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L’HONORABLE JOSEPH-E. CAUCHON

Descendant d’une des plus anciennes familles canadiennes. Né à Saint-Roch de Québec, le 31 décembre 1816. Elève distingué du séminaire de Québec qui nous a donné tant d’hommes remarquables. Avocat en 1843, n^ais journaliste dès 1840, et fondateur en 1842 du Jovirnal de Québec avec l’aide de son beau-frère, M. Côté. Remarqué dès ses débuts dans la presse par la vigueur de ses pensées et l’énergie de ses sentiments. Membre de la Chambre en 1844, commissaire des travaux publics de 185^5 à 1858, et de 1861 à 1862 ; président du Sénat depuis 1 établissement de la Confédération.

Intelligence féconde et vigoureusement trempée ; caractère brusque, violent et hardi. , Homme d’Etat instruit et pratique, capable d’être le premier s’il était aussi aimé que redouté. Homme de lutte, ardent, ambitieux, toujours curieux d’essaver ses forces et celles de ses adversaires, quelquefois meme^ celles de ses amis ; plus fait pour les combats singuliers et la guerre d’aventure que pour les bMailles rangées, violant la discipline pour se jeter tete baissée et poitrine découverte, au milieu de l’en-

nemi. Le plus savant en science constitutionnelle et le plus clairvoyant probablement de nos hommes politiques, mais le plus suspect, même lorsque, sans doute, il obéit à des convictions nationales. Amant passionné des jouissances, que donnent le pouvoir et la richesse, il a toujours su être, avant tout, homme d'affaires. Seul, il a trouvé la fortune dans une carrière où ses contemporains n’ont récolté que la misère et les déboires; mais aussi depuis le jour où, pauvre enfant, il écrivait des articles pour faire vivre sa vieille mère, il a déployé une activité, une énergie indomptable ; sous ce rapport, sa vie peut servir d’exemple à la génération actuelle. Plus capable que qui que ce soit de prévoir les conséquences d’une faute ou d’une erreur et de lire dans l’avenir, il a souvent rendu de grands services à son pays et jeté de l’éclat sur son nom et sur les causes qu’il défendait. Ses écrits et ses discours portent toujours l’empreinte d’un esprit supérieur; il aura été, avec l’honorable L.-A. Dessaulles, son terrible adversaire, le plus fort polémiste de son époque, et laissera des traces profondes dans l’histoire de la presse canadienne.

L’un des chefs de l’école politique qui a suivi et hâté, peut-être, la retraite du juste et regretté M. Morin, il a attaché son nom à des luttes fameuses où la postérité pèsera plus facilement que nous la somme de bien et de mal qu’elles ont produite. L’un des auteurs de la Confédération qu’il avait combattue auparavant, l’histoire lui donnera une large part de responsabilité dans le bien ou le mal qu’elle pro-

cluira. La plus importante et la plus durable de ses œuvres politiques sera, probablement, le chemin de fer du Nord qui fera son honneur.

M. Cauchon est à la veille, dit-on, de rentrer dans la politique active, de se jeter de nouveau au milieu des dangers et des émotions de la lutte. Il a cinquante-quatre ans et il ne paraît pas en avoir plus de quarante. Il est dans toute la force de 1 âge et la plénitude de ses forces intellectuelles, et il est riche. Le pays sera sans doute heureux de le voir remplir le vide que sa retraite avait laissé dans nos discussions politiques. Il est temps que nous déployions toutes nos forces au sein du parlement fédéral. M. Cauchon pourrait y affirmer notre valeur avec force et honneur.

L’IîvDEPEN, DANCE.

On affirme que l’indépendance du pays n’est plus qu’une question d’opportunité, que le moindre incident peut trancher d’un jour à l’autre et que le devoir de nos hommes publics est de préparer la place que nous devons occuper dans le nouvel état de choses.

C’est le temps de nous poser la question suivante : — Pouvons-nous entrer dans l’indépendance, tels que nous sommes, sans modifier la constitution qui nous régit depuis cinq ans ? Nous croyons que non.

Il faudrait auparavant, ou en même temps, assurer davantage l’autonomie des provinces et l’indépendance de leurs institutions en faisant une délimitation plus parfaite des pouvoirs fédéral et local.

Toutes les provinces sont intéressées à faire cette délimitation en vue de l’harmonie et du bon fonctionnement de la Confédération, mais pas autant que nous qui avons des intérêts religieux et nationaux tout particuliers à sauvegarder, à mettre à l’abri des antipathies. Il ne faut pas oublier que, sous ce rapport, l’indépendance peut nous offrir des dangers.

Nous pouvons, sous le régime actuel , trouver dans l’Angleterre un tribunal ou un arbitre impartial, dans la plupart des cas ; nous pouvons, dans une certaine mesure, espérer que loin de nos luttes, étrangère à nos divisions nationales, elle jugerait froidement les difficultés qui pourraient surgir.

Mais où trouverons-nous ce tribunal impartial dans la Confédération devenue indépendante, entourés que nous serons de provinces aux majorités hostiles ?

Ca première pensée de ceux qui font des constitutions pour les peuples, est de prévenir les conflits et les erreurs, de fermer, autant que possible,la porte aux fausses interprétations. A plus forte raison, ils doivent user de prudence lorsqu’il s’agit de faire vivre ensemble, sous un même drapeau, des nationalités si distinctes, de concilier des intérêts si divers. Toute négligence, dans pareil cas, est une faute grave, car on inocule dans la nouvelle constitution, dès son origine, un germe de mort qui la tuera promptement.

On dit quelquefois que dans ce siècle, et surtout dans ce pays, on n a pas raison de se défier des animosités religieuses et nationales, que ces questions brûlantes ont fait leur temps. Il faut ne pas connaître 1 histoire ni le cœur humain pour émettre une pareille opinion, et il faut être peu homme d’Etat pour agir d après un pareil principe.

On aura beau changer la face du monde, il y a quelque chose c[u on ne changera jamais : le cœur humain , quelque chose qn’on ne pourra détruire ;

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1 amour de soi, des siens, de sa nationalité. Ces trois amours, qui réellement n'en forment qu'un et s’alimentent à la même source, dureront aussi longtemps que la nature humaine.- Toujours les hommes s’aimeront en eux-mêmes et dans ce qui les touche de plus près, et toujours, par conséctuent, il faudra tenir compte de leurs intérêts personnels, religieux et nationaux. Et même on ne pourra jamais avoir trop de prudence, prendre trop de précautions à cet égard, car on aura beau faire, l’ambition et le fana- 'tisme trouveront toujours moyen de fausser l’interprétation des lois et des constitutions.

C’est la pensée qui inspira les fondateurs de rChiion Américaine et présida à la définition des droits d'Etat, à la division si complète des pouvoirs généraux et locaux.

Et cependant, malgré toutes ces précautions, que de conflits encore !

Nous avons eu, déjà, un des exemples frappants du danger qu’il 3^ a d’exposer les- droits des minorités à des interprétations erronées. Qui ne croit pas que l’interprétation donnée par Sir John à la constitution, au sujet des écoles catholiques du Nouveau-Brunswick, ne soit la conséc|uence naturelle des exigences politiques et nationales de la majorité dans le gouvernement et la Chambre fédérale ?

A combien d’autres conflits ne donnera pas lieu l’Acte Fédéral ? Et c|ui sera juge de ces conflits, lorsque nous serons indépendants ?-Ea Cour suprême ? c’est-à-dire, un tribunal composé d’hommes qui nous jugeront sur les idées et les sentiments de

la majorité dont ils sanctionneront naturellement, et même souvent sans parti pris, les opinions et les décisions.

Restreindre et bien définir la juridiction et les pouvoirs du Gouvernement fédéral et de la Cour suprême, de façon à assurer notre indépendance absolue dans l’exercice de nos droits, de la jouissance de nos institutions religieuses et nationales, est donc pour nos hommes publics un acte de sagesse et de nécessité, s’ils croient que le pays s’achemine rapidement vers l’indépendance. Ce n’est pas seulement une question nationale, c’est encore une question politique ; le sentiment ici est d’accord avec la raison. Si ceux qui ont fait la Confédération sont sérieux dans leur projet d’en faire une grande nation indépendante, ils doivent prévenir les abus et les injustices qui forceraient les minorités à chercher sous un autre drapeau une protection efficace.

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