L’un des Beauvais possédait quatre-vingts esclaves
4. Né à Montréal le 7 avril 1737, fils de Pierre Gibault (ou Gibaut) et de Marie-Joseph Saint-Jean, ordonné prêtre le 19 mars 1768. Missionnaire sur les bords du Mississipi de 1768 à 1789; il fut grand-vicaire de l’évêque de Québec de 1768 à 1777; curé de Kaskaskia (1768-78), de l’Immaculée-Coneeption
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trouvait aux Illinois au moment critique que nous allons examiner, juste à point pour exercer une forte influence en faveur de la population canadienne.
Par le traité de Paris (1763) le territoire était passé à l’Angleterre. En 1765, on y envoya des troupes anglaises et, jusqu’à 1774, le commandant militaire y conduisit les affaires publiques. La révolution américaine amena (1776) la retraite de la force armée. Le chevalier Philippe de Rasteil, sieur de Rocheblave, fut nommé agent britannique par le gouverneur du Canada, sir Guy Carleton, qui en fait de grands éloges. Il se trouvait là la tête de la milice et de la justice. Or, cette justice était en pleine fonction depuis des années, sans que nous sachions qui Pavait organisée. Elle n’était pas, ce que l’on pourrait croire, une pâle imitation des tribunaux du Canada, mais bien et dûment un outillage complet et régulièrement dirigé. Il y avait des juges à Cahokia, Saint- Philippe, la Prairie-du-Rocher et Kaskaskia, qui étaient en même temps officiers de milice. Un sergent et un notaire exerçaient à Cahokia et à Kaskaskia.
Les débouchés du commerce de fourrures, sous le régime
(1778-89) ; puis, retiré à New-Madrid, dans les possessions espagnoles du sud, il y mourut en 1804. En 1768 et 1775, il séjourna quelque temps à MioMllimakmac ; dans la correspondance qu’il adressa de là à l’évêque de Québec, il est dit que ce poste avait été privé de missionnaire depuis nombre d’années et que les “voyageurs firent leur possible pour garder l’abbé Gibault.”
L’abbé Gibault a été soupçonné de trahison et le gouvernement anglais le regardait d’un mauvais oeil. Il avait demandé au Congrès des Etats-Unis auquel il semblait être partisan, de le rendre propriétaire de l’immeuble dont le séminaire de Québec lui avait confié la garde. C’est à propos de cette étrange affaire qu’il eut des démêlés avec M. 'de la Valiuière, curé de Kaskaskia, en 1785.
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français, étaient le Canada et la Louisiane. En apprenant que le territoire de l’Illinois était cédé à l’Angleterre, les marchands des bords de l’Atlantique se lancèrent dans l’entreprise pour attirer ce trafic de leur côté par la Wabash et l’Ohio. En 1765, les soldats anglais étaient à peine entrés au fort de Chartres que les commerçants du fort Pitt (Pittsburg à présent) y arrivaient, entre autres George Morgan, de Philadelphie, William Murray et Thomas Bentley. Ils amenaient nombre d’employés de langue anglaise, les premiers aux Illinois. En 1768, George Morgan écrit qu’il y a soixante Anglais formés en une compagnie de milice. En 1769, l’Illinois fut placé sous la juridiction de la Pennsylvanie.
Mais les spéculateurs de terrain devaient aussi apparaître. Un édit de 1763 défendait de former des colonies vers l’Ouest. Cependant, en 1766, une compagnie représentée par George Morgan, commença à acheter des terres dans le “pays bas”. Les intéressés étaient George Washington, Benjamin Franklin, William Franklin, lord Dunmore, sir William Johnson, (Samuel Wharton, et autres. Le colonel Wilkins, commandant des troupes, signa les titres de ces achats. Bientôt, plusieurs compagnies du même genre se mirent à l’oeuvre et l’on ne parla plus que des terres de l’Ouest, mais, soudain, en 1774, le Bill de Québec, annexant l’Illinois au Canada, (détruisit les espérances des spéculateurs. Ceux-ci 6e précipitèrent dans le mouvement politique contre la Grande-Bretagne et contribuèrent pour une bonne part à faire éclater la révolution.
Roeheblave avait devant lui une tâche difficile. Les autorités britanniques en le nommant à son poste, ne lui accordaient absolument aucun secours. Comment faire cesser la vente des boissons enivrantes aux Sauvages que Thomas
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Bentley et quelques autres Américains pratiquaient en grand, et comment empêcher ces mêmes personnes de faire de la propagande révolutionnaire, surtout en voyant que les Espagnols de l’autre côté du Mississippi les soutenaient par tous les moyens à leur disposition? Il n’existait ni chambre d’assemblée ni conseil pour édicter des Ibis — en somme aucun gouvernement. Simple agent reconnu, mais sans l’exercice du pouvoir, Rocheblave lança un appel au peuple et, le 17 avril 1776, les habitants, à l’unanimité, s’engagèrent à ne plus vendre de boisson aux indigènes et à référer toute matière de dette aux tribunaux. Un seul Anglais, Daniel Murray signa avec les Canadiens. Bentley et les siens en conçurent une haine féroce contre Rocheblave. De ce moment, les agitateurs se promirent de mettre la main sur le commerce de l’Illinois et d’évincer les Canadiens de partout.
Cette fois, c’est la Virginie qui entre en scène. Elle enrôle trois cents hommes, les place sous le capitaine George Rogers Clarke, et après une marche rapide, mystérieuse, adroitement exécutée, la troupe occupe Kaskaskia durant la nuit du 5 au 6 juillet 1778, arrête Rocheblave dans son lit, proclame l’alliance de Louis XVI avec le Congrès américain, fascine les Canadiens par de belles paroles, puis envoie des détachements jusqu’à Càhokia et se rend maîtresse du “pays bas” sans la moindre résistance.
Les 'cours de justice siégeaient encore au mois d’août, telles que constituées sous le régime anglais. En octobre, Clark les transforma pour les rattacher à la Virginie. Le major Joseph Bowman fut élu juge à Cahokia.
Au mois de décembre suivant, Ham/ilton, gouverneur
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anglais du Détroit, enleva Vincennes dans l’Indiana, mais avant qu’il n’eut le temps de pénétrer dans l’Illinois, Clark, avec ce qui lui restait de sa “troupe déguenillée” et deux compagnies de Canadiens, le repoussa, mettant tout le nordouest en la possession des Américains. Un acte de la législature de la Virginie régla le gouvernement de l’Illinois. John Todd arriva dans (le pays, en mai 1779, avec le titre de lieutenant-gouverneur. Il s’en suivit des élections pour renouveler le personnel des tribunaux:. La Coutume de Paris resta en vigueur. Le procès par jury fut reconnu, ainsi que l’arrestation pour dette. En ce qui concernait les esclaves, rien n’était changé.
La guerre américaine se continuait. Clark ne recevait ni argent, ni provisions de bouche, ni équipement pour sa troupe. La population canadienne lui avait généreusement procuré le nécessaire, mais la patience s’épuisait ainsi que les ressources et l’on ne voyait pas venir le jour du remboursement. Vers la fin de 1779, plusieurs Canadiens, les plus à l’aise, émigrèrent du côté des Espagnols.
Bien des choses étaient déjà changées dans le “pays bas”, tant sous le rapport du gouvernement que par suite de l’introduction de l’élément étranger; cependant le point tournant de l’histoire se place en 1779 avec le départ de Gabriel Cerré et de Charles Gratiot, véritables chefs des Canadiens, hommes de talents, qui s’en allèrent dégoûtés de la situation faite à l’Illinois par les gens de l’Est.
Les nouveaux venus prenaient des terres dans cette région fertile. On pouvait prévoir le jour où les villages des Canadiens seraient isolés au milieu d’une population d’agriculteurs qui, par la langue, la religion, les coutumes, différait
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absolument des anciens occupants du sol. De plus, Jean Girault, procureur de l’Etat, protestait avec vigueur contre la pratique admise de donner des lots à n’importe qui, parce qu’il s>’en suivait ou que le colon n’avait rien de recommandable en lui-même, ou que toute l’affaire était une opération d’, accapareurs de terres. Très peu de Canadiens profitèrent de l’occasion pour agrandir leurs domaines.
Richard Winston, intéressé dans le commerce de l’Illinois, fut commandant à Kaskaskia de 1779 à 1783 et maintint, ou plutôt intensifia, l’inimitié des étrangers envers les Canadiens.
L’Espagne ayant déclaré la guerre à la Grande-Bretagne, on vit, durant l’année 1780, les Américains, les Canadiens et les Espagnols agir de concert sur les rives du Mississipi, dans une succession de marches et d’escarmouches provoquées1 par les Anglais et les Sauvages qui cherchaient à se rendre maîtres du fleuve. Clark n’eut pas été capable de résister aux Anglais sans l’aide des Canadiens. Les Américains se rapprochaient des Canadiens par crainte des Sauvages. Les Espagnols se tenaient avec les Américains et les Canadiens en haine des Anglais et des Sauvages.
Un officier du nom d’Augustin de la Balme et un agent français appelé Jean de Saint-Germain, envoyés par Washington et Lafayette pour rattacher les Canadiens à la cause américaine furent reçus dans le c 'pays bas avec le plus grand enthousiasme. De la Balme parla aux Canadiens de leurs griefs contre les trempes de Virginie, du discrédit de la monnaie de carte et il les trompa en affirmant que le roi de France prenait leur cause en main. Quatre-vingts Canadiens de Cahokia, avec des Sauvages, marchèrent sous le drapeau français contre le poste anglais des Miamis qui fut
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enlevé, mais un parti de Sauvages empêcha le Détroit d’être attaqué et De la Balme fut tué. Il avait envoyé Jean- Baptiste Hamelin dit Grondin avec un détachement de Cahobia contre le fort Saint-Joseph qui fut pris et saccagé, mais une bande de traiteurs anglais et de Sauvages défit les Canadiens et tua Hamelin. En apprenant cette nouvelle, vingt hommes de Cahobia se joignirent aux Espagnols avec des Sauvages et, le 1er janvier 1781, reprirent Saint-Joseph.
De la Balme avait donné du corps au mécontentement des Canadiens contre les Yirginiens et semé dans leur esprit la fausse croyance que les Français prenaient fait et cause pour eux. Leur attitude jusque-là empreinte de patience et bornée à l’envoi de pétitions qui ne recevaient pas de réponse, changea tout à coup pour devenir hautaine et indépendante, mais les circonstances n’étaient pas changées, la politique des Yirginiens non plus. Ajoutons que trois hommes néfastes: le capitaine Rogers, John Dodge, Thomas Bentley allaient mettre en jeu les machinations préparées par eux et d’autres pour s’emparer du commerce et des propriétés, même du gouvernement de la colonie. D’autre part, Richard Mc- Carty, qui avait toujours été en faveur des militaires contre les Canadiens, s’entendit avec Winston pour conseiller à ceux-ci de ne plus fournir de provisions aux troupes, parce que tous deux se trouvaient mécontents des autorités de Yirginie.
L’état de crise se prolongeait. Dodge et Bentley, qui inspiraient Rogers, menaçaient de faire appel à la législature de Yirginie. Les Canadiens rédigèrent encore une pétition qui fut portée (en double) par MeCarty et Pierre Prévost, après avoir été approuvée par Winston, deputy country lieutenant — mais on ne sut jamais ce que devint Prévost par la suite et MeCarty fut tué en route par des Sauvages. Ses
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papiers apprirent au commandant du Détroit 'la situation des esprits dans ia colonie française de Cahokia, etc. Antoine Girardin, principal citoyen de Cahokia, écrivait que l’apparition d’un détachement de troupes britanniques dans son canton serait bien vue. . . mais le lendemain on apprit la défaite de Comwallis et le triomphe de la révolution américaine.
Le calme régna parmi les Canadiens depuis ce moment et toute l’année 1782, mais les soldats commettaient des déprédations, leur commandant faisait des levées de grains, d’animaux, de farine. La disette si en suivait. Au milieu de Tout cela, les tribunaux siégeaient, faisaient leurs élections, tenaient la place d’un parlement, français de langue, français aussi de personnel. Un jour que Bentley se voyait repoussé de la cour parce qu’il était Anglais, il prit une grande résolution et rentra à l’audience accompagné de deux Américains, déclarant qu’il voulait prêter serment de fidélité au Congrès. On lui présenta la formule, en français, il la lut sans objecter à la langue puis, secouant la tête, il expliqua qu’il préférait s’entendre avec le gouvernement de Virginie, ce qu’il ne tarda pas à faire, mais la rebuffade qu’il reçut en cette occasion l’obligea 'à se cacher.
Le 18 janvier 1783 eut lieu le licenciement des troupes. Clark ne partit qu’au mois de juillet. La paix étant signée entre les puissances l’Illinois était remis dans son état premier — sauf l’introduction des spéculateurs de tous les genres qui devaient s’y éterniser au détriment des Canadiens. L’anarchie allait changer de forme sous quelque rapport ; les jours d’autrefois ne devaient pas revenir. L’amour du pouvoir, l’appas du lucre, l’ambition, les préjugés, le fanatisme se
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groupaient en un parti politique pour absorber l'ensemble au bénéfice d’un petit nombre. Histoire de tous les temps. On vit surgir trois factions: celle des magistrats français qui détestaient les Américains et se regardaient comme les représentants du peuple ; celle de Winston, ennemi des Virginiens et des (Canadiens; cdlle de Dodge, adversaire de Winston et des Anglais. Winston détestait Dodge par-dessus tout et comptait quelques Canadiens parmi ses partisans. Todd avait été tué par les Sauvages. Rogers s’était éloigné. Dodge emprisonna Winston qui parvint à se libérer et retourna en Virginie au moment où la position de député lieutenant de comté se trouvait abolie, car à partir du 5 janvier 1782 l’Etat de Virginie la regarda comme caduque à cause de l’intervention du Congrès dans les affaires de l’Ouest. Néanmoins, Winston délégua ses pouvoirs, s’il en avait, à Jacques- Timothé Boucher de Montbrun qui se constitua dictateur, ou à peu près, et “régna” ainsi durant cinq années. Rocheblave était retourné au Canada.
Les Canadiens, ruinés par les exactions des militaires, réclamaient ce qui leur était dû. La procédure amena des délais et augmenta le doute sur (la valeur réelle de ces comptes. Bentley et Dodge achetaient à vil prix. Lorsque, enfin, ces deux hommes furent payés, le gouvernement des Etats-Unis donna des terres aux Canadiens, sous forme de compensation, mais la misère était grande et les spéculateurs obtinrent possession pour un morceau de pain.
De pétitions en pétitions adressées au Congrès par les Canadiens, on en vint là décider la création d’un gouvernement temporaire, sous le contrôle de la Virginie — et le plan
resta sur le papier. De leur côté, les 'Canadiens se mirent à
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parler d’un Etat indépendant. Dodge était exécré, mais rien ne l’arrêtait. Il s'emparait des propriétés publiques, faisait la pluie et le beau temps. Montbrun gouvernait au moyen de compromis et se tenait en bons tenues avec les Espagnols. Sans troupes, sans argent, privé d’une commission officielle, ayant de plus sur les bras un parti anglais nouvellement formé par les commerçants de Michillimakinac, il tenait la balance en ménageant Dodge. Il n’aurait pu le contenir sans craindre une révolte, car Dodge avait des amis influents et même des Canadiens pour le supporter. Le parti anglais vendait ses marchandises à meilleur compte que les autres traiteurs, tout en invitant les Canadiens à ise prononcer pour leur drapeau national. Cette propagande, à la fois commerciale et politique, semait la discorde partout et ne faisait que rendre plus envenimées les passions, les colères et les disputes des années précédentes. La boisson coulait à flot, ce qui n’était pas pour apaiser les esprits. Dans ses adieux à Montbrun, Winston avait dit: “Je vous souhaite plus de succès que je n’en ai eu dans mes efforts pour amener la pacification”. Ce en quoi le nouveau gouverneur réussit le mieux ce fut là restreindre les Sauvages qui maraudaient à travers les habitations, s’enivraient, pillaient, assassinaient et semaient la terreur dans le pays. Par les menaces, par les bonnes paroles et par les présents (de sa propre bourse), il gagna de les tenir à distance, tout en faisant le trafic ordinaire avec ses gens.
Il fallait bien céder à Dodge, puisque la colonie n’était plus sous le contrôle de la Virginie et pas encore absorbée par l’Union américaine. Alors, comme Montbrun signait des octrois de terre à ceux qui en demandaient, pouvait-ill en refuser aux amis de son ennemi ? Ces hommes profitaient de la situation anormale de la contrée. Il y a des signes indiquant que l’idée d’indépendance qui agita quelque temps les
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Canadiens venait de Dodge, pour contrecarrer Montbrun. Un jour, voyant partir un homme chargé d’une pétition au Congrès pour demander l’indépendance, Dodge prophétisa que ce messager portait “son dernier fardeau*'! — en effet, il fut tué sur la route.
L’abbé Gibault, partisan des Etats-Unis, s’était retiré à Vincennes. Un prêtre carme, Paul de Saint-Pierre, natif de Hollande ou d’Allemagne, venu avec l’armée de Roehambeau, devint curé de Cahokia de 1785 à 1789, et se tînt en bons rapports avec M. Gibault. Durant l’été de 1786, l’abbé Pierre Huet de la Yalinière arriva avec le titre de curé de Kaskaskia. C'était l’homme qu’il fallait pour mettre le feu aux poudres. Ardent pour la cause américaine, il avait été expulsé du Canada. Dodge était sa bête noire. Les Canadiens relevèrent le front et offrirent de la résistance au tyran. Juste à ce jour (14 août) Montbrun, on ne sait pourquoi, abandonna sa charge qu’il passa aux mains de J.-B. Barbau, un Français de la Nouvelle-Orléans.
Le colonel Clark n’avait pas laissé de mauvais souvenirs chez les Canadiens. Il commandait au Kentucky et conçut le dessein d’aller combattre les Sauvages de l’Indiana sans autre autorité que la sienne. Rendu à Vincennes, il envoya John Rico Jones à Kaskaskia acheter des provisions, lequel s’entendit dans ce but avec John Edgar, bon ami des Canadiens. Dodge invoqua l’illégalité de la démarche de Clark et fut assez puissant pour paralyser 1a. mission de Jones. Alors Clark envoya des troupes qui se logèrent dans le fort dont Dodge avait fait son magasin sans droit aucun — et les provisions ne manquèrent pas. En ise prêtant aux désirs de Clark, les Canadien® faisaient échec à Dodge. Celui-ci plia
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bagage et passa aux Espagnols. C’était l’équivalent d’une révolution.
Le Congrès restait indécis à l’égard de l’Ouest. On ne voulut pas attendre davantage. Le cri public fut pour le rétablissement du régime de Todd : des cours de justice nommées par le peuple. Barbau approu/a la mesure. Les Américains y furent admis; ils surent si bien manoeuvrer le vote que trois d’entre eux se trouvèrent élus: Henry Smith, John McElduff et Thomas Hughes. Ceci se passait à Kaskaskia. Les trois Canadiens nommés étaient Antoine Beauvais, François Corsé et J.-B. Beauvais. Smith eut la présidence. La cour s’ouvrit le 5 juin 1787, mais en l’absence des Canadiens, on remit les affaires à plus tard. Le 7 juillet, les juges canadiens protestèrent contre les juges américains parce que leur langue n’était pas française. Une entente intervint immédiatement. Les trois candidats qui, après les élus, avaient recueilli le plus de votes: Vital Beauvais, Nicolas Lachanee et Louis Brazeau, furent adjoints au tribunal. Parmi les conciliateurs citons John Edgar.
Le 17 août suivant, le colonel Harmar, qui venait de rétablir les affaires là Vinoennes et avait fait décamper Clark, entrait à Kaskaskia, accompagné d’un interprète du nom de Barthélémi Tardiveau, un Hollandais absolument étranger au pays mais très lié avec Dodge; aussi ce dernier reparut-il dans le fort où il donna un dîner au colonel en y invitant ses plus chauds amis. Harmar ne voyait que par les yeux de ces deux hommes, cependant après une entrevue avec le greffier Pierre Langlois — au cours de laquelle Dodge chercha a étrangler Langlois — il s’en alla disant: “C’est bon, suivez les conseils de vos magistrats”, ne voulant pas s’introduire dans ce guêpier.
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Parmi les nouvelles apportées par Harmar il y avait l’acte du Congrès répudiant les octrois de terres dont nous avons parlé. Tard i veau, jouant l’homme d’importance, se chargea de remettre les choses sur pied; cent trente Américains lui signèrent un titre de procureur à cette fin et aussi une cinquantaine de Canadiens. Le résultat fut ce que Pierre Langlois avait annoncé au départ de Tardiveau : le Congrès accorda les terres, mais vingt ans s’étaient écoulés lorsque parurent les lettres patentes et, dans l’intervalle, les spéculateurs avaient acheté pour une bagatelle les droits de chacun des pétitionnaires.
En somme, 'ceux qui venaient de l’est n’avaient qu’un but: s’enrichir par n’importe quel moyen. Ils retardaient ou accéléraient à leur gré la marche de l’administration, ou encore imposaient un mode de gouvernement local, ou même empêchaient la colonie d’avoir un gouvernement, selon les convenances des spéculateurs.
Les cours de justice constituaient une sorte de parlement ou de municipalité édictant les lois locales et, comme elles étaient issues du vote populaire, leurs éléments étaient surtout français. Par malheur, le génie du self-government était étranger à Kaskaskia. La désunion y prévalait plutôt. Les familles de marque n’étaient plus là pour empêcher les oetites difficultés de devenir nuisibles. L’éducation de certains hommes qui voient les choses de haut et comprennent la nature humaine, manquait généralement. La pratique de la liberté n’est possible qu’avec le concours de trois ou quatre classes sociales. Si elle tombe entre les mains dune seule catégorie, elle amène le désordre. C’est tout au plus si, en temps de paix, on peut en tirer quelque profit. Or, la situation n’était guère moins que difficile. LWtorité du gouver-
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neur Barbau était “en l’air” plutôt que bien assise. Les Américains contestaient jusqu’là la légalité des cours. Le commerce était au plus fort, au plus rusé, au plus déterminé. Les Saurages reprenaient leurs incursions, même on voyait Dodge à la tête d’une bande piller le village de Kaskaskia et mettre en danger la vie Ile John Bine Jones, de John Edgar et de la femme de celui-ci. Les Espagnols avaient leur part dans l’organisation de ces troubles, vu que les colons terrifiés traversaient le fleuve pour aller vivre sous leur drapeau. Des instructions du gouverneur de Saint-Louis ne laissent aucun doute à oet égard. Au milieu de ces tiraillements et de ces oppressions les plus pauvres courbaient la tête et se résignaient à leur sort, mais les hommes de meilleure trempe ou possédant du bien s’en allaient sous des deux plus propices.
M. de la Valinière était devenu bientôt incommode par ses critiques journalières et ses prétentions à tout savoir. On peut dire de lui qu’il se levait avant le soleil afin d’être le premier à se créer des ennemis. Ill passa aux Espagnols. Son successeur, M. Le Dru, le curé de Saint-Sullpiee, puis M. Gibault en firent autant un peu plus tard. Ainsi, au cours des années 1787-1790, la classe aisée, instruite, entreprenante, disparut. Les Beauvais, les Lafont, les Cerré, les Corsé, les Morin, les Charleville, les Lasouroe, les Carbonneau, les Montbrun, les Langlois et les Levasseur avaient traversé le Mississipi.
Ene pétition de ce temps s’exprime ainsi : “ Nos
chevaux, nos bestiaux et nos récoltes sont volés ou détruits sans que nous puissions nous y opposer. Nos demeures sont en ruine; les terre® ne sont presque plus cultivées; les débiteurs s’enfuient, tout est dans la désolation. Nous vivons dans la crainte et ne voyons devant nous que misère et détresse ou, ce qui est très probable, la mort de la main des Sauvages.
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Toutes oes1 infortunes proviennent du manque de gouvernement. Nous sommes un peuple abandonné à l’anarchie, à la confusion, au milieu des périls, sans savoir à qui nous appartenons. L’émigration est à l’ordre du jour pour trouver un refuge chez les Espagnols et bientôt tout ici sera désert.”
M. Ailvord ajoute: “L’histoire de Kaskaskia est celle des longues souffrances de la population française. Les tyrannies s’y succédaient. Après les troupes de Virginie qui avaient épuisé les ressources de ces gens, arriva Dodge, le terroriste, puis survinrent les Sauvages et les Espagnols. Cahokia était dans la même misère; toutefois son tribunal fonctionnait et la police, grâce à François Trottier, maintenait l’ordre, car étant capitaine de milice, il avait' l’autorité militaire en main et savait l’exercer.”
Cahokia au nord, Kaskaskia au sud, séparées par trente lieues de petits villages, de champs cultivés, de forêts, de prairies, formaient deux chefisdieux assez dissemblables par les coutumes de leurs habitants1 en fait d’administration. Le gouverneur était considéré comme fonctionnaire de Kaskaskia Il est même douteux que ses pouvoirs s’étendissent au-delà, bien que Todd et Montbrun aient assumé à certains moments, le contrôle général du pays; mais leurs personnalités, jointes aux circonstances, ont pu rendre leurs actions acceptables. Les gens de Cahokia regardaient ceux de l’autre “capitale” comme dépourvus du sens politique ou administratif. Il est vrai de dire que l’influence américaine pesait davantage sur Kaskaskia, où s’accumulaient les conflits de tout genre. La cour de justice de Cahokia était plus régulière, plus indépendante, moins troublée. J.-B. Saucier, Pierre Godin, Charles Gratiot, Antoine Girardin, Michel Beaulieu, François Trottier, J.-B. Lacroix, Louis Chatel, Pierre Roy, J.-B. Dumay, Louis Pillet, Joseph Bissonnette, Charles Ducharme,
LES CANADIENS AUX ILLINOIS AU XVIIIe SIECLE 121
Philippe Engel, J. -B. Publique, François Saucier, François Lapensée, IPenri Biron, Joseph Labuxière et Joseph Cécire formaient l'aristocratie intellectuelle de Gahokia. Ce dernier nom se prononçait Cahos, (Kahôs).
Les Kuskaskiens (5) se plaignaient 'de la compagnie des marchands anglais de MichiUimakinac qui avaient pénétré chez eux en 1783 et tenaient des magasins dans le village. C’étaient J.-B. Perrault représentant Marchesseau, de Montréal, James Grant, Meyer, Tabeau, Guillon, William Arundel, John Askins et autres qui monopolisaient le trafic des fourrures dans l’Illinois, avec la vente des boissons. Néanmoins, Gahokia ne s’en laissait pas imposer, et même, dans le souüèvejment des Sauvages, /ison (tribunal resta maître de la situation. William Arundel s’établit là Gahokia et fut le seul commerçant anglais de la place, car les trois autres, Thomaa Grady, Philippe Engel et Isaac Levy étaient francisés, mariés à des Canadiennes. Les colons américains se groupaient au Grand-Euisseau sous la juridiction de Gahokia.
Un agitateur du nom de James Piggott, prépara un plan pour la réunion de Grand-Euisseau avec Bellefontaine en un nouveau district judiciaire. Bellefontaine comptait des Américains en bon nombre parmi ses citoyens, mais dépendait de Kaskaskia (6). L’élection eut lieu et Robert Wlatts remporta la palme, mais Piggott voulait tout conduire, de sorte que la zizanie s’en mêla, alors Watts mit l’affaire devant la cour de Cahokia et, de suite, un décret cassa la procédure des Américains. En vingt-quatre heures les chefs du mouvement furent incarcérés. Cet acte de vigueur eut un excellent résultat. La