SCÈNE XVII
Lus MÈMES EXGEPTÉ FRÉDÉRIC.
GEessLeR (regardant fixement Werner et durement).— Vous êtes le père Werner, c'est-à-dire une des plus enthousiastes révolutionnaires de la contrée.
WErNER.—Je suis le père Werner et ne suis point un révolutionnaire.
Gesszer.— Vos actes le prouvent du moins.
WERNER—J'ai parlé et agi en homme libre, exprimant toujours mes intentions librement, persuadé que mes paroles et mes actes ne blessaient point la morale.
GesszER.—Et l’ordre public ?
WERNER.—J'’ai parlé et agi pour le rétablir. Nous ne l'avons pas, je n’ai pu parler contre.
GESsSLER.—Quels griefs avez-vous à me reprocher ?
WErNER.—Est-ce Gessler qui parle ainsi? Est-ce quand tout le pays est divisé en une multitude infinie de domaines féodaux, que la cime des montagnes de même que le fond des vallées se montre hérissé de tours, de châteaux, de forteresses, séjours de tous ces seigneurs autrichiens qui exercent sur les malheureux habitants les mêmes droits que le maître a sur l’esclave, que vous demandez où sont
les fautes que l’on peut vous reprocher ? Pour nous dominer et nous dompter comme vous dites, vous avez établi des droits exorbitants, des prohibitions sans nombre, des châtiments rigoureux pour les infractions les plus légères, l'exil, l’emprisonnement, les humiliations, les amendes, la torture, les supplices, et vous demandez où sont nos rriefs ?
GEssLer.—Vous prètre, ministre du Très-Haut, pourquoi vous occupez-vous du temporel ? Pourquoi cette immixtion scandaleuse ?
WarNEr.-—Je suis prêtre et je suis citoyen. M'estil défendu d'aimer mon pays? Ne puis-je donc pas chanter les cantiques de David et les airs connus de l'Helvétie ?
GESsSLER.—Et vous avez parlé si ouvertement devant Gessler? Et vous ne cherchez pas à pallier votre faute ? Ah! craignez misérable, car vous ajoutez l’insolence à la félonie.
WERNER (se croissant les bras flegmatiquement).— Oui!
Gessier (couroucé).—Nous verrons (il sonne).