‹ Mélanges historiques et autresChapitre 15 sur 15 · II · texte numérisé non relu

II

ce qu’elle fera pour Montréal en particulier, si elle mène à bonne fin son projet patriotique. A nous tous de l’encourager, de lui montrer que nous saurons apprécier la grandeur du service qu’elle nous rendra.

ElEJtBIlgJfEinajfglfMirBlElElfBJEJEJfB]

Lorsque Maisonneuve et ses intrépides compagnons, à peine débarqués sur les rives du Saint-Laurent, se réunissaient autour d’un autel dressé à la hâte afin d’assister au saint sacrifice de la messe et de demander au Christ sa protection pour leur héroïque entreprise, ils ne prévoyaient pas que plus tard, dans moins de trois siècles, un délégué du pape, des centaines d’évêques et de prêtres, des milliers d’hommes venus de toutes les parties du monde se réuniraient au même endroit, dans le but de rendre un public et solennel hommage au Dieu de l’Eucharistie. Le Père Vimont lui-même, au milieu des lueurs prophétiques qui éclairaient

son esprit, ne pensait pas que le grain de senevé atteindrait de pareilles proportions. Pourtant, c’est bien vrai. L’inattendu et l’invraisemblable seront dans quelques mois une réalité. La ville de Maisonneuve, ' l’humble bourgade où sœur Bourgeoys et Mlle Mance enseignaient et soignaient de pauvres et barbares sauvages, sera le théâtre de la plus grande manifestation catholique que l’Amérique aura vue.

Dans des rues magnifiquement décorées, sous un toit mouvant de feuillages et de drapeaux, au milieu des acclamations d’un demi-miUion d’hommes, l’on verra passer l’hostie sainte portée par des princes de l’Église, escortée par les représentants les plus augustes du monde catholique.

Et cette inoubliable manifestation aura lieu sous la protection du drapeau anglais, sous l’égide d’un souverain protestant, successeur du roi dont les armes firent passer ce pays sous le joug de l’Angleterre ! Etran-

Il6 MÉLANGES HISTORIQUES

ge vicissitude des choses humaines !

On a beau être absorbé par le souci des intérêts matériels, être entraîné par le tourbillon des affaires, on ne peut s’empêcher de s’arrêter, un instant, pour regarder tout ce qu’il y a de merveilleux dans cet événement.

Lorsqu’on se rappelle la pénible enfance et la douloureuse adolescence de Ville-Marie, la vie de dévouement et de sacrifices increvables des premiers colons, les luttes effroyables qui menaçaient, à chaque instant d’anéantir la ville naissante, on se demande comment un pareil changement a pu s’opérer, comment tous les calculs de la sagesse humaine et les prévisions les plus plausibles en apparence, ont pu être renversés d’une façon aussi éclatante.

La chose mérite l’attention et la réflexion des hommes sérieux. Dans cet hommage au Christ sur ime terre vierge, dans l’offrande que des saints et des héros lui faisaient de leurs

cœurs et de leur sang pour sa gloire il y avait une vertu, un principe de vie, un élément de force surnaturelle. Le ciel a accepté l’offrande, il a béni l’œuvre, et Ville-Marie est devenue une ville, la plus grande et la plus riche cité d’un pays qui aura bientôt dix millions d’habitants.

Ils étaient peu nombreux, une poignée d’hommes, ceux qui les premiers adorèrent le Christ sur les rives. du Saint-Laurent, ils seront légion, dans le mois de septembre prochain, e\ la cité de Montréal aura de la peine à les contenir tous dans ses murs.

Il convenait que la ville où le premier acte religieux a été un acte d’hommage et de foi au Dieu de l’Eucharistie, fût choisie pour la grande réunion du Congrès Eucharistique. Et nous devons des remerciements à l’éminent archevêque dont le zèle, le patriotisme et la parole éloquente nous ont valu cet insigne honneur.

Il8 MÉLANGES HISTORIQUES

A une époque où la divinité du Christ et la sagesse de ses enseignements sont si peu respectées, il est bon que les croyants affirment et proclament leur foi, et il est juste que les Canadiens-Français et catholiques qui doivent tant à la rehgion et au Christ, répondent, les premiers, à l’appel de leur prélat.

Nous croyons que le Christ est Dieu. Mais même s’il ne l’était pas il mériterait les hommages de l’humanité dont il a été le bienfaiteur et le réformateur. Il serait le plus grand et le plus parfait des hommes, le plus digne de leur admiration et de leur reconnaissance, car il a plus fait pour leur bonheur que tous les philosophes et les philanthropes .ensemble.

Ses enseignements et ses exemples ont régénéré l’humanité, en y introduisant la vertu de la charité, du sacrifice et du dévouement. Il est le consolateur des pauvres, des raalheureux, de tous ceux qui peinent et souffrent, le régénérateur du travail,

de l’ouvrier, de la femme. Et il est mort victime de son amour pour les hommes.

De sorte qu’au point de vue purement humain, personne n’a plus de droit aux hommages et à la reconnaissance des hommes.

Mais il est plus qu’un homme, un philanthrope, un saint, il est Dieu ; il a dit qu’il l’était et il l’a prouvé. Les grands théologiens ont établi ce fait surnaturel par des raisonnements irrécusables...

Au point de vue religieux et national cette grande manifestation fera honneur à Montréal et à notre province en général. Le monde apprendra que, si le Christ est renié dans certains pays chrétiens, il est en Amérique un jeune pays, il est un peuple qui, fidèle aux traditions et à la foi de ses ancêtres, continue de l’honorer, de l’adorer, de croire à sa bonté, à sa puissance. Ce sera un exemple, une leçon salutaire pour les peuples que le doute et l’incrédulité ravagent et conduisent à l’abîme.

Il va devenir de plus en plus évident que le Christ est la lumière du monde et que, sans cette lumière, tout n’est que ténèbres et confusion sur la terre.

Au milieu des bouleversements qui se préparent, au milieu du déchaînement de toutes les passions, des appétits les plus violents et des erreurs les plus funestes, on comprendra que le monde a besoin du Christ et de ses enseignements. On revriendra à lui à travers des ruines et des flots de sang, peut être, mais de façon à confondre les impies, et même à éclairer, à instruire ceux qui parlent au nom du Christ, sur les moyens à prendre pour faire accepter et aimer ses enseignements, à une époque où les hommes croient et pratiquent si difficilement ce qui gêne leur liberté de pensée et d’action.

Nous devons être heureux de participer si intimement à un événement dont nous ne pourrons manquer de ressentir les salutaires et puissants

effets, de contribuer au succès de la grande réaction religieuse et morale que les croyants et même les esprits indépendants désirent pour le bonheur de l’humanité.

fBjfgj[Bj[gjfgi[afgifmj[gjigJ[g]fg][afglrgl

Page 1