‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 36 sur 36 · I.'égalité aux Etatu^-Cuis · texte numérisé non relu

I.'égalité aux Etatu^-Cuis

Nous avons vu que l'Angleterre fesait de l'égalité des conditions — nne des conditions même de sa li-

berté ; nous allons constater maintenant reffîcacité du principe d'égalité se développant au grand avantage de tous, sans que la liberté en souffre aucunement.

Remarquons d'abord que l'égalité s'est établie naturellement en Amérique comme la féodalité s'est établie naturellement en Angleterre. La nécessité a fait plus que la sagesse humaine. Le fait capital qui a donné à la société anglaise ce caractère particulier de subornation, de hiérarchie, c'est au fond, l'inégale .division du sol, inégalité maintenue, renforcée par la loi et les mœurs. Le fait capital qui a donné à la société américaine le trait distinctif qui la sépare de la société anglaise, c'est l'égale distribution du sol, et cette égalité fut dès l'origine Teffet naturel de la colonisation.

Lorsque les premiers colons arrivèrent en Amérique, ils trouvèrent une vaste étendue de terres propres à la cullure et qui laissaient le champ libre à l'activité des nouveaux venus. Il fallut se faire bûcheron ; noble ou roturier dû défricher son champ, prendre la hache et la charrue, se nourrir, se loger, se vêtir de ses propres mains. Point de distinction : même classe, même condition, même travail pour tout le monde.

Il résulta de là deux effets également favorables à l'égalité. D'abord la terre fut également divisée ; c'est un effet de la culture personnelle. En second lieu, il n'y eut point de propriétaires ou de fermiers. La terre fut accessible à tout le monde.

De nos jours, les Etats-Unis sont un peuple de propriétaires qui cultive de ses propres mains sans que

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l'on puisse prévoir encore où et quand l'inégalité pénétrera dans ses mœurs avant de s'introduire dans les lois. Et d'ailleurs, pourquoi une noblesse dans un pays où tous sont égaux par le travail et la propriété ; pourquoi un droit d'aînesse où tous les enfants prennent une part égale à leur vie commune ; pourquoi des substitutions qui favorisent l'oisiveté là où la société toute entière n'a qu'un but, le travail ? Les lois de succession chez nos voisins favorisent le principe d'égalité et en cela elles diffèrent beaucoup des lois anglaises. Droit d'aînesse, exclusion des femmes, substitution illimitée, subordination entiè.re au ^M^^?^ /amz7/fls, telle est l'essence du droit féodal dans sa rigueur primitive, et tel qu'on le retrouve en partie en Angleterre, môme de nos jours. Il était difficile de conserver une telle législation dans les colonies, en face des idées puritaines si favorables à l'égalité chrétienne et de cette égalité forcée qui sortait de la culture du sol. C'est pourquoi Jefferson, dès le lendemain de l'indépendance, fit adopter l'abolition du droit d'aînesse et des substitutions. Il voulut, suivant ses propres paroles, sans recourir à la violence, sans restreindre le droit naturel, mais tout au contraire en lui rendant son empire, "annuler le privilège et l'aristocratie de la richesse ; car c'est toujours un danger plus qu'un bienfait pour la société, et il est essentiel à une république bien ordonnée que toutes les routes soient ouvertes à faristocratie de la vertu et du talent, les deux forces auxquelles la nature a destiné la direction de la société et qu'elle a répandues d'une main égale dans toutes les conditions î " Pensée profonde-

ment juste, car la véritable démocratie est celle qui, ne reconnaissant point de privilèges héréditaires, laisse le gouvernement accessible à tous, y élève les supériorités naturelles et s'abandonne aux meilleurs et aux plus capables.

La loi tend donc a favoriser le principe de l'égalité chez nos voisins. La liberté absolue de tester est de ce nombre ; carie testament a été une réaction de l'esprit de liberté contre la maxime féodale : Dieu seul peut faire un héritier. Le mode de transmission de propriété est très simple, pratique ; il garantit les droits des deux parties, tandis qu'en Angleterre l'aristocratie de la loi rend incertaine toute autre propriété que la propriété héréditaire. Le créancier hypothécaire est très mal reçu devant les tribunaux anglais ; il est traité comme l'ennemi de la société. Son crime est de faire sortir une propriété de la famille. On sait que les registres publics pour la vente ou pour l'hypothèque n'existent que d'hier dans le Royaume-Uni.

Nous avons eu en Amérique la publicité des hypothèques dès les premiers jours. Cette publicité facilite l'expropriation immobilière. Les frais de vente sont peu coûteux. En Angleterre, la trans- ■mission est entourée de droits exhorbitants qui concourent à maintenir la propriété hors du commerce. Ainsi, l'Amérique se tient plus près des conditions de la nature humaine, dont le respect est la loi suprême du législateur ; elle a su faire la part de l'égalité aussi bien que celle de la liberté. L'éducation y égalis3, autant que possible, le point de départ. Les institutions repoussent le privilège ; c'est à la li-

berté qu'on s'en remet du soin d'organiser celte aristocratie naturelle qui, pour le bien de tous, remet aux plus capables la direction de la société.

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