PR PER
Hexri.—Aussi longtemps que ma pensée peut se transporter en arrière, j'ai bonne souvenance qu’un vieillard en robe de bure, portant sur sa figure l’emprunte de l'honnêteté et de la bonhomie, allait par les hameaux de la Suisse, disant de bonnes paroles, prêchant d'exemple, prodiguant des soins et des consolations, invoquant le matin dans la chapelle de bois de la vallée de Gruttli, sur un autel champêtre, le Seigneur de répandre ses grâces les plus abondantes sur la Suisse gémissante dans ses fers. Ce vieillard c'était le père Werner.
GEssLEr (marchant, méditant, l'air farouche et préoccupé)—..Oui!l tu sais beaucoup trop de choses pour ton âge. Retiens ceci, toute vérité n'est pas bonne à dire.
Henri.—C'est vrai, je suis jeune et j'ai beaucoup vu. À dix ans, j'ai senti le fer d’un étranger que l'on dit usurpateur lier mes faibles mains ; j'ai touché les murs froids d’une prison malsaine ; j'ai été arraché des bras d’une mère qui m'aimait ; j'ai été exposé aux traits d’un père qui, s’il eut faibli, m’eut percé. Et pourquoi encore ? Quelle est la cause de toutes ces infortunes qui hélas ! sont venues trop tôt flétrir ma jeunesse et m’éprouver à la dure école du malheur? mais vous qui êtes un puissant seigneur, vous qui me retenez ici, ne pourriez vous pas finir mes maux ? Oh! permettez moi (ÿ tombe à genoux) d'aller consoler ma mère affligée. Rendez à l'oiseau sa liberté, donnez lui ses ailes afin qu'il émigre sur une terre plus chaude: ici il périra, lui et sa mère avec lui. Et seigneur, quand vous aurez accompli cet acte de justice je pourrai apprécier la
eut se qu’un > l’emait par aroles, es conelle de apêtre,
abonrs. Ce
el préchoses est pas
aucoUup ger que ’ai tousaine ; aimait ; eut faie est la venues la dure
issant
Z VOUS ombe à Rendez n qu'il ra, lui
aurez
ier la
GEILLAUEE TELL. 317
liberté et vous dire mieux ce qu’elle est et ce qu’elle vaut. Alors je vous dirai: la liberté c’est la possession du bonheur sur la terre, l’accomplisement des désirs de l’homme, le glorieux apanage de la raison, la manifestation de la munificence divine donnant à l'homme son plus beau titre de gloiré, le chant du rasignol qui réveille la nature au printemps, le gazouillement de l’alouette de nos collines, le murmure de nos fontaines.
GE6SLER (brusquement).—Tais-toi, mauvais sujet et parlons autre chose, me connais-tu? Igneres-tu la force de mon bras?
HENRI (se relevant et fièrement).—Si je vous connais, Maître !.. Que trop hélas! Dans toute la contrée, il n’y a que Gessler qui puisse avoir une figure aussi farouche.
GEssLer. —Ecoute moi. (adoucissant le ton) Consens à rester ici, avec moi. Je t'adopterai comme mon fils. Tu auras de l'or, de beaux habits, une table abondante. Qu'en dis-tu ?
HENRI.—Tant que mes fers me retiendront, il me faudra rester, c’est ma réponse.
GESsLER.—Explique toi.
Henri.—Rendez moi mon père, rendez moi ma mère, rendez moi mon châlet, l'air pur de nos montagnes, ma houlette et mon troupeau, le son de mon cor, l’'herbette de mes champs, et gardez votre or et vos châteaux. Nous n’en voulons pas.
GeEssLER (à part).—Fou et fanatique comme le pére (àl sonne).