‹ Mélanges historiques (volume 5)Chapitre 34 sur 83 · B.-P. WAGNER · texte numérisé non relu

B.-P. WAGNER

A l'endroit où commence la rue Notre-Dame, que nous appelions la Pointe-des-Chenaux, en 1850, il y avait, côté nord-ouest, regardant le fleuve, une assez belle maison et par derrière un terrain qui s'étendait vers le pont du Saint-Maurice. C'était la propriété Wagner. Dans les familles Lanigan, Hart, McDougall, Houliston on parlait de feu Benedict-Paul Wagner avec considération; on ajoutait qu'il était l'oncle de madame Hemans alors très renommée dans tout le monde anglais comme poète.

Voilà soixante-quinze ans de cela. L'article que je n'aurais pu écrire en 1850, je le donne aujourd'hui parce que j'en ai rencontré les éléments au hasard de la lecture et de quelques recherches.

C'est du vieux nouveau comme tous les souvenirs. Où sont-ils ceux qui faisaient l'éloge de Wagner et de sa parente! Qui m'eut dit que je traiterais ce sujet un jour plus tard sur le haut de la rivière Ottavs^a!

Vers 1780 il y avait à Liverpool un nommé Benedict-Park Wagner, d'origine allemande et italienne à la fois, consul impérial d'Autriche et de Toscane. Sa fille, Félicité, épousa George Browne, Irlandais, gros marchand de Liverpool. De ce ménage naquirent sept enfants, dont le cinquième, Félicité-Dorothée, vit le jour rue Duke, le 25 sep-

tembre 1793. La guerre ruina Browne. En 1800 il partit pour aller vivre à Gwrych, près d'Abergeie, dans la principauté de Galles, au bord de la mer, dans une pauvre maison environnée d'un paysage désolant. C'est dans ces lieux dépourvus de poésie que Tenfant grandit, sous le poids de la misère, d'une santé débile et loin des écoles. Elle s'instruisit d'elle-même. A l'âge de quinze ans, en 1808, on publia un petit volume de ses vers que la grande critique salua de suite avec enthousiasme. Walter Scott et le barde irlandais Thomas Moore la prirent sous leur patronage.

Sa jeunesse promettait. Elle a tenu constamment sa vogue mais sans varier, sauf peut-être en acquérant de plus en plus la beauté du rythme qui faisait toute sa valeur. Elle n'a pas vécu « dans le monde » et n'a tiré ses inspirations que de son petit milieu. Peu de vigueur, pas de thème à effet ni rien de neuf; toutefois la popularité de ses chants devint immense, en nartie à cause du terreà-terre des sujets qu'elle traitait et qui étaient du domaine des sentiments de la foule, surtout à cause du lyrisme de sa diction et du mouvement gracieux des vers. Son style est classique, mais vraiment c'est trop de poésie, nous n'y tenons plus.

L'été de 1812 elle épousa le capitaine Hemans qui ne la rendit pas heureuse. ^^^ Sa vie est une souffrance continuelle. Je suppose que la vente de ses livres lui procura les moyens de subsister. Jusqu'à 1835 elle en publia une dizaine dont la plu-

(1) Hemans la laissa avec cinq enfants en 1818 pour aller vivre en Italie. Il ne revint jamais. Il lui écrivait de temps à autre. La santé de la femme ne fut plus que médiocre, car elle avait déjà été beaucoup ébranlée avant 1818.

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