‹ Mélanges historiques (volume 5)Chapitre 36 sur 83 · AMUSANT PROCÈS · texte numérisé non relu

AMUSANT PROCÈS

« Lorsqu'il demeurait aux Trois-Rivières, le juge Vallières possédait un terrain où hommes et bêtes pénétraient librement contre ses ordres et sa volonté. Il y plaça, un jour, un gardien et un gardien terrible, un brave Irlandais au bâton redoutable, et lui enjoignit de ne laisser aucun être vivant franchir la limite du terrain en question.

« Le digne enfant de la verte Erin, prenant les ordres de son maître et de son juge à la lettre, ainsi que tout bon Irlandais aurait fait en pareille circonstance, faillit assommer le premier individu qui eut le malheur de mettre le bout du pied sur le terrain du savant juge. On empoigna mon Irlandais et on lui enjoignit de comparaître devant les magistrats des Trois-Rivières pour répondre à une accusation d'assaut et batterie.

« Le jour du procès arrivé, la bonne petite ville des Trois-Rivières était en émoi et se précipitait dans la salle d'audience. On avait appris que le juge Vallières lui-même allait plaider la cause de son fidèle Irlandais par-devant les magistrats de la ville.

« En effet, lorsque la cause fut appelée, le

juge Vallières comparut pour l'accusé et fit, la preuve faite, son plaidoyer! Quel plaidoyer! Pendant une heure et demie il parla pour prouver que les trois ou quatre magistrats siégeants étaient des imbéciles et qu'ils ne savaient ce qu'ils disaient ni ce qu'ils faisaient.

« Les auditeurs se tordaient de rire.

« Les magistrats le laissèrent parler, et lorsqu'il eut fini, ils le firent arrêter pour mépris de cour et le condamnèrent sur-le-champ à une heure de prison! Les avocats des Trois-Rivières partirent à la suite du juge Vallières et le reconduisirent jusqu'en prison où ils passèrent avec lui une des heures les plus joyeuses de leur vie.

« L'affaire finie, on demanda au président de la cour des magistrats pourquoi ils s'étaient laissés fouetter pendant si longtemps sans rien dire? — J'avais tant de plaisir à l'entendre parler! répondit-il. Ces magistrats, après tout, ne manquaient pas d'esprit. »^^'

Dans le même journal, le 20 mars suivant, j'ai répondu:

Page 1