîne, et de (punition arbitraire en cas 'de récidive.

Le colonel Frédéric Haldimand, gouverneur des Trois- Eivières, promulgue une défense, le 19 mai 1763, pour empêcher la chasse siïr les terres de la seigneurie de Saint- Maurioe et autres, dépendantes des Forges, aussi dans les environs de la mine derrière la Pointe-du-iLac, sous peine de vingt piastres d'amende pour la première fois et de punition arbitraire en cas de récidive. La dite amende applicable moitié lau dénonciateur et l'autre moitié aux pauvres de la paroisse. 'Cette défenise fut renouvelée le 22 juillet 1763, preuve qu'elle n'avait pas effrayé les chasseurs. Le 2 septembre 1763 une permission de chasse est accordée à Voligny "pour l'usage du gouverneur".

Pour régulariser et contrôler la traite des Têtes-d.e- Boule qui descendaient à la ville, le colonel Haldimand fait un placard, le 28 mai 1763, disant que, aussitôt l'arrivée des Sauvages, leurs pelleteries doivent être déposées en gros, à l'endroit accoutumé sur le haut de la ^côte, vis-à-vis la, maison du sieur de Franioheville. Le 33 mai 1763, le colonel Bur-

3. Sur les premiers moyens préventifs contre les incendies des maisons aux Trois-lviViéres, voir noa Mélanges historiques, vol. 2, p. 73-83.

ton défend aux commeTçants d'aller rencontrer les Têtes-de- Boule dans les bois, "ce qui les empêcàerait de venir au marché public de cette viMe ... les pelleteries, aussitôt après l'arrivée des iSauvages, seront déposées en gros sur le marché, vis-à-vis la maison du sieur de Francheville." Le 18 mai 1764, Haldimand confirme encore ces mesures et se sert du terme "vis^à-Tis la maison du défunt Francheville".

Le 20 juillet 1762, Bruyère écrit "un ordre à tous les capitaines de milice du gonvemement des Trois-HiYièreiS d'enToyer des hommes (le nombre est indiqué (pour chacune des paroisses) "pour bm-her chacun quinze cordes de bois aux forges Saint-Maurice. Vous leur ordonnerez d'apporter avec eux leurs haches et des vivres pour le temps qu'ils uaettront à bûcher leur bois. Yous les enverrez en droiture à M. GouTA'al, aux Forges, de qui ils recevront les ordres. €e travail presse. Donnez vos ordres incessamment, et avertissez-les qu'ils seront payés."

Xotons ici que François Poulin de ,Oourval, petits-fils de Maurice Poulin, premier propriétaire du terrain des Forges, était né en 1725 et s'était marié en 1751 avec Madeleine Dupré, Canadienne. Il avait pris du service dans la marine. En 1762, il y eut une expédition française contre les Anglais de Terreneuve, sous les ordres de Temay, composée pour la majeure partie de volontaires des troupes du Canada passés en France l'année 1760. Aussitôt le poste ou ville de Saint- Jean capturé, Poulin de Courval, alors capitaine de brûlot, fut envoyé en France pour annoncer cette nouvelle. C''était un homme très estimé. En 1759, il avait commandé le Bienfaisant, dans le bas du fleuve et il sr'était distingué au siège de Québec. Le duc de Choiseul, premier ministre, fut si satisfait de l'affaire de Terreneuve, qui lui fortifiait la main pour conclure la ipaix, qu'il envoya deux navires de ce

côté sous les ordres de Coorval, mais ceM-ci arriva après la retraite de Temay et fit voile pour la France. Il mourut à Terrebonne en 1770 ne laissant pas de famille.

Au registre de la paroisse des Forges, le 6 août 1762, il y a le mariage du fils du seigneur de Oarufel avec la fille de Pierre ^klarcliand. Le frère Hya<?inthe Amiot y dessert enxMjre à cette date.

Le 1.2 août 1762, aux Forges, baptême de Josetph-Ckude, fils de Joseph-Claude Poulin-Cressé^Courval, inspecteur des forges Saint-Maurice et de dame OiUes-Generiève Dumont. Parrain: le sieur Claude PouUn-Cressé-Courval, colonel de milice du gouvernement des Trois^Rivières ; marraine : dame Louise-Charlotte Dumont, épouse du dit parrain, sousconstructeur des vaisseaux de Sa Majesté.

Au mois de mai 1763 nous connaissions le traité si^é à Paris le 10 fé\Tier précédent et nous savions que le Canada passait, sans condition, à l'Empire britannique. Cependant, le texte des capitulations de Québec et de Montréal étant sanctionné par l'Acte des Puissances, nous pouvions être tranquilles. Les forges Saint-Maurice, propriété du roi de France devenaient domaine du roi d'Angleterre et comme l'industrie du fer était indispensable à la colonie son exploitation devait se continuer et prendre les développements nécessaires à l'augmentation des besoins du peuple.

■A la date du 29 septembre 1763 il y a un placard écrit pour les Forges, défendant aux ouvriers et autres personnes de se servir du charbon dans leurs logis, sous peine de punition.

Dans les instructions données, le 7 décembre 1763, }>ar le roi George III, au général James Murray, gouverneur en chef de la provinc-e de Québec, le paragraphe 55 est consacré au sujet qui nous occuipe : "Attendu qu'il ressort des représenta-

tiens de notre gouverneur du mstrict des Trois-RiTières que les forges de Saint-Maurice, dans ce district, sont d'une grande conséquence pour notre serrice, c'est notre bon /plaisir qu'aucune partie des terres sur lesquelles les dites forges ont été exploitées, ou d'où a été tiré le minerai employé dans ces forges, ou qui sembleront nécessaires et commodes pour cet établissement, soit pour avoir un libre accès au fleuve Saint- Laurent, soit pour produire Tapprovisionnement nécess<aire de bois, de grains et de foin, ou pour pacager du bétail, ne soit concédée à aucun particulier; et aussi (c'est notre plaisir) qu'un aussi grand territoire que possible, contigu aux dites forges, ou les entourant, en sus de ce qui pent être néces-saire aux fins susdites, soit résen'é à notre usage, pour être aliéné de la manière que nous indiquerons ou prescrirons plus tard." Ce passage est répété dans les instructions adressées, le 3 janvier 1775, -lu général Carleton, gouverneur en chef. Même chose en 1786 lorsque le général Carleton, sous le nom de lord Dorchester, redevint gouverneur en chef du Canada.

Le 1er septembre 1763 je note le décès de Pierre Bouvet, maître-taillandier aux Forges. I"n taillandier fabriquait des outils tranchants, de^ haches par exemple.

Cette année, François, fils de Gervais Beaudoin, des Forges, se maria avec Anne-Françoise, fille de Simon Aubry, pareillement des Forges, et c'est ce François qui continua la lignée de la famille Beaudoin.

Jean-Xicolas Robichon, arrivé en 1738, Tomnt que le Canada ceseait d'être possession française, avait demandé en 1761 d'être renvoyé dans son pays. On lui retprésenta que le sort de la colonie n'était pas décidé et de plus que les Forges ne pouvaient en ce moment se priver de ses services. Il eet (probable aussi qu'on lui proposa de bonnes conditions de ealaire. En 176"2 il renouvela sa demande et reçut la même

réponse. Uéié de 1763, comme il insistait pour partir on lui donna passage sur un bâtiment qui le débarqua à Londres avec sa famiille et de là les autorités françaises le transportèrent dans son pays natal. Les déclarations que j'ai sous les yeux disent "avec sa femone et sejpt enfants". I>e ceux-ci je n'en connais que six, savoir : Marie, née en 1746 ; Pierre-Jean, né en 1749; Pierre-Nicolas, né en 1752; Véronique, née en 11755; Louise, née en 1757, et Josette, née en 1760, Mais dans le Dictionnaide généalogique de Mgr Tanguay, il y a Catherine, née en 1763 (sans date) et inhumée a-ux Trois-Eivières le 2.5 mars 1764. AHors la famille serait partie du Canada l'été de 1764, quoique la pennission écrite soit de l'été de

Bt des années s'écoulèrent. Le 21 septembre 1781, à Margelle, Côte d'Or, diocèse de Dijon, en Champagne, fut inhumé Jean-Nicolas Bobichon ''âgé de 62 ans" dit l'acte (non, il était né le 2 août 1714), ancien fileur en fer (dans une pièce de 1786 on le qualifie de martineur à la Margelle). Etaient présents: son fiis Pierre, forgeron, et son gendre Louis Viart, forgeron à Moloy.

'Le 17 juin 1786, dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Molary, Côte d'Or, est inhumée Denise Ohaput, veuve de Jean-N"icolaa Robixihon, en iprésence de son fils Pierre et de eon gendre Louis Viart. La commune de Molary est dans le canton de la Margelle, contrée où l'on travaille le fer. En 1786, la famille était placée dans les localités suivantes voisines les unes des autres: Pierre Robichon, forgeron, à Vouiaine^ près .Ohâtillon-aur^eine. (Véronique, "femme du doyen cabaretier" à Mauvilliers, près le dit ChâtiUon, Et Josette, fenmie de Didier Mageotte, chapelier à Paris, rue Saint-tBemard, faubourg iSaint-Amtoine.

De 1791 à 1797, la famille Eobiohon sollicite auprès du

gouYemement de France d^être placée sur la liste des pensions accordées aux Acadiens et aux Français du Canada que les circonstances de 1755 et 1763 ont obligés à retourner en 'France et qui y sont encore en 1791, mais les comités d'investigation et d'examen de ces cas assez nombreux ne rapportent pas en faveur des Robichon qui avaient quitté le Canada 'de leur propre voilonté, comme le prouvent les documents que j'ai vus. Burton et Haldimand avaient insisté pour garder Eobichon au service des Forges où il vivait très bien, ainsi que Délorme, Marchand, Aubry et Caisse qui y éteient restés. En 1787, Marie Robichon, baptisée le 30 septembre 1746, était mariée à Louis Viart, vivait à Molary ou Moloy, canton de la Margelle, Côte d'Or.

Un fila de Riobichon était resté aux Forges et sa desoendance existe de nos joui^ aux Trois-Rivière5(4).

4. A la fiiQ de oe chapitre, il serait bon de mentionner le rapport du colonel Burton on dat« du ô avril 1762, sur le gouvernement des Trois-Kivirres. qui donne le recensement suivant des Forges: Il chefs de familles, 11 femmes mariées, 18 hommes non mariés, 23 femmes non mariées, 2 hommes eug'agés, 1 serviteur et 1 servaaite à la grande maison; total: 73. Bruyère ajoute qu'il n'y a pas uu «eul homjme en état de porter les arme«.

REGLEMENT DE ^COMPTE. — RECENSEMENT DE 17^0.— COMPA GNIE PELISSIER.—LATERRIERE, AGENT, PUIS INSPECTEUR. — INVASION AME- RICAINE, 1775. — LES FORGES, PELISSIER, LA- TERRIERE. — PELISSIER PREND LA FUITE. — COMBAT DES TROIS-RIVIERES. — LATERRIERE EN CHARGE DES FORGES, 1764-1776.

Le 24 niiars 1764, miessire Perrault, chanoine et grandvioaire, visite les Forges, écrit un aete en date de septembre 1763 et un autre de mars 1764, puis paraphe les registres de 1760-62, et ciôture la tenue de ces archives pour les Forges. €e prêtre était frère de Jacques et des autres Perrault déjà mentionnés dans le présent ouvrage.

Le 4 septembre 1764 Gilles Pommereau, trésorier et payeur des Forges depuis 1743, jparaît avoir réglé ses comptes entre les maing des autorités britanniques, ce qui complétait la prise de possession en vertu du traité de paix de

Gilles Pommereau, que je crois être né â Montréal, était dans les affaires depuis longtemps. Le 30 avril 1729, M. de Silly arrivant de France pour remplacer M. d'Aigremont, décédé, dans la çous-intendance du Canada, écrivait que l'on faisait rapport de Montréal au sujet du sieur Pommereau qui s'était engagé à fournir deux mille minots de blé pour la garnison du lieu et qui ne pourra pas remplir son contrat. Ce personnage paraît avoir vécu assez longtemps aux Trois- Eivières.

Voici un recensemient de 1765 qui a sa place dans la présente étude:

LES FORGES SAIXT-MAUEICE 143

Saint- €ap-'de-la- Trois- Pointe-d'i- Yama- Maiirice Madeleine Rivières Lac chiche

Maisons 55

Familles 55

Population 273

Chevaux 89

Boeufs 29

Jeune bétaii 67

Vaches 107

Moutons 115

Cochons 184

Christophe Pélissier, né en 1730 et non pas en 1709 comme l'a dit Laterrière, était de la paroisse Saint -Pierre, ville de Lyon, C'était un homme de bureau (écrivain) employé à Québec oîi il s'était marié en 1758, avec Marthe Beaudoin, née en 1740, Canaxiienne. Eille mourut en 1763 laissant quiatre enfants(l).

Le 9 mars 1767, Christophe Pélissier qui se proposait de louer les Forges, dressa un inventaire des propriétés et de l'outillage. Le 11 avril suivant le notaire Panet prend connaissance des papiers de la succession Cugnet en vue de faire une étude des anciennes affaires des Forges. Le gouverneur -Ciarleton voyant l'état de décadence de ces usines s'occupait de leur redonner de la vie parce que le Canada en devait retirer de notables avantages si l'exploitation en était dirigée avec attention et sagesse.

Le 1er juin 1767, François Masère, procureur général, ayant examiné les papiers des Forges depuis leur origine,

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