PLESSIS
Un jour, il y a plus de soixante ans, je regardais passer, conduisant les vaches du curé de la paroisse, un homme vieilli avant le temps, mais qui avait dû être fort, vigoureux. “Tiens,” me dit ma mère, “regarde cet homme: il a l’air très misérable, elî bien, il aurait pu devenir l’un des hommes les plus éminents du pays. Il était, au collège de Montréal, le compagnon de classe de ton oncle Laurent et de La Fontaine j il était plus souvent le premier que La Fontaine, qui avait plus de jugement, mais était moins brillant. C’est l’alcool qui l’a réduit à l’état déplorable où tu le vois.” Ce Plessis était un neveu de Mgr Plessis. Il parlait latin à ses vaches, il les gourmandait en latin. On disait qu’il composait parfois les sermons du curé.
Je viens de nommer Laurent Tremblay, frère de ma mère. Un jour, en 1862, j’étais à Belœil chez une vieille dame qui tenait une maison de pension. Ayant appris mon nom, elle me dit : “ Vous devez être le fils du Capt. David qui avait épousé une de-
moiselle Tremblay de la Malbaie.” Je lui répondis qu’en effet je l’étais. Alors elle me dit; “ Voyez-vous cette maison de l’autre côté de la rivière. . . . Bien, un dimanche après-midi, nous étions en grand nombre, à Belœil, à la porte de nos demeures, pour entendre votre oncle Baurent Tremblay qui jouait de la clarinette, en face de cette maison, lorsque, tout à coup nous vîmes qu’il s’affaissait et qu’on se précipitait à son secours. Quelques heures plus tard, nous apprenions qu’il était mort de la rupture d’un anévrisme “Votre oncle, ajouta-t-elle, avait porté la soutane et l’avait quittée pour se faire médecin. Il exerçait sa profession à Saint-Hilaire et devait épouser sous peu une demoiselle de Rouville, fille du fameux seigneur de Rouville qui trouva le moyen de dévorer trois seigneuries. de Rouville épousa
plus tard le docteur Brousseau.
Inutile de dire que le récit de la bonne vieille dame m’intéressa beaucoup.