‹ Mélanges historiques et littéraires: ou Recueil de documents rares ouChapitre 4 sur 18 · LOUISE LABÉ · texte numérisé non relu

LOUISE LABÉ

FRANÇOTS DE SILLON, 1 655.

|N tête de ce recueil, nous avons cru devoir placer le témoignage d'un auteur contemporain dé Louise Labé ; ce témoignage nous semble d'autant plus remarquable, qu'il se troij^ve dans un ouvrage élevé à la gloire et à Thonneur du beau sexe, et qui fut publié la môme année où Jean de Tournes imprimait, à Lyon, la première édition des œuvres de Louise Labé ; en outre, il est fort probable que François deBillon; lors de son voyage en Italie, en qualité de secrétaire du cardinal Jean du Bellay, a séjourné à Lyon; les divers documents historiques rapportés par cet écrivain, sur plusieurs personnages de notre ville (*), ren-

{^*) Voyez, 8ur Marguerite de Bourg, lyonnaise, sur Claudine Sceve, Jane Sceve et Maurice Sceve, page 35 ; sur Jane Gaillarde, Pernelte du Guillet» p. 55} verso ; Juliia Blanche, p 141, recto ; Clémence de Bourges, p. 414, verso. Le Fort inexpugnable de thonneur du sexe /emenint Paris, Jean d'A-llyer, 1555, in-4^

draient cette opinion très-vraisemblable . François de BiUon , dans son Fort inexpugnable de rhonncur du Sexe féminin, s'exprime de cette manière, sur Louise Labé, et à propos de la sentence du vulgaire : « En tous païs toute guyse, toute femme mal aprise. Mais ib deussent dire ainsi. En tout païs toute guyse, fait voir des hommes la sottize : Laquelle sottize, est si prompte ( à ce propos )' à incontinent dégorger la trop volontureuse nature ou lubricité de la Royne Gleopatra et de quelque autre, qu'ilz deussent premièrement confesser que le vice d'elle, est trop plus louable, que les imperfaites vilanyes du Boy Ptolomée, son mary et son frère, ne méritent silence de bouche. Pour mieux amplifier THistoire antique de laquelle Gleopatra, ilz s'efforcent souventesfois de Tacoupler a une moderne par l'exemple de quelque pauvre siiàplettç, ou plus tost de la belle Gordiere de Lyon, en ses safres Q déduytz : sans qu'ils ayent l'entendement de considérer, que s'il y a chose en sa vie qui puisse estre taxée, les hommes premièrement en sont cause, comme autheurs de tous maux en toutes créatures : ny aussi sans pouvoir compenser en elle, les grâces et gentiUes perfections qui y sont, a tout le pis qu'on pourrait estinier de ses autres qualités : lesquelles, pour résolution, si mauvaises sont , des hommes sont procedées : et les autres qui sont louables, des cieux tant seulement. Et par cela^ qui désormais voudra blasmer Fenunes de sa robbe, regarde, que de soy mesme il ne forge un blason, vue que les Clercs disent en cas de Femmes, Hic et H<bç, Homo.

Ç) Friands, savoureux

Parquoy, comme lobrique oa aatrcment vicieux que puisse eslre a présent le Sexe Masculin, icelle Gordiere se pourra bien dire homme : mesmement qu'elle sçait dextrement faire toute honneste exercice viril ^ et par especial aux Armes, voire et aux Lettres, qui la pourront tousjours relever de toute notte que tels Brocardeurs (cy devant assez promenez) par malice envyeuse se sauroient efforcer de luy donner : ainsi qu'ilz font a toutes, sans exception, de mil autres sornettes si tresapres, que cela bien souvent les préserve, a faute d'autres meilleurs propos, de s'endormir a table. » Ia fort ineôôpUgruAle de Vhon- < neur du sexe fémenin ^ construit pâf Françôys de Billon secrétaire. Paris, Jean d'Allyet, 166S, in-4^, p. 14 verso, et 1 S.

OtlVlÊR DE HAGNV, 1669.

AsIreAyU&on.

' ODB (i).

Si je vouloy paï' qilelqile effort Pourchasser là perte oii la mort Du Sire Aymon, et j'eusse envye Que sa femme luy fat ravie.

Ou qu'il entrast en quelque ennuy, Je serois ingrat envers luy.

Car alors que je m'en vois veoir La beaulté qtn d'un doux pouvoir Le cueur si doucement me brùlle,

(1) Réimprimée, pour la première fois» par M. Breghot du Luf , LyoD, Barret, 1830, in-8^

Le bon sire Aymon se recolle.

Trop plus entendf an long tour De ses cordes, qu'à mon amour^

Ores donq'il fault que son heur Et sa constance et son honneur Sur mon luth vivement j'accorde; Pinsetant Targentii^e corde • Du lue de madame parfaict, Non celle que son mari faict.

Cet Aymon de qui quatre filz Eurent tant de gloire jadis, N'eust en sa fortune ancienne Fortune qui semble à la tienne, Sire Aymon, car sans ses enfans Il n'eust poinct surmonté les ans.

Mais toy sans en avoir onq'eu, As en vivant si bien vaincu L'effort de ce Faucheur avare Que quand ta mémoire si rare Entre les hommes périra, Le Soleil plus ne reluira.

O combien je t'estime heureui:, Qui vois les trésors plantureux De ton espouze mamaistresse.

Qui vois l'or de sa blonde tresse.

Et les attraitctz délicieux Qu'Amour descoche de ses yeux !

Qui vois quand tu veuls: ces sourciz, Sourciz en hebeine noircis, Qui vois les beaultez de sa face, Qui vois et contemples sa grâce, Qui la vois si souvent baler.

Et qui Fois si souvent parler I

Et qui vois si souventencor Entre, ces perles et cet or, Un rubys qui luyt en sa bouche.

Pour adoucir le plus farouche.

Mais un rubys qui sçait trop bien La rendre à soy sans estresieni

Ce n^est des rubys qu'un marchant Avare aux Indes va cerchant.

Mais un rubys qu'elle décore Plus que le rubyz ne Thonnore, Fuyant ingrat à sa beaulté Les apastz de sa privaulté.

Heureux encor qui sans nul soin Luy vois les armes dans le poing, Et brandir d'une force adextre.

Ores à gauche, ores à dextré.

Les piques et les braquemars En faisant honte au mesme Mars.

MsçLS pour bien ta gloire chanter Je ne sçày que je doy vanter Ou ton heur en telle abondance,

Ou la grandeur de ta constance; Qui franc de ses beauUez jouyr N'as que Tiieur de t'en resjouyr.

Tu peulx: bien cent fois en un jour Veoir cette bouche où niche Amolir, Mais de fleurer jamais Taleine Et Tambre gri$ dont elle esH pleipie, AUeché de sa douce voix, En ua an ce n'est (ju'une fois.

Tu peulx bien cent fois en un jour Veoir cette cùysse iaicte au tour, Tu peulx bien veoir encor ce ventre, Et ce petit aipoureux antre Ou Venus cache son brandon.

Mais tu p'as pcant d'autre guerdon.

Puisses tu vèoir souvent ainsi Les beaultez et grâces aussi.

Soit de son corps, soit de sa face, Et puisse je prendre en ta place Les doux plaisirs et les esb^tz Qu'on pr^ad aux amoureux combatz I

Et tousjours en toute saison, Puisses tu veoir en ta maison Maint et maint brave capitaine, Que sa beaujté chez toy ameine, Et tousjours, sire Aymon, y veoir Maint et maint homme de sç^voir !

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Et lors qu'avec ton tablier gras, Et ta qaeneuille entre les bras, Au bruict de ton tour tu t*esgayes, Puisse elle toujours de mes playes, Que j'ay pour elle dans le cueur, •

Apaiser la douce langueur!

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