LE MEUETRE I>E CHARRON PAR BEAUREGARD
Le deuxième jour d’avril 1858, entre S et 9 heures du matin, Anselme Charron, cultivateur et commer¬
çant de la ^ paroisse de Saint-Charles, partit pour Saint-Hyacinthe où 1 appelaient quelques affaires. Il devait revenir chez lui le même jour. Au bout^ d’une semaine, cependant, non seulement d n était pas de retour, mais on ignorait complètement ce qu’il était devenu. Vital Charron, frère d’Anselme, inquiet sur le sort de ce dernier et ne pouvant s’expliquer une aussi longue absence, partit,^ le 8 avril, pour aller à sa recherche. Arrivé à Saint-Hyacinthe, on l’informa que son frère n’avait pas été vu dans œtte ville, depuis la soirée du 2 avril qu il avait passée en compagnie d’un nommé Jean- I>aptiste Beauregard.
Avec 1 aide de quelques amis, il prit de nouvelles informations qui eurent pour effet de faire naître e graves soupçons sur Jean-Baptiste Beauregard rad.vidu souffrant déjà d'une mauvaise réputation’ Le meme jour, 8 avril, le chapeau d’Anselme Charron fut trouvé sur la grève de la rivière Yamaska, à
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Saint-Barnabe, c’est-à-dire à deux lieues et demie de Saint-Hyacinthe. Naturellement, cette découverte fit croire que Charron s’était noyé, ou que, s’il avait été tué, son corps avait été jeté à l’eau. On commença des recherches dans la rivière, mais elles restèrent longtemps sans résultats.
Ce n’est que le 5 mai, plus d’un mois après la disparition de Charron, que son cadavre fut repêché près du collège de Saint-Hyacinthe, à environ dixhuit arpents du pont Biron. Des médecins constatèrent, dans une enquête faite sur le cadavre, que le défunt ne s’était pas noyé ou n’avait pas été noyé ; qu’il ne s’était pas tué non plus en tombant à l’eau, mais qu’il avait succomlié à une commotion du cerveau produite par des coups. Ces faits, ajoutés à une foule de circonstances, augmentèrent les forts soupçons qui pesaient déjà sur Beauregard. Il fut écroué dans la prison de Montréal pour y attendre son procès.
Jamais procès criminel n’occupa aussi longtemps une cour de justice. Des déliats durèrent huit jours. Pendant tout ce temps, l’attention publique fut vivement excitée, et la salle d’audience fut continuellement remplie par une foule de spectateurs avides de voir et d’entendre. Tous suivaient avec une anxiété profonde le développement et les péripéties de ce drame dont ils auraient voulu hâter le dénouement.
M. Drummond défendait l’accusé, assisté de M. Carter ; M. Johnson représentait la Couronne, et le juge Aylwin était sur le Banc. Il était difficile de
reunir dans une cause plus de talent, de savoir et deloquence. C’étaient les beaux jours de la Cour d assises. On y voyait souvent siéger Ca Fontaine et Aylwin, et au banc de la défense des hommes coinme Drummond, Carter, Loranger, Papin, Morin etc. Quant à la Couronne, M. Johnson la représentait avec un éclat incomparable.
Il fut prouvé que, le deux avril, vers lod heures du soir, Beauregard avait été vu buvant avec Charron qui était ivre, partant ensuite avec lui pour tra-
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plus tard. Interroge sur ce qu’il avait fait de Charron, .1 avau répondu : “ Il va très bien, il va comme un chapeau sur l’eau.” Le lendemain, Beauregard avait de I argent et prenait sa licence d’auberge
tiom^Tf '■«posait sur des présonip-
■ n seul temom, un homme peu digne de confiance, prétendit avoir vu commettre le crime M. Drummond prit la parole pour l’accusé ' Il nous semb e le voir tel que le peintre Hamel l’a
stmgue dans toute sa personne, le reo-ard
c était la statue vivante de l’éloquence L’a-teur dominait peut-être trop chez lui l’orateit, mal
Nurn’r-^^''^'^ l’entendre sans admiration
Nul n a jamais mieux exprimé par sa figure son re
fâlé “n f f sentiments de
ame. Il avait des accents de colère et de tendresse
lialolre àllhir'" «“>’“temeiit
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Il avait une tcâche difficile. La preuve était écrasante.
Il fit un grand effort, déploya toutes les ressources de son talent et produisit une impression profonde sur l’auditoire. Si le jury avait été appelé à rendre son verdict immédiatement après la plaidoirie de M. Drummond, le prisonnier aurait peut-être échappé. Mais l’avocat de la Couronne et le juge avaient le dernier mot.
i\I. Johnson parlait le français avec autant de pureté et d’élégance que M. Drummond. Il avait, lui aussi, l’extérieur et presque tous les dons de l’éloc|uence. Il exprimait, dans un langage magnifique, des pensées et des sentiments de premier ordre.
On peut juger par ce qui suit de la beauté du discours c|u’il prononça :
“ La défense a essayé de vous faire croire que les blessures et les contusions qui ont été remarquées ^ sur la tête et sur la figure du défunt, étaient l’effet des pierres qui se trouvaient dans le lit de la rivière.
“ Mais, messieurs, seraient-ce donc des pierres inertes qui auraient poussé ce douloureux cri de détresse et d’angoisse ; “ Ne me tue pas ! ne me tue pas !” Est-ce donc cela qui a fait arrêter la montre du défunt justement à l’heure où l’on a prouvé que cet acte atroce a été consommé ! Sont-ce les roches qui ont donné l’alarme à ce pauvre animal, dont les aboiements ont été entendus par sept ou huit témoins, qui donna le signal de la détresse en allant et revenant du côté de la rivière où le cadavre de la victime avait été jeté ?. . .Seraient-ce les pierres qui
auraient fourni au meurtrier le gain infâme de son crime, qui auraient donné au prisonnier la moitié de l’argent du malheureux Charron, dont il a été trouvé en possession, d après une preuve irrécusable.”
Puis vint le juge Aylwin qui prouva qu'on pouvait encore, après Drummond et Johnson, avoir du succès et se faire admirer.
Beauregard fut condamné à être pendu.