UN FAMEUX ROMAN
Aimant la France comme nous l'aimons, nous aimons nécessairement les Français qui demeurent
saluer, de les recevoir cordialement, de leur donner des preuves éclatantes de notre attachement à la France, à sa langue, à ses traditions religieuses et nationales. Ceux parmi eux qui ont le cœur bien placé, nous savent gré de notre hospitalité, de notre enthousiasme pour tout ce qui est français, de notre fidélité aux souvenirs glorieux de notre origine. L'histoire de ce vaillant petit peuple, de ses luttes et de ses sacrifices les émeut et leur inspire des réflexions et des éloges qui nous réconfortent et nous encouragent. | Malheureusement, il y a parmi ceux qui nous visitent des Français au cœur léger, à l'esprit superficiel, des hommes habitués à ne voir que la surface des choses, à parler de tout sans rien approfondir, à porter des jugements légers comme des plumes d'oie, des boulevardiers à qui les grands sentiments, les
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far
pensées élevées, les nôbles ambitions ne disent rien. Ils viennent ici en Conquérants, se font inviter et recevoir da: nos meilleures familles, mangent bien et boivent sec, recherchent la flatterié et les adulations dont nous sommes malheureusement prodigues, et reconnaissent nos excès de bienveillance en se moquant de nous, quelquefois en nous vilipendant, en nous rapetissant à leur niveau. Ils n'ont pas même la re- Connaissance de l'estomac.
LeChartier qui vient de publier dans le Corres- Pondant le roman infect dont les journaux nous ont parlé, appartient à cette école. Ceux qui l'ont choyé, dorloté, adulé, nourri, abreuvé, doivent regretter de s'être laissé prendre à ses façons mielleuses et à ses facéties plus ou moins spirituelles. Comment se fait-il qu’une revue française de grande valeur, qui compte parmi noùs bon nombre de lecteurs, ait jugé à propos de publier une pareille élucubra- | tion, aussi injuste pour nous que dénuée de délicatesse, de savoir-vivre, de dignité. Ses abonnés et les | lecteurs canadiens lui feront-ils au moins sentir son ‘ inconvenance ? ee
LeChartier a choisi tous les personnages de son roman, hommes et femmes, dans le monde qu'il fréquentait, dans un monde très hospitalier pour les étrangers. Il faut voir comment il les traite et les dépeint, comme il se plait à les ridiculiser, à grossir leurs imperfections physiques ou intellectuelles. Le personnage dont il se sert pour donner libre cours à sa verve railleuse et insolente, porte le nom de Pa- : rennes, mais comme tous les autres personnages de ce drame, il est facile à reconnaître,
C'était un vieux garçon dévoyé, misanthrope, aigri, et qui n'ayant pu refaire à nos dépens sa fortune délabrée, nous-prit en grippe, et se vengea sur nous des cruautés de la fortune à son égard. Il avait des amis parmi nos concitoyens les plus importants, mais il en avait aussi dans un monde où la panse l'emporte sur la pensée, et. c’est d’après eux qu'il nous juge et nous accuse d’être tous des ivrognes. procédé n’est pas nouveau, ce n'est pas d’hier que les hommes légers, les sceptiques ou les viveurs s’inspirent de leur entourage et jugent de tout un peuple Par ceux qu'ils oft connus sur les places publiques ou dans les cabarets. | Que pensent les bons Français de ceux qui jugent la France par ses boulevardiers, ses romanciers et : S=3 femmes galantes ?
“ Tous ivrognes,” dit Parennes :
Comme lui, sans doute, et ses semblables ?
Eh bien ! il a menti et il aurait changé d'opinion s’il eût levé la tête et regardé un peu au delà du
et s'amuse, il y a, en bien plus grand nombre, le mon- ‘ de où l'on travaille, où l’on pratique les vertus qui conservent.et fécondent la race française, Ce mondelà, ce n’est pas toujours celui qu’on voit lorsqu’on voyage, parce qu’il n’ouvre Pas ses portes à tout venant. | Maïheureusement, LeChartier démontre que nous ne tenons pas nos portes assez fermées au nez des mouchards. Il lance son cheval pas-dessus toutes les
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barrières des convenances et fait une foule d’insinuations plus ou moins malveillantes pour nous.
“ Ils n’ont ni art, ni littérature,” dit ce vieux farceur de Parennes.
Il est vrai que les beaux-arts et la littérature ne sont pas aussi avancés au Canada qu'en France, mais s’il en était autrement ce serait un prodige. Ce.
. Qui étonne les gens d'esprit, c'est que, même sous ce rapport, nous ayons pu, malgré tant d'obstacles, faire tant de progrès, c’est que nous ayons pu produire des poètes, des artistes et des orateurs que la France a couronnés, honorés, acclamés.
Il y a à peine cinquante ans que l'instruction classique a cessé d’être l'apanage du petit nombre, que des écoles ont été ouvertes à la masse de notre popu-
‘lation, que la culture des lettres et des beaux-arts a commencé à se développer. La France avait fait de nos pères des soldats, des colons, des bûcherons, et, lors de la conquête, elle les laissa sans écoles, sans autres instituteurs que leurs prêtres. Pendant longtemps ils n’eurent, pour faire instruire leurs enfants, qu’un seul collège. De ce collège sortirent des hommes forts, qui employèrent leur talent à défendre et conserver la langue, la religion et les institutions que la France nous avait léguées. Cela valait mieux que de faire de la littérature.
os poëêtes, nos écrivains, nos artistes sont nés
d'hier, et, ne pouvant vivre du produit. de leurs
œuvres, consacrent aux lettres et aux beaux-arts des heures dérobées au travail qui leur procure le pain quotidien. ee
+ + ru Lun .—
Dans de pareilles conditions, nos frères les Fran- Sais auraient-ils fait mieux ? Il est permis d'en douter.
Les hommes les plus instruits de France ne viennent-ils pas de proclamer que personne en France ne parle mieux que Laurier et Turgeon ?
ne nous donne-t-il pas le droit de penser et
de dire que lorsque le talent de nos poètes, de nos”
écrivains et de nos artistes pourra se développer dans des conditions plus favorables, nous n’aurons rien à envier à la France ?
t au français que parlent nos populations rurales, elles le tiennent de leurs pères venus de la Normandie, du Poitou et du Languedoc, et elles ont cru qu'il méritait d’être conservé. ;
Tel qu’il est, il vaut mieux que le patois en usage dans plusieurs parties de la France.
Le français que parlent et écrivent nos poètes et nos écrivains n’est pas si mauvais puisqu'il a été couronné et admiré par les sommités littéraires de la France. En tout cas, il est meilleur en général que celui de notre Zoiïle, il est plus pur, plus clair, plus naturel. S'il n’y avait que son vilain roman Pour prouver la supériorité de la littérature française, nous serions tranquilles. Je me propose de prouver, une autre fois, que nous n’aurions rien à craindre de la comparaison de cette élucubration avec les œuvres canadiennes.
Notre langage contient un grand nombre d’anglicismes, c’est vrai; mais est-il étonnant qu’il en soit aiñsi, dans un pays où l’anglais est la langue du commerce et de l’industrie, la langue nécessaire à tout
HLES
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Canadien-français qui veut faire son chemin dans la politique ou les affaires ?
s Français n’ont qu'un point de contact avec les Anglais, le “ sport.” Eh bien! je lisais, il n’y a pas longtemps, un compte rendu de courses qui avaient eu lieu à Longchamp, et j'y trouvais plus d’anglicismes qu'il n’y en a dans tous les livres de nos bons écrivains.
Je ne prétends pas que nous soyons sans reproches sous ce rapport et que nous ne devions pas nous efforcer de corriger et d’épurer notre langage, seulement, je repousse l'in justice et l’exagération.
LeChartier fait aussi dire à Parennes que notre affection pour la France n’est pas profonde. Nos deux désappointés n’ont pas trouvé ici ce qu'ils recherchaient ; le dépit leur tourne la tête et ils veu-
lent faire porter à toute une nation la responsabilité de leurs peines d’amour ou “ d’argent‘” FE
Refuser de les aimer, c’est refuser d'aimer la France.
Au contraire, il faut que nous l’aimions beaucoup, la France, pour continuer à l'aimer en dépit des insolences et des duperies des aventuriers et des chevaliers d'industrie. La F rance que nos aimons est celle qui nous à aç;: is à aimer tout ce qui est beau, moral, noble, la France des saints et des héros, et non pas celle des sceptiques et des esprits forts, des sanspatrie et des sans-cœur. Pourvu que celle-ci ne tue pas l’autre ! Mais non, elle vivra, l’autre, la bonne et
grande France, patrie dé tous les dévouements, de
tous les héroïsmes, et nous continuerons de l'aimer et d’en être fiers.
procurer les moyens de
‘assurer le succès de ces deux causes éminemment nationales. Je suis heu-
reux de pouvoir affirmer maintenant que les ministres n'ont plus le droit de dire que l'argent leur manque. ;
Je me permet:rai de dire qu’ils ne peuvent plus alléguer cette excuse Pour refuser à leurs employés un salaire convenable et suffisant.
À Québec comme à Ottawa, ministres et députés
devraient se faire un devoir de reviser: la liste des Salaires et de rendre justice à qui de droit.
Tout homme a droit d
mille, Et les gouvernements dus, ont droit de se dérober à cette obligation.
Le
On est heureux de constater qu'au Canada, dans la province de Québec, spécialement, les foyers sont peuplés d'enfants, que l’homme ne se dérobe pas aux charges de la famille. On voit dans ce fait réjouissant un gage certain de prospérité, de grandeur nationale. Prenons garde de pousser notre population à se poser de< questions épineuses, à se faire uné conscience dangereuse, à proportionner le nombre d'enfants au chiffre du salaire.
L'intérêt de la religion et de l'Etat demande que la paix et le bonheur règnent au foye: que les habi-
tants d’un pays soient icontents de leur sort. Les doctrines funestes qui menacent l'avenir de la société mettent du temps à pénétrer dans un pays où le travail est abondant et suffisamment rémunéré, où les salaires sont convenables et raisonnables. |
Or, je ne crains pas d'affirmer qu’il y a à Québec, comme à Montréal et Ottawa, partout, des centaines d'employés qui ne reçoivent pas un salaire suffisant pour faire vivre une famille ordinaire.
Dans les bureaux de poste, de douane, d’accise, dans les palais de justice, dans tous les départements publics, il y a des employés dont le salaire, après dix, quinze ou vingt-cinq ans de service, n’a presque pas augmenté.
Maintenant, quels sont ceux qui souffrent spécia- « lement de cet état de choses ? Quels sont les petits salariés. |
Quelle est la province où on a le plus droit de se
‘plaindre ? Est-il besoin de le dire ?
[l’est vrai qu’on recherche trop, peut-être, les em-
plois publics, mais il ne faut pas oublier que les jeu-
nes gens qui ont reçu une bonne éducation, ont beaucoup de peine à se placer, que bien des carrières et des portes leur sont fermées, que presque tous les grands établissements industriels, commerciaux et financiers, les banques, les puissantes corporations, les Compagnies de chemins de fer et de
navigation sont en la possession de nos concitoyens -
anglais.
Combien de nos compatriotes réussissent à y entrer ? Très peu.
Les professions libérales étant encombrées, i! ieur faut bien chercher ailleurs les moyens de vivre et de se faire un foyer. Et souvent, c'est pour être plus tôt en état de soutenir des vieux parents, un père, une mère, ou des sœurs qu’ils se font employés publics.
Mais, dit-on, les employés publics qui ne gagnent même pas leurs petits salaires, sont nombreux.
Est-ce une raison pour ne pas payer convenablement ceux qui font leur devoir ?
Et puis, parmi ceux qui: sont devenus apathiques, indifférents, combien ont été démoralisés par la lutte, l'inquiétude, les privations, la désespérance ? D'ailleurs, serait-il juste de refuser d'augmenter l’indemnité des membres du Parlement et du gouvernement, parce qu'il y a des ministres et des députés qui ne travaillent pas autant que d’autres ?
Non, je le répète, il n’y a pas de raison pour refuser de payer à l’ouvrier, à l'employé, à tout homme qui travaille, un salaire suffisant pour le faire vivre honorablement, lui et sa famille,
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216 MÉLANOES misroniques er Lirréraines
Tous les jours, aux bureaux de poste ou ailleurs, on confie des sommes considérables à des hommes qui ne savent pas où prendre l'argent nécessaire pour payer leur propriétaire, leur boucher ou leur épicier, pour éviter la saisie de leurs meubles. Est-ce juste ? C'est cruel, barbare.
tuation des employés publics,
COLONISONS,
En 1660, la Nouvelle-France, encore à son ber-”
ceau, était menacée de destruction, Les Iroquois
après avoir presque anéanti les Hurons, les alliés de
nos pères, s’avançaient par bandes terribles, décidés
cette fais à mettre tout à feu et à sang depuis Mont-
… réal jusqu’à Québec, afin d’en finir avec les étrangers et de rester maîtres du sol.
Les colons établis à Québec, à Montréal et à Trois-Rivières étaient désespérés, et semblaient n’avoir d'autre alternative que ue vendre chèrement leur vie. :
Seize jeunes Français, commandés par - Daulac, entreprirent de se sacrifier Pour sauver la colonie, Ils allèrent au-devant des Iroquois, les rencontrèrent au pied du Long-Sault, se battirent pendant huit jours un contre dix, et se firent tuer jusqu'au dernier, après avoir massacré plusieurs centaines de Sauvages. Les Iroqr ois, honteux et effrayés du mal que leur avait fait une poignée d’hommes, jugèrent prudent de renoncer à leur entreprise, et s’enfuirent dans leurs forêts. I —
En 1690, l'amiral Phipps partait de Boston avee une flotte de trente-cinq voiles, montée par deux
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EN CET tres Em
218 MÉLANGES isroRIQUES gr LITTÉRAIRES mille hommes, et allait mettre le siège devant Québec.
On crut bien, cette fois encore, que la colonie était perdue.
Mais Frontenac était gouverneur de Québec, et il avait derrière lui les Clermont, les Taschereau de Saint-Denis, les Longueuil, les Sainte-Hélène et quelques centaines de colons héroïques comme Daulac
Après quelques jours. de bombardement et de combats où les Canadiens rivalisèrent d’intrépidité, l'amiral Phipps et ses officiers crurent, comme les Iroquois, qu'ils ne viehdraient jamais à bout de vaincre de pareils hommes, et ils s’en retournèrent.
De 1754 à 1760, les Canadiens luttent sans interruption, endurent toutes les soufrances de la , se battent bravement à côté des soldats de Montcalm, et vengent la défaite des plaines d'Abraham en remportant la victoire de Sainte-Foye. Leur courage, leur héroïsme arrachent à leurs vainqueurs des concessions auxquelles ils doivent la conservation de leur religion, de leur langue et de leurs traditions nationales.
En 1812, oubliant leurs griefs contre les représentants de l'Angleterre qui les maltraitaient, et n'écoutant que la voix du devoir, ils volent à la frontière, sous la conduite de Salaberry et refoulent l'invasion américaine. Aussi fermes, aussi courageux dans l’arène politique que sur les champs de bataille, ils luttent pendant un demi-siècle pour conquérir la liberté et vont même jusqu’à entreprendre, les armes
que contre l'Angleterre.
En 1840, ils se rallient autour de LaFontaine et
Morin et font la conquête définitive du gouvernement responsable.
Après avoir obtenu la consécration de la liberté
politique et de leurs droits de citoyens anglais, ils
s'occupent d'instruction publique et de colonisation: Des lois injustes, un système vicieux les empéchaient de s'établir sur les terres nouvelles, ét leur fermaient les riches cantons de l'Est. Ïls s’unirent pour mettre fin à cet état de choses déplorable et réussirent à obtenir ce qu’ils voulaient. On vit alors, dans des assemblées publiques, côte à côte Mgr Lartigue et Louis-Joseph Papineau, entot !s de la jeunesse brillante et des hommes publics <s plus marquants de l'époque.
Cette noble croisade donna un essor considérable la colonisation.
on le voit, toutes les fois que l'intérêt de la religion et de la patrie l’a exigé, les Canadiensfrançais ont répondu à l'appel de leurs chefs et fait leur devoir. Ils sont toujours les mêmes, toujours prêts à se dévouer pour une bonne cause, pour le triomphe d’un principe sacré, d’un noble sentiment, Pour sauver la patrie en danger.
Or, le danger de l'heure présente, c’est l'émigration ; le besoin le plus pressant, c’est la colonisation. On m'a demandé Pourquoi je n'avais pas mis dans ce programme la question de l'insiructic. pratique, de l’enseignement technique, si nécessaire à notre époque.
à la main, une lutte inégale, imprudente mais héroï-
220 méLaxoss misroniques gr Lirrénarnes
Commençons par la colonisation et le reste dra naturellement ; il ÿ a un projet qui, s’il était accepté, permettrait au gouvernement de faire les sacrifices requis pour la colonisation et l'instruction pratique.
Les projets ne manqueront pas le jour où les représentants du clergé et de toutes nos sociétés nationales s’assembleraient pour délibérer sur la situation. , On dit : à qioi bon ? Pourquoi aller se heurter à
l'indifférence des gouvernements et à l'apathie du ?
C'est le cri décourageant de ceux: qui veulent trouver une excuse à leur propre indifférence.