CANADIENS-ANGLAIS ET CANADIENS FRANÇAIS
L'étranger qui, partant de l'embouchure d Saint-Laurent, le remonte jusque près de sa source est frappé des différences que présente l'aspect d Pays. À mesure qu'il s'avance vers l'Ouest, il re marque un progrès toujours croissant dans le
pays. Cette observation est juste, et, quelles qu | soient nos Susceptibilités nationales, il faut avoue que dans le vaste Panorama qui se déroule à se regards le Canadien-Français n'occupe pas la place la plus brillante.
Il nous en coûte de faire cat aveu, mais les cir Constances le justifient et l'exigent même. Il es de ces vérités que la sagesse et le patriotisme com mandent de proclamer. Il est bon de mettre quel quefois une société Comme un individu en face d ses défaut., de sa situation morale et matérielle Combien d'hommes auraient évité des chutes fata les, si un ami Courageux eût éclairé du flambeai de l'amitié leurs Premiers pas dans une route téné breuse ! Il est plus agréable, sans doute, de flatter
eux qu'on aime, d'encourager leur amour-propre
t leurs illusions, mais là n’est point le vrai courage, = > véritable dévouement. R Disons-le donc franchement : il n’est pas étonant que le jugement porté sur des faits aussi maifestes nous soit défavorable : notre pays et les di- * erses populations qui l’habitent offrent des lignes de démarcation faciles à constater. On peut re-connaître partout l'élément anglais à ces dehors
rillants qui sont l’apanage de la fortune. C'est > d@ui qui, dans les villes et les campagnes, possède les urcefplus belles propriétés, les terres les mieux cultivées : t duc'est lui qui occupe la première position dans le a Il refcommerce, l’industrie et les grandes entreprises. Il ù
a la haute main sur les banques, les compagnies de chemins de fer et de navigation, sur presque toutes ces puissantes associations par lesquelles s'opère le progrès d’un pays.
Ces quartiers aristocratiques, ces palais sompgtueux, ornement de nos villes, sont habités surtout par des Anglais. Ces équipages magnifiques qui sillonnent nos rues leur appartiennent. C’est sous leur direction que s’agitent ces centres d'activité d’où la vie s'échappe à flots pressés dans les artères du corps social et porte partout la force et la prosapérité. Dans toutes les circonstances où l'esprit
d'entreprise et la charité font appel aux capitaux, où l'influence et la fortune peuvent se manifester, on les voit figurer au premier rang. Les plus riches marchands, les médecins et les avocats les plus
fortunés sont anglais, et il en est ainsi de toutes les classes de la société.
40 MÉLANGES HISTORIQUES gr LITTÉRAIRES
Voilà des faits incontestables dont la maly lance tire des conclusions déplorables Pour no amour-propre national. Mais ces conclusions so: elles justes ? De ce que la population française «
nos forces. Nous 2VONS fait nos preuves. Dar la politique, Jes lettres, les sciences et les arts, nc CoOmpatriotes ne sont inférieurs à Personne, et lors: que, dans l'industrie, ils Peuvent lutter à arme
rage et la valeur, nous ne Sommes pas moins digne de notre noble origine par Jes facultés intellec
rielle qui entraîne, comme dans un toutes les nations de ce continent ?
Er | Il faut d’abord tenir compte d'une vérité dont FA l'expérience et la raison constatent I existence et les aise € effets. Les nations comme les individus, diffèrent Ra. de caractère et d aptitudes, et cette diversité est, eo dans l’ordre de la Providence, un élément nécese toute} S4ire du progrès de l'humanité. Chaque nation a
Dan! rôle spécial à jouer dans les destinées du monde . et des facultés propres à l’accomplissement de sa et lorg "Mission. Il est incontestable, par exemple, que les armel ‘2°S latines si intelligentes ne possèdent pas, autant uabled 1€ les races anglo-saxonnes, l'esprit pratique néte and °SSaire à la spéculation et au commerce. Quoique D. € le milieu dans lequel nous vivons ait réagi sur notre A caractère, il est évident qu’il n’a pas détruit l'œuvre t nol © l'empreinte de la nature. Ne ncus en plaignons ed pas trop, car si Dieu nous a choisis pour contreba-
I lancer par l'influence salutaire des idées morales et es civilisatrices dont la France nous a confié Je dépôt "" . RH sacré, le matérialisme qui semble, en Amérique, ms dominer toutes les âmes, c’est un rôle dont nous sine devons nous glorifier. Mais la richesse, sur ce con- Le tinent, étant nécessaire à l'exercice de ce noble rôle, . on méprisera, au lieu de les adopter, nos institu- "A tions et nos principes, si on ne démontre pas qu'ils peuvent se concilier avec l'esprit d'entreprise et le succès, dans le commerce et l'industrie.
qu lans até lon,
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