LETTRE-PREFACE
sait également qîie la curiosité intellectuelle des Trifluviens ne fut pas conquise par cet effort. . . Les sollicitations de Suite se perdirent dans un désert d'indifférence, et les souscriptions préalables exigées pour mettre sur pied une semblable entreprise ne trouvèrent que des goussets vides. « Les concitoyens de Suite, écrit quelque part l'abbé Albert Tessier, ne comprirent pas ce qu'aurait valu pour leur ville une oeuvre de cette envergure. » Ca été un malheur. Ce que Suite souffrit de cette indifférence, ceux qui Vont bien connu, et qui vivent encore, se l'imaginent facilement. Il n'est pas étonnant aussi, étant donné le travail dépensé, et le résultat obtenu, qu'il ait gardé quelque temps rancoeur à ses concitoyens, et qu'il ait laissé échapper à leur sujet en plusieurs circonstances des paroles assez fortement acidulées. A Raphaël Bellemare, qui lui causait un jour de ce sujet. Suite répliqua vivement : « C'est plutôt /'histoire des trois rigoles que je devrais écrire! » Benjamin Suite était trop profondément trifluvien, il aimait trop sa ville natale, son « monde », pour bouder longtemps ses concitoyens et cesser de les desservir, comme autrefois, par sa plume et sa parole.
Notre population apprécie de plus en plus l'oeuvre de Benjamin Suite, à mesure qu'elle la comprend davantage ; et vous serez, mon cher M. Malchelosse, pour une grande part dans ce réveil de la curiosité intellectuelle trifluvienne pour les écrits de notre grand historien. Déjà, vos trois-rivières d'autrefois conquièrent des lecteurs de plus en plus nombreux; leur apparition, chaque année, est un petit événement attendu et désiré, et je puis vous assurer que cette nouvelle série sera encore plus favorablement accueillie du public trifluvien, en ce moment surtout où, à l'occasion du troisième centenaire de notre ville, tous les coeurs comme toutes les intelligences sont tournés vers le passé. Nous trouverons dans cette brochure, je le sais, ce que nous avons aimé dans les précédentes, l'esprit, le bon sens, l'ironie fine, parfois un brin d'humour, s'alliant très bien avec une belle aisance littéraire.
Avec mes voeux de succès, je demeure sincèrement vôtre,
Henri VALLEE, ptre.
Ecole normale des Trois-Rivières, 2 mai 1934.