‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 11 sur 64 · M. TRUDEL · texte numérisé non relu

M. TRUDEL

J’ai vu quelque part, dans une histoire illustrée de la révolution française, le portrait d’un jeune officier de la Vendée, à la foi sublime, au patriotisme héroïque. M, Trudel lui ressemble, il en a

les traits et le caractère et, comme lui, il se ferait tuer avec plaisir pour son Dieu et son roi.

M. Trudel est une de ces natures fortes, vigoureuses, à la morale austère, aux principes inflexibles, à la logique impitoyable. Il n'est point pour lui d’accommodements avec le ciel et de ménagement pour les faiblesses humaines ; il ne connaît point les circonstances de temps et de lieux, les questions d'opportunité. On ne peut s’empêcher de l’estimer, même quand on ne l’aime pas, car il croit ce qu’il dit et il pratique ce qu’il enseigne; ses convictions s’alimentent aux sources les plus élevées de la foi et de la raison. Dévoué, sensible et généreux,lorsqu’on fait appel à ses sentiments, il est sans pitié ni merci pour les principes qu’il ne partage pas et pour ceux ' qui les professent. Il aime les situations tranchées, les combats à outrance, les guerres saintes, les luttes du moyen-âge. C’est un véritable soldat de l’Eglise, toujours prêt à payer de sa personne, à verser son sang, s’il le fallait, pour son triomphe.

M. Trudel a eu le rôle le plus difficile à remplir dans la cause Guibord ; venant en troisième lieu après MM. Cassidy et Jetté, qui avaient épuisé le côté pratique de la cause, il s'est lancé dans une voie immense, vers des horizons qui paraissaient trop éloignés de la véritable question. Ce n’est pas un plaidoyer, c’est une dissertation magnifique qu’il a faite sur l’origine de l’autorité de l’Eglise et l’exercice de son pouvoir dans le monde. Ce travail remarqualile indique des études sérieuses, une intelligence vigoureuse, un esprit réfléchi ; c’est bien sans

contredit le plaidoyer qui a exigé le plus d’efforts, de soin et de méditation.

j\I. Trudel écrit mieux c^u'il ne parle, l’abondance de ses pensées nuit à son improvisation ; il lui faudrait, pour grouper toutes ces idées qui fourmillent dans son cerveau, un talent d’analyse et une habitude de parler qu’il ne paraît pas avoir. Toutes ces idées indisciplinées luttent, se pressent, s’accrochent, s’embarrassent et produisent, dans son langage, ces hésitations, ces réticences et ces longueurs cj^u’on a remarquées. Malgré tous les désavantages de sa position et ces défauts que l’expérience amoindrira, M. Trudel a justifié, dans cette cause, l’opi- \ nion que l’on a de ses talents. Il met ordinairement trop d’aigreur dans ses polémiques ; l’énergie de ses convictions et la vivacité de son tempéramment lui attirent des rancunes, et des hostilités qu’il ne mérite pas. L,a vérité doit se manifester par la douceur et non par la colère ; la foi ne s’impose pas à coups de fusil. M. Trudel a de l’avenir, il doit non seulement défendre avec chaleur ses principes et ses convictions, mais il doit encore les faire aimer et accepter ; dans un pays comme celui-ci, les ménagements et l’esprit de conciliation sont nécessaires à celui c[ui veut parvenir et faire du bien dans l’ordre religieux comme dans l’o'dre politique ou social.

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