SCÈNE V
Les mènes, WERNER.
Werner.— Mes frères ! une avalanche ! la montagne a grondé, la forêt s'est agitée, la terre a trem- Ué !
Tous.— 0 Dieu !
Werner. — Semblable à la foudre qui mugit, aux Yagues furieuses qui battent le rivage, au terrible simoun qui obscurcit l'atmosphère en transportant avec lui des montagnes de sable, les neiges ont quitté les hauts sommets, les glaciers se sont rompus, les rochers se sont fendus, engloutissant une vallée entière.
Walter. — Un nouveau malheur.
Werner. — C'en est peut-être un.
Herman. — Se trouvait-il des personnes dans le hameau ?
Werner. — On m'annonce que non. Cependant le corps mutilé d'un homme a été trouvé. Et cet homme, toute la Suisseje connaît.
Tous.— Quel est-il ?
Werner. — Walfeuschiess a vécu !
Tous.— Ciel !
Werner. — Oui amis ! Walfenschiess, le fils du plus puissant seigneur de l'ancienne Suisse; Walfenschiess, le traître à son pays ; Walfenschiess, le serpent tentateur n'est plus qu'un cadavre à peine
reconnaissable ! Paix! mes frères, sur cette
dépouille mortelle. 11 ne nous appartient pas de le jnger malgré tout le mal qu'il nous a fait. Dieu seul est grand ! c'est-à-dire que sa bonté comme sa miséricorde ne connaissent point de bornes ; l'éternel est son nom, le nom de son ouvrage. Il peut avoir eu pitié du coupable ; il peut avoir jeté un regard de compassion sur cet atome se perdant dans
l'espace Cependant, on peut le dire, le doigt de
Dieu était là !
Herman, — Que le Seigneur le prenne en sa miséricorde ; mais le doigt de Dieu était là !
Walter.— Que son âme soit dans un saint repos ; mais le doigt de Dieu était là !
Henri.— C'<?s^ le doigt de Dieu !
Werner. — Que la poussière de sa tombe lui soit légère ! que le brin d'herbe qui croîtra sur sa dépouille mortelle reverdisse chaque printemps ! Que Taubépine et l'églantier y fleurissent et effacent aux regards du passant le souvenir du crime î C'est le vœu de la Suisse qui pardonne à ceux qui l'ont offensée !