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PARLEMENTAIRE

M. Renaud, l’un des députés du Nouveau-Brunswick, élu par les Acadiens, et Acadien lui-même, est un homme gros, brun foncé et trapu, qui roule dans sa graisse. Il avait l’habitude de porter une longue barbe dont il s’enveloppait pendant l’hiver. Prévoyant probablement que l’été sera chaud, cette année, il jugea à propos de se débarrasser de son épaisse fourrure.

Il arrive, l’autre jour, au comité * de la pipe. Un éclat de rire général l’accueille et on l’accable de plaisanteries. M. Costigan, autre représentant des Acadiens, un Irlandais à moitié canadien, félicita son collègue

sur sa métamorphose et lui dit en français : « Maintenant, mon cher Renaud, si tu te graissais, ce serait difficile de t’attraper. »

Je n’ai pas encore entendu un seul discours en français, à l’exception de quelques explications données par M. Lange vin. Comment aussi parler français dans une Chambre où tout le monde comprend l’anglais, pendant qu’un si grand nombre ne comprennent pas un mot de notre belle langue. Quand un représentant du Bas-Canada se lève pour parler en français, la Chambre se vide, les Anglais s’enfuient à la hâte. On conçoit l’effet que cela produit sur l’orateur.

Aussi le rôle que nous jouons là n’est pas très brillant. Il faut avouer, cependant, que si tous les représentants du Haut-Canada ont la manie du speech, ils ne parlent pas tous bien, et plusieurs ne font que mal ré-

péter ce que les chefs des partis ont bien dit.

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Quelle belle salle que celle où siègent nos représentants, mais quelle salle détestable pour ceux qui veulent entendre ce qui s’y dit ! Si les yeux sont charmés, les oreilles souffrent, c’est-à-dire que cette salle a toutes les qualités, excepté la principale. Il faudrait que chaque membre fût muni d’un porte-voix à moins d’avoir les poumons de sir Georges.

Rien de semblable à la voix de M. Cartier, excepté, peut-être, la trompette qui retentira au jugement dernier. Ajoutons en passant qu’il a les yeux aussi bons que la voix, et que même en parlant il voit tout ; avec le goût qui le caractérise, il sait bien regarder où sont les objets les plus attrayants.

Il est étonnant comme M. Cartier reste toujours le même, malgré l’âge et les fatigues de la politique ; person-

ne dans la Chambre n’a plus de vigueur et de gaieté que lui ; les questions les plus sérieuses, les situations les plus critiques ne peuvent troubler sa quiétude et sa confiance en son étoile.

Il est un des hommes qui ont le bonheur de jouir de tout ce qu’ils font, et de tout ce qu’ils disent, pour qui le travail, la lutte et les complications politiques ne sont que des distractions. Hommes précieux pour une nation, mais dangereux, lorsqu’ils portent leur ambition et leur activité dévorante dans une mauvaise direction, lorsqu’ils perdent de vue la responsabilité qui pèse sur eux, et les conséquences fatales des fautes qu’ils sont exposés à commettre.

POMEROY

De la politique, passons au magnétisme ou au somnambulisme, de sir Georges à Pomeroy ; c’est une singulière transition, mais le monde est rempli de ces contrastes.

Qu’est-ce que cela, Pomeroy ! C’était un pauvre forgeron qui, étant tombé malade, il y a quelques années, s’endormit, un jour, et se mit à dire, pendant son sommeil, à ceux qui l’entouraient, toutes les maladies qu’ils avaient et à leur indiquer les remèdes devant les guérir.

La nouvelle de ce fait extraordinaire s’étant répandue, on vint de tous les côtés consulter Pomeroy, et chacun s’en retourna convaincu, ébahi.

Il a fait le tour, des États-Unis et partout des milliers de personnes ont attesté les effets du don qu’il possède.

Il est en ce moment à Ottawa où il fait fureur ; sa maison est assiégée à toute heure du jour, et tous ceux qui sont allés le visiter sont revenus satisfaits ; tous avouent qu’il leur a dit exactement le mal dont ils souffraient. Il leur dit même des choses auxquelles aucun médecin n’avait pensé. Bien plus, les docteurs X.

et Y, ont fait l’épreuve de sa merveilleuse faculté en faveur de cer-

tains malades dont ils ne pouvaient découvrir le mal, et chaque fois, succès complet. On a essayé de le jouer de toutes les manières, de le dépister ; tout a été inutile. Il prétend, par exemple, dire la maladie d’une personne absente, pourvu qu’on lui apporte un cheveu de cette personne.

Il y a quelques joiurs, quelqu’im lui apporte un cheveu. Pomeroy l’examine et le remet entre les mains de son visiteur en lui disant : — Je ne puis rien faire pour cette personne, elle est morte depuis deux mois.

C’était vrai.

Un jour, c’était dans les premiers temps de son ministère, il voit, en passant dans la rue, un homme qui travaillait aux fondations d’une maison. Il s’arrête et lui adresse ces paroles ' : — Mon pauvre homme, vous feriez bien mieux de vous en aller, vous n’avez plus que quelques heures à vivre. L’homme se moqua d’abord de cette prédiction, mais s’étant senti malade quelques minutes après, il se rendit

chez lui et mourut presque aussitôt.

Après avoir découvert la maladie, il donne aussi des remèdes à ceux qui en veulent, et un grand nombre disent qu’ils ont été guéris. Son don paraît cependant consister à découvrir le mal.

L’un de nos confrères journalistes, qui se moquait plus o 1 moins de Pomeroy, se décide à l’aller voir, jeudi dernier, avec l’intention bien arrêtée de ne pas se faire jouer. Il arrive chez le célèbre magnétiseur qui, soit dit en passant, possède une excellente figure et des manières très affables, et lui annonce qu’il vient pour se faire examiner. Pomeroy jette un coup d’œil sur lui et se met aussitôt en frais de s’endormir, ce qui fut l’affaire d’un instant. Alors il dit :

« Que ceux qui veulent se faire examiner approchent. »

Notre ami s’étant approché, Pomeroy, l’air à moitié endormi et inspiré, porta d’abord la main à son front et dit en soupirant et comme

s’il ressentait une forte douleur : — Il y a du mal là, vous avez dû avoir une grave maladie de cerveau. »

C’était l’exacte vérité.

Le docteur continua son examen, et portant la main de son front à sa poitrine, dans la direction des poumons, du cœur, du foie et ensuite des intestins, il dit à notre confrère dans quel état se trouvaient ces organes et ne se trompa sur rien.

Ajoutons en passant que rien n’échappa à son observation : il a dit à quelqu’un que nous connaissons bien, qu’il avait sous le bras une petite tumeur. Notre ami l’ignorait.

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