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LE JUGE MACKAY I

car il n’est ni blasé, ni sceptique, c’est un croyant et il a de l’argent.

On se demande pourquoi, étant riche, il se condamne à faire tous les jours tant de mauvais sang. Il a peut-être peur de tomber, le jour où il s’arrêtera, comme ces grandes machines qui se détraquent quand elles cessent de marcher. Le juge MacKay avait de la réputation au barreau ; c’était l’avocat anglais qui possédait le mieux son droit français.

On sait qu’il fut un des avocats qui plaidèrent devant la Cour Seigneuriale ; il se distingua dans plusieurs causes importantes, sachant toujours les traiter avec beaucoup de science et de logique.

Le juge Mackay n’est ni éloquent, ni brillant ; il ne cultive pas les fleurs de la rhétorique et ne cherche pas plus à briller dans son style que dans sa personne. Il marche droit au but, guidé par son jugement et sa conscience, cherchant la vérité, s’impatientant quand il ne la trouve pas, et ne la reconnaissant pas toujours quand il l’a

trouvée. Il faut lui donner ce qu’il mérite ; c’est un magistrat instruit, à l’esprit pénétrant et vigoureux, capable de comprendre les sujets les plus abstraits ; c’est un honnête homme dont la vivacité peut égarer quelquefois le jugement, mais qui ne fera jamais une injustice volontairement.

Il a poussé la délicatesse de conscience jusqu’à remettre à de pauvres clients les sommes qu’il leur avait fait perdre par des décisions erronées.

Un jour, se croyant obligé de rendre jugement contre une pauvre femme, il fut touché de pitié et lui donna sur le champ le montant qu’elle réclamait justement, mais illégalement.

M. le juge Mackay, qui n’a plus la même santé qu’ autrefois, devrait se retirer du Banc avant qu’on ne s’aperçoive trop que le travail et l’âge ont fatigué ses facultés. Un juge qui a siégé à Montréal pendant quinze ans, qui a entendu deux à trois cents causes par année, a besoin de repos et y a droit.

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LE JUGE TORRANCE

Un bon juge, honnête, laborieux, irnpartial et juste comme le juge MacKay, religieux, fervent même, lisant aussi souvent la Bible que Pothier, froid, impassible, presque toujours souriant, mais pas aussi doux qu’il paraît. Mesuré dans tous ces mouvements, parlant comme il marche, lentement, doucement, disant du même ton, le ton le plus mielleux du monde, ce qui le choque ou lui déplaît. S’il siégeait à la Cour d’ Assises, il condamnerait les gens à mort avec l’air d’un homme qui leur rend un service.

Il passe des journées entières sur le Banc sans dire un mot, sans faire un mouvement; ses yeux seuls, qui roulent constamment sous ses lunettes, indiquent qu’il est animé.

S’il était né dans les Indes où l’immobilité est une vertu, il serait devenu l’un des brames les plus vénérés de ce pays.

Le travail ne l’ennuie pas, et ne le tourmente guère ; il fait ce qu’il peut, consciencieusement, sans s’occuper de ce qu’on dira ou pensera. Il vivra vieux car qui va lentement, va loin, et ne se tournera jamais le sang. Cela n’empêche pas, cependant, qu’il fait beaucoup de travail et dispose avec célérité des causes plaidées devant lui. Son esprit calme, pratique, positif et sain lui permet de voir assez promptement le côté saillant, les éléments essentiels d’une cause.

Modeste, sans ambition, s’occupant encore moins que le juge Mac- Kay de briller, il rend ses décisions en peu de mots, disant juste ce qu’il faut pour les faire comprendre. Les avocats trouvent souvent que c’est même trop juste.

UN ÉVÉNEMENT

On disait depuis quelque temps que le séminaire de Québec se proposait d’acheter les magnifiques terrains de M. Cherrier, rue Saint-Denis, pour* y construire une université.

On n’osait pas espérer l’exécution d’un projet qui procurerait à Montréal tant d’avantages. Cependant ce projet est en bonne voie, car le séminaire vient d’acheter le terrain au prix modéré de cinquante cents le pied. M. Cherrier a bien voulu accepter l’estimation de ses terrains, faite par la municipalité. On sait qu’il aurait pu en avoir, il y a quelques années, une piastre le pied.

C’est un site magnifique pour une

IIO MÉLANGES HISTORIQUES

université, digne de sa glorieuse destination.

Tous ceux qui s’intéressent au progrès de l’instruction, au développement intellectuel de notre population, à l’avenir de notre nationalité, se réjouissent. Les universités ont été de tout temps des foyers de lumière, des centres de civilisation.

Nous qui déplorons depuis si longtemps l’absence à Montréal d’institutions littéraires et artistiques, nous ne pouvions manquer d’accueillir avec enthousiasme la nouvelle d’un aussi heureux événement.

La construction des édifices universitaires va jeter parmi notre population ouvrière plusieurs cent mille piastres, mais qu’est-ce en comparaison des trésors intellectuels que cette université va répandre dans notre ville ? Le niveau des études a certainement besoin d’être relevé à Montréal, dans toutes les branches, et nous espérons qu’il viendra un temps où personne ne pourra être admis à la pratique d’une profession

UN ÉVÉNEMENT

sans avoir obtenu ses degrés universitaires.

Les universités sont les ennemies acharnées des préjugés et de la fausse science ; elles élargissent et rectifient les esprits, élèvent les intelligences et réforment les caractères. Elles donnent l’essor à tous les talents, ouvrent aux esprits des horizons nouveaux, produisent une émulation salutaire et fournissent au clergé et aux professions libérales des hommes dont la science repose sur des fondements solides, sur des principes larges.

Nous aurions le droit d’envier le sort de ceux qui nous suivront dans la carrière de la vie ; ils auront, pour s’instruire, des avantages dont nous aurons été privés.

Le séminaire de Québec, en entreprenant une aussi grande chose, donne une preuve éclatante de sa générosité. Il n’y aura sans doute qu’une voix à Montréal pour le louer et le féliciter.

Nous avons toujours admiré le séminaire de Québec, nous n’avons ja-

mais voulu voir dans ceux qui le composent des étrangers, parce qu’il n’existe pas dans le pays d’institution plus nationale, plus canadienne et qui ait fait plus honneur au nom canadien par la vertu et la science, par la parole et les œuvres. En qui aurions-nous confiance si nous n’en avions pas dans cette vieille et glorieuse maison qui a été, dans ce pays, le berceau de l’éducation, la source féconde d’où sont partis les ruisseaux qui ont porté la science dans toutes les parties du pays, fécondé les esprits et fait germer tant de talents précieux pour notre nationalité.

N’est-ce pas au séminaire de Québec que les premiers défenseurs de nos libertés politiques et de nos droits religieux avaient acquis les connaissances dont ils ont fait un si glorieux usage ? Non, il n’est pas une institution plus réellement canadienne que le séminaire de Québec, plus digne de respect et de confiance, et jamais nous ne pourrons lui rendre ce qu’elle a fait pour notre nationalité.

UN ÉVÉNEMENT

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