‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 14 sur 37 · AU DISCOURS DE M. DAGIER · texte numérisé non relu

AU DISCOURS DE M. DAGIER

la palme et Fambition da jeune homme ; Testime publique est la couronne du vieillard. Que pourrais'je vous dire , monsieur, qui Valût ce témoignage universel et paisible d'une considération lentement acquise par dé nobles travaux , et con-* sacrée sur votre tête par Tépreuve de l'âge et du temps? Votre réputation date déjà d'un autre siècle; et l'auteur du Foyage (ï Anacharsis y le vertueux,le savant, l'ingénieux Barthélem}^ frappé de retrouver en vous ce mélange d'érudition et d'urbanité dont il était lui-même le modèle, vous nomniait, il y a plus de trente ans,, à cette même place où les suffrages d'une autre génération vous appellent aujourd'hui. Ainsi, monsieur, vous ne pouvez dire , comme un célèbre Romain, d'une humeur un peu chagrine, que l'on est malheureux d'avoir pour juges de ses actions des hommes qui n'étaient pas nés quand on les a faites. Vous éprouvez , au contraire , que les bons écrits, qui sont les actions de l'homme de lettres, ne vieillissent pas dans la mémoire , et forment une recommandation toujours contemporaine , et des titres toujours présents.

Les vôtres, monsieur, s'ils ont commencé à une époque déjà bien loin de nous, se sont, jusqu'à ce moment même , entretenus et renouvelés sans cesse par de rapides et intéressantes productions, où se conserve toujours le précieux caractère qui

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marqua vos premiers travaux , la connaissance profonde , le sentiment vrai de l'antiquité, surtout de cette antiquité grecque, la mère de tous les arts , et la source des plus vives lumières qui aient éclairé l'esprit humain.

Cette heureuse prédilection, ce culte du bon goût, qui vous dicta, dès la jeunesse, l'élégante traduction du plus naturel et du plus pur de^ écrivains attiques, semblait, il y a peu de temps encore , vous inspirer une véritable éloquence , lorsque , rendant hommage à la mémoire de l'un des plus fervents adorateurs de la Grèce , de M. de Choiseul-Gouffier, vous partagiez l'enthousiasme exprimé dans son ouvrage. Avec quelle force , monsieur, avec quelle jeunesse de pinceau, pardonnez-moi cette expression , n'avez-vous pas représenté ce digne et fidèle amant de tous les beaux souvenirs , parcourant , plein d'une religieuse douleur, le territoire asservi du Péloponèse , remuant tous les débris , interrogeant toutes les ruines, sans négliger la population moderne, qui est elle-même une ruine vivante et glorieuse de la Grèce antique ! Vous redisiez alors ce vœu de M. de Choiseul, ce vœu du christianisme et de l'humanité pour l'affranchissement de la Grèce; vœu sacré que n'ont point affaibli, sans doute, les nouvelles barbaries des oppresseurs , et l'héroïsme infortuné de leurs victimes.

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Ainsi, monsieur, le culte des beaux-arts est l'allié naturel de tous les nobles sentiments, de toutes les pensées conformes à la dignité humaine. La perfection même du goût ne fait que développer la générosité du cœur. Éclairer notre raison , c*est élever notre ame. Par combien d'exemples , et sous combien de nuances délicatts cette heureuse union ne se reproduit-elle pas dans la vie de tant de savants illustres, dont vous avez été , depuis quarante ans, le fidèle et ingénieux historien ?

Le recueil de vos éloges , si curieux et si varié , où figurent tour à tour tant de mérites différents, tant dç célébrités étrangères et nationales , ce recueil , que l'on pourrait nommer justement une histoire dramatique et animée de la littérature savante depuis un demi-siècle , serait aussi l'heureuse démonstration de cette vérité , qui rattache à l'amour des sciences et des lettres l'habitude des plus nobles sentiments; et la vie entière du panégyriste en serait la dernière preuve. L'Académie, monsieur, par le choix qu'elle fait de vous, a donc voulu tout ensemble rendre honneur à yos utiles travaux, au corps savant qui vous les inspire, et à la mémoire de l'illustre prédécesseur que vous avez loué si dignement, et dont le nom rappelle une autre gloire , qu'il ne nous est pas permis d'oublier.

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Pendant plus d'un siècle, chaque solennité semblable à celle qui nous réunit en ce jour ramenait avec de nouveaux éloges le puissant nom de Richelieu , de ce ministre ambitiemi , mais au profit de l'État , qui , tenant le nK»iarque esclave sur un trône agrandi , réleva les étendards de la France à la hauteur où les avait portés l'immortel Henri lY ^ et , du milieu de toutes les factions et de toutes les faiblesses, fit sortir un royaume flo^ r issant , belliqueux , paisible , dont la splendeur, pour éclater toute entière, n'attendait plus que Louis Xiy . Sans doute , l'histoire et la postérité ont iait un choix sévère dans les louanges que la littérature reconnaissante avait prodiguées à Richelieu ; et l'Académie a pu sagement interrompre cette tradition d'un panégyrique uniforme, contre lequel la morale et la justice avaient souvent à rédamçr. Mais quand l'homme puissant n'est plus loué par cette flatterie héréditaire qui survit quelquefois à la force , et semble en aduler le souvenir, il a droit encore d'être jugé ; et s'il fut un grand homme , il conserve une immortalité désormais in4épendante des exagérations de l'enthousiasme et de la haine. Tel nous apparaît ce cardinal de Richelieu, qui, malgré l'inflexible hauteur de son génie, aima les lettres, en conçut la grandeur, en favorisa Vinfluenoe. Que son nom, toujours présent dans l'histoire et dans la politique^

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