‹ Mélanges historiques (volume 5)Chapitre 29 sur 83 · PREMIERES ECOLES · texte numérisé non relu

PREMIERES ECOLES

Après avoir parcouru une bonne partie des greffes et dépôts de registres de l'ancien gouvernement des Trois-Rivières, je suis en état de dire que jusqu'à l'année 1700 ou à peu près la grande moitié des personnes qui figurent dans ces pièces savaient signer. De 1700 à 1720, il y a diminution. Puis il semble que l'instruction augmente un peu, mais après 1730 elle va en s'affaiblissant jusqu'à 1760 où les signatures sont décidemment rares.

Ces différentes situations sont conformes à l'histoire des écoles parmi nous. Entre 1634 et 1700 eut lieu l'arrivée des colons de France, lesquels, pour la plupart, savaient écrire, comme nos archives l'attestent. Eux et une bonne partie de leurs enfants ont su tenir la plume.

Les petits-fils des plus anciens colons vivaient en 1700, et comme nous n'avions pas d'écoles, ils ne surent pas écrire. De là cette diminution dans les signatures, de 1700 à 1720. Mais les enfants nés vers 1710-15, profitèrent des classes dont je vous entretiendrai plus loin.

Le sieur Eacqueville de la Potherie,*^' visitant les Trois-Rivières, en 1700, mentionne l'établissement des Ursulines, mais il ne parle d'aucune autre

(1) Histoire de l'Amérique septentrionale, I, 342.

école. Les Ursulines datent chez nous de l'automne de 1697. A part la classe que les Jésuites durent y tenir dans les premières années, une école de filles avait existé aux Trois-Rivières, dès 1663, sous la direction de la Soeur Raisin, de la Congrégation des Soeurs de Notre-Dame de Marguerite Bourgeois. En outre, quelques petites filles des Trois-Rivières fréquentaient les classes des Ursulines de Québec, de 1650 au moins jusqu'à 1697.

Je crois avoir rencontré de tout temps, aux Trois-Rivières, plus de signatures de femmes que d'hommes, ceci encore est conforme à l'histoire de l'instruction publique.'^'

Je dirai donc qu'il a existé une école quelconque aux Trois-Rivières à partir de 1650 au moins. Les documents nous manquent pour résoudre la question. Pourtant, dès 1652, le notaire Séverin Ameau était à la fois chantre et maître d'école. C'est lui-même qui nous l'apprend dans une requête présentée à l'intendant de Champigny, le 28 mai 1687, lorsqu'il écrit que depuis trente-cinq ans « il s'est appliqué à rendre service au public, soit à instruire les enfants, soit à soutenir le chant au service divin. »

Un autre notaire qui a peut-être cumulé la charge d'instituteur aux Trois-Rivières est Jean- Baptiste Pothier, lequel, on le sait, enseignait à Lachine, près Montréal, dès 1686. Pothier arriva chez nous vers 1700 et y demeura une douzaine d'années.

J'ai raconté ailleurs, en détails, l'histoire des Frères Charon, d'abord hospitaliers, puis institu-

(2) Voir Mélanges historiques, vol 17, p. 61, 62.

ÉCOLES d'autrefois 9

teurs. Cette dernière forme commença chez eux en 1707, mais ne prit du développement qu'à partir de 1718, où le régent reconnut les Frères et les subventionna. Ils ne travaillaient, à cette époque, que dans la ville de Montréal.

Leur costume, suivant Huguet-Latour, devait être noir, un peu semblable à la soutanelle, avec manteau aussi noir, manchettes et rabat blancs. Vers 1721, la cour supprima l'uniforme et les voeux que faisaient les Frères, ce qui contribua à diminuer leur prestige.*^'

L'instruction publique n'entrait pas dans les vues du gouvernement. On allait même jusqu'à redouter les conséquences qui pourraient résulter de l'instruction parmi les Canadiens. Tout le système administratif tendait à confier les charges et les fonctions de la colonie à des Français amenés ici pour cinq ou six ans et que l'on rappelait en France après ce stage.

Quelques bons curés occupaient leurs loisirs à enseigner la lecture et l'écriture aux enfants de leur voisinage. Trois ou quatre moines récollets allaient par les maisons dans les campagnes et y laissaient des lambeaux d'instruction, échange de l'hospitalité qu'ils recevaient chez les habitants riches. En somme il n'existait ni organisation, ni plan d'ensemble: tout se faisait sous le désir du moment et par la générosité des individus. ^*^

(3) Annuaire de Ville- Marie, 2e liv., 2e vol., p. 35.

(4) Le mandement de Mgr Bosquet pour promouvoir la cause de l'instruction dans les campagnes, en 1735, laisse cependant entendre qu'à cette époque il y avait en assez grand nombre des maîtres d'école dans les paroisses. De fait, U était venu six ans auparavant une quinzaine de jeunes gens, dont Claude Le Beau, qui se firent maîtres d'écoles; mais comme ceux-ci avaient été

En janvier 1721 les Frères Charon tenaient six écoles: Montréal, à THôpital-Général/^* sous le Frère (Michel-André) Demoire; à la Pointeaux-Trembles, le Frère (Jean) Jeantot; à Boucherville, le Frère (François) Simonnet de la Croix; à Batiscan, le Frère (Nicolas) Datte; aux Trois-Rivières, le Frère (Antoine) de la Girardière.'^'

Ce dernier fut parrain, dès son arrivée aux Trois-Rivières (1721), d'Antoine, fils d'Antoine Le Pelé-Desmarets et de Barbe Godefroy. Je le trouve encore présent, le 27 avril 1722, aux Trois- Rivières, au mariage du docteur Charles Alavoine, fils de Charles et de Marie Machard, avec Marie- Anne Lefebvre-Lassisseraye, fille de feu Michel et de Catherine Trottier. Ont signé: Joseph Boulanger et « La Girardière. »

J'aimerais à savoir où furent ouvertes les premières classes de M. de la Girardière, en 1721. Comme bien des choses que j'ai cherchées, je dé-

exilés au Canada par lettres de cachet, ils n'offraient qu'une garantie douteuse et ne durent pas imposer la confiance. Mgr Henri Têtu, les Evêques de Québec, p. 127, 128, 187, 192.

Sur l'instruction, on peut consulter: M. Chauveau, l'Instruction publique au Canada; J.-B. Meilleur, Mémorial de l'Education; abbé Amédée Gosselin, l'Instruction au Canada sous le régime français; abbé Lionel Groulx, l'Enseignement français au Canada; R. P. Egide-M. Roy, la Formation du Régime scolaire canadienfrançais.

(5) Huit maîtres tiendront des écoles gratuites dans cet hôpital. L'arrêt du 3 mars 1722 mentionné dans Edits et Ordonnances, I, 465- 466, n'est pas enregistré à Québec.

(6) Sur les Frères Charon voir Le Jeune, Dictionnaire général du Canada, I, 369, 370; abbé Amédée Gosselin, l'Instruction au Canada sous le régime français, p. 481, index; et le précieux inventaire de documents officiels sur cette communauté dressé par E.-Z. Massicotte et imprimé dans P.-G. Roy, Rapport de l'Archiviste, 1923-1924, p. 163 et suivantes.

ÉCOLES d'autrefois H

couvrirai cela par hasard, en cherchant d'autres renseignements.

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