WALTER, ARNOLD
ARrNOLD (entrant).—Soyez salué digne ami de mon père. J'arrive de mon canton et j'ai été nommé son : représentant au camp des insurgés. Je porte la haine dans le cœur. Walter! noble Walter, vous souvient-il de ces douces causeries où vous et mon père me racontiez les histoires qui ont marqué votre jeunesse ? Eh bien! cet heureux temps, nous ne le verrons plus; mon père, mon malheureux père n'existe peut-être plus.
WazTER.—(Ciel! que dis-tu Arnold ?
ARrNOLD.—Voici le fait. Je labourais tranquillement notre petit champ lorsque j’aperçois venir à moi des émissaires de Gessler. Sans raison, on veut confisquer les bœufs qui trainaient ma charrue. J'en demande la cause. L'imprudent soldat me répond : ‘Si les paysans veulent manger du pain, qu'ils trainent eux-même la charrue.” Indigné de cette insolence je le frappai de mon bâton et lui cassai deux doigts. Voulant alors me soustraire aux vengeances du gouverneur, j'allai chercher un asile dans les montagnes. Le tyran devient furieux et fit retom-
ber sur mon tendre père le poids de son injuste colère
en le privant de la vue. Jugez de mon malheur et de mon désespoir! Profitant des ténèbres d’une nuit obscure je revis l'être de mes jours. ‘“ Va me ‘ dit-il, va trouver Guillaume Tell et Walter Feurst, “ Ils attendent dans la plaine de Gruttli, située au ‘ bord du lac, vers les rochers de Salisberg. Ourdis- ‘ sez des trames, invoquez les foudres du ciel, armez “ les paysans, réchauffez leur zèle, parlez leur d’in- ‘ dépendance, secouez leur joug et soyez mes ven- ‘“ geurs.”
WaALTER.—Oh ! nous le serons digne amil.........……. Trop longtemps, Arnold, nous avons souffert en silence. Trop longtemps on nous a appelé dérisoirement la noblesse paysanne. “ Jusque à quand, disait ‘“ Gesler, en passant devant ma demeure, souffrirons- ‘“ nous que de vils paysans soient aussi bien logés ‘“ que leur maitre ? ”
ArNOLD.—Laissons là un sujet si pénible. Où est Tell ? ‘
WaLTER.—L’ignores-tu ? Il est allé délivrer son fils détenu en otage auprès de Gessler.
ARNOLD.—Un dernier malheur.
WaLTer.—Ecoute, je vais tout te dire. Tell ayant refusé de s’incliner devant le chapeau ducal de l'Autriche, on lui a pris son fils.
ARNOLD.—Et Guillaume est allé le retirer de sa prison ?
WazTer.—Tu ne saurais croire jusqu'où peut aller la cruauté du gouverneur. ‘Tell, lui dit Gessler, si ‘tu veux racheter ton fils, je t’en offre les moyens. ‘ Sur la place publique d’Altdorf, devant l’assemblée “de toute la noblesse autrichienne, ton fils sera
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‘adossé à un arbre. On lui placera une pomme “ sur la tête, on te donnera un arc et trois flèches, “ tu en choisiras une et ce trait sera destiné à percer ‘“ ton fils ou, si tu déploies assez d'adresse, la pomme ‘ telle que placée. Acceptes-tu ? si oui, sois au poste, ‘“ si non, ton fils subira la peine que ta déloyauté a # provoquée.” Et dans cette alternative Tell a dû accepter.
ARNOLD.—Mais est-ce un être humain qui peut infliger de tels châtiments? Walter ! au nom de l’amitié qui vous lie à mon père, allons, armons nous, délivrons Guillaume et son fils.
Wacter.—Molère tes transports noble enfant d'Erni Ender Alden de Melchthal. Tout est calculé entre Tell et moi. N’expose pas notre cause par une imprudente témérité. Tell sera vainqueur, Nieu est juste et bon.
ARNOLD.—C'en est trop, je pars. dJ’épie tous les mouvements de nos ennemis et s’il faut un homme à la situation je le serai. Mon poignard est avide de carnage. (à sort avec préripilation).