CHET
Le premier numéro du Pays remonte au 15 Janvier 1852. Ce journal remplaça, comme organs
libéral, le Moniteur Canadien et V Avenir, Il subsista jusqu'à 1871. Dans les commencements il était publié trois fois par semaine et dans les trois dernières années, tous les jours.
Le prospectus est un long plaidoyer en faveur de la démocratie. L'écrivain commence à établir que les institutions démocratiques sont en rapport avec les instincts de l'homme. Dans toutes les luttes de l'humanité on retrouve le môme sentiment de dignité qui pousse l'homme à la recherche de l'égalité des conditions, ce qui est l'essence de la démocratie. C'est là un fait universel, providentiel, durable.
Maintenant, si de l'histoire du monde nous jetons un regard sur l'humble coin de terre que nous habitons nous retrouvons ce fait providentiel et durable au fond de toutes les luttes qui composent notre histoire politique. Ici comme ailleurs il y a deux principes contraires; d'un côté le principe de la dignité humaine, de la démocratie, des intérêts des masses ; de l'autre le principe de l'exploitation des masses par quelques individus. Egalement, en Canada, le sentiment démocratique se retrouve à la base des idées de tous ceux qui sont désintéressés dans leur action politique.
Aujourd'hui, dans ce pays, il n'y a pas de parti politique. Les anciens partis libéral et tory sont disparus ou ne sont plus ce qu'ils étaient dans leur signification première. La démocratie se dépouille des dehors nuageux qui l'enveloppaient autrefois ; elle a pris une forme substentielie, grave, modérée : tous les partis sont morts autour d'elle ,* elle seule est
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demeurée parce qu'elle n'est pas un parti, mais parce qu'elle est la fin de l'homme sur la terre ; c'est l'état de l'homme rendu à lui-même en ne subissant d'autres lois que celles de la vertu et du respect d'autrui et de lui-même.
Le nouvel organe de la démocratie n'augure donc point une nouvelle nuance de l'opinion publique ; il ne veut que continuer l'œuvre de ses aînés, tant sous l'ancienne constitution que sous la nouvelle.
'' D'après les idées que nous avons énoncées, ajoute le prospectus, tout le monde découvrira avec quelle indifférence nous regardons les diverses dénominations que certaines nuances de l'opinion s'ar. rogent encore. Une seule fixe notre attention, et jouit d'avance de notre amour fraternel : c'est celle qui portant déjà le drapeau de la démocratie, nous a déjà précédé dans l'arène et a fait tant de généreux sacrifices pour la cause du peuple En dehors de ce= valeureux champions de la démocratie, nous n'avons ni haine, ni amour, et le seul sentiment qui nous anime pour les partis et les hommes est un sentiment de défiance dépouillé de passion. De quelque côté que nous vienne un acte ou une proposition favorable au mouvement démocratique, nous l'accepterons avec reconnaissance ; de quelque parti que nous vienne un acte ou une proposition tendant à restreindre les libertés ou les franchises du peuple, nous n'obéirons à aucune sympathie personnelle et nous repousserons de tout le pouvoir que les circonstances mettront à notre disposition, les agressions dont Ip peuple sera l'objet.
" C'est là notre programme largement posé.
" Dans l'état de vague et d'incertitude dans lequel se trouve actuellement le pays nous n'avons pour personne ni fiel, ni rancune ; nous n'avons à signaler à la démocratie aucun homme à honnir, ni à bénir. De cet état de vague sortira nécessairement une crise politique il est vrai, mais qui exercera une iniluence considérable sur l'avenir du pays. Répandons en attendant de saines notion de liberté ; réunissons en un seul corps toutes les idées nobles et généreuses qui sont au fond du cœur de notre société canadienne. Rapprochons les hommes que de mesquines passions divisent dans la communion des principes démocratiques. Instruisons les masses ; rappelons à chaque individu ce qu'il est, ce qu'il doit à la société, et ce que la société lui doit.
*' Et quand viendra le moment d'imprimer à la législation du pays le caractère et les tendances qu'exige l'état des esprits, le nombre, la respectabilité et la force des partisans de la démocratie forceront infailliblement les gouvernements à agrandir la sphère de l'action du peuple.
" Le peuple, ne l'oublions pas, ce sont tous les habitants du pays. La démocratie ne connaît pas de différence d'origine. Ce qui peut favoriser une nationalité au détriment d'une autre est contraire au principe démocratique. Laissons donc à la passion les petites animosités qui font tant de mal au pays et à chaque origine en particulier. Que la raison, le sens calme et réfléchi dominent et remplacent la passion et une ère nouvelle peut s'ouvrir devant nous."
Ce prospectus, comme on le voit, est écrit pure-
ment à un point de vue théorique; il ne touche pas à la question 'politique ou à l'état des affaires dans le pays. Mais dans ce même numéro et dans les numéros suivants nous trouvons des articles remarquables qui établissent la mesure des partis en Canada et la position que le journal devait prendre dans ces débats. Il n'y a pas a se le cacher, le Pays a été fondé pour rallier les esprits divisés par les hardiesses et les exagérations de V Avenir, Le parti libéral menaçait de se diviser en deux camps ; il était alors important de fonder un journal qui, tout en prônant les idées démocratiques, fut en môme temps acceptable au plus grand nombre.
La rédaction du Pays fut confiée, lors de sa fondation, à l'Hon. L. A. Dessaulles. Polémiste vigoureux, adversaire infatigable, connaissant à fond les questions politiques et tous les points de droit constitutionnel, le journal ne pouvait être confié à une plume plus habile et pins savante. Il fut remplacé dans le fauteuil éditorial par MM. Labrèche Viger, Hawley, Charles Daoust, Arthur Buies, Alphonse LusiGNAN, A. Achintre, N. Aubin, P. McDonald, N. Bienvenu, etc.
L'époque de la Confédération a fait surgir de nouveaux besoins et de nouvelles réformes. Voici le programme de l'Association de Réforme du Parti National, tel que publié en 1872.
Pour la Province de Québec.
io. Abolition du Conseil Législatif.
2o. Réformes des lois électorales, pour que la qualification des candidats, le double mandat et la
formalité de la nomination soient abolies ; que toutes les élections se fassent le même jour au scrutin secret, et que les contestations d'élections soient jugées parles tribunaux ordinaires.
3o. Réduction de l'indemnité des députés et de l'Orateur de l'assemblée législative.