‹ Mélanges historiques (volume 5)Chapitre 28 sur 83 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La ville des Trois-Rivières a possédé pendant quelques années un monument Sulte-Laviolette : le fondateur avait donné son nom, son prestige de père de la ville et le costume de l'époque; Suite avait fourni les traits physiques.

Cette alliance était très heureuse. Suite réunissait toutes les qualités extérieures désirables pour ce rôle. Sa taille, sa barbiche d'officier en retraite, la crânerie de son port de tête constituaient pour un artiste le modèle idéal des types hardis qui, il y a trois siècles, vinrent poser en terre canadienne les assises d'un monde nouveau.

Mais Suite n'avait pas que des titres physiques à cet honneur. Il méritait, presque autant que Laviolette, l'hommage d'un monument. C'est L.-O. David qui a écrit du propagandiste passionné de l'histoire trifluvienne : « On pourrait vraiment et justement le classer parmi les découvreurs des Trois- Rivières, car sans lui cette archaïque petite ville serait à peine connue. Il en a été le chantre, l'historien et même le peintre; il en a remué toutes les pierres, en a analysé toutes les poussières et déchiffré tous les vieux papiers et grimoires afin de faire connaître son origine et son histoire. »

Suite a aimé avec fougue le passé de sa ville natale. Il voyait du trifluvien partout, il en mettait dans tout! A travers les milliers de pages que pendant 63 ans d'activité littéraire sa plume a semées aux quatre vents de V Amérique et de l'Europe, les rappels du passé trifluvien reviennent à chaque instant comme un leitmotiv obstiné. Son grand rêve avait été de donner une vaste histoire de la région des Trois-Rivières. Avec une patience de bénédictin il en avait groupé et classé les éléments. Les premiers chapitres seuls furent publiés. Les concitoyens de Suite ne comprirent pas ce qu'aurait valu pour leur ville une oeuvre de cette envergure. Suite souffrit de cette indifférence; il remisa dans ses cartons les liasses de do-

cuments et de pages qu'il avait voulu consacrer à l'exaltation des gloires du petit pays des Trois-Riinères.

Ces papiers toutefois ne restèrent pas inactifs. Suite aimait trop sa ville pour cesser de la chanter. Ne pouvant réaliser son projet d'une histoire trifluvienne il s'employa autrement à sortir de l'ombre les hommes et les événements qui donnent à notre ville une si large place dans la grande histoire américaine. Par ses articles, ses conférences, les renseignements qu'il fournissait avec un désintéressement superbe à tous les chercheurs, il demeura l'inépuisable dénicheur des richesses ignorées de notre passé trifluvien et en quelque sorte le porte-voix officiel des ancêtres glorieux ou oubliés à qui nous devons d'être ce que nous sommes.

L'oeuvre colossale de Suite fourmille de notes et de fragments trifluviens. M. Gérard Malchelosse, l'héritier littéraire de notre grand historien, a entrepris de grouper quelques-uns de ces fragments. Le présent ouvrage est le deuxième d'une série consacrée aux « Trois-Rivières d'autrefois ». Comme le précédent, il recevra l'accueil ému que l'on doit à de vénérables papiers de famille. Les Trifluviens doivent à Suite cette réparation et ils se doivent à eux-mêmes, aux approches du troisième centenaire de notre ville, d'aller puiser un peu de la fierté et de la noblesse qui palpitent dans ces pages.

Abbé Albert Tessier,

Secrétaire de la Société d'Histoire régionale des Trois-Rivières.

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