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CROISADES NATIONALES

La politique canadienne a vu naître quatre croisades nationales: la première en 1864; la deuxième en i87i; la troisième en 1884 et la quatrième en 19 II. Je viens de parler de la première. La deuxième eut lieu en i87i, lorsqu’un certain nombre de libéraux modérés tendirent le rameau d’olivier aux conservateurs programmistes qui voulaient combattre la politique du gouvernement conservateur relativement aux troubles du Nord-Ouest et aux écoles du Nouveau-Brunswick, mais refusaient d’accepter comme chefs les Dorion, les Doutre et les Laflamme. Le résultat des négociations fut le changement de nom du parti libéral, le choix de M. Jetté comme chef du nouveau parti, et son élection contre sir Georges-Etienne Cartier en i887. Mais l’alliance des libéraux modérés avec les conservateurs programmistes ne pouvait durer longtemps. Lorsque le parti libéral arriva au pouvoir en 1873, les vieux libéraux seuls furent appelés à faire partie du nouveau gouvernement. L’exclusion de M. Jetté mécontenta les conservateurs qui l’avaient accepté comme chef et avaient contribué à son élection.

Aussi, le cabinet Mackenzie n’ayant pu accorder l'amnistie complète aux chefs des métis, et régler les nouvelles difficultés suscitées par la question des écoles du Nouveau-Brunswick, ils lui déclarèrent la guerre, une guerre à mort.

Le Bien Public, l’organe du nouveau parti, dont l’auteur de ce livre était propriétaire avec M. Beausoleil, ayant décidé de mourir plutôt que de renoncer à son programme en faveur d’un tarif protecteur, ce fut la fin du parti national.

La troisième union ou croisade nationale eut lieu en 1885, lorsque l’auteur de ce livre demanda à quelques jeunes conservateurs de se joindre à lui et à ses amis, d’abord pour donner à Riel des défenseurs devant le tribunal de Régina, et ensuite, après sa condamnation, pour faire signer des requêtes en faveur de la commutation de la sentence de mort prononcée contre lui. Mais c’est spécialement après l’exécution de cette funeste sentence que la croisade nationale reçut sa consécration dans la grande assemblée du Champ de Mars où les Bellerose, les Desjardins, les Bergeron, les Trudel, s’unirent aux Laurier et aux Mercier pour condamner le gouvernement et jurer de venger la mort de Riel.

Serments d’amour et serments de politiciens sont éphémères ; bien fou qui s’y fie. Les conservateurs ne tardèrent pas à retourner à leurs premières amours. Mais le mécontentement de la population dura plus longtemps et permit à Mercier de faire une campagne qui le porta au pouvoir en 1886.

La quatrième croisade nationale fut organisée par M. Bourassa pour combattre toute coopération aux guerres de l’Empire. Il en avait lancé l’idée en 1897, lors de la guerre du Transvaal, mais c’est dans l’élection de Drummond et Arthabaska et aux élections générales de 1911, qu’il en démontra la force, en faisant élire comme nationalistes la plupart des candidats de l’opposition. Mais, cette fois encore, les conservateurs, une fois élus, restèrent presque tous au bercail.

M. Sévigny vient d’être élu à Dorchester, en répudiant le programme nationaliste.

Est-ce la fin du nouveau parti ?

M. Bourassa est encore là avec son talent d’écrivain et d’orateur, mais il y a divergence d’opinions parmi ses partisans les plus dévoués, relativement à son attitude vis-à-vis de l’Angleterre et à ses vues sur la participation du Canada aux guerres de l’Empire ; l’efifet de ses discours et de ses écrits, dans les provinces anglaises les effraie.

Si des opinions raisonnables exprimées même par des Anglais relativement à la guerre, deviennent des crimes lorsqu’elles sont énoncées par des Canadiensfrançais, on peut se faire une idée des colères soulevées par les tirades ironiques ou enflammées de M. Bourassa et de ses amis contre l’Angleterre.

Nous avons en ce moment une preuve éclatante de la nécessité où se trouvent nos hommes politiques, sous le régime de la Confédération, de pratiquer l’opportunisme, même malgré eux, pourvu qu’ils puissent le faire honorablement. Ce n’est pas éton-

liant, lorsqu’on voit même des Angdais répudier publiquement des opinions qu’ils expriment privément sur la nature et l’étendue de nos devoirs et de nos obligations envers l’Empire, sur le danger de faire des sacrifices exagérés d’hommes et d’argent. Si aux époques de crise et d’affolement, les sages conseils sont repoussés, à plus forte raison les paroles irritantes sont dénoncées, condamnées comme des crimes.

Il faut bien avouer que le temps était mal choisi pour faire le procès de l’Angleterre et exprimer des opinions susceptibles d’inspirer des doutes sur le loyalisme des Canadiens-français. Aussi quel déchaînement de colères, d'insinuations et d’accusations injustes !

Tous ces mouvements ont agité l’opinion publique, remué les cœurs et les esprits et provoqué des discussions émouvantes et souvent utiles. L’existence d’un troisième parti, dans un pays comme le nôtre, est presque nécessairement éphémère et de courte durée. Les conservateurs comme les libéraux, arrachés temporairement à leur parti, se hâtent de rentrer dans les rangs à la première occasion. Pour former en dehors des partis régulièrement organisés un groupe politique puissant il faudrait une coalition d’hommes forts représentant toutes les provinces, et s’associant pour faire triompher quelque principe d’importance majeure.

Toutefois il est bon que de temps à autre, des hommes de bonne foi fassent entendre la voix de la justice et de la vérité aux gouvernements et aux

hc'mmes de parti, pourvu toujours, comme je le dis U l^urs, qu’on ne puisse pas soupçonner leur désin- . re isenient, leur sincérité et qu’ils tiennent compte e exigences de notre situation politique, religieuse i nationale.

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