LE MEURTRE DE CHARRON PAR BEAUREGARD
Le deuxième du m
rma que son frère n'avait depuis la soirée du 2 avril pagnie d’un nommé Jean-
quelques amis, il prit de nouvelles informations qui eurent pour effet de faire naître de graves SOupçons sur Jean-Baptiste Beauregard, individu souffrant déjà d’une mauvaise réputation, Le même jour, 8 avril, le chapeau d’Anselme Charron fut trouvé sur la grève de la rivière Yamaska, à
La
Saint-Barnabé, c'est-à-dire à deux lieues et demie de Saint-Hyacinthe. Naturellement, cette découverte fit croire que Charron s’était noyé, ou que, s’il avait été tué, son corps avait été jeté à l'eau. On commença des recherches dans !a rivière, mais elles restèrent longtemps sans résultats.
Ce n’est que le 5 mai, plus d’un mois après la dis- : parition de Charron, que son cadavre fut repêché près du collège de Li He à environ dixhuit arpents du pont Biron. Des médecins consta-tèrent, dans une enquête faite sur le cadavre, que le défunt ne s'était pas noyé ou n'avait pas été noyé ; qu'il ne s'était pas tué non plus en tombant à l'eau, mais qu’il avait succombé à une commotion du cerveau produite par des coups. Ces faits, ajoutés à une foule de circonstances, augmentèrent les forts soupçons qui pesaient déjà sur Beauregard. Il fut écroué dans la prison de Montréal pour y attendre son procès. |
Jamais procès criminel n'occupa aussi longtemps une cour de justice. Les débats durèrent huit jours. Pendant tout ce temps, l'attention publique fut vivement excitée, et la salle d'audience fut continuel-
: lement remplie par une foule de spectateurs avides de voir et d'entendre. Tous suivaient avec une anxiété profonde le développement et les péripéties de ce drame dont ils auraient voulu hâter le dénouement. .
M. Drummond défendait l'accusé, assisté de M. Carter ; M. Johnson représentait la Couronne, et le juge Aylwin était sur le Banc. II était difficile de
#Æunir dans une cause plus de taleni, de savoir et d'éloquence. C'étaient les ‘beaux jours de la Cour. d'assises. On y voyait souvent siéger La Fontaine et Aylwin, et au banc de la défense des hommes comme Drummond, Carter, Loranger, Papin, Morin, etc. Quant à la Couronne, M. Johnson la représentait avec un éclat incomparable.
Il fut prouvé que, le deux avril, vers 10} heures . du soir, Beauregard avait été vu buvant avec Charron qui était ivre, partant ensuite avec lui pour traverser le pont Biron et revenant seul vingt minutes plus tard. Interrogé sur ée qu’il avait fait de Charron, il avait répondu : “ Il va très bien, il va comme . un chapeau sur l’eaw” Le lendemain, Beauregard avait de l’argent et prenait sa licence d'auberge.
Presque toute la Preuve reposait sur des présomp- -tions. Un seul témoin, un homme peu digne de confiancé, prétendit avoir vu commettre le crime.
M. Drummond Prit la parole pour l'accusé. Il nous semble le voir tel que le peintre Hamel l’a représenté dans le tableau de la Cour seigneuriale. Droit, distingué dans toute Sa personne, le regard inspiré, le geste dramatique, la botiche frémissante. C'était la statue vivante de l’éloqu dominait peut-être trop chez lui l'orateur, mais on ne pouvait le voir et l'entendre sans admiration. Nul n'a jamais mieux exprimé par s4 figure, son regard, son geste et sa voix les divers sentiments de l'âme. Il avait des accents de colère et de tendresse qui vous faisaient passer comme par enchantement de la colère à la pitié.
Il avait une tâche difficile. La preuve était écra- ” Sante. :
Il fit un grand effort, déploya toutes les ressources de son talent et produisit une impression profunde sur l'auditoire. Si le jury avait été appelé à rendre son verdict immédiatement après la. plaidoirie de'M. Drummond, le prisonnier aurait peut-être échappé. Mais l'avocat de la Couronne et le jugé avaient le dernier mot.
M. Johnson parlait le français avec autant de pu-reté et d'élégance que M. Drummond. Il avait, lui aussi, l'extérieur et presque tous les dons de l'éloquence. Il exprimait, dans un langage magnifique, des pensées.et des sentiments de premier ordre.
On peut juger par ce qui suit de la beauté du dis- ‘Cours qu’il prononça :
“ La défense a essayé de vous faire croire que les blessures et les contusions qui ont été remarquées sur la tête et sur la figure du défunt, étaient l'effet des pierres qui se trouvaient dans le lit de la rivière.
“Mais, messieurs, seraient-ce donc des pierres inertes qui auraient poussé ce douloureux cri de détresse et d'angoisse : “ Ne me tue pas ! ne. me tue pas !” Est-ce donc cela qui a fait arrêter la montre du défunt justement à l'heure où l’on a prouvé que cet acte atroce a été consommé ! Sont-ce les roches qui ont donné l'alarme à ce pauvre animal, dont les aboiements ont été entendus par sept ou huit témoins, qui donna le signal de la détresse en allant et revenant du côté de la rivière où le cadavre de la victime avait été jeté ?.. . Seraient-ce les pierres qui
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auraient fourni au meurtrier le gain infâme de son crime, qui auraient donné au prisonnier la moitié de... l'argent du malheureux Charron, dont il a été trouvé * en possession, d’après une preuve irrécüsable. ”
Puis vint le juge Aylwin qui prouva qu'on pouvait encore, après Drummond et Johnson, avoir du succès et se faire admirer. re
Beauregard fut condamné à être pendu.