DISCOURS PRONONCE AU BANQUET TYPOGRAPHIQUE DE L’OPINION PUBLIQUE
Il est bien vrai, messieurs, qu’il est des circonstances. où la bouche peut exprimer difficilement tout ce que la tête pense, tout ce que le cœur ressent. Il y a ici dans tout ce qui m’entoure une source féconde d’inspirations et de sentiments.
Ces drapeaux de toutes les nations suspendus sur nos têtes, ces noms illustres gravés sur les murs, tous ces emblèmes de' la science, du progrès et du plus noble des arts, tous ces ouvriers, ces hommes de toutes les origines dont les talents et les aptitudes sont si variés ; tout cela parle le plus éloquent des langages. Cette réunion d’éléments si divers dans un même but démontre toute la puissance, la merveilleuse influence de la presse, de l’imprimerie.
Il me semble juste de comparer cette belle assemblée à une armée, mais à la plus belle, à la plus noble des armées, — l’armée de la science, de l’art, du travail, de la pensée. Elle ne répand pas le sang celle-là, elle ne sème pas les ruines et la mort sur son passage. Non, ceux qui marchent sous ses dra-
peaux n ont qu un liut, qu’une pensée : travailler au progrès, au perfectionnement de l’intelligence humaine, au bonheur et à la prospérité des nations.
Mais toute armée a un général, et c’est le bon général qui fait le bon soldat ; c’est sa bravoure, son habileté et son héroïsme qui électrisent les troupes et les fait marcher à la victoire. Eh bien, vous avez un général, vous aussi, messieurs, et ce que vous faites ce soir, votre émotion, vos applaudissements, toutes les fois qu’on prononce son nom, disent assez combien vous êtes fiers de lui. Ah ! je le comprends, vous ne reculez pas devant les obstacles, le travail et les plus grands sacrifices, car vous suivez votre général, vous marchez sur ses traces. ...
Il y a, messieurs, dans le monde deux classes d’hommes riches. Il y a ceux qui sont riches pour eux-mêmes ou leur famille, pour leur satisfaction ou celle de leurs enfants, dont la vie se passe à entasser sou sur sou. Ils peuvent avoir leur mérite et leur raison d’être, mais ce ne sont pas ceux-là que j’admire le plus. Il est une autre classe d’hommes dont la fortune est un bonheur pour tout le monde, qui savent s’enrichir en enrichissant les autres et mesurer leur charité, leur noble ambition et leur générosité à l’étendue de leur richesse, cjui passent leur vie à risquer leur fortune dans des entreprises avantageuses à leur pays, à leurs compatriotes.
Ils pourraient eux aussi vivrfe dans la mollesse et les plaisirs en mangeant l’héritage paternel.
Mais non, ils ont la pensée plus haute que cela, le cœur plus généreux. Ils comprennent que tout
homme a sur la terre une mission, des devoirs à remplir et sa part à faire dans le progrès général, dans le bonheur des autres ; et que plus il est riche, plus il a de talent et d’intelligence, plus cette part doit être grande. Ils savent que s’il y a tant de pauvres sur la terre, tant de familles qui n’ont pas de pain, c’est parce qu’il y a trop de riches qui ne comprennent pas leur mission.
Ah ! ceux-là, messieurs, puisse la Providence nous en donner beaucoup, à nous surtout qui en avons tant besoin pour donner l’exemple, pour promouvoir le progrès et la prospérité de notre cher pays, pour donner du pain et du travail à ceux qui vont les chercher ailleurs.
Inutile de vous le dire, messieurs, vous le savez mieux que moi, peut-être : celui qui vous a réunis, ce soir, à ce banquet splendide, M. Desbarats, appartient à cette dernière classe d’hommes.
Je ne suis pas surpris de voir écrits sur la muraille les noms de tous ces grands hommes dont le travail, l’énergie et l’intelligence ont illustré leur pays; ils sont chez eux dans ces ateliers. Un jour, j’en suis sûr, les Canadiens seront fiers d’écrire à côté de ces noms célèbres celui de Georges Desbarats.
AFFAIRE GUIBORD.
L’affaire Guibord est devant la Cour d’appel. Elle ne pouvait mieux tomber en ce temps de pénitence et de mortification. Les savants juges ont là une belle occasion d’expier leurs fautes judiciaires, si jamais ils en ont commis. Que l’honorable juge en chef, par exemple, accepte avec esprit de pénitence les ennuis que cette cause lui donne, et nous sommes certains qu’il obtiendra une grande réduction sur les peines qu’il peut avoir méritées.
Quant à l’honorable juge Monk, c’est déjà fait, et loin de chercher à diminuer son supplice, on dirait qu’il veut au contraire l’augmenter pour avoir plus de mérite sans doute.
Les belles questions soulevées dans cette cause doivent naturellement avoir beaucoup d’attraits pour lui. Nous pourrions en dire autant de l’honorable juge Drummond. Homme de lutte et de discussion, cette cause doit le rajeunir.
Voyez le juge Caron, dont la figure calme et distinguée orne le tribunal ; l’observateur peut facilement remarquer une pointe de mécontentement à travers ses dehors bienveillants.
lOG MÉLANGES HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES
L’honorable juge Badgley, insensible aux bruits de la terre, est enseveli dans les profondeurs de la question où il est à son aise.
C’est M. Doutre qui a pris, le premier, la parole. On peut ne pas approuver tout ce qu’il a dit, mais il est incontestable que, cette fois, il s’est renfermé dans son rôle d’avocat, et qu’il a montré du talent, de l’étude, beaucoup de logique et d’énergie dans la pensée et le style.
Au moment où je trace ces lignes, M. Laflamme se tourne et se retourne dans la cause comme le ver à soie dans sa chrysalide. Nous assistons à un travail intéressant. L’honorable juge Mônk est à la veille de le piquer un peu pour activer la métamorphose. Déjà, d’ailleurs, on voit miroiter de belles couleurs.