UN ANONYME
Chanson nouTelle de la belle Cordière de Ii7on (*)•
L'autre jour je m'en altois Mon chemin droict à Lyon ; Je logis chez la Cordière Faisant du bon compagnon.
Approchez vous mon amy, S'a dit la dame gorriere (**) :
Approchez vous mon amy, La nuict je ne puis dormir.
(*) E\traite«d'uu volume fort rare, intitulé : le Thresor du Chant fran" çoysy nouvellement imprimé en l'inclyte et famosiss!me urbe de Lugdunu (sans date ni nom d^imprlmeur), petit in-8^de 146 fol. chiffrés au recto, p^ 30 verso et suiv. Cette chaosoa se trouve encore, avec quelques légères variantes d'orthographe et de ponctuation, dans uu Recueil des plus belles chansons de ce temps, mis en trois parités avec la Deploration de Vénus, Lyon, Jean d^Ogerolies, 1559, petit ia-S*".
i^*) Olivier Maillard, dans ses sermons, criant contre le luxe et les pompes des femmes, les appelle femmes à la grande gorre, et femmes gor. rieres, leur reproche et enlr'autres choses, les longues queues de leurs robes, les fourrures de martres, Tor qu'elles portent à la tête, au col, à la ceinture, etc., etc.
H j vint un Advocat^ Las qui venoit de Forviere, Luy monstra tant de ducats :
Mais ils ne luy coustoient guère, Approchez vous Advocat S'a dit la dame gorriere, Prenons nous deux noz esbats, Car Ton bassine noz draps.
Elle dict â son mary Jan Jan vous n'avez que faire Je vous prie allez dormir Couchez vous en la couchette Nous coucherons au grand lict S'a dit la belle Cordiere Despouillez vous mon amy Passons nous deux nostre ennuy.
Il y vint un Procureur
Qui estoit de bonne sorte
En faisant de l'amoureux
Il y a laissé sa robe,
Et sa bourse qui vaut mieux
Mais il ne s'en soucie guère
Approchez vous amoureux
Nous ne sommes que nous deux^
Il y vint un Cordonnier Qui estoit amoureux d'eUe, Il luy portoit des souliers Faictz à la mode nouvelle
Luy donna an chausse-pied, Mais elle n'en avoit que faire Elle n'en avoit pas mestier Us estoient à bas carder. (*)
II est venu un Musnier Son col chargé de farine La Gordiere a maniée, Elle luy faict bonne nu'ne Il a toute enfariné Geste gentille Gordiere Il la faut espousseter Tous les soirs après souper.
Il y vint un Florentin
Luy monstre argent à grand somme
(*) Le passage suWant de Moûaot de Brîeux, Origine de queitjues coutumes anciennes et de plusieurs façons de parler triviales^ etc , Caen, 1672, 10-12, p. 10, nous semble propre à faire comprendre ce qac l'auteur a voulu dire : « Femmes de court talon. C'est une façon de parler que j'ai souvent entendu dire aux Valons, quand ils vouloient exprimer une femme qui se laissoit aller aisément. Boxhorn en a fait celte remarque sur ces mots de Plante, in Persa, act. 4, se. 4 : Sicrebro cades, id est si te inclinari crebro» ac muliebris patientiœ legem accipere sustinuérîs, quo modo et nos in Belgis Vénères istius modî curto caici insistere cavillantes, lepida sane vernacula vocis compositione cort gl^ehielt perhibemus» quasi dicas breyi-calces. Quo eoim bomini calcaneum brevîus, eo ad resupinandum accommodatior : easdcm etiam ab eadem causa comitiales esse, id e9t casa bundas dictitabant. Apud Juvenalem : Ainam resupinai amici. »
Si rherbe Etbiopis fait tomber la serrure,
Notre discours fait cheoir la Nymphe aux courts talons.
Banquet des Muses du sieur Auvray, Rouen, 1623, in-8®, p. 30. Les Rodomons sous les courtines, '
Tout haUUé de satin
Il faisoit dii gentilhomme
Elle le récent doucement
Pour avoir de la pecune
Le but ou elle prétend ^
C'est pour avoir de Targent.
CALVIN, 1566. (*) Congratnlatton à Teneralile pvcstre !¥•
.... Mais il y a un chantre ou Precenteur (comme il se nomme) en FEglise de Lyon, à savoir Gabriel de Saconay, d'une façon bien diverse. Car ayant prins un masque d'un homme grave, et s'estant bien desguisé pour contrefaire le Théologien, s'est mis en avant comme s'il fut monté sur un eschauflaut. Ainsi s'estant dressé sur ses argots, ou bien estant monté sur des eschasses, traite hardiment et avec une audace asseurée des sacrez mystères de l'Escriture : comme s'il eust esté nourri dès son enfance en l'escole des Apostres et Prophètes,* et s'il ' estoit tout farci de la doctrine qui est requise à celui qui parle en telle qualité : combien que chacun sache qu'il a esté tousjours plongé en berlans et bordeaux. Si on demande à Lyon un bordeau bien renommé, sa maison aura sans difficulté le premier lieu. Je ne parle point
{*) Nous avons cru devoir consigner aussi dans ce recueil quelques passages extraits d'ub ouvrage de cet écrivain, sur la maison et les mœurs de Gabriel de Saconay, chanoine de Téglise de Lyon, dans la société duquel Louise Labé paraîtrait avoir vécu.
des danses impudiques et telles dissolutions, que gens chastes et sévères appelejroyeiit macquerelages. Je di$ simplement qu'il n'a pas sa porte moins ouverte à toutes paillardises et autres telles vilainies, que s'il en tenoit boutique avec enseigne pendue. Il fréquente force maisons pleines de vilainies,, et en flaire la puanteur comme unchien de chasse, courant après, comme si c'estoit une odeur bien souefve. S'il entre .en quelques unes plus honnestes et aucunement reiglées, il ne faut point à les infecter des souillures de sa paillardise. S'il ne portoit les marques de Venus en son visage comme flettrissure, possible que la preuve en serait plus difficile. Mais il est expédient de savoir comment cestQ playe'Iuy est biei^ escheute. Il avoit le meilleur ie ses compagnons si bien 'conforme à luy que rien plust II est assez renommé sans mot dire : c'est SammoUsset, du quel les petits ehfans pourront assez parler- Il y avoit si bon accord entr'eux que de consentement mutuel ils entretenoyent tous deux ensemble une paillarde, comme s'ils eussent paction de ne point empescher l'uni l'autre : mais pource qu'il y avoit un tiers compétiteur, je ne say comment il advint que Sammousset pensant qu'il eust occupé là place, estant venu de nuict beiarter a la porte pour venger telle injure, rencontra son bon compagnon de Sajconay : et comme il estoit enflambé de jalousie, il se hasta un peu . trop de frapper, tellement qu'il Iny fit une balafre bien rude. On remporta ce povre malostru en sa maison lequel pour lors fut mal venu en son garrouage* Or Sammousset estant adverti de son erreur accourt bien vite.
L'appointemènt fat aisé a faire : car s'estans embrassez, ils pleurèrent leur defortane, et par ainsi furent meilleurs amis que jamais. Ces belles armoiries qu'il a rapporté du bordeau le font hardi à se magnifier en un haut parler !.. Comme si ces yilainies n'estoyent cogneues de personne
Je ne say aussi de quelle confiance il s'est enhardi d'affirmer la Transsubstantiation à pleine bouche, comme s'il n'y ayait nulle difficulté : sinon possible qu'il luy semble autant facile de transsubstantier le pain au corps de Jesus-Christ conune de transfigurer une femme en homme. Car il a accoustumé de resjouir ses hostes qu'il veut bien festoyer de ce passe-temps, de leur introduire des femmes en habit d'honune. A quoy luy a souvent serri une paillarde assez renommée, à sçavoir la Belle Cordiere.
Recueil des opuscules de Jean Calvin^ Genève^ Batiste Pinéreul, 1566, in-folio, p. 1822 et suiy.
PARABIN, 1573.
En ce siècle et règne ( sous les roys François P"" et Henri II ) florissoyent deux. Dames comme deux astres radieux et deux nobles et vertueux esprits, pu plustost deux Syrenes, toutes deux pleines d'un grand amas et meslange de très heureuses influences, et les pins clers entendements de tout le sexe féminin de nostre temps. L'une se nommoit Loïse L'abbé. Ceste aroit la face plus angelique qu'humaine, mais ce n'estoit rien à la compa-
raison de son esprit tant chaste, tant yertueux, tant poétique, tant rare en sçavoir qu'il sembloit qu'il eust esté créé de Dieu pour estre admiré comme un grand prodige entre les buinains Et ne s'est ceste nymphe seulement faite cognoistre par sesescrits, ainçois par sa grande chasteté. L'autre dame estoit nommée Pernette du Guillet, etc.
Mémoires de V Histoire de Lyon. Lyon , Antoine Gryphius, 1673, in fol, p. 356.
RUBYS, 1674 ET 1604.
Entre lesquels martyrs (de Lyon, sous les empereurs^ Antonin Yerus et Sévère ) furent la vertueuse dame Blandine que Paradin deyoit proposer à nos dames de Lyon; pour mirouer et exemplaire de vertu et chasteté, et non ceste impudique Loyse L'abbé, que chacun sait avoir faict profession de courtisanne publique jusques à sa mort : et ces boris et saincts evesques et martyrs Photînûs et Ireneus, etc.
Les privilèges^ franchises et immunités de la ville de Lyon. Lyon, Antoine Gryphius, 1574, in fol., p. 27.
Et de faict que Paradin aye esté de ces gens qui croyent et escrivent legierement, je le pourrois vérifier par le récit de plusieurs discours fabuleux qu'il a employez et affirmez pour véritables dans ses escrits : mais je me contenteray d'un seul, qui est dans son histoire de Lyon. C'est là ou il cdebre le loz de ces deux insignes courtisannes qui furent de son temps à Lyon. L'une desquelles
fut Pernette dd OniOef, laquelle servoit de monture à un Abbé et à ses Moynes. L'autre Loyse L'abbé, renommée non seulement â Lyon, mais par toute la France, soubs le noiti *de la Belle-Gordiere, pour l'une des plus insignes tourtisâniies de son temps. Et cependant il les qualifie deux mirouers de ebasteté et deux parangons ^e vertu. Que si le bon bomme s'est laissé ainsi lourdement abuser en chdse advenue de son tem'ps à Lyon, où il ' estoit tous les jours, à peine adjoustera-t-on foi à ce qu'il escrit des siècles passez.
Histoire véritable de la ville de Lyon. Lyon, Bonayenture Nugo^ 1604, infol, Jvantrproposj p. 2.
A. BU yEBBIEB, 1581.
Loyse L'abbé, courtisanne lyonnoise (autrement nommée la belle Gordière pour estre mariée à un bon bomme de Gordier) piequoit fort bien un cbeyal, à raison de qùoy les gentilshommes qui ayoyent accez à elle, l'appeloyent le capitaine Loys, femme, au demeurant, de bon^ et gaillard esprit et de médiocre beauté : recevoit gracieusement en sa maison, seigneurs, gentilshommes et autres personnes de mérite avec entretien de devis et discours, musique tant à la voil qu'au:!! iniïtruments où elle etoit fort duicte, lecture de bons Hvres Latins et Vulgaires, Italiens et Espaignôts, dont son ôabinet estoit co^ pieusement garni, collation d'elqmses confitures, enfin ; leui" conimaniquoit privement les pièces plus secrètes qu'elle ^st , et pour dire en un mot, faisoit part de son corps à ceux qui fonçoyent : non toutesfeis à tous et ntïl-
lement à gens méchaniqaes et de vile condition, quelque argent que ceux là luy eussent youtu donner. Elle aima les sçavaus hommes sur tous, les favorisant de telle sorte que ceux de~ sa cognoyssance ayoient la meilleure part en sa bonne grâce, et les eust|Hreferés a quelconque grand seigneur, et faict courtoisie à run plustost gratis, qu'àTautre pour grand nombre d'escus : qui est contre la coustume de celles de son mestier et qualité. Ce n'est pas pour estre courtisanne que je luy donne place en ceste bibliothèque, mais seulementpour avoir escrit, etc.
Ia bibliothèque d'JfUoineDurerdier, Lyon, Barthélémy Honorât, 1585. in fol. article Loyse L'abbé.