‹ Mélanges historiquesChapitre 11 sur 22 · Gouverneur des Trois-Rivières du 15 octobre 1730 à · texte numérisé non relu

Gouverneur des Trois-Rivières du 15 octobre 1730 à

POMPE A FEU AUX TEOIS-EIVIEEES

et d’abattre les cheminées “à quatre bâtons” ! Quatre longues et fortes perches plantées en carré, rejointes entre elles par des réseaux de harts et le tout enduit de terre glaise et de mortier formaient les cheminées des pauvres maisons. Quel expédient imaginer puisque l’art’ n’a plus rien à nous dire?

Ils en étaient là de cette terreur blanche lorsqu’apparut le juge Deschenaux. Le procès-verbal de la réunion qu’il convoqua dans le Palais de Justice, montre l’empressement avec lequel l’on se rendit à ses vues. Et pourtant, les projets de l’honorable juge n’avaient rien de neuf par eux-mêmes ; ils consistaient simplement à former ou réformer la société dite du feu. Comment, par quoi, et sur quel principe? il n’en était pas question; cela resterait à la sagesse des gTos bonnets du lieu. Ce semblant d’idée n’atteignait pas loin, mais il n’en fallut pas davantage pour attirer sur celui qui l’avait conçu les bénédictions de la foule et soixante-deux louis sonnants dans la bourse1 qu’il tenait ouverte.

Il est probable que M. Deschenaux (devenu président de la société) n’avait pas prévu ce succès d’argent; l’encaisse opérée, se présenta la question épineuse de savoir ce que deviendraient tant de si beaux louis. En effet, ce n’était pas une petite affaire. Comment s’y prend-on avec de l’argent, beaucoup d’argent, pour se préserver du feu ? Je parie que plus d’un lecteur qui s’amuse des inquiétudes rétrospectives dont je l’entretiens, eût été fort empêché, il y a plus d’un siècle, de formuler sur le coup une opinion quelconque.

M. de Denonville, gouverneur général de la ISTouvelle- Prance, parlant de la ville de Québec, avait jadis demandé au roi Louis XIV un certain nombre de ces modestes ustensiles que l’on est forcé de nommer des seaux de cuir, vu qu’ils ne sont pas faits d’une autre matière. Pendant les débats,

POMPE A FEU AUX TROIS-RIVIERES

M. Deschenaux, éclairé par ce trait d’histoire et placé dans des circonstances analogues, n’hésita pas à se déclarer partisan des seaux de cuir. C’était' justement l’idée que l’on cherchait ! Il faut lire arec quelle ardeur le comité qui eut pour mission de la réaliser se voua au salut public, quelles tribulations Inimaginables ill supporta avant que de pouvoir présenter à la société le triomphant rapport par lequel il établissait qu’après trois mois de frais et de manoeuvres multiples, il avait' fait faire, à Québec, deux douzaines de seaux, arrivés la veille en bon ordre et condition !

Le président, M. le grand-vicaire Noiseux, le révérend M. Mountain, ministre du culte anglican, messieurs les chevaliers de ISTiverville et de Tonnancour, MM. J.-B. Badeaux (4), Robert Brydon, L. Le Proust, René Kimber, Modeste Pratte, J. Antrobus et Jean Doucet, notamment, assistaient à la séance. C’était la classe influente, l’aristocratie de l’intelligence et de la richesse.

Il n’y a pas de sot métier, il n’y a que de sottes gens. Si, en lisant l’histoire guerrière du 'Canada, l’on aime à rajuster jour par jour les traces des chefs que suivaient nos aïeux, je ne vois pas pourquoi notre admiration n’irait pas les relancer dans l’obscurité de la vie bourgeoise, où ils se retiraient modestement et surtout utilement, entre deux actions d’éclat. Leur existence n’a pas cessé de nous être consacrée. A cette époque, le peuple existait comme peuple, c’est-à-dire qu’il ne tentait pas de se gouverner, il en remettait le soin à ceux qui, au lendemain d’une victoire, savaient reprendre la tâche interrompue et se faire, au besoin, officier du guet, ou comme de Niverville et de Tonnancour, s’appliquer au maintien de simples compagnies de feu.

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