‹ Mélanges historiquesChapitre 13 sur 22 · CHAMPIGNY · texte numérisé non relu

CHAMPIGNY

Dans les manuscrits déposés depuis deux siècles au ministère de la marine, à Paris, et que l’on a copiés pour les archives d’Ottawa, je trouve continuellement des pièces qui répandent la lumière sur des points de l’histoire du Canada plus ou moins expliqués jusqu’à présent. Je n’ai encore parcouru que les premiers volumes arrivés entre nos mains. Quelle mine de renseignements ! Et dire que nous aurons plus de mille volumes de mille pages d’écriture chacun avant d’en voir la fin — soit un million de pages que nos historiens n’ont pas vues, sauf quelques fragments obtenus à grande peine par quelques-uns d’entre eux. Les jeunes gens auront de quoi étudier — j’envie d’avance leur plaisir.

En ouvrant l’année 1691, je tombe sur un mémoire de l’intendant Champigny (1) daté du 10 mai, à l’adresse du ministre Pontchartrain qui venait de prendre la place de Seignelay, décédé. Nous allons en voir des extraits qui feront comprendre la manière dont la colonie était administrée. Les pièces de ce genre étaient confidentielles, aussi n’espérions-nous pas les lire un jour comme le faisaient le roi et ses ministres il y a plus de deux cents ans.

1. Jean Bochart de Champigny fut nommé le 24 avril 1686, intendant de la Nouvelle-France, pour succéder à M. Jacques DeMculles que l’on avait rappelé en France, sous l’accusation de faire la traite pour son propre compte. Champigny arriva à Québec au mois de juillet de la même année; il fut remplacé par M. François de Beauharnois, le 1er avril 1702.

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La plus importants affaire et de laquelle dépend absolument le soutien, la conservation et Agrandissement de la colonie est de faire déserter et mettre en valeur les terres concédées, depuis trente lieues au-dessous de Québec jusqu’à dix lieues au-dessus de Montréal, nord et sud, et à cet effet tenir exactement main à ce que l’on ne s’étende pas davantage, soit en paix, soit en guerre, et qu’il n’aille pas dans les pays éloignés un aussi grand nombre d’hommes comme par le passé: — en étant encore monte cent quarante-trois aux Otaoas en 1690, ce qui dénue le pays des principales forces et des gens qui travailleraient mieux à la terre. Il suffit qu’il y en ait tous les ans quatre-vingts qui aillent faire la traite aux Otaoas et Illinois, ce pouvant donner jusqu’à quarante congés pour y aller. M. le gouverneur se servirait de ces voyageurs pour porter ses ordres, afin d’éviter la grande dépense qu’on est obligé de faire en y envoyant exprès, qui d’ailleurs peut servir de prétexte pour exécuter d’autres desseins.

Il est bien fâcheux que la jeunesse canadienne qui est vigoureuse et de grande fatigua ne puisse presque rien goûter que ces sortes de voyages où ils vivent dans les bois comme des Sauvages et sont des deux et trois ans sans pratiquer aucun sacrement, vivant dans une oisiveté et le plus souvent dans une misère extraordinaire. Quand une fois ils sont accoutumés à cette vie ils ont peine à s’attacher à la culture des terres et ils demeurent dans une extrême pauvreté, faisant beaucoup de dépenses quand ils reviennent.

Nous voyons au contraire que ceux qui se sont attachés à faire valoir les terres sont riches ou tout au moins vivent très commodément, ayant leurs champs et pêche autour de leurs maisons et un nombre considérable de bestiaux,

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ce que Ton ■verra décliner et .diminuer à mesure que les Français qui se sont établis en ce pays manqueront, .puisque ce sont eux principalement qui s’attachent à ces travaux, au lieu que la plus grande partie de leurs enfants sont continuellement dans des voyages, ce qu’il est de la dernière conséquence d’empêcher avec quelque sévérité.

Les deux méchantes récoltes faites en 1689 et 1690 ont beaucoup contribué à l’extrême misère où le Canada est réduit aujourd’hui, mais il est à propos de faire remarquer en même temps que cela provient aussi de la négligence d’une partie des habitants qui ne se sont embarrassés par le passé que de faire du blé pour leur subsistance et entretien. Deux méchantes récoltes, avec la consommation faite par les troupes les ont tellement dépouillés et dénués qu’ils ne s'en pourront relever qu’avec peine et du temps.

Il ne se peut rien de mieux pour la sûreté de3 habitants et pour le bien général du pays que de le mettre en villages, comme on a fait au-dessus des Trois-Rivières, et de faire de grandes plaines aux environs pour empêcher les surprises et les approches des ennemis. Ils n’auront pas à la vérité tant de facilité à faire valoir leurs terres, à cause de l’éloignement, mais comme ils sont accoutumés d’avoir tous beaucoup de bestiaux, ils en tireront les secours et les soulagements nécessaires, et en cela ils ne seront que comme ceux qui habitent les villages en France (cependant ils pourront en temps de paix habiter sur leurs habitations). Le plus grand avantage que l’on tirera de cette réunion est que les habitants seront indispensablement obligés d’étendre leurs champs pour faire leurs grains dans la profondeur et par ce

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moyen le pays s’augmentera et défrichera, sans s’écarter ni s’étendre comme on a ton jours fait, et les habitants seront en état de se garder eux-mêmes, joint que les dîmes augmenteront et avec le temps les curés trouveront un revenu suffisant sans avoir besoin de la gratification que le roi leur accorde tous les ans pour partie de leur entretien, et les peuples assisteront plus aisément au service de Dieu et en seront mieux secourus.

De principal soutien de tous les lieux du monde dépend d’avoir des places fortifiées où les peuples se puissent retirer avec sûreté durant les guerres. Le Canada est ouvert de tous côtés, chaque maison est sur le bord du bois et par conséquent exposée aux incursions des ennemis sans aucun obstacle. Il est donc constant qu’il faut achever d’établir des villages fermés de bonnes palissades pour mettre les habitants en toute sûreté contre les Sauvages, et fortifier d’une bonne muraille Québec et Villemarie, et particulièrement Québec à cause des descentes qu’on y peut faire par la mer, afin de s’y pouvoir réfugier en cas d’attaques des Européens et être en état de faire une vigoureuse défense, de simples clôtures de pieux comme celles qui y sont ne suffisant pas pour se défendre et n’étant d’aucune durée. L’intendant du dit pays, connaissant l’importance de cette fortification, a fait savoir à monseigneur le marquis de Seignelay, par ses lettres du mois de novembre 1690, les vues qu’il avait pour y parvenir sans qu’il en coûtât au roi; il n’y a qu’à employer les vingt-cinq congés qu’on a accoutumé de donner tous les ans pour aller traiter au pays des Otaoas qui produisent mille livres chacun, dont on gratifiait les habitants sans que Sa Majesté' en retirât aucune chose; on ne peut pas en faire un meilleur usage pour le bien du

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pays qu’en les employant à cette destination; on peut encore en donner quinze pour aller aux Illinois qui produiront aussi mille livres chacun, et, par ce moyen, on aurait, tous les ans, un fond de quarante mille livres par le moyen de ces congés, pourvu qu’on soit en paix et qu’on puisse envoyer chez ces nations.

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L’orgueil et l’oisiveté sont les principaux défauts des personnes établies en Canada et principalement des nobles et de ceux qui s’en qualifient sans l’être. Ces gens sont tous dans une extrême indigence et il est bien de conséquence de ne pas donner des lettres de noblesse à aucun, à moins qu’on ne veuille augmenter le nombre des gueux et rendre des gens à charge au pays. Sans la guerre, M. l’intendant aurait fait rechercher contre les prétendus nobles pour représenter leurs titres, maisi fl a cru qu’il était nécessaire d'attendre une autre occasion plus convenable. Les gens qui se présentent pour être anoblis sont: le sieur (Juchereau) de Saint-Denis qui a été blessé dans l’occasion des Anglais, dont le fils aîné est dans le service qui a été commandé à Michilimaquina sous le sieur de la Durantaye; le sieur (Aubert) Lachesnaye, gros marchand, établi depuis trente ans en ce pays, qui possède de grandes et belles terres ; il a quantité d’enfants dont les ainés sont braves gens ; le sieur Boucher qui a autrefois) commandé aux Trois- Rivières et eu des lettres de noblesse de M. de Feuquière ; il possède une belle terre et a plusieurs enfants dans le service, qui font leur devoir; le sieur Hertel qui a onze enfants presque tous au service et braves gens; son fils aîné a été estropié étant avec le père dans un parti qu’il commandait contre les Anglais.

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Il y aura toujours des gens qui se présenteront pour 'obtenir des concessions dans les lieux éloignés et voisins des Sauvages, en vue seulement d’y aller traiter et même y porter de l’eau-de-vie, sans aucun dessein d’y faire des établissements, ce qui cause que la traite va à quelques-uns en particulier et les autres en sont exclus. C’est un abus qui ne se doit pas souffrir et il faut nécessairement faire défense de traiter de l’eau-de-vie aux Sauvages dans les lieux éloignés et d’y faire aucune traite de marchandises que le lieu ne soit habité, à quoi M .l’intendant tiendrait la main dès à présent pour l’empêcher, si ce n’était pas en quelque façon aller contre des permissions de Monsieur le gouverneur dont les particuliers ont soin de se précautionner. Il est bien plus à propos de donner des concessions dans les terres de ceux qui ne les font pas habiter afin qu’ils ne soient pas négligeants de les faire valoir, comme il arrive à la plus grande partie de ceux qui en ont.

On trouve ici quantité de bois propres pour mâtures, bordages, planches de pin, membres et autres pièces pour la construction des vaisseaux dont M. l’intendant a envoyé des mémoires à monseigneur le marquis de Seignelay. Il serait nécessaire de les faire visiter et examiner et les deux billes de bois pour mâtures qui ont été chargées dans les deux vaisseaux, qui partent présentement pour France. Ce qu’il y a d’avantageux en cela c’est que les mâts ne reviendront pas à la moitié de ceux qu’on tire des monts pyrsnnées suivant le rapport qui en a été fait. Le sieur Hazeur (2), un

2. François Hazeur, en 1690, présentait à l’intendant CJiampigny un mémoire sur l’exploitation de forêts situées sur sa

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des principaux marchands de ce pays et parfaitement honnête homme, a fait une dépense de cinquante mille livres pour des établissements de moulin à scie à la Mallebaye à vingt lieues au-dessous de Québec qui feront toutes sortes de beaux bordages, madriers et planches. Il a pris une habitation plus bas à la côte du sud pour y faire un établissement de pêche à l’exemple du sieur Riverin (3).

concession, à la Malbaie, qui fourniraient en abondance des mâtures et des bois de charpente pour la marine. En 1691, un Chargement fut expédié en France, aux armateurs de la Rochelle; malheureusement la guerre entre la France et l’Angleterre fit doubler les taux d’assurances et de fret, ce qui paralysa ce commerce naissant.

3. Denis Riverin, ancien secrétaire de Duchesneau, avait fondé, à la fin du séjour de M. Denonville, une pêche sédentaire dans le bas du fleuve iSaint-tLaurent. En ce pays, disait-il, les pêcheries sont un vrai Pérou. (M. de Meulles lui accordait tous ses encouragements pour la création de ce commerce. Riverin avait fait venir des harponniers de Rayonne pour former un personnel de pêcheurs de baleines. Il se montrait si satisfait de l’entreprise, que (M. de Denonville en 1688, séduit par ces succès, écrivait aux ministres français l’avantage de substituer peu à .peu les pêcheries à la traite qui devenait de moins en moins lucrative.

En 1686. (nous apprend un très intéressant mémoire de Riverin sur le commerce du Canada) un nommé Gabriel Gautier, concessionnaire d’une pêche sédentaire à Chadebouctou, en Acadie, obtenait de plus les îles de la Madeleine et du Cap- Breton pour y étendre ses pêcheries. M. de Denonville, sur les conseils de son intendant, sollicita à la cour quelques Basques pêcheurs experts, pour enseigner aux Canadiens la pêche de la baleine et de la morue. Le gouverneur ignorait-il qu’à cette époque les Acadiens étaient considérés comme d’excellents pêcheurs ?

Vers 1693, Riverin, manquant de capitaux et, de plus, endetté. fut ohlisré de demander des congés de traite qu’il obtint de M. de Frontenac.

Riverin fut nommé conseiller au Conseil souverain, le 24 mars 1698. en remplacement, de Mathieu Damours de Fréneuse. Tl fut reçu le 6 octobre 1698.

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Les Français ont occupé pendant plusieurs années le 'fort Cataracouy à soixante lieues au-dessus de Montréal que M. le marquis de Denonville a été contraint de faire abandonner à la fin de l’année 1689, étant insoutenable en temps de guerre par la difficulté de le ravitailler. M. de Frontenac a toujours eu en vue de le rétablir parce que c’est son ouvrage et il persiste dans ce dessein, mais il n’y a nulle apparence d’y pouvoir réussir par toutes les difficultés qui s’y rencontrent. Tous les bâtiments sont péris et presque toutes les murailles ont sauté par les mines qui ont été faites en l’abandonnant, de sorte qu’il le faudra rétablir entièrement, ce qui ne se peut faire sans des dépenses incroyables. Et quand même ce fort serait rétabli, lil faudrait autant d’appareils, de dépenses et d’hommes pour le munir des choses nécessaires que pour faire une campagne dans le pays des ennemis. D’ailleurs, ce fort, à justement parler, est une prison pour renfermer une garnison qui n’empêche pas les ennemis d’aller et venir, si ce n’est à la portée du fusil. Il faut donc conclure de là qu’il est très difficile de le rétablir, d’un très grand entretien et absolument inutile. On alléguera peut-être que c’est une retraite pour les Sauvages alliés des Français lorsqu’ils viennent en guerre contre les Iroquois, mais cette raison est détruite dès lors qu’on saura qu’ils attaquent toujours par surprise et qu’aussitôt qu’ils ont fait leur coup sur l’ennemi ils se retirent chez eux et les bois avec l’agilité de leurs jambes qui sont leurs plus sûres retraites. Ce qu’on peut faire dans ce poste est d’y traiter en temps de paix (4).

4. Voir le Fort de Frontenac, par B. Suite, M. S. R. iC. 1901, page 47. j

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Pour bien exécuter toutes des vues qu’on peut avoir pour le bien de la colonie, il est important que le gouverneur et l’intendant agissent en toutes choses de concert et d’intelligence, comme M. de Denonville et M. de Champigny ont toujours fait; qu’ils n’ont pour but que le bien du service du roi et celui du pays — et faire toutes choses dans cet esprit. Il n’en a pas été de même depuis le changement de gouverneur (automne de 1689). M de Frontenac a voulu tout faire par lui seul. Ayant appris à son arrivée en Canada que M. de Denonville avait donné ordre d’abandonner le fort de Cataracouy, il résolut d’y envoyer un détachement de quatre cents hommes pour le conserver et ravitailler, nonobstant la rigueur de la saison, l’impossibilité de faire ce voyage à cause de la difficulté des chemins et des glaces et l’assurance qui lui fut donnée par M. de Denonville et M. de Champigny que le fort serait abandonné et qu’il était insoutenable et impratiquable en temps de guerre. Il se trouva donc seul de son sentiment et, étant le maître de cette entreprise, il en ordonna l’exécution. On prépara en deux jours les canots, vivres et munitions nécessaires, l’on partit et, à la première journée, ils rencontrèrent la garnison qui descendait, après avoir fait sauter le fort, de sorte qu’il fallut relâcher, et une partie de ce qui avait été chargé dans les canots fut mouillé et rapporté au magasin en très méchant état, en sorte qu’il en a coûté au roi plus de cinq cents pistoles (au moins $1,000) et le voyage qu’il venait de faire de Québec à Montréal avait encore coûté plus de mille écus, ayant fait marcher avec lui un nombre considérable d’habitants> et les principaux de Québec. A son retour de Montréal, il se brouilla avec M. de Denonville. Au commencement de l’année 1690, il fit une promotion d’officiers et les augmenta, contre le sentiment de M. l’inten-

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dant, de supemuméraires, dont il demanda le fonds à M. l’intendant pour les faire subsister, ce que n’ayant pu ni du faire, M. de Frontenac résolut d’envoyer aux Otaoas des marchandises du magasin du roi pour employer le profit à leur entretenement. Ensuite, il fatigua le Conseil pendant trois mois pour délibérer sur la réception qui lui devait être faite la première fois et les jours ordinaires; on lui fit toutes sortes de propositions et d’en user à son égard comme on avait fait à l’égard de M. de Denonville, ce qu’il refusa. Après, on lui représenta de quelle manière le roi avait été reçu lorsqu’il fit son entrée .au parlement et on lui proposa de le recevoir de même dont il ne parut pas content. Le Conseil s’assembla plusieurs fois et il y fut fait quatre ou cinq délibérations par lesquelles, pour le bien de lia paix et en attendant que le roi l'eût réglé, il fut arrêté, pour le satisfaire, que quatre conseillers iraient le prendre chez lui, la première fois, et que deux l’iraient recevoir au haut de l’escalier quand il y viendrait les jours ordinaires. Il y vient très souvent; le capitaine de ses gardes arrive auparavant, entre dans la chambre et dit : “Monsieur le comte vient”. Celui qui fait les fonctions du président dit aux parties de se retirer; le procès est interrompu. Il nomme deux conseillers qui vont le recevoir et l’accompagnent dans lia chambre où il prend sa place; ensuite on fait rentrer les parties et on reprend le procès.

Il veut marcher seul à lia tête du Conseil, dans les proces«sions et cérémonies^, et s’oppose à ce que l’intendant prenne sa gauche, comme il a été réglé par le roi en 1685, ce qui a empêché le Conseil de marcher en corps avec lui depuis son arrivée, de quoi M. de Denonville n’a jamais de difficulté. Les prie-Dieu où M. l’intendant se mettait dans les églises et

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qu’il avait trouvés en arrivant au Canada, n’ont pas paru depuis l’arrivée de M. de Frontenac; ceux où M. et Mme Denonville se mettaient ont été placés, depuis leur départ, au milieu des églises, et il n’y a eu qu’un banc dans la grande église qui a été conservé pour M. l’intendant.

M. de Frontenac règle pour le logement et subsistance du soldat chez les habitants; 'connaît de leurs démêlés et les règle ; dit hautement qu’il n’y a que lui qui doive donner des

ordres.

Il envoya, au mois d’avril 1690 le sieur de Lou vigny avec cent quarante-trois hommes à Michilimaquina, dépouillant ainsi le pays des meilleurs hommes contre l’intention du roi et la conservation de la colonie, pour relever le sieur Durantaye qui en avait le 'commandement avec commission du roi, qu’il ne croyait pas sans dévotion, et qui a servi fort utilement pendant plusieurs années, ayant seul empêché les Otaoas et les Illinois de faire lia paix avec l’Iroquois sans la participation des Français. Le sieur de Louvigny et ce gros détachement partirent avec une quantité considérable de marchandises, sans que M. l’intendant en ait autrement été informé que le public ni des ordres qu’on y envoyait et sans signer ni viser aucun congé ni permission quoique ce soient les intentions du roi. M. de Frontenac commit le dit sieur de Louvigny pour faire la visite de ce que chacun portait, de quoi l’intendant étant averti et prévoyant les abus qui se pourraient commettre en cette rencontre, il se trouva indispensablement obligé d’envoyer ordre au sieur Gaillard, son subdélégué, de faire la dite visite, lequel ordre il fit voir auparavant à M. de Frontenac et, nonobstant l’exactitude que le dit sieur

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Gaillard eut à faire la dite visite, il a été justifié depuis que le dit sieur de Louvigny en avait porté lui-même (des marchandises) pour quatre mille livres au par-delà sa déclaration, et les canots de ce détachement étaient si chargés qu’ils ont abandonné en chemin une partie des munitions du roi que M. de Frontenac leur avait fait prendre, tant pour faire présent aux Sauvages que pour traiter, afin d’avoir de quoi payer les officiers supernuméraires.

Il vient de faire partir une chaloupe pour porter à Beaubassin, à l’Acadie, des munitions du roi qu’il envoya par le sieur Beaubassin, fils du capitaine (Michel Le Neuf de la Poterie) de ses gardes, pour faire des présents aux Sauvages de ces quartiers. Il envoyé aussi deux canots commandés par le sieur de la Poterie, autre fils du capitaine de ses gardes, pour porter -des munitions vers Pentagouet, aux Sauvages qui sont dans ce lieu-là. M. de Frontenac, en ces occasions d’envoyer des présents aux 'Sauvages, se contente d’en faire la demande à M. l’intendant et des choses nécessaires pour les porter, sans prendre des mesures avec lui pour veiller à ce que le9 dits présents soient donnés sans difficulté, de quoi l’intendant n’est nullement informé; et comme les dits présents se donnent de la main à la main, celui qui en est porteur de la part de M. de Frontenac est le maître d’en user comme il lui plaît et des pelleteries que les Sauvages peuvent donner réciproquement. Il serait nécessaire que l’on rendît compte à l’intendant de la distribution qui en est faite, en lui rapportant le 'certificat du missionnaire ou de quelqu’autre personne d’équité préposée pour y être présente, et que ceux qui se donnent dans les lieux où sont les gouverneur et intendant fussent délivrés en leur présence pour empêcher qu’il n’en soit rien détourné. Il serait aussi à propos de ne pas recevoir

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de prix des Sauvages, parce qu'ils croyent les Français intéressés, et cela leur donne du mépris pour eux.

Dans toutes ces affaires M. l’intendant est calme. Il renonce aux honneurs et aux cérémonies. Il fait de son mieux les fonctions de son emploi. Souvent, il faut qu’il ferme les yeux pour le bien de la paix qu’il ne conserverait pas une heure s’il n’avait ces dispositions, et il n’apparaît pas entre M. de Frontenac et lui le moindre démêlé ni désunion.

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