LA CROIX ET L'EPEE AU CANADA
Extrait d’une conférence faite au Séminaire de Sainte-Thérèse.
Lorsque Jacques Cartier, l'épée à la main, plantait à croix sur les rives du Saint-Laurent, il présageait Consacrait en quelque sorte la glorieuse alliance i devait faire grandir et prospérer l’œuvre qu'il augurait.
En effet lorsqu'on jette les yeux sur notre gloeux passé, on reconnaît sans peine le triomphe de croix et de l'épée.
Les peuples se sont plu à entourer leur berceau événements mystérieux .et merveilleux, les poètes artout ont toujours célébré comme des hommes exaordinaires les fondateurs d'empire, ils ont em- Ili de la puissance de leur imagination tout qui se rattache à ces hommes, afin de les élever 1-dessus des autres mortels. Cependant, malgré rs efforts, malgré les ressources de la poésie, ils ont jamais rien pu inventer de comparable à ce qui st passé sur lés rives du Saint-Laurent.
#, ie É à La RTS
Le peuple canadien n’a pas besoin de jeter un voile sur sa naissance, afin de donner plus de liberté à l'imagination des poètes ; la vérité seule, les faits eux-mêmes sont ici plus admirables que les plus belles fictions poétiques. Comme tous les fondateurs d'empire, les hommes qui fondèrent et colonisèren notre patrie furent braves ; comme eux, ils eurent des obstacles à surmonter, mais ils les surmontèrent par leur esprit de foi, leur dévouement, leur charité, et les motifs sublimes qui les animèrent.
Qu'est-ce qui amena nos pères sur ces rives lointaines et redoutées ? Pourquoi Maisonneuve et ses braves compagnons laissèrent-ils leur belle patrie et tout ce qu’ils avaient de plus cher au mon de, pour venir s'établir au sein des forêts, au cœur même du pays des Iroquois dont ils connaissaient le barbarie ? Ce fut pour étendre le règne du Christ e de la France, pour travailler à la conversion des sau vages. Est-il dans l'Histoire rien de comparable a dévouement et au zèle religieux des fondateurs d Ville-Marie ?
Tout, dans la fondation de notre patrie, porte | cachet du dévouement, de la charité, du patriotisme C'est ainsi que toutes les institutions, enfantées pe la vraie religion, pour le bonheur et l’honneur d l'humanité, furent implantées sur ce sol, dès les pre miers temps de la colonisation. Québec n'était e core qu’un amas de cabanes habitées par quelque centaines de personnes, et déjà s’élevaient, dans so étroite ‘enceinte, un collège, un hôpital, un couver dont la fondation est due à une jeune veuve de cot
dition, M® de ja Peltrie, qui, après avoir renoncé au monde, s’embarqua pour la Nouvelle - France avec trois hospitalières et trois ursulines.
Il est beau, le spectacle de ces sept femmes héroiques qui, malgré la faiblesse de leur sexe, traversent les mers, bravent les dangers, les souffrances terribles qui les attendent, et viennent se consacrer au soulagement et à la conversion des sauvages dont la malpropreté et la cruauté devaient leur inspirer tant de crainte et de répugnance. A Ville-Marie aussi l’héroïsme et le dévouement triomphèrent de tous les obstacles et dotèrent cette ville d'établissements de charité et d'éducation qui font encore sa gloire et son bonheur.
Le peuple canadien doit être fier de ses institutions, il doit les aimer, car elles sont nées en quelque sorte avec lui sur ce sol privilégié ; elles l’ont protégé à son berceau, ont grandi avec lui, et c’est à l’ombre de ces sanctuaires de la science et de la vertu'que se sont. formées ces fortes générations qui doivent servir d'exemple à la postérité.
Ïl ÿ avait alors tant de foi.en F rance que les prines de la Cour se disputaient l’honneur de contribuer à la gloire de Dieu au Canada. Voilà pourquoi bn vit tant de personnages illustres consacrer leurs biens à l’établissernent et au soutien de ces instituions, dont la plupart sont devenues si florissantes.
oilà pourquoi l’on prit la louable précaution de ‘envoyer au Canada que des gouverneurs et des olons remarquables par la pureté de leurs mœurs t la vivacité de leur foi.
Qui ne se rappelle avec admiration les vertus d'un Champlain qui disait que le salut d’une âme. vaut mieux que le salut d’un empire; d’un Maisonneuve, ce premier gouverneur de Montréal, qui, après avoir été un brave soldat, devint apôtre et ne rougit pas d'enseigner le catéchisme aux sauvages ou de soigner les malades ; de tant d’autres dont les noms éveillent B de si glorieux souvenirs ? Quelle vie édifiante que celle de nos pères! “ On aurait dit,” remarque un historien, que la vertu et la foi chassées du reste de la terre’ étaient venues se réfugier dans les forêts vierges du Canada.” 7.1 piété des premiers siècles de l'Eglise semblait revi: .e sur les bords du Saint-Laurent. Comme les premiers chrétiens, nos pères étaient toujours prêts à verser leur sang pour le triomphe de la Croix. Ils n'ont pas, comme d’autres peuples, réduit en servitude ou massacré les tribus sauvages : ils n’ont pas cherché à les dégrader en leur vendant des boissons enivrantes ; non, ils ont vécu avec eux comme des frères. C’est la croi à la main qu’ils ont voulu les réduire, et s’ils ont tiré l'épée contre les Iroquois, c'est parce que cette na tion féroce tint pendant plus d’un siècle, levée su leurs têtes, sa terrible hache de guerre. Qu'’est-ct qui a pu faire surmonter aux premiers colons les obstacles presque invincibles qu'ils ont rencontrés, e supporter avec tant de résignation les rigueurs d'u climat si cruel pour eux qui étaient nés et avaien grandi sous le beau ciel de la France ? Qu'est-c qui a pu leur faire aimer des hommes si grossier et si cruels dont ils furent souvent les victimes? L
vraie religion seule peut inspirer tant de courage et à d'aussi beaux sentiments. Combien de fois, tournant leurs regards vers leur chère patrie, ils s'affligeaient en pensant à des parents, à des amis chéris ? Mais alors, comme les croisés, il se disaient : “ Dieu le veut ” |
EXTRAÏT D’UNE CONFERENCE AU CABI.- NET DE LECTURE PAROISSIALI.
NOTRE LITTÉRATURE NATIONAIE.
Le culte des lettres est appelé à exercer une grande influence sur nos destinées nationales, et plus qu’au-
cun peuple peut-être nous devons leur accorder la prééminence qu’elles méritent. var, presque privés, depuis la conquête, de la gloire des armes; noyés en quelque sorte au milieu de populations qui se consacrent spécialement à l'exploitation de la matière et Cherchent à lui arracher les secrets de ia fortune, nous devons nous efforcer de nous distinguer par la culture de nos facultés intellectuelles, de nos aptitudes littéraires et artistiques. Si les sentiments qu'un homme manifeste dans son enfance et son adolescence peuvent faire prévoir la carrière qu'il suivra plus tard, de même on peut presque toujours deviner la mission d’un peuple au milieu des événements qui entourent son berceau et accompagnent son développement.