‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 9 sur 64 · M. JETTE · texte numérisé non relu

M. JETTE

M. Jette prend la parole : moyenne taille, teint pâle, très pâle, front large, bien développé, figure calme, douce, physionomie agréable, quelc^ue chose de l’honorable M. Dorion ; voilà ce qu'on remarque au premier coup d’œil.

jNI. Jetté a commencé à exercer la profession d’avocat en société avec MM. Lesage et Jetté ; c’était une société d'hommes lettrés et de bonne édu:ation, d'amis sincères, dont souvent l’esprit se récréait aux dépens de la loi. MM. Lesage et Fabre surtout devaient s'interrompre souvent, au beau milieu d'un passage de Pothier, pour lire une page de Lamartine ou d’Alfred de Musset. Les nécessités de la vie devaient naturellement briser tôt ou tard une société plus littéraire que professionnelle, plus aimable que pratic|ue. C’est ce qui eut lieu. M. Jetté resta seul ce que, malgré les mauvais exemples de ses spirituels confrères, il avait toujours été ; avocat. 11 a fait son chemin tranquillement, patiemment, sans précipitation ; fil a attendu son tour, confiant en sa destinée, ne cherchant ni le bruit, ni l’éclat. M. Jetté n’est pas un homme à grands mouvements, à conceptions hardies ; il s’élève juste assez haut pour bien voir tout ce qu’il voit et nous en faire part dans un langage clair, élégant et distingué. Pensée, style, élocution, physionomie, geste, manières, tout cela chez M. Jetté se tient, se ressemble et distingue par l’élé-

gance, la mesure, la dignité et la placidité. Ses discours attestent des études et des aptitudes variées, une intelligence forte et lucide. Son talent s’est révélé avec honneur dans la cause Guibord ; c’est lui qui a fait le plaidoyer le plus parfait sous le rapport de la convenance, de l’à-propos et de la justesse des idées et de l’expression ; mais on ne peut pas dire que c’est lui qui ait le mieux parlé, pour la bonne raison qu’il a lu son plaidoyer; lire et plaider sont deux choses bien différentes et qui s’excluent même. Nous comprenons que, dans une cause aussi importante, pleine de dangers et d’écueils, un plaidoyer écrit offrait beaucoup plus de garanties à un diplomate comme^ M. Jetté qui devait nécessairement craindre de se compromettre, de se laisser entraîner au-delà des limites que ses émotions lui imposaient ; mais il n’en est pas moins vrai qu’il n'a pas autant de mérite que s’il eût improvisé. Ce qus nous disons à M. Jetté s’applique aussi à JM. Doutre.

Nous venons de dire que M. Jetté est diplomate. 11 l’est en effet : catholique sincère, libéral convaincu, il glisse à travers toutes les opinions, ne froisse personne et garde son indépendance : on en eut la preuve dans la cause Guibord. Assez fort pour maîtriser les entraînements de son cœur et de sa pensée, il ne dit et ne fait que ce qu’il veut; franc, loyal, sincère et affable, il sait cependant, grâce à un jugement sain et à une grande habileté, pratiquer toutes ces vertus sans trop gêner sa liberté d’action. .

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