Aujourd'hui on écrit Grand'Mère
monter la rivière et c'est là que les Iroquois s'embusquaient. La même chose avait lieu au Long- Saut et à la Chaudière, sur TOttawa.
Les peuples du haut Saint-Maurice étaient des gens timides que la moindre chicane effrayait, par conséquent, ils n'opposaient guère de résistance et se laissaient égorger comme des brebis. Ils allaient ordinairement par bandes de vingt à quarante personnes, campant où ils trouvaient à manger et mourant de faim lorsqu'ils ne trouvaient rien. De la sorte, la race ne se multipliait pas. C'étaient les gens les moins industrieux du monde.
Leur langage dérivait de l'algonquin et n'était qu'un patois. Ils se nommaient Attikamègues, ce qui signifie poisson blanc. En effet, ils vivaient de lièvres en hiver et de poisson blanc durant la belle saison. A l'automne, ils se cousaient, depuis la cheville du pied jusqu'^à la tête, dans des peaux de lièvre et ce vêtement durait ainsi jusqu'à ce que la pourriture le fit tomber par pièces. On renouvellait alors la toilette, à même le magasin des lièvres qui était toujours abondamment pourvu de peaux et de poils.
Le Père Jacques Buteux visita ces pauvres gens en 1651 et remonta jusqu'au milieu de la rivière Matav^an — la rivière de l'Enfer, à cause de ses chutes et de ses cascades. L'année suivante, il y retourna et fut tué au retour (10 mai), près de Shawinigan, avec le soldat Pierre Legros dit Fontarabie.^
Les Iroquois étaient partout. En 1661 eut lieu
le grand massacre des Attikamègues. Cette fois il y eut bataille et déploiement d'héroïsme. Les femmes égalaient les hommes. Presque tous périrent plutôt que de se rendre.
Jacques Godefroy de Vieux-Pont, fils de Jean Godefroy de Lintot, des Trois-Rivières, qui était à la traite des pelleteries chez ces Sauvages, contribua sans doute à inspirer ceux-ci, car un survivant échappé à ce désastre raconte que le jeune homme commandait et qu'il fut l'un des derniers debout. Lorsqu'il reçut la mort, il se voyait entouré de cadavres et paraissait comme enfoui au milieu d'eux.'
Après 1665 il n'y eut plus d'Iroquois ni de guerre dans cette région, mais très peu d^Attikamègues se montrèrent aux Trois-Rivières. Il est vrai que les trafiquants français les relançaient jusqu'au milieu des lacs sans nombre et des marais qui fournissent leurs sources au Saint-Maurice et à l'Ottawa.
Vers 1690, on entend parler des Têtes-de- Boule de ces contrées, nation craintive, réfugiée « dans les hauts », comme les Maskegons ou peuples des marécages. Ces Têtes-de-Boule avaient sans doute de la parenté avec les Attikamègues. En tous cas, leur tête n'est ni trop ronde, ni trop grosse, ni trop pleine: ils existent encore sur le Saint-Maurice, en tout petit nombre, et végètent comme autrefois. On me dit que, sans les lièvres qui les nourrissent et les habillent, ils seraient disparus depuis longtemps.^
La chute appelée à présent Shawinigan, n'est mentionnée par aucun nom avant 1816. On en avait parlé auparavant comme de la première grande chute en remontant le Saint-Maurice.
En algonquin, langue du pays, autrefois, ce terme veut dire un instrument à percer, que l'on conduit, à la main, car la terminaison ou désinence « gan » sert à indiquer un outil manié par une personne. En algonquin, il faut prononcer « Sha- Sinigane. » La lettre 8 forme un son plus doux que le w et se rapproche le plus de l'accent algonquin, aussi nos registres français s'en servent-ils de préférence à « oui » et « we ».^
Donc : le « Perçoir ». En effet, le flot précipité de la chute traverse une fissure dans la muraille de rochers, il perce son chemin dans cet amoncellement de grands bloco qui semblent s'être jetés là pour empêcher d'aller plus loin. C'est « V« Aiguille », pour la même raison. C'est le « Chas de l'Aiguille », si vous voulez donner l'image d'un fil qui passe par un trou, mais ici la fissure n'est pas fermée dans sa partie supérieure. « ChaSe » : le traversoir ou perçoir. « Nigane »: poussé par la main. Qu'un plus savant l'explique!^
Une devinette pour terminer: sur une carte manuscrite de 1731 on voit, quelque part entre la