AU DISCOURS DE M. DAGIER. I
retentisse encore parmi nous, aujourd'hui surtout qii'il semble disparaître de cette enceinte avec son illustre et dernier représentant !
Vous venez , monsieur, de payer un juste hommage à la mémoire de ce nobiS héritier d'une grande famille, qui, dans une vie consacrée trop peu de temps à la France , fut assez heureux pour rajeunir l'illustration de sa race, par de nouveaux titres et de nouveaux services. Vous avez retracé cette gloire que la destinée cruelle des révolutions le força de chercher long- temps sur une terre étrangère ; vous l'avez montré civilisant une contrée barbare , et faisant fleurir les arts et l'industrie de l'Europe dans une portion de ce récent et vaste empire , dont le glorieux fondateur était venu jadis honorer dans Paris le tombeau de Richelieu, et consulter, près de ce monument, le génie des grands hommes et celui de la France. Vous l'avez représenté, dans une carrière plus heureuse , quoique pénible , dévouant ses efforts aux intérêts du trône et de la patrie.
Essaierai-je de toucher après vous ce difficile sujet ? Qui peut se croire assez sûr de sa raison et de la justice des autres, pour entreprendre d'apprécier 1^ vie d'un homme d'état, au milieu des intérêts et des passions qu'i| eut à gouverner? Mais, par un privilège remarquable, tel est le caractère des plus importantes actions du duc
1 8o RÉPONSE
de Richelieu , qu elles peuvent espérer déjà rimpartialité de l'histoire. Ministre du Roi , au milieu des infortunes et de la détresse que nous avaient léguées l'usurpation et la guerre, M. de Richelieu obtint et mérit^l'inappréciable bonheur de concourir puissamment à la libération de la France. Dans ce mot seul est renfermé son éloge , sa -défense , sa gloire.
Faut-il craindre de rappeler, messieurs , les circonstances déplorables d'une épreuve si accablante pour un grand peuple? Le patriotisme conseille- t-il l'ingratitude et l'oublL? Si, par le bienfait du pouvoir légitime, par la force de nos institutions , et , pour ainsi dire, par la vertu de cette heureuse terre de la France, les vestiges de nos désastres ont promptement disparu , en doit-on moins de reconnaissance aux premières et généreuses mains qui luttèrent contre la calamité publique ? Nous avons tous présente à la mémoire cette époque où notre patrie , après un court et terrible orage, ayant de nouveau recouvré son Roi et l'espoir de ses institutions , voyait les drapeaux étrangers envahir obstinément nos provinces , et l'Europe camper toute entière en armes autour de la France, redoutable encore dans son repos et dans ses revers.
Quelle était, messieurs, la mission de l'homme d'état qui devait tout ensemble faire pressentir
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combien il restait de force à la France abattue , et rassurer les couronnes étrangères contre les souvenirs et les inquiétudes d'une telle pensée! quel mélange de modération et de juste fierté, quel éloignement^de toute passion , quel mépris de toute vaine crainte était nécessaire pour hâter, pour 6nir des transactions politiques extraordinaires comme le désastre de la France, et placées par leur nouveauté même hors de tous les calculs et de tous les exempleflf;
Autrefois , dans l'Europe , la diplomatie était un art presque régulier, une tactique d'ambition, une science cachée d'envahissement, dont les traditions s'étudiaient,dont les hasards mêmes étaient prévus et fixés d'avance. C'était, s'il est permis de le dire, un jeu plus savant que ruineux, où les pertes se balançaient , où la fortune d'un empire n'était jamais engagée sans réserve, où la lenteur était permise , où la ruse était ordonnée. Les souverains et les peuples demeuraient spectateurs intéressés , mais paisibles , du débat soutenu par quelques habiles négociateurs choisis de part et d'autre , et qui discutaient à loisir la possession de quelques villes enlevées ou défendues par des armées peu nombreuses. Il n'en est plus ainsi, depuis que , par le mouvement terrible dont l'Europe fut ébranlée, il y a trente ans, les rois, les dynasties , les nations tout entières , sont descen-