‹ Mélanges historiques et littéraires [microforme]Chapitre 2 sur 58 · livre voie à · texte numérisé non relu

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REVUES ET JOURNAUX. il

indigènes. Il fait bon de lire ces pages déjà vieilles de trente ans ; il s’en échappe un parfum uational qui nous transporte à une époque où le sentiment de la nationalité était si fort épris dans les cœurs canadiens. Nous y lisons de bons articles en prose eten vers: PARENT, DOUTRE, AUBIN, LACOMBE, l'E- CUYER, CHAUVEAU, GARNEAU, BÉbarp, LENorr, font tour à tour les délices du lecteur; en un mot, nous y voyons les meilleurs écrits, en prose et en vers, publiés jusqu’à 1850. Ce recueil permet également de suivre le mouvement littéraire année par année, décade par décade ; nous y lisons des poésies —celles de Quesnel, par exemple—qui remontent à 1778, La marche de la littérature et les progrès du mouvement littéraire sont donc très-faciles à suivre.

La tâche de M. Huston était de réunir les

meilleurs écrits publiés parmi nous depuis la cession du pays à l'Angleterre ; il seu est acquitté avec tact. J’emprunte aux Critiques littéraires (1) de M. l'abbé Casgrain, l'extrait suivant qui nous fera apprécier le parfum national de ce recueil :

+ “ Quel est donc ce poëte italien qui à l’aspect du printemps,—cette jeunesse de l’année—sentait renaître en lui-même, et chantait la jeunesse—ce printemps de la vie?

Oh primavera ! gioventu dell anno.

Oh gioventu ! primavera della vita.

“Tout ce qui, dans la nature ou dans l’âme, respire printemps ou jeunesse, a le don d’'émouvoir et de captiver.

(1\ Opinion publique, III. 297.

4 C'est cette pensée qui me venait, ce matin à l'esprit, en ouvrant le premier recueil de notre littérature—le Répertoire National. Tout humble et imparfait que soit ce recueil, il s’en échappe une fraicheur de jeunesse, une odeur de printemps, de fleurs à demi écloses—fleurs âes champs,.fleurs des bois, si vous le voulez, —pâles et parfois étiolées, mais dont la vue fait du bien à l'âme, parce qu'elle fait naître l'espérance. Ces fleurs hâtives annoncent la saison printanière, la prochaine floraison.

“ Les quatre volumes du Répertoire National contiennent peu de pages vraiment remarquables. “ Les chefs-d'œuvre sout rares, dit son épigraphe, et les écrits sans défauts sont encore à naître.” Cependant ce recueil aura toujours du prix aux yeux des lecteurs canadiens, parce qu’il renferme les premiers essais de ceux qui ont été les créateurs de notre littérature. C’est la pensée flottante, vaguement ébauchée, d'un peuple qui se replie, pour la première fois, surlui-même.

“ L'enfant qui, au sortir du berçeau, balbutie quelques paroles, entre un sourire et une larme, a des’ grâces naïves qu’en vain on lui cherchera plus tard. Le peuple tout jeune qui parle, qui chante, qui pense dans le Répertoire National, ressemble à cet enfant qui se regarde, et s'écoute vivre. Les larmes du passé sont essuyées par les espérances de l’avenir ; et il prête l'oreille aux sons de sa voix qu’il entend revenir des échos voisins. Il y a, dans les paroles qui tombent de ses lèvres, un ton d’inexpérience une aimable gaucherie, dans ses expressions des naïvetés d'enthousiasme, dans son chant des éclats

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de voix qui font sourire, mais qui aussi font aimer.

“ On aime cette ardeur de patriotisme, cette fierté de sentiment, cette dignité nationale ; mais, au-dessus de tout cela, on aime et on admire cette foi chrétienne, cette moralité d'âmes vierges, sources de tout génie et de toute inspiration. Le Répertoire National est un choix de lectures sereines qui témoigne hautement des principes et: de l'honneur de notre peuple.

“ Comme à l’origine de toutes les littératures, la poésie occupe une large part dans ce recueil. L'homme admire et chante avant de raisonner sa pensée.”

La Ruche Littéraire, rédigée par Eire CHEVALIER, remonte à 1852. La littérature canadienne entrait à cette époque dans une ère nouvelle; petit à petit elle prenait son essor, chaque jour accusait un progrès nouveau’ M. Chevalier, français de talent, qui demeura quelques années au mileu de nous et qui jouit dans son pays d’une réputation de littérateur, se mit à la tête du mouvement en fondant sa revue. De toutes nos publications mensuelles elle donna et remplit, la première, l’idée du genre. Elle paraissait une fois par mois, par livraison de 64 pages, et formait à la fin de l’année un beau volume in-8, deux colonnes, de 750 pages. Chaque livraison contenait la publication d’une nouvelle canadienne, d’un roman de mœurs ou d’une esquisse originale, des poésies détachées de nos meilleurs troubadours, un roman de littérature étrangère, un bulletin pittoresque résumant les événements du mois, des articles bibliographiques, ets. La partie

bibliographique a été malheureusement trop négli gée. Commencée en 1852, cette publication s’arrète à 1854, formant deux volumes malheureusement trop rares de nos jours. (C’est d'ailleurs un inconvénient commun à la plupart de nos recueils périodiques. Cela s'explique parceque le tirage en a toujours été fort limité.

Ces deux volumes sont, en grande partie, remplis par M. Chevalier, dont la plume féconde créait autour de lui, sinon des chef-d'œuvres, du moins des écrits variés et intéressants. Ses romans sont : Un quart d'heure de Rabelais, L'Isle de Sable, La Huronne de Lorette. Ce dernier n’a pas été terminé dans la Ruche. À part cela on a encore Le Faux Dévot, par Euaëne L'Kouyer, Le clerc de Notaire, par LÉéoN G., une traduc 1on du roman de Madame Beecher Stove, La case du père Tom, qui venait de paraître ; des poésies signées par LENOIR, CHARLES LABÈRGE, K. G. MaR- CHAND, OPHIR PELLETIER, J. GENTIL, Vicror BARON et Fézix VoGELt.

J'ai dit ailleurs (1) ce que je pensais des travaux littéraires de M. E. Chevalier, je n’ai pas à revenir sur le jugement que j'ai prononcé. Toutes ses œuvres laissent voir le même défaut. Il n’y à pas d'unité, parceque le plan n’est pas tracé d'avance. Il écrit au jour le Jour, à bride abattue, pour remplir les pages du fascicule. On croirait que les imprimeurs lui ont arraché son manuscrit. D'ailleurs avec la meilleure volonté il ne pouvait faire justice à tous ces travaux, puisqu'il mettait sur le métier

(1) Hist. de la lit. canadienne.

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trois ou quatre romans à la fois. Son intrigue se mêle, s’enchevèêtre et l’œuvre manque d'unité et d'enchainement. Pour tout cela la Ruche littéraire ne dépare pas nos mélanges littéraires.

Le Journal de l'Instruction Publique a été fondé en 1857 par le surintendant de l'éducation, M. CHauvEAU. Il complétait le système d'éducation inauguré par la loi de 1857, concernant les écoles. Cette publication, qui paraissait par livraison mensuelle de 32 pages, in-4, formait à la fin de l’année un joli volume. On y lit beaucoup d'articles sur la pédagogie etl’enseignement en général; on voit qu'elle s'adresse surtout à l’instituteur. La partie la plus originale est la revue des événements du mois, écrite avec verve et talent pendant les dix premières années, par M. Chauveau lui-même. Il a été assisté dans cette

œuvre, par MM. Alex CHAUvEAU, À. N. MonrreTiT et

Oscar DunN, qui occupèrent tour à tour le fauteuil éditorial. La série complète forme plus de 18 volumes.

L'Echo du Cabinet de Lecture Paroissial de Montréal, a été fondé par les Messieurs du Séminaire de St. Sulpice, le premier janvier 1859. Cette revue était publiée deux fois par mois, formant à la fin de l’année un volume de 380 pages, in-4, à deux colonnes. Cette première série fut continuée jusqu’en 1867, Dupuis 1867 l’Echo du Cabinet forme une

nouvelle série, publiée par livraison mensuelle de

80 pages, in-8, formant à la fin de l’année un fort volume de 960 pages, avec table analytique et alphabétique. Cette publication compte donc aujourd’hui quinze volumes, dont les huit premiers appartiennent à la première série et les autres à la seconde,

Lie

1] fallait aux jeunes gens de l’époque, qui fréquentaient les cercles littéraires de Montréal, une revue spécialement destinée à recevoir les essais qui étaient lus au sein de ces athénées de littérateurs en herbe. La Revue Canadienne n'existait pas encore, de manière que J'Echo du Cabinet reçut durant les premières années de con existence, et on peut dire pendant toute la première série, l’encouragement de la jeunesse studieuse et instruite. Nous y lisons de nombreux essais de littérature nationale, des chroniques, des lectures sur différents sujets, des pièces de poésie, des morceaux de musique notée, des notices biographiques et bibliographiques, etc. Parmi les principaux collaborateurs on remarque surtout les noms de MM. A. BeLe, A. GENAND, J. RoyAL, E. DEBELLE- FEUILLE, N. Bourassa, C. BoucEr, F. X. A. TRUDEL, P, STEVENS, J. A. N. PROVENCHER, A. DANSEREAU, etc. Parmi les versificateurs se trouvent MM. Marsais, SULTE, BLAINDE ST. AUBIN, elc.

La deuxième série a beaucoup moins d'originalité que la première. Les travaux canadiens sont plus rares pour ne pas dire entièrement absents. A part la chronique religieuse qu’on y publie chaque mois et qui ne touche que de loin aux événements politiques, il n’y a guère que des reproductions de grands travaux étrangers. C’est ainsi que cette série a

reproduit l'Histoire de la Colonie Française, par l'abbé

Faillon; De l'Autorité en Philosophie, par l’abbé Granet; Notre-Dame de Lourdes, La Francmagçonnerie et autres brochures de Mgr. de Ségur ; des nouvelles empruntées aux romanciers d'Europe, etc.

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cation, supportée par les sacrifices d'argent des MM. du Séminaire de St. Sulpice, a vu naître et mourir beaucoup d’autres publications nationales. L'abbé Recourp en a été le rédacteur-en-chef depuis sa fondation ; c’est lui, je crois, qui écrit la chronique du mois.

Les Soirées Canadiennes, recueil de littérature nationale, en 4 volumes, parurent en 1861.

L’épigraphe de cette publication est emprunté à Charles Nodiér: ‘“ Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du peuple avant qu'il les ait oubliées.” Ce recueil, dit le prospectus, sera surtout consacré à soustraire nos belles légendes canadiennes à un oubli dont elles sont plus que jamais menacées, à perpétuer ainsi les souvenirs conservés dans la mémoire de nos vieux narrateurs, et à vulgariser la connaissance de certains épisodes peu connus de l’histoire de notre pays.”

Les Soirées Canadiennes de même que le Foyer Canadien, sont des publications essentiellement québecquoises. Les lettres canadiennes sont redevables à cette ville de plusieurs travaux littéraires. Peut-être a t-on mieux compris à Québec qu’à Montréal l’importance de ces publications mensuelles de littérature nationale. Ona dit même que Montréal cherchait plus à s’agrandir par le commerce et Québec plus par la cuiture des lettres, des sciences et des arts. Il n’en n’est pas moins vrai que la ville de Champlain s’est toujours distinguée par le culte qu’elle à rendu aux travaux de l'intelligence. Sa société littéraire et historique et l’Université Laval ont beaucoup contribué à amener ces résultats heureux.

|$ La plupart des écrivains qui ont contribué au | succès des Soirées Canadiennes ont été mentionnés ailleurs. Les meilleurs écrits en prose sont : Trois 4 Légendes de mon pays, par J. C. TacHE; Jean Rivard 1 le Défricheur, par GÉ£RiN-Lagote; La Jongleuse, par | l'abbé Cascrain ; et le Journal sur les côtes ae la | 1418 | Gaspésie, de l'abbé FErRLAND. Les Soirées Canadiennes | | renferment surtout des écrits en prose ; il y a peu de poésie, et si vous enlevez la Promenade de Trois Morts de CRÉMAZIE, 1l vous reste bien peu de strophes remarquables.

Les Soirées Canadiennes parurent d'abord en 1864. | Elles étaient publiées par livraison mensuelle de 32 pages. Elles se continuèrent jusqu’en 1868, formant | quatre forts volumes de 400 pages chaque. Les Soirées 'l font suite au Répertoire National, et contiennent les 11 manuscrits restés en arrière depuis 1850.

Le Foyer Canadien, recueil littéraire et historique, fut publié à Quéhec en 1863-64; il forme deux volumes in-80., pp. 400.

Ce recueil était destiné à réunir et conserver nos essais de littérature indigène et nos œuvres inédites : poésie, critiques littéraires, légendes, nouvelles, peintures des mœurs et de la nature de notre pays, impressions de voyages, esquisses historiques, biographiques et même topographiques, et enfin toute œuvre canadienne se distinguant par quelque originalité de vues, de poésie ou de style.

Le premier volume renferme la biographie de Mgr. Plessis par l'abbé FEerLaxp, laquelle occupe un large espace ; les Bois Francs par l'abbé TRUDELLE, et quelques pièces de poésie. Dans le second volume

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se trouve Jean Rivard, Economiste de GÉRIN-LAIOIE. Ces travaux ont été mentionnés et appréciés ailleurs ; il est inutile d’insister davantage sur leur mérite. Cette publication fait honneur à Quebec et à ses écrivains si nombreux et si recommandables.

La Littérature Canadienne, ? vols., in-80. pp. 380, est une excellente compilation, publiée en 186% sous la direchon du Foyer Canadien. L'objet de ce recueil était de réunir en quelques volumes les plus remarquables d'entre nos travaux littéraires publiés depuis 1859, et rattacher ainsi notre littérature contemporaine à l'excellent Répertoire National de M. Huston. Ainsi donc, un bon nombre de discours, brochures, récits, légendes, esquisses de mœurs, d'articles de bibliographie et de biogrirhie, opuscules en vers et en prose etc., qui paru:cnt dans les journaux français de 1850 à 1860, ont été reproduits dans la Liltérature Canadienne.

Ajoutons ici que la littérature canadienne a fait beaucoup de progrès depuis 1850 ; c’est surtout depuis cette époque que date le véritable mouvement littéraire canadien. Ce progrès fut encore plus sensible vers 1860. En moins de quelques semaines le nombre des abonnés du Foyer Canadien, qui commença à cette date, s'élevait à près de 2000, ce qui permit aux éditeurs de publier, en sus des livraisons régulières, les deux volumes de Lütérrture Canadienne.

Le premier volume de la Littérature Canadienne renferme les quatre lectures de M. ETIENNE PARENT, sur des sujets d'économie politique; le discours de M. CHauvEeau prononcé à la cérémonie de la pose de la pierre angulaire du monument dédié, par souscrip-

tion nationale, à la mémoire des braves tombés sur les plaines d'Abraham ; quelques écrits de l’Abbé FErLanp, et le Voyage en Angleterre et en France de GARNEAU.

Le second volume de La Littérature Canadienne fut spécialement consacré à la poésie, tandis que le premier l'avait élé exclusivement à la prose. Parmi les ouvrages en prose contenus dans ce volume on remarque surtout Le Chercheur de trésors ou influence d'un livre, par PuHiziPpE AUBERT DE Gaspé, fils. On y retrouve les œuvres poétiques de: CRÉMAZIE, Fiser, LENOIR, etc., qui parurent dans la presse de 1850 à 1860.

Le mouvement littéraire canadien date surtout de 1860. A cette époque il était devenu nécessaire de donner à la littérature française, en Canada, un organe capable de lui assurer un développement régulier et simultané dans toutes les branches des connaissances humaines. La spontanéité qui avait caractérisé jusqu'alors le mouvement littéraire avait produit d'excellents résultats ; le réveil des études s'était fait partout ; des sociétés académiques avaient été fondées ; partout la jeunesse s'était mise à l’œuvre. La Revue Canadienne fut donc fondée pour accentuer ce mouvement, s'en faire l’écho, le fortifier autant que possible.

Ce recueil embrasse un cadre vaste et varié; il s'attache de préférence aux études spéciales d’économie politique, de droit, d’apologétique chrétienne, d'histoire, de littérature française, anglaise et américaine, de bibliographie et de feuilleton. Sa ligne de conduite se résume dans ces paroles de St. Au-

premi et ind ticles

gustin: Zn necessariis unilas, in dubiis liberlas, in omnibus charilas. La pensée qui a présidé à sa fondation était l’avenir de notre littérature, le salut de nos institutions civiles et religieuses, notre nationalité.

La Revue Canadienne est de beaucoup la meilleure publication que nous ayons encore eue en Canada. Elle a pris l'importance et le dégré de développement des plus grandes revues de ce continent; elle comprend une série de douze volumes, in-8, de 800 pages. La variété des écrits qu’elle contient, leur mérite intrinsèque, la coule: nationale qui enveloppe le tout, en font une œuvre de prix que les amateurs de la bonxe littérature canadienne aiment à placer dans un endroit apparent de leur bibliothèque.

Cette publication, qui commença à paraître en 1864, continue encore. * Nos meilleurs écrivains, depuis 1860, ont contribué à assurer ses succès. Il est impossible de les passer en revue et de les citer tous; mais elle renferme des écrits de longue haleine que nous avons étudiés ailleurs. Deux primeurs ont particulièrement assuré sa réputation : Une de perdue, deux de trouvées, de M. de BoucHERVILLE; Jacques et Marie, de M. Bourassa, sans compter la publication de quelques nouvelles canadiennes d’un mérite moins accentué, Mais on admettra, avec moi, que les derniers volumes de cette publication n'offrent point le degré d'intérêt que possédent les premiers tomes. De nos jours les écrits originaux et indigènes sont devenus rares. Ces excellents articles de littératures nationales qu’on lisait avec tant

de charmes dans les commencements de la Revue ont été remplacés par des extraits de littérature étrangère ; on emprunte tout à la France et on ne laisse qu’un tout petit espace pour le Canada. Ceci s'explique un peu par la dispersion de ses fondateurs ; les uns ont pris une direction ; les autres, une autre ; la politique a enlevé le grand nombre; la mort, | quelques-uns. Le sang nouveau n’a pas non plus | suffi pour réparer ces pertes. En général les pages : À de la Revue, à partir de 1870, sont pâles et incolores. % De Boucherville, Bourassa, Faucher de St. Maurice, Provencher, l'abbé Raymond, De Bellefeuille, Royal ont été remplacés par Tassé, Sulte, Routhier, Marmette, De Montigny, le Dr. Grenier, Prud’homme, Gélinas et F. X. Demers. Ces derniers ont certaine. ment leur mérite; je loue leur zèle et ma plume leur rend hommage, mais pour une raison ou pour une autre, ils n’ont pas continué avec autant d'éclat la tâche de leurs devanciers. Ce n’est pas le talent

(f qui manque à ces écrivains, mais plusieurs d’entre été. eux ayant à alimenter d’autres publications, ils n’ont par pu consacrer là le meilleur de leurs loisirs. La partie Cuss bibliographique, suivie de près dans les premiers téra volumes, a été négligée dans les derniers. C’est une C lacune et un oubli impardonnables pour vne met publication littéraire. Elle

A part les deux romans de longue haleine que j'ai tem] cité, on lit encore avec attrait De Québec à Mexico, C’ par FaucHER DE ST. Maurice; Charles el Eva et La M. F fiancée du rebelle, par MarMEeTTE; Les Canadiens de née l'Ouest, par Tassé ; Entretien sur Naples et Etudes au sur le moyen-äge, par. l'abbé Raymonn; De la d’ef

profession religieuse en Bas-Canada, par De BELLe- FEUILLE; Les Fiancés d’outre-Tombe, par Melle. Cua- GNON; Les études religieuses de F. X. DEuERrs ; Monsieur Fatenville, vaudeville, par F.G. MarcHanp ; plusieurs articles de mérite sur l’histoire et l’économie politique, par BENJAMIN SULTE, etc.

L'Echo de la France, revue étrangère de science et de littérature, publiée sous la direction de Louis Ricann, Avocat, parut en 1865. Ce recueil paraissait une fois par semaine, et avait trente deux pages, deux colonnes, formant à la fin de l’année 3 volumes de 450 pages. Il dura jusqu’à 1870, formant en tont 9 volumes in-8.

Le but de cette publication était de reproduire dans un seul cadre tous les morteaux choisis répandus dans les principales revues, journaux, et recueils périodiques publiés en Europe et surtout en France. Elle était destinée à remplir une lacune dont le vide se faisait sentir parmi nous, et qui n’a pas encore été comblée depuis que l’Echo de la France a cessé de paraître, en mettant les Canadiens au fait des discussions politiques et religieuses, et des beautés littéraires, historiques, et scientifiques du vieux monde.

Cette revue portait un caractère exclusif et n’admettait aucun écrit national, aucune nouvelle locale, Elle avait pour épigraphe : Réaliser le bien et contempler le beau. ,

C'est une pensée généreuse qui anima sans doute M. Ricard lorsqu'il entreprit cette publication, destinée à ressembler au Catholic World de New-York, et au Lettell's Livings Age de Boston. Il fit beaucoup d'efforts pour mettre son œuvre à la hauteur de ces

revues importantes. Mais il comptait sans l’indifférence du public canadien qui ne peut même pas soutenir une publication indigène, destinée ‘au progrès de la littérature exclusivement canadienne. Plus tard, à une époque plus ou moins éloignée, je n'ai aucun doute que ce genre de publication trouvera plus d'encouragement dans nos rangs.

Nous trouvons dans le recueil de M. Ricard les pages les plus estimées des littérateurs comtemporains : Mgr. Dupanloup, Montalembert, le père Félix, le père Hyacinthe, Mme. Swetchine, le père Lacordère, Kolb, Bernard, Thiers, Berryer, Lamartine, Michel Chevalier, Veuillot, Jules Laguerronuière, Victor Hugo, Nettement, Jules Janin, Villemain, Victor Cousin, Aug. Nicolas, Laurentie, Léon Gauthier, Guizot, St. Marc Girardin, etc.

L'Album de la Minerve date du 1er Janvier 1872. Le premier volume forme un gros octavo de 750 pages, ? colonnes.

Les principaux écrits originaux contenus dans le premier volume sont le roman Sabre et Scapel de M. LeGenDRE ; Un Episode de 1837; Le vaudeville de M. MarcHAND: Erreur n'est pas Compte; Les Zoophites du Canada par le Dr. CREVIER ; Les Beaux Arts par l'abbé CHABERT ; Développements de la Littérature Canadienne par M. J. Tassé; quelques esquisses cansdiennes écrites par MM. MoxTreTiT, BENJ. GLOBENSXkI, W, DE Lery, B. Sucre (sous le pseudonyme de Chs. AMEAU) et CHARLES DORION.

Outre la partie littéraire, l'Album de la Minerve a encore un autre objet en vue, la mode. Chaque livraison contient un courrier de la mode et des

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planches représentant les toilettes favorites. Cette publication fut suspendue l’année suivante.

Voilà pour nos revues; examinons maintenant la liste de nos journaux. ;

\la Gazette de Québec, premier journal publié en Canada parut en 1764; le premier numéro du Quebec Mercury, le 5 Janvier 1805; la Gazette de Montréal, en 1784 et le Herald, en 1838. Mais tous! ces journaux, étaient opposés aux intérêts canadiens frauçais. Ils ne gardaient aucun ménagement chafois qu’il s'agissait de notre nationalité. Le Mercury, en 1806, disait: “ Cette province est déjà trop française, il est absolument nécessaire que nous fassions tous nos efforts par tous les moyens avouables pour nous opposer à l'accroissement des Français et de leur influente. Après une possession de 47 ans, il est juste que la province devienne anglaise.”

On ne pouvait décréter plus audacieusement l’anéantissement de ce qu'un peuple a de plus cher: sa religion, sa langue, ses institutions. Les Canadiens jugèrent qu'il était temps de fonder un journal destiné à défendre leurs intérêts.S(Le 22 Novembre 1806, parut le prospectus du Canadien. Ce furent MM. BéparD, TASOHEREAU, BLANOHET, BourDAGES et PLANTE qui achetèrent à leur frais le matériel nécessaire, et qui rédigèrent le journal pendant longtemps.

“Il ya déjà longtemps, disait le prospectus, que des personnes qui aiment leur pays et leur gouvernement, regrettent que le rare trésor que nous possédons dans notre constitution demeure si longleinps caché, la liberté de la presse. Ce droit qu’a le peu-

ple anglais, d'exprimer librement ses sentiments sur tous les actes publics de son gouvernement est ce qui en fait le principal ressort; c'est cette liberté ui rend la constitution anglaise si propre à faire le bonheur des peuples qui sont sous sa protection. Tous les gouvernements doivent avoir ce but, et tous désireraient peut être l'obtenir, mais tous n’en ont pas les moyens. Le despote ne connait le peuple que par le portrait que lui en font les courtisans, et n'a d'autre conseillers qu'eux. Sous la constitution d'Angleterre, le peuple a le droit de se faire connaitre lui-même pa: le moyen de la presse ; et par l’expression libre de ses sentiments, toute la nation devient pour ainsi dire le conseiller privé du gouvernement.

‘“ Le gouvernement despotique, toujours mal informé, est sans cesse exposé à heurter les sentiments et les intérêts du peuple qu’il ne connait pas, et à lui faire, sans le vouloir, des maux et des malices dont il ne s’apperçoit qu'après qu'il n’est plus temps d'y remédier, De là vient que ces gouvernements sont sujets à de si terribles révolutions. Sous la constitution anglaise où rien n’est caché, où aucune contrainte n'empêche le peuple de dire librement ce qu’il pense, et où le peuple pense pour ainsi dire tout haut, il est impossible que de pareils inconvénients peuvent avoir lieu; et c’est là ce qui fait la force étonnante de cette constitution qui n’a reçu aucune atteinte, quand toutes celles de l’Europe ont été bouleversées les unes aprés les autres.

‘“ Les Canadiens comme les olus nouveaux sujets de l’empire ont surtout intérêt à n'être pas mal représentés.

|“ Il n’y a pas bien longtemps qu’on les a vus en butte à de noires insinuations, dans un papier publié en anglais, sans avoir la liberté de répondre. Ils ont intérêt de dissiper les prégugés; ils ont intérèt surtout d’éffacer les mauvaises impressions que les coups secrets de la malignité pourraient laiss2r dans l'esprit de l'Angleterre et du roi lui-même. On leur a fait un crime de se servir de leur langue maternelle pour exprimer leurs sentiments et se faire rendre justice, mais les accusations n’épouvantent que les coupables ; l'expression sincère de la a loyauté est loyale dans toutes les langues.”

J'ai voulu reproduire en entier ce noble RS j il peint l'attitude prise par le parti des patriotes.

Ce langage élevé et sévère étonna le gouvernement, et pour la première fois peut-être il s’apercut que les Canadiens pouvaient penser et agir. On fit de vains efforts pour découvrir les auteurs des articles de fond; ils étaient publiés sous forme de lettres adressées à l'éditeur. On y étudiait les sujets au point de vue des idées constitutionnelles. Le Canadien entreprit de rudes passe d'armes avec le Mercury qui était l'organe du parti extrème. Definitivement, ont cru que la raison du plus fort était la meilleure, et le 17 mars 1810 on saisit le matériel du Canadien. On fit arrêter et jeter en prison ses rédacteurs, MM. Bédard, Taschereau, Blanchet et Bourgia, de Québec, et MM. Viger, Blanchet et Laporte, de Moïtréal.

C’est à la suite de ces actes tyranniques que Craig lança sa fameuse proclamation remplies d’exagérations et représentant le Canada comme un volcan toujours en ébulition.

DIE 2e

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Faire l'histoire du Canadien c'est faire l’histoire de nos luttes parlementaires depuis 1806 jusqu'à 1837. Pendant toute cette période, il fut le véritable boulevard de la pensée franche et honnête, de l'expression hardie et sévère, des justes droits du parti canadien-français et des franchises populaires et nationales, Sa rédaction a été alimentée par nos meilleures plumes de l'époque. Il prenait tous les tons pour combattre tous les préjugés ; sérieux et grave, il a des passages moulés dans une prose vigoureuse et patriotique; gai, spirituel, scarcastique, il à des épitres politiques intitulées Mercurielles dérigées contre le Mercury, qui indiquent de la vivacité, de la chaleur et de la souplesse. Ses principaux rédacteurs signaient : Caïus, L'ami de la justice, Britannicus, Añglo-Canadien, l'Observateur,etc.

Le Canadien était publié le samedi de chaque semaine, 4 pages in-4, deux colonnes, abonnement

deux piastres par an. Son épigraphe était: Fiat justicia ruat cœlum. En 1820, la publication du Canadien fut reprise par M. F. VALLERAND; en 1830, MM. E. PARENT et J, B. FRÉOHETTE, lui donnérent une impulsion nouvelle. Depuis, il passa des mains de M. EvanTurEeL à celles de MM. LANGEVIN, Huor et TARTE.

Ce fut sans doute une pensée généreuse qui poussa l’Hon. A. N. Morin à fonder, le 9 novembre 1826, le journal La Minerve. Ce journal paraissait, à l’origine, deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, avec quatre pages de matières, trois colonnes, in-4. Après la publication de quelques numéros, M. Morin en céda la propriété à M. L. Duvernay.

chure 66 H d’un libert prenc

J’ai devant moi la liasse complète de ce journal si intimement mêlé à notre politique depuis sa fondation, et qui exerca sur les destinées du pays une action si prononcée. Certes! ce n’est pas le lieu de discuter ici la tendance politique de cette feuille depuis vingt ans. Ce n’est pas le moment de rechercher si elle a persévéré dans cette ligne de conduite patriotique et libérale qui honore à si juste titre. son fondateur. Non, il ne faut pas songer à cela. Ce journal a été l'organe principal d’un grand parti, elle a identifié sa cause avec lui; elle a compris que sa prospérité et son existence dépendait de l'existence et des succès du parti conservateur ; qu'il fallait combattre toujours et sans relâche, et qu’elle ne devait céder le terrain qu'avec la dispersion de cette phalange brillante qui combattait à ses côtés.

Dans le prospectus, qui parut avec le premier numéro, l'éditeur commence par établir la nécessité de l'instruction, sa nécessité dans les sociétés, et l’action favorable qu’elle exerce sur les mœurs. C’est fort bien dit, en peu de mots. On mentionne ensuite la vulgarisation de l'éducation à notre époque, dans notre siècle ; c’est à elle que les sociétés sont redevables de cette liberté sage et chrétienne, de cette démocratie laborieuse qui a mitigé la monarchie en Europe par l'invention du système représentatif et qui a couvert l'Amérique de nouveaux Etats composés de citoyens honnêtes et libres, depuis l’embouchure de la Plata jusqu'aux glaces du Nord.

‘ Heureux, est-il dit, de vivre sous la protection d’un empire d’où sont sortis les germes de tant de libertés, c’est dans ces circonstances que nous entreprenons un journal,

‘““ Les Canadiens, imitant l'antique loyauté de leurs pères, et vivant dans une paisible enfance, n’ont eu guère besoin d'éducation, ou plutôt n’en ont pu faire usage, tant que des obstacles physiques isolant toutes les parties de la province, en faisaient autant de petites sociétés, étrangères les unes aux autres. Dès que leurs relations intérisures se sont agrandies, ils ont acquis des traits plus uniformes, un caratère plus frappant, et leurs facultés générales se sont développées d'avantage. C’est alors seulement qu'ils ont compris ce que c'était que la chose publique, et senti qu’il appartenait à l'éducation de lier toutes ces parties, et de les intéresser à la cause commune. Aussi, a-t-on vu depuis quelques années s'élever un grand nombre d'établissements destinés à l'instruction de la jeunesse; mais comme on neconnait rien de la nécessité des connaissances qu'à mesure qu'elles se répendent, il reste à ce sujet beaucoup à désirer. Puisse notre journal contribuer à rempiir les vœux de nos compatriotes.

“ Nous suivrons avec attention la politique du pays. Ardents à soutenir les intérêts des Canadiens nous leur enseignerons à résister à toute usurpation

de leurs droits, en même temps que nous tâcherons de au leur faire apprécier et chérir les bieufaits et le gou- thab vernement de la mère-patrie. mên ‘“ L'histoire du pays sera aussi un des sbic'e sin. @ tout cipaux de nos recherches. Nous prions ccux qui 186. conservent d'anciennes tradilions canadiennes de Æ lui vouloir bien nous les communiquer, afin de les sou- pén mettre à la critique avant que les monuments qui Il fu

puissent servir à leur examen périssent.”

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Après avoir subi plusieurs transformations, la Minerve, qui d’abord n’était publié que deux fois par semaine, avec un format in-quarto, deviens par la suite linfolio quotidien que tout le monde connait en Canada. Ce journal a été publié sans interruption depuis 1826, si l’on veut en excepter le temps des troubles de 37 et 38. Ses principaux rédacteurs ont été, l'Hon. Morin, R. BELLEMARRE, GÉRIN-LAJOIE, DELAPONTERIE, MARCHAND, GÉLINAS, PROVENCHER, DANSEREAU, Dunn, DECELLES, etc.

L’Avenir fut fondé en Juillet 1847, par une société en commandite de jeunes gens, et rédigé par un comité de callaborateurs. Il portait pour devise : ‘ Le travail triomphe de tout.”

L'âme de la rédaction, celui qui a fait des efforts inouis pour maintenir cette feuille pendant les quatre années de son existence est Jean-Baptiste Eric DorioN, le plus désintéressé, le pius persevérant ami de la liberté en Canada. Eric Donion, ou l'Enfant terrible, comme on lappelait, naquit à Ste. Anne de la Pérade, le 17 Septembre 1826. L'un des premiers membres de l’Institut Canadien, il occupa la présidence en 1850, Appelé au parlement par les électeurs de Drummond et Arthabaska en 1854, il fut réélu trois fois depuis par la même circonscription électorale. Il mourut dans tout l'éclat de sa carrière politique le 1er Novembre 1806. Le succès d’un grand nombre de réformes lui revient de droit. Plus que tout autre, il sut pénétrer le peuple de la connaissance de ses droits. 11 fut le véritable fondateur de l'Avenir ; mais il a été aidé dans cette tâche par des amis dévoués à la

cause libérale, L. A. DESssAULLES, Jos. DOUTRE, K. LAFLAMME, LABRÈCHE VIGER, CHARLES LABERGE, Jos. PApPIN, CHARLES DAOUST, C. F. PAPINEAU, AUGUSTE PAPINEAU, etc. Leur ambition était de perpétuer dans le journal les idées et les sentiments qu'ils puisaient à l’Institut Canadien, foyer ardent de libéralisme. L'organe était destiné à stimuler, dans une autre sphère, l'amour du travail et de l’instruction mutuelle. La cause de l'éducation leur était chère ; ils la mettaient en première ligne sur la longue liste de réformes qu'ils réclamaient de la législature. Voici le véritable programme de l'Avenir :

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