‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 5 sur 25 · lliLA>(;ES HISTORIQUES KT LllThRAIIlES · texte numérisé non relu

lliLA>(;ES HISTORIQUES KT LllThRAIIlES

nonce l'intention de se joindre aux Polonais et aux Suédois, que les Cosaques traitaient de païens, il se vit abandonné de presque toute son armée. Ses meilleurs olllcicrs se tournèrent contre lui, et lorsqu'il se présenta à Charles XII, il ne lui amena qu'une troupe mal armée, et plus qu'à demi découragée. Cependant il réussit à gagner les Zaporogues et à conduire leur ataman au camp suédois, où il rendit quelques services. Nordberg raconte à cette occasion une scène de mœurs assez curieuse. Mazepa ayant invité à dîner les principaux des Zaporogues dans la maison d'un seigneur du pays, les fit boire à la santé de Charles XII et les enivra suivant l'usage. En sortant de table, probablement aussi selon un usage national, ils voulurent emporter l'argenterie. Le maître d'hôtel s'y opposant, les Zaporogues se plaignirent qu'on manquât à l'hospitalité, et exigèrent que ce serviteur fidèle leur fût livré. Dans les mœurs du temps et du pays, la tête d'un domestique était trop peu de chose pour qu'on se brouillât avec des amis qui la demandaient. Le pauvre diable fut mis entre les mains de ces sauvages, qui pendant une heure se le renvoyèrent comme un ballon, en le poussant et repoussant à coups de pied. Enfin, un Cosaque plus humain que les autres mit fin à son supplice d'un coup de coutelas.

La bataille de Poltava anéantit les espérances de Mazepa. A la nouvelle de sa défection, les Russes s'étaient rués en force dans l'Ukraine et l'avaient impitoyablement ravagée. Après la défaite de Charles XII, la vengeance du tsar -s'appesantit encore plus rudement sur les malheureux Cosaques qui ne purent trouver un refuge sur le

LES COS.VQVES DE l'uKRAI.NE. 89

territoire turc. Les Zaporogiies ne furent pas oubliés, et expièrent cruellement l'imprudente levée de boucliers de leurs chefs. La sietcha fut détruite, tous leurs repaires furent fouillés, on brûla leurs barques, on massacra impitoyablement tous ceux qui ne purent passer en Turquie. Si l'on en croit les récits contemporains, la corde et la roue en firent périr plusieurs milliers. Ce n'était point assez pour Pierre. Longtemps il fatigua la Porte par ses demandes d'extradition, mais il ne put empêcher le vieux Mazepa de mourir naturellement h Bender, sous la protection du sultan, entouré des débris de sa horde et d'un assez grand nombre d'exilés. Le courroux du tsar le poursuivit après sa mort. Tous les ans l'Église russe prononce contre lui des malédictions solennelles, ainsi que contre Georges Chmielniçki et contre Grégoire Otrepief, que la politique moscovite a voulu identifier avec le faux Démé- Irius. Seule parmi toutes les communions chrétiennes, l'Église russe orthodoxe damne les gens :qui ont le malheur de déplaire au souverain. C'est un des avantages politiques d'une religion dont le pape est l'empereur.

La défection des Cosaques de l'Ukraine porta un coup funeste à la Pologne; en revanche, l'abaissement de la Pologne précipita la perle de leur indépendance. Aujourd'hui quelques [)riviléges sans grande importance forment la seule distinction entre les Cosaques et les autres sujets de l'empire russe.

Page 1