‹ Mélanges historiques et littéraires [microforme]Chapitre 55 sur 94 · MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART · texte numérisé non relu

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N. B. — Lorsque les jeunes sudistes furent libérés par le juge Coursol, ils sommèrent M. Lamothe, alors chef de police, de leur remettre immédiatement la somme de $90,0000 qui lui avait été confiée, lors de leur arrestation. Cette somme faisait partie du montant enlevé aux banques de Saint-Albans. Sur l'avis du juge Coursol et de plusieurs avocats, M. Lamothe remit l'argent avant la saisie qui devait en être faite au nom des banques volées.

M. Lamothe fut, comme le juge Coursol, l’objet des attaques et des accusations les plus violentes.

La question fut portée devant le Conseil municipal, et un comité fut nomrhé pour instruire une enquête sur la conduite de M. Lamothe, dans cette circonstance, M. Lamothe prétendit que toute la question consistait à savoir s’il avait agi légalement en remettant l’argent après la décision du juge Coursol, que le Conseil n'avait pas la juridictior et la compétence requises pour la décider, que seul-un tribunal pouvait rendre justice en la matière ; mais il affirma solennellement sous serment que rien ne lui avait été donné ni promis pour l’inviter à remettre l'argent. Sa déclaration fut plus tard corroborée par plusieurs témoins.

Sa démission n’empêcha pas le comité d'enquête de continuer son travail, et l'excitation publique se porta du palais de justice à l'hôtel de ville.

Plusieurs des avocats les plus éminents de Montréal, les Dorion, les Cassidy, les Carter furent entendus comme témoins et déclarèrent qu'en remet-

tant l'argent M. Lamothe avait agi légalement, qu’il avait fait son devoir.

M. Laflamme était son avocat ; il plaida sa cause avec le talent qui le distinguait. Ses passes d'armes avec M. Devlin, l'avocat criminaliste le plus populaire de l’époque, intéressèrent et amusèrent beaucoup le public.

Malgré tout, la majorité du Conseil fut d'avis que M. Lamothe avait agi avec trop de précipitation et elle adopta une résolution acceptant le démission de M. Lamothe. Tous les échevins anglais votèrent pour cette résolution et tous les Canadiens-français contre. Ce vote, qu'on attribua au fanatisme et au désir exagéré d’apaiser le gouvernement américain, provoqua une grande irritation parmi la population canadienne-française. 11 n’y a pas de doute que les membres du gouvernement, M. Cartier spéc'alement, exercèrent une forte pression sur leurs amis.

Aussi le gouvernement ne tarda pas à réhabiliter M. Coursol et à le rétablir dans les fonctions judiciaires qu’il remplissait avec tant d'énergie et d’habileté. Quant à M. Lamotiw, il ne retourna pas à l’hôtel-de-ville, mais il fut plus populaire que jamais. Ancien marchand de Montréal, pourvu d’une bonne instruction, né gentilhomme, bien fait de corps, aimable et bienveillant, il avait de nombreux amis. Il était le père de Mme Rosaire Thibaudeau qui continue d’être l’une des femmes les plus estimées de Montréal.

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