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si hardi capitaine, appuyée sur une si grande nation; alons, messieurs, M. de Fontanes ramenait avec plus de persuasion et de force les idées de modération et de justice ; alors il plaignait les grandeurs déchues , les dynasties dépouillées ; et ses éloquentes paroles devenaient, par leur générosité seule , une censure de l'orgueilleux abus de la victoire. Quand , du milieu de ces palais où Louis XIV, vainqueur aussi , avait fait admirer à l'Europe sa magnanime politesse, un homme trop enivré du succès pour bien sentir la gloire , outrageant la majesté du trône, de l'infortune et de la beauté, calomniait la reine de Prusse par de lâches injures dont s'indignait la France, M. de Fontanes , interprète du sentiment public , devant l'orgueil de l'usurpation et de la conquête , releva les images abattues de la royauté malheureuse , et rendit un éclatant honneur à ces droits antiques et sacrés qui ne dépendent pas d'une journée militaire , et ne peuvent être abolis par la victoire.
En gardant ce juste respect aux rois vaincus par nos armes , M. de Fontanes , dans plusieurs occasions , ne défendit pas avec moins de noblesse la dignité du Corps législatif, dont chaque triomphe nouveau resserrait aussi les chaînes. Je ne parle que de la dignité , messieurs ; car, depuis long-temps , la liberté n'était plus. La jalousie du pouvoir s'augmentant chaque jour, elle en vint
jusqu'à contester au Corps législatif le titre qu'il portait , et à déclarer que les députés de la France , sans mission et sans droit, n'occupaient que le quatrième rang dans les conseils du souverain. La répoase de M. de Fontanes est remarquable, messioprs , et ne sera pas oubliée par l'histoire. Âpres l'avoiR prononcée , il ne garda pas long-temps le privilège de parler au nom des représentants de la nation ; mais du moins il n'avait pa§ laissé avilir dans ses mains le faible et dernier simulacre de ces libertés publiques qui , plus tard , ranimées par l'excès de nos malheurs, devaient dans la même assemblée retrouver des voix généreuses pour avertir le despotisme de ses dernières fautes, et comïùencer Je salut de la France.
M. de Fontanes, dont le rare talent inspirait l'estime lors même qu'il pouvait déplaire, avait été appelé à la direction suprême de l'enseignement par un pouvoir qui savait habilement employer des hommes honorables , dans l'intérêt de sa grandeur. Je ne serai démenti par personne , en disant , messieurs , que ce choix parut alors à tous les pères de famille un heureux événement. M. de Fontanes avait une tâche consolante et laborieuse : beaucoup de mal à prévenir, beaucoup de mal à réparer. Que d'ordres rigoureux n'a-t-il pas adoucis ! quelle autorité salutaire n'a-t-il pas exercée ! Cette unité despotique qui enlevait les
enfants à leurs familles, cet envahissement des esprits par Téducation, furent heureusement corrigés sous la main prudente et paternelle de' M. de Fontanes.
L'Université naissante reçut dans ses premières dignités académiques une réunion d'hommes distingués, dont la plupart, messieurs, appartiennent à vos rangs. M. de Fontane» lie fit ou ne désigna quQ des choix estimables ; il en arracha quelques-uns : le dernier chef de l'école religieuse qu'illustra Fénélon fut appelé dans le conseil de l'Université; il y retrouva le peintre élégant et fidèle de. Fénélon , et l'éloquent auteur de V Essai sur le Divorce. Des noms éminents dans les sciences naturelles et mathématiques, des hommes distingués par la connaissance des lois , des écrivains célèbres, y représentaient toutes les parties de l'enseignement*
A la même époque commencèrent, sous l'inspiration de M. de Fontanes , ces cours publics si favorables à la jeunesse, et où les sciences , la philosophie , l'érudition classique , se glorifient d'avoir de dignes interprètes et de studieux élèves. De nouvelles chaires furent fondées ; M. de Fontanes y nomma Delille , et le brillant historien du XVIII® siècle. Attentif à recueillir les sages traditions des anciennes écoles , il remit aux mains de l'expérience , et il surveilla lui-méma cette école
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Normale, d*où sont sortis tant de jeunes talents et de
maîtres habiles j espoir de l'enseignement public. ^
Enfin , messieurs , des hommes qu'une hono* rable opposition éloignait de toutes les carrières, des talents persécutés ou méconnus, trouvèrent dans l'Université ce qu'elle doit toujours offrir, la considération et l'indépendance. De vénérables ecclésiastiques furent protégés , défendus. L'Université devint un lieu d'asyle : c'était le mouvement de cœur de M. de Fontanes. Les lettres , le malheur, étaient sacrés pcrur lui. Il aimait le mérite ; l'espérance même â\i plus faible talent lui était précieuse ; et si quelque jeune homme n'avait encore en sa faveur que l'amour de l'étude , vous pouvez m'en croire, messieurs, il lui tendait la main , il lui donnait du courage et de l'appui. Mille exemples ont attesté cette généreuse influence : et, je ne crains pas de le dire , pendant cinq ans l'administration de M. de Fontanes fut un bienfait public pour la. religion , pour la morale, pour les lettres et piour la jeunesse.
Renfermé dans ses grandes et paisibles fonctions , M. de Fontanes , sans participer aux événements politiques , vit s'accomplir la révolution bienfaisante qui brisait le joug appesanti de la France , et lui rendait enfin ses Rois et sa liberté; il partagea le vœu de la patrie. Combien cet esprit éclairé , cette imagination amie des traditions et
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des souvenirs , devait revoir avec enthousiasme les fils de Louis XIV et de Henri IV, éprouvés par tant d'infortunes, et rapportant sur le trône toutes les vertus du malheur !
Vainement la Providence sembla-t-cUe se démentir, et permettre au monde de douter de sa justice ; vainement le génie de la guerre ,. tout à coup ranimé , traversa- t-il le sol attristé de la France, pour disparaître, en laissant après lui les longs désastres de son retour d'un moment; M. de Fontanes resta fidèle ti la cause qu'il avait embrassée. Il vit dans la fôyauté légitime, aiïermie malgré tant d'orages , la sauve-garde de tout ce qu'il aimait, la paix, la morale, les arts. Il avait cessé , dès la première époque de la restauration, d'occuper, à la tête de renseignement public, cette grande place à laquelle il manquera long-temps , et où il avait fait le bien que , dans les mêmes circonstances , aucun autre n'aurait pu faire: il n'avait plus l'occasion de parler à la jeunesse ce noble langage toujours si puissant sur elle. Mais, dans la Chambre des Pairs et dans vos séances , il fit plus d'une fois entendre les sentiments qu'il avait dans le cœur pour la monarchie et pour la France. On n'a point oublié le jour où, recevant parmi vous le défenseur de Louis XVI , il lui décerna ce juste et éloquent éloge auquel la postérité pourra seule ajouter quelque chose.
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La raison élevée de M. de Fontanes , non moins que sa loyauté, lui montrait dans l'inviolabilité du trône légitime la c;ondition de Tordre social en Europe : il pensait qu'après les violentes et profondes secousses qui avaient ébranlé tous les états, dans cette vieillesse des sociétés qui se con-* fond avec leurs progrès, à ces époques où le monde inondé de systèmes et da soldats se débat entre deu:i: puissances inégales , la spéculation et la force , il n'y avait de barrière contre les ravages de la force , et de sûreté pour la civilisation , que dans la reconnaissance d'un droit antérieur, qui servît à fixer, à consacrer les formes nouvelles de l'ordre politique , et fût la sanction de la liberté comme la source du pouvoir*
Tel est , messieurs, l'immortel bienfait de la Charte. Tel est l'ouvrage accompli par le Roi , par ce monarque fondateur qui paraîtra dans l'avenir tout ensemble l'auguste héritier et le chef nou* veau de sa dynastie, juge impartial des temps et des hommes , dont la haute modération est une supériorité de lumières autant qu'une vertu de cœur, et qui, du milieu de cette sphère de grandeur où il est placé, jette un regard vigilant sur la France agitée sans péril dans le cercle régulier delà loi. Persécuté par la fortune comme Henri IV, il a montré la majesté dans le malheur, la sagesse dans le pouvoir et l'amitié sur le trône. Protec^
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teur des arts comme Louis XIV, son règne leur ouvre une époque de paix et d'indép«adance , où la dignité morale dès institutions doit élever le talent, où la tribune doit inspirer les lettres , où l'éloquence doit s'agrandir par la défense du trône et de la liberté publique. Quelle gloire pour un souverain, messieurs, après des révolutions si funestes et si longues, de préparer ce second avenir d'un grand peuple, de fonder, d'unir à jamais par les libertés et les lois cette société que l'anarchie avait détruite , que le despotisme avait rebâtie, et non pas ranimée, et de la transmettre chaquf joup plus puissante et plus heureuse à sa dynastie révérée , à cette dynastie vivante sous nos yeux dans d'illustres héritiers, et immortalisée sous les coups mêmes de la mort par un auguste enfant!
Nul Français ne ressentit avec plus d'émotion que M. de Fontanes ce grand événement ; il y voyait la monarchie. Toutes les opinions politiques de M. de Fontanes , ainsi que son talent , étaient empreintes de la douce influence des lettres et se liaient aux souvenirs de leur plus illustre époque. Il aimait la royauté comme l'antique protectrice , comme la noble amie des arts et du génie français. Il aimait son pays comme une terre de gloire, patrie naturelle de tous les talents, fertile en guerriers, en grands hommes, donnant à l'Europe sa
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langue , ses lois et ses mœurs , qiielquefois heureuse avec imprudence, malheureuse avec dignité; et , dans toutes les fortunes , puissante par l'illustration de tajit de souvenirs, parmi lesquels i\ retrouvait cette splendeur des lettres qui lui était si chère.
Une injuste censure avait quelquefois accusé M. de Fontanes de négliger sa première gloire , parce qu'on voyait rarement sortir de sa plume des productions toujours désirées; et cependant, à toutes les époques de sa plus haute fortune , d'heureux vers lui étaient échappés. Cette publicité qu'il semblait craindre, il l'avait bravée pour défendre le talent d'un illustre ami contre les rigueurs de la critique et l'inimitié du pouvoir; et l'on avait aussitôt i*econnu les accents doux Bt purs de cette voix que l'on se plaignait de ne plus entendre. Nul talent n'eut en effet un caractère à la fois plus classique et plus personnel à l'auteur. M. de Fontanes avait porté l'élégance jusqu'au point où elle devient une création littéraire. Un petit nombre d'écrits marqués de cette empreinte heureuse et rare suffisaient à sa renommée. Il intéressait pai son style, par cette poésie naturelle , correcte avec nouveauté , qui reproduisait la ressemblance , et non pas l'imitation des modèles. Dans son éloquence , dont les formes faciles et pures annonçaient une langue si polie , il avait
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mêlé quelque chose de poétique et d'élevé , qui rappelait les grands orateurs sacrés du dixseptième siècle. Ses vers , d'un tour, noble , har* monieux , concis , se portaient naturellement «ur les pçnsées religieuses : ils en recevaient l'inspi* ration. Majestueuse et rapide dans FÉpître où il a célébré l'éloquence des Livres saints y cette inspiration est attendrissante et naïve dans 4e poëme tJe la Chartreuse. Une tristesse pleine de douceur 0t de poésie anime cette espèce d'élégie : la mélodie des paroles s'y confond avec l'émotion de l'ame; et l'on croit entendre au loin quelques sons à peine affaiblis de la lyre de Racine.
M. de Fontanes travaillait avec soin ses beaux vers; un goût difficile l'a ramené sur plusieurs ouvrages de sa jeunesse, qu'il a refaits et embellis. Souvent il se plaisait à lutter contre les poètes de l'antiquité; et ses fragments de traductions sont des chefs-d'œuvre 7 dont il n'a pas toujours rédamé la gloire. Combien ne devait-on pas espérer que ses loisirs produiraient encore d'heureux fruits pour les lettres ! Il avait lu dans vos séances des odes dont l'élévation et l'harmonie rappellent l'école de Rousseau. On savait qu'il avait souvent repris avec ardeur l'entreprise d'un poëme sur la Grèce délivrée ; sujet d'un favorable augure pour les amis de la gloire et des arts. Plusieurs chants étaient achevés avec cette perfection de détails
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qu'il ne séparait pas de l'imagination poétique.
Il était plus que jamais préoccupé par la passion de l'étude, et par le verve du talent. Cette impression répandit sur ses entretiens et dans tous les traits de son caractère un charme d'en* thousiasme , de naturel et de bonté , qui lui était particulier. On voyait de toutes parts en lui Thomme supérieur , et l'excellant homme. On voyait une ame dont tous les sentiments étaient généreux et rapide , comtne les instincts mêmes du -talent. Jamais on ne réunit à plus de vivacité une tolé* rance plus aimable. Personne ne concevait mieux toutes les opinions désintéressées et sincères. Personne n'appréciait davantage la fidélité à d'au-» très amitiés que la sienne. Mais surtout quelle grâce et quel feu dans ses discours , lorsqu'il parlait des grands modèles de notre admirable littérature ! quel sentiment délicat, quelles ingénieuses applications de leurs beautés I quelle mémoire éloquente !
Pardonnez , messieiSrs , ce langage ; il n'y a pas long-temps que la voix de M. de Fontanes était encore tout animée de cette chaleur et de cet enthousiasme. Même après la première atteinte d'un mal funeste , ses amis l'ont vu libre d'inquiétudes, rendu tout entier à lafvie, revenant à ses souvenirs de littérature et d'éloquence, et l'ame ardente, attentive, récitant quelques vers de nos grands
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poètes 9 dont son imagination était sans cesse entretenue. Il aHait publier un de ses premiers ouvrages qu'il avait revu avec tout l'effort et toute l'expérience du talent, et qui devait soutenir une honorable rivalité. Son imagination était tout occupée de, ces heureuses et paisibles idées qu'inspirent les lettres. Hélas! l'ouvrage qu'il venait d'achever devait parsutre trop tard'pour lui-même ; et cet heureux retour vers les poétiques inspirations de sa jeunesse avait été son dernier ^dieu à la vie. Une entière sécurité de quelques heures fut suivie d'un danger sans espérance ; et , au milieu des promesses divines de la religion, ses dernières pensées obscurcies des -ombres de la mort n'eurent que peu de temps pour s'arrêter sur la douleur de sa respectable, épouse , et de sa fifle qu'il léguait eu mourant à l'auguste intérêt du Roi.
Perte cruelle pour l'amitié , pour les lettres , et surtout pour ceux à qui M. de Fontanes accordait cette estime invariable, et cette active bienveillance que rien ne remplace dans la vie! Puissent du moins les regrets publics s'attacher long-temps à une si honorable mémoire , et récompenser ainsi ce beau caractère dont toutes les vertus étaient des mouvements de cœur, et ce beau talent que l'on doit admirer comme un modèle de goût et d'élévation , ou plutôt qu'il faut pleurer
maintenant , puisqu'il était l'expression et la vive image de celui que nous avons perdu, de cette ame si bienveillante , si généreuse , si supérieure à l'envie, et si naturellement passionnée pour tout ce qu'il y a de grand et de bon sur la terre.
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PROIfONCE A LA RBGEPTIOIf