‹ Mélanges historiques et littéraires [microforme]Chapitre 4 sur 94 · BI · texte numérisé non relu

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C'est une littérature nationale, originale que nous devons créer si nous voulons que nos oeuvres traersent l'océan, qu’elles passent à Ja postérité et qu'elles fassent honneur à notre nationalité,

Une littérature qui n’est pas nationale manque à ‘un de ses principaux buts qui doit être de transettre à la postérité les traditions, les usages,en un ot tout ce qui constitue la nationalité d’un peuple, t de dévoiler aux générations futures les vertus et es grandes actions de leurs ancêtres. Eh! certes, ‘est bien ce but qu’on doit se proposer ici, car il est ien certain que le peuple canadien ne vivra qu'à la ondition d’être fidèle à son glorieux passé. C’est lonc un devoir pour l'écrivain canadien de mettre

Ans cesse ce passé sous les yeux de ses compariotes, afin de les inviter à conserver ce qui inspira

leurs pères tant d’héroïsme et de dévouement, à avoir l'amour de la religion et de la patrie.

L'origine d’un peuple, ses traditions, ses chroniues, ses légendes constituent son caractère naional, .sa physionomie propre. Or, il est imposible de trouver une nation dont l’origine, les souenirs populaires, les traditions soient en tout semlables aux nôtres. Et de même qu'au premier oup d'oeil il est facile de voir la différence entre eux personnes qui se ressemblent beaucoup, sans ouvoir la définir, ainsi l'étranger en nous voyant aisit, sans pouvoir les analyser, les nuances qui ous caractérisent et ne peut s'empêcher de joindre a voix à la nôtre pour dire que nous formons un euple’ à part ; qu’en un mot nous sommes Cana-

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diens-Français. Pour être vraiment nationale notre littérature devra donc s'inspirer des beautés grandioses et pittoresques de notre pays, des vertu et des mœurs de nos ancêtres, de leurs luttes héroïi ques pour leur conservation religieuse et nationale pour la défense de leurs droits et de leurs libertés.

N. B. — Les romans de Mme Leprohon, de Mar mette, de Pamphile Lemay, de Napoléon Bourass les, oeuvres imposantes des Garneau, des Ferland des Faillon, des Suite, des Fréchette, des Cas grain, des DeCelles, des Chapais, des Dionne, de Roy, des Gosselin, des Routhier, des Taché, del Tassé et de plusieurs autres avaient déjà donn une idée frappante de l'abondance de nos ressou ces littéraires ; les romans du docteur Choquette “ L'’oubliée” de Laure Conan, plusieurs drame historiques, entre ‘utres le “ Dollard” de Bou beau Rainville, et les essais charmants lus aux co cours organisés par la Société Saint-Jean-Baptiste ont, depuis, démontré la richesse des éléments oi ferts aux créateurs de notre littérature national

Les aventures de nos découvreurs, trappeurs « coureurs de bois, leur vie au milieu des sauvage et les expéditions de nos guerriers d’autrefo offrent un champ vaste et fécond à leur imagin: tion. Je les invite à l’exploiter ; ils y trouveront défi trésors qui enrichiront notre littérature et lui donne ront le cachet national et original dont elle a besoit

La femme commence à se faire remarquer dans le monde des lettres. Autrefois, on ne signalait parmi les écrivains que Mme Leprohon dont les romans étaient très populaires. Puis sont venues Mme Dandurand, Mlle Bibaud et Mlle Angers, qui, sous le nom de Laure Conan, a écrit de si jolies choses. Depuis quelques années, on en compte plusieurs : 1 Fadette (Mme Saint-Jacques), dont les écrits dénotent un talent de premier ordre, Madeleine (Mme Huguenin), l’auteur de “ Mon premier péché ” et des charmantes chroniques dont la Patrie est heureuse d’orner ses colonnes — elle ne devrait pas en rester à son premier péché — Gaétane de Mongtreuil (Mme Gill); Colombine (Mme Côté): Michelle Lenormand (Mlle Tardif); Colette (Mlle Lesage); Mme Gérin Lajoie ; Mme Brodeur (Dlle Brodeur) ; Dile Blanche Lamontagne : Jean Des- Mhaics ; Mme Fauteux, fille de Mercier, de l'homme

dont le souvenir est encore si vivace, et plusieurs autres. =

J'ai déjà dit que l’art d'écrire a fait des progrès depuis quelques années. C'est la thèse que vient de Bdévelopper M. Jean Charbonneau dans un livre dont Me fond et la forme lui font grand honneur. Il a Mraison de dire que la génération actuelle a eu, plus due la “nôtre, l'avantage. de relations plus intimes avec la France littéraire, et avec ce que M. Charbon-

eau appelle les influences françaises. Son vocabu- Maire est plus abondant et plus riche, sa formation Mintellectuelle plus raffinée, son verbe plus harmoieux, le cercle de ses pensées plus étendu. Il y a,

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attachés à nos journaux quotidiens ow hebdomadaires, à nos revues, des jeunes gens dont le talent est indiscutable et promet beaucoup pour l'avenir. A l'exemple de tous les mouvements qui ont pour effet de surexciter les esprits et d'enflammer les imaginations, le nationalisme en a produit plusieurs ; c'est un bon point en sa faveur. J'avais l'intention de faire une petite revue de tous les talents qui surgissent depuis quelques années dans le domaine des lettres, mais je laisse à M. Charbonneau cette-tâche agréable : il n’a qu’à continuer son travail intéressant. :

Mais je me permettrai de plaider la cause des écrivains de ma génération, de cette pléiade de talents brillants qui, de 1860 à 1890, a tant fait pour activer le mouvement intellectuel au sein de notre population. Il ne faut pas oublier que, à cette époque, notre littérature était à son début et que la plupart de nos écrivains, obligés pour vivre de se faire journalistes, fonctionnaires publics, ou d'exercer une profession, ne pouvaient donner aux lettres que des heures dérobées à leur labeur quotidien. Pourtant, ils ont travaillé, remué les esprits, éveillé les sentiments les plus nobles, fait entendre les accents les plus patriotiques, sondé et discuté les problèmes les plus intéressants de notre avenir dans le domaine des lettres. : Ils ont donné à notre population le goût de la lecture en piquant sa curiosité, en s’adressant à ses sentiments patriotiques, en éveillant les souvenirs glorieux de son passé, en lui parlant un langage où souvent l’idée et le sen.iment avaient

plus de valeur que la forme. Ils ont, en général, fait ce que leur temps réclamait: de la littérature utilitaire.

11 y aurait des distinctions à faire entre les poètes t les prosateurs, entre les influences qui ont respecivement formé et modifié leur formation littéraire

orienté leurs opérations intellectuilles, et on pourait aussi dire pourquoi ils n'ont pas tous donné la

esure de leur talent, Mais afin de traiter ce sujet onvenablement, il faudrait faire un travail qui s'entre pas dans le cadre de ce livre.

1865 sf

LES CONFERENCES A NOTRE-DAME qu

A MONTREAL, pa

va

La Confédération a eu l'effet malheureux — elle lat en aura bien d'autres — de nous faire oublier les Bsig exercices de la neuvaine à saint François-Xavier, sa qui s'est terminée dimanche dernier. Les magnifiques conférences de Notre-Dame n’ont pu faire taire les discussibns acrimonieuses de la politique ; la chaire et la tribune se sont partagé l'attention publique. Ce n'est pas étonnant, l'homme étant obligé de satisfaire les exigences de sa double nature : les besoins du temps et de l'éternité. Composé de deux éléments contraires, dont l’un a le ciel et l’autre, la terre pour centre d'attraction, touchant au fini et à l'infini, esprit et matière à la fois, il est soumis à des devoirs bien différents. Aussi, pendant que son âme cherche à retourner dans le sein de la divinité qui l'a enfantée, son corps se penche continuellement vers la terre d'où il est sorti. C'est ainsi qu'il poursuit ses destinées, tou- * jours ballotté entre les sublimes aspirations de la plus noble partie de son être et les intérêts matériels Fust de son autre misérable moitic. est

C'est une belle pensée que de consacrer certains jours de l'année au culte des choses de l'âme, à la méditation des vérités éternelles. C'est un spectacle admirable que celui de cette foule immense se pressant pieusement au pied des autels pour écouter les grands enseignements de la religion. Là, point de bruit, aucune d: ces clameurs qui s'élèvent du sein des assemblées profanes ; la parole de Dieu retentit dans toute sa force sous les voûtes du temple ; les larmes de la pénitence coulant sur les parvis sacrés, les fronts courbés en signe d'humilité et de contrition, attestent sa puissance. L'ignorant comme le savant, le riche comme le pauvre, s'inclinent devant cette parole ; quelque chose leur dit que cette voix qui rétentit si

Ifortement tombe de plus haut que de la chaire du

prédicateur, qu'elle descend dès hauteurs où habite la divinité,

Rien ne grandit et ne relève l'humanité comme es réunions où l'égoïsme, l’ambition et toutes les anités humaines, placées en face de l'éternité, disparaissent sous l'impression des nobles sentiments, les grandes pensées qui jaillissent de toutes les âmes ; rien ne nous parait grand comme ces flots e têtes humaines s’agitant sous le souffle de la parole divine.

Tous les ans nous ramènent, à la même époque, es touchants exercices qui rappellent les fameuses onférences de Notre-Dame de Paris. C'est l'ilustre Société de Jésus qui, dans ces jours solennals, st chargée de la prédication. Composée d’hom-

mes qui ont grandi et vieilli dans l’étude du cœur humain et au milieu des œuvres du dévouement et du sacrifice, établie sur tous les points du globe, cette puissante société fait partout admirer l’éloquence et la science de ses prédications. Elle qui a donné à la chaire de Notre-Dame de Paris les Ravignan et les Félix, sait trouver encore pour Notre-Dame de Montréal les Rossignol et les Bertrand.

La population de Montréal a vu reparaître ave plaisir, cette année, le prédicateur distingué qui l'avait si vivement intéressée et profondément émue . l’année précédente. Doué d’une voix forte et vi brante, d’une grande facilité d’élocution et d’une riche imagination, le R. P. Bertrand sait donner aux grands sujets qu’il traite avec tant de science et de profondeur, touis les charmes et les agréments de la rhétorique.

Nous n'avons pu suivre complètement l’éloquent orateur dans l’enchainement et le développemen ‘des principes et des idées philosophiques qu’i avait entrepris de traiter, mais ce qu’il nous a ét permis d’entendre nous a confirmé dans la haut opinion que nous avions de son talent. Son ser mon de dimanche dernier a été le digne couronne ment de ses efforts et de ses.travaux apostoliques.

N. B. — L'éloquence du R. P. Bertrand se distin guait spécialement par la force de la pensée et 1 vigueur du raisonnement. Celle du R. P. Rossigno

était brillante, fleurie, étincelante. Il avait un

belle tête, une figure jolie, trop jolie pour un jésuite; il y avait dans ses manières, son geste, sa diction, dans tout son extérieur, un cachet de distinction peu ordinaire. Aussi, les femmes, les dames ne pouvaient se lasser de le voir et de l’entendre. On faisait toutes sortes de conjectures à son sujet, on disait que son vrai nom n'était pas celui qu’il portait, qu'il était le fils d’un grand personnage, etc., etc.

- Depuis plusieurs années, les jésuites ont déserté if la chaire de Notre-Dame: ils ont été remplacés par des prédicateurs dont l’éloquence continue d’attirer les foules à Notre-Dame.

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