‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 21 sur 36 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

GESSLER, WALFENSCHIESS.

Gessler. — Soyez le bienvenu, Seigneur Walfenschiess. Vous avez des nouvelles, parlez je vous écoute.

Walfenschiess.— Seigneur, la Suisse est en révolte ouverte contre vous.

Gessler. — Et

Walfenschiess. — Et les paysans ont pris les armes.

Gessler.— Que veulent-ils faire ?

Walfenschiess. — Briser votre sceptre.

Gessler. — Laisse les agir Walfenschiess. Côlui qui me supplantera à ce poste (il frappe du pied et élève la voix) aura l'ànie bien forte. Le tigre qui mugit dans sa tanière craint-il le vermisseau qui rampe à ses pieds? Le lion qui secoue la goutte de rosée tombée sur sa crinière s'effraie-t-il du feuillage qui l'a laissé échapper ? J'ai tout prévu Walfenschiess, et tout en te remerciant de ton zèle, ta nouvelle ne m'a pas pris à l'imprévu. Mais dis moi, comment' as-tu pu connaître les intentions de mes sujets rebels ?

Walfenschiess. — Désireux de vous prouver mon attachement et doutant une conspiration de la part de mes compatriotes, je me suis éloigné de votre château, errant dans les montagnes, vivant avec les paysans, abondant dans leur sens, examinant tout, sondant le terrain, interrogeant, prêtant l'oreille à tout vent de nouvelle, et m'approchant le plus près des chefs de l'insurrection. A force de patience, d'intrigue et d'activité, j'ai pu saisir les fils d'une tramehabilement ourdie; j'ai pu connaître les acteurs principaux de cette infâme tragédie dont la révolte ouverte et générale de la Suisse serait le prologue^ et votre mort, le dénouement sinistre.

Gessler. — Quels sont les chefs de l'insurrection ?

Walfenschiess.— Ge sont Guillaume Tell, Walter Feurst et Arnold de Melchthal. Aussitôt que j'eus acquis la connaissance suffisante de ces faits, je viens en hâte vous en informer. Mais ayant été surpris par un misérable pâtre, il donna l'alarme en éveillant les soupçons. Je faillis devenir la victime de

leur conspiration. Au détour d'un sentier ombragé

par l'épaisseur de la forêt, je fus Iraîtreusement assailli et garotlé sur le champ. Je dus ma délivrance à un secours inattendu, à un vieux serviteur de mon père qui m'ayant reconnu dans cet état pitoyable, facilita mon évasion en récompense des services que ma famille lui avait rendus. Je pris de nouveau la direction du château. Ne pouvant vous voir sur le champ, j'en suis reparti, prenant sur moi la responsabilité d'arrêter deux de nos plus dangereux ennemis que je savais être non loin d'ici. A l'heure qu'il est ils sont confinés dans la Tour du Nord. Seigneur, ai-je fait selon votre désir? Si oui, je me flatte d'avoir prouvé mon zèle à la plus haute autorité qui commande en Suisse.

Gessler. — Et ces deux têtes, quelles sont-elles ?

Walfenschiess.-— L'un est un vieux pâtre, celui-là Tuême qui éveilla les soupçons sur mon compte. Par l'onction de sa parole il soulève contre vous tout ce peuple de bergers qui établissent domicile sur les hautes Alpes. On le nomme Herman ou le vieux de la montagne. L'autre est plus dangereux encore, c'est le pèreWerner, qui tout en catéchissant trouve moyen de soufQer le feu de la discorde et de l'insubordination» Ces deux personnages sont initiés, j'en ai la conviction intime, aux secrets de la révolte.

Gessler. — Bien Walfenschiess, tu as agi en homme prudent. Tu peux compter sur une récompense.

WALFENscmESs.— Vous savoir heureux et en sûreté, c'est là, seigneur, la plus grande récompense que je puisse attendre de mes services (a part). Je parviendrai quand même !

Gessler. — Avant de faire subir un interrogatoire

aux deux prisonniers, il me faut donner des ordres. Tout va bien. Encore quelques heures et les chefs de la révolte croupiront dans les fers. Je reviendrai. (il sort).

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