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6. On verra plus loin qu'après avoir adopté ce sens (l'Opinion publique, 14 octobre 1875). M. Snalte s'est arrêté sur la version de l'abbé Nap. Caron. D'ailleurs, l'origine du mot Shawinigan a donné lieu à une longue controverse et là question n'est peut-être pas tout à fait réglée, P.-G. Roy, Noms géographiques de la P. de Q. p. 443-445; H. Magnan, Dictionnaire des paroisses, missions et municipalités de la P. de Q., p. 642, 643.

Grande-Mère et Shawinigan, cette inscription: « Chabetsiouatagane ou chemin des Trois-Rivières ».

Il y a une récompense pour le monsieur, la dame ou la demoiselle qui expliquera ce mot sauvage.

Lorsque ces lignes furent publiées (1874), on m'a reproché d'avoir passé à la légère sur la chute de Shawinigan, et d'avoir, pour la première fois, écrit ce nom avec le chiffre 8 au lieu du w.

Grave reproche à ce qu'il paraît. Mais on sort de plus mauvais pas. Tâchons de nous tirer de « c'tui-cy », comme dirait Lescarbot.

Le son du 8 a une toute autre valeur que le iv. Demandez-en des nouvelles aux Algonquins. Le 10, ou double v, n'a pas même de son déterminé dans la langue anglaise. Demandez-le aux Anglais. Ces derniers cependant l'ont introduit dans l'orthographe des langues sauvages; ne pouvant prononcer le 8, ils se servent de la lettre qui, dans plusieurs cas, s'en rapproche le plus; bons enfants comme toujours, nous l'avons adoptée d'eux. Sommes-nous dans le juste? non.

Nous ne voyons pas de raison pour nous conformer à cet usage, bien qu'il soit devenu général.

Pour que le mot ait son allure algonquine, comme de droit, il faut l'écrire Shawinigan et le prononcer ShaSinigane. La terminaison, Ve muet, se prononce sans s'écrire, parce que, en algonquin,

Vn est toujours sonore. De là « Métaberotin », qui se dit « Métaberotine », ou mieux « MetaberBtine ».

D'où vient ce mot: « Shawinigan »? Que signifie-t-il?

Il vient du sens d'une chose que nous allons essayer d'expliquer. Mais commençons par citer les écrivains qui ne l'admettent pas de la même façon que nous.

Le R. P. L.-F.-R. Déléage, O.M.L, missionnaire des Têtes-de-Boule, nous écrit: Oshaiveine, le hêtre; Oshawenigane, portage aux hêtres.

Elzéar Gérin se fait l'écho d'une autre opinion et dit: « Le mot est Shabonigan, portage fait en fêne ». Ce portage a des arrêtes aîgùes qui font penser à la conformation du fruit du hêtre.

Mgr L.-F. Laflèche veut que ce soit l'aiguille.

Le R. P. Albert Lacombe, O.M.L, est du même avis: « Shawinigan pour Chabonigan; en langue crise (langue algonquine) c'est le nom d'un instrument qui sert à transpercer, comme un traversoir, une aiguille. »

Voici comment est formée la chute.

L'eau du Saint-Maurice tombe par deux pentes roides, mais non isolées l'une de l'autre, dans un gouffre où elle bouillonne et se tord, parce qu'elle est arrêtée par une haute muraille coupée à pic. Au premier coup d'oeil on ne voit point qu'elle en puisse sortir, étant enserrée de toute part à la hauteur de plus de cent pieds et, soit que l'on regarde d'un côté ou de l'autre, la cataracte paraît s'enfoncer dans un abîme qui la

pour braver les indigènes. Ensuite, quels Sauvages? Jamais les Algonquins n'ont causé la moindre alarme à nos ancêtres. Le poste ou village des Trois-Rivières n'a eu à craindre que les Iroquois et ceux-ci habitaient l'Etat de New-York. De 1634 à 1664 ils venaient par petites bandes faire des coups aux alentours de la bourgade, mais à partir de 1665 ces courses cessèrent complètement.*^^

A cette époque, toute la future ville était concentrée entre le Boulevard, la rue Saint-Pierre, les rues Saint-Paul et Saint-Louis et la rue des Casernes ou du Château, depuis le Boulevard jusqu'à l'entrée de la rue Bonaventure. Personne ne se serait avisé d'aller se construire une maison sur la rue des Forges, qui ne commença à être en usage que vers 1740, lorsque les forges Saint-Maurice commencèrent à fonctionner.*** Je place donc dans cette dernière année la construction de l'étage en pierre de la rue des Forges; et pour ce qui est de l'étage en bois peut-être qu'il faudrait attendre jusqu'à l'année 1800.

Aaron Hart, né de parents Juifs, . en 1724, dans le voisinage des montagnes de Haardt, au Palatinat, Allemagne, s'établit aux Trois-Rivières vers 1763; il n'habita jamais la maison qui nous occupe ici. L'automne de 1800, le révérend Josaphat Mountain en était propriétaire, lorsqu'on

(3) C'est-à-dire que, après 1665, jamais les Iroquois ne se sont montrés aux Trois-Rivières; mais ils continuèrent leurs massacres sur le Richelieu et aux alentours de Montréal. Cette situation lamentable dura jusqu'à 1700. Voir Suite et Malchelosse, le Fort de Chambly, p. 14.

(4) La maison Hart était au beau milieu de la rue dite des Forges. En 1890, elle était dans un état abandonné et navrant.

l'appela à Québec pour v résider. En ce moment Aaron Hart mourrait et son fils Ezéchiel achetait la maison. '^^

Sans presqu'aucune exception, la ville ne renfermait que des demeures ou lieux de résidence à un seul étage. Ezéchiel Hart, qui était riche, a dû ajouter l'étage en bois dont j'ai parlé, car il recevait le monde et donnait des fêtes. Les jardins contigus à la maison s'étendaient jusqu'à la rue Bonaventure. Les arbres à fruits, les fleurs y abondaient. On y faisait de la musique et des promenades en grand gala. Les toilettes de cérémonies, les uniformes militaires y circulaient le jour, et le soir, car on éclairait ces allées, ces parterres, ces bocages diversement disposés pour le plaisir des yeux. J'ai vu cela dans mon enfance. Et voilà pourquoi la maison Hart a laissé des souvenirs dont s'entretiennent encore les vieillards d'aujourd'hui.

La dernière fois que j'ai entendu la musique des régiments anglais aux Trois-Rivières c'était le jour où l'on proclamait la guerre de Crimée. Un banquet d'adieu réunissait dans la maison de la rue des Forges les chefs militaires de la garnison, avant leur départ pour l'Orient. J'en pris ma part, en regardant par les fenêtres, car il faisait chaud et elles étaient entre-baillées. Dans le parterre, de l'autre côté de la rue, les musiciens lançaient aux échos d'alentour des Rules Britannia et des Grenadier s March à faire trembler les airs.

J'ai bien souvent traversé, sans permission, le

(5) Avant cette époque la famille d'Aaron Hart avait dû demeurer dans son grand magasin de pierre de la rue du Platon dont parle M. Suite dans ses Mélanges historiques, vol. 18, p. 81.

çon, une aiguille, un traversoir, se nomme ShaSinigane en langue crise (algonquine aussi).

Voilà bien qui donne à croire que notre Shawinigan signifie: rocher troué, mais si c'était autrement?

Sommes-nous sûrs que ces quatre syllabes représentent de vrais sons algonquins? Nous les avons appris des Anglais, de simples passants, toutà-fait étrangers à cet idiome. Les Têtes-de-Boule y perdent leur latin. Ces bons indigènes, qui vivent sur les lieux, disent: OshaSnegane, portage en fêne; aschaSeine, le hêtre. Le fêne est le fruit du hêtre. Ils disent aussi de notre chute: Shabonigane, le portage en fêne, et il a effectivement cette forme. Ainsi, la chute elle-même n'a pas de nom, c'est le portage qui est mentionné.

Les Abénakis de Saint-François-du-Lac, familiers avec l'endroit qui nous occupe, le nomment AsaSanigane dans leur dialecte algonquin: la côte qui change de bord. C'est le portage, mais non la chute.

Les Sauvages prononcent le chiffre 8 comme les Français, et non pas comme le w anglais. Chez eux, la lettre n est sonore comme dans l'anglais, de sorte que la désinence gan se dit gane ou gann.

Pour éviter la chute, les voyageurs montent une côte et, rendus au sommet, ils sont sur une crête, d'où il faut descendre pour continuer la route. Portage en fêne, c'est bien trouvé.

Sur une carte manuscrite de 1731, il y a, entre la Grande-Mère et Shawinigan (ces deux noms ne paraissent pas) une inscription comme suit:

« Chabetsiouatagane ou chemin des Trois-Rivières ». Je prends cela pour le nom sauvage du Saint-Maurice, qui, vers cette époque, commençait à se nommer Saint-Maurice, mais était plus connu sous le nom de « Rivière des Trois-Rivières ».

Francis Hall, lieutenant au 14e dragons, passa la journée du 29 juillet 1816 dans « le village des Trois-Rivières »; le 30 il partit en canot d'écorce pour visiter les chutes de « Shawinigan », comme il écrit ce nom. Le lendemain il se dirigeait vers Montréal. Sa manière d'écrire le nom sauvage de la localité qui nous occupe, ne saurait faire autorité. Bouchette, qui, quelques années plus tard, continue cette o'*thographe, est dans le même cas. Hawley pareillement. Et moi aussi.

Qui était William Fitz Hawley? L'auteur du premier roman canadien. Ce brave homme, rempli d'admiration pour les merveilles de la nature, a décrit Shawinigan (en 1831), et en a fait le théâtre de scènes imaginaires qui se seraient passées vers 1640, alors que la bourgade des Trois-Rivières comptait à peine cinquante âmes. J'en ai parlé ailleurs.^ Le titre de l'ouvrage, The Unknown, promet la description d'une existence mystérieuse et c'est bien cela, car VInconnu raconte, en vers et en prose, des aventures de plus en plus étourdissantes et décousues, tout le long du récit. Par bonheur, le conte finit par un mariage, ce qui nous ramène à la vie réelle, après un combat contre les Sauvages devant la chute qui gronde et couvre les

cris des mourants. Comme Shawinigan manque de légende, nous pouvons toujours adopter celle-là, en attendant mieux.

Ajoutons la note fournie par Tabbé Nap. Caron:

« Lorsque j'écrivis mes Deux voyages sur le Saint-Maurice, j'allai prendre des renseignements dans une famille qui avait passé de longues années au milieu des Algonquins appelés Têtes-de-boule. Parmi ces bonnes gens, je trouvai une vieille Sauvagesse qui, malgré ses quatre-vingts ans, paraissait encore pleine de force et d^intelligence. Je profitai donc de la bonne occasion qui s'offrait à moi, pour poser la question suivante:

« Dans la langue algonquine, comment nommez-vous la chute de Shav^inigan?

« La vieille me répondit immédiatement:

Achawénékame, en appuyant très fortement sur la syllabe ivé; et le chef de la famille donna une marque d'assentiment, comme pour dire que c'était bien cela.

« Mais Achawénékame, continuai-je, qu'est-ce que cela veut dire?

« Cela veut dire crête.

« Et pourquoi ce nom de crête?

« Parce que les Sauvages étaient obligés de monter sur une crête de rocher, quand ils faisaient le portage de la chute.

« Je me souvins alors de ce rocher que le Saint-Maurice contourne quand il va former la chute de Shawinigan, et je me dis à moi-même que le nom donné par les Sauvages est véritablement

bien trouvé. Je me rappelai aussi que dans ma jeunesse les gens instruits disaient plutôt Chawinigame, ce qui se rapproche encore plus du terme algonquin.

« Voulant cependant avoir quelque chose de bien positif, je dis à mes interlocuteurs:

« Vous savez que, nous autres, nous disons Shawinigan; le mot ainsi prononcé, n'a-t-il pas un autre sens que le terme Achawénékame?

« Ils me répondirent tous les deux à la fois: « C'est la même chose ».

« Depuis cette conversation que je rapporte aussi fidèlement que possible, je suis demeuré convaincu que Shawinigan est un mot algonquin, que ce mot veut dire crête, et que lui chercher péniblement une autre étymologie c'est perdre son temps et ses peines. »

Connaît-on le ShaSinigan? Bien peu. Il lui manque pour cela d'être accessible par voie ferrée. Des Trois-Rivières, on y va et on en revient dans une petite journée, il est vrai, mais les gens sont devenus difficiles: ils veulent aller avec la vitesse de l'oiseau. Hé! donnez-nous le chemin de fer des Piles r

Nous en appelons aux Trifluviens. Quel est celui d'entr'eux qui ne s'est pas senti froissé à la lecture de livres et de notes de voyage où l'on rencontre invariablement cette phrase: « Nous pas-

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